« Ô gouffre ! l’âme plonge et rapporte le doute »

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« Ô gouffre ! l’âme plonge… »
Les Contemplations, Nelson, 19.. (p. 390).


XIV


Ô gouffre ! l’âme plonge et rapporte le doute.
Nous entendons sur nous les heures, goutte à goutte,

Tomber comme l’eau sur les plombs ;

L’homme est brumeux, le monde est noir, le ciel est sombre ;
Les formes de la nuit vont et viennent dans l’ombre ;

Et nous, pâles, nous contemplons.


Nous contemplons l’obscur, l’inconnu, l’invisible.
Nous sondons le réel, l’idéal, le possible,

L’être, spectre toujours présent.

Nous regardons trembler l’ombre indéterminée.
Nous sommes accoudés sur notre destinée,

L’œil fixe et l’esprit frémissant.


Nous épions des bruits dans ces vides funèbres ;
Nous écoutons le souffle, errant dans les ténèbres,

Dont frissonne l’obscurité ;

Et, par moment, perdus dans les nuits insondables,
Nous voyons s’éclairer de lueurs formidables

La vitre de l’éternité.


Marine-Terrace, septembre 1853.
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