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Page:Louÿs - La Femme et le Pantin, 1916.djvu/196

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une jota forcenée devant deux Anglais assis au fond. J’ai dit nue, elle était plus que nue. Des bas noirs, longs comme des jambes de maillot, montaient tout en haut de ses cuisses, et elle portait aux pieds de petits souliers sonores qui claquaient sur le parquet. Je n’osai pas interrompre. J’avais peur de la tuer.

Hélas ! mon Dieu ! jamais je ne l’ai vue si belle ! Il ne s’agissait plus de ses yeux ni de ses doigts : tout son corps était expressif comme un visage, plus qu’un visage, et sa tête enveloppée de cheveux se couchait sur l’épaule comme une chose inutile. Il y avait des sourires dans le pli de sa hanche, des rougissements de joue au tournant de ses flancs ; sa poitrine semblait regarder en avant par deux grands yeux fixes et noirs. Jamais je ne l’ai vue si belle : les faux plis de la robe altèrent l’expression de la danseuse et font dévier à contresens la ligne extérieure de sa grâce ; mais là, par une révélation, je voyais les gestes, les frissons, les mouvements des bras, des jambes, du corps