À une jeune femme (Schiller)

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Traduction par X. Marmier.
Paris, Charpentier, 1854 (p. 102).



À UNE JEUNE FEMME.


Le monde se joue autour de toi comme un enfant léger et plein de grâce. Mais le monde n’est pas tel qu’il se peint dans le miroir de ta belle âme. Les hommages que l’on rend à la noblesse de ton nom, les prodiges que tu opères, les charmes qui t’environnent, parent à tes yeux la vie et l’humanité. Et qui pourrait résister à la magie d’une jeunesse pure, au talisman de la vertu et de l’innocence ?

Tu regardes avec joie les fleurs qui éclosent sous tes pas, les heureux que tu as faits, les affections que tu as conquises. Reste dans cette douce illusion ; qu’un réveil funeste ne dissipe pas cet heureux rêve. Mais laisse à l’écart toutes ces fleurs de la vie pareilles à celles de ton jardin. Regarde-les et ne les cueille pas. Écloses seulement pour le plaisir des yeux, elles se flétriraient à tes pieds, plus tu les examineras de près, plus tu cours risque de les anéantir.