…Ne parlez pas tous à la fois

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher

Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 240-244).
◄  Au Cabaret …Ne parlez pas tous à la fois Pourvu que…  ►



… NE PARLEZ PAS TOUS
À LA FOIS


Je demande en mariage

La fille d’un roi,

Avec ou sans alliage :

Plutôt sans, ma foi.


Mais je la voudrais très belle,

Et voudrais encor

Qu’elle eût une ribambelle

De beaux écus d’or.


Certes, un lyreur irritable

N’est pas un miché,

Mais c’est un parti sortable,

Sinon recherché.


Je ne suis pas sans fortune,

D’ailleurs, savez-vous ?

J’ai mes terrains de la lune

Semés de cailloux ;


J’ai de l’air sur la montagne…

Je ne compte pas

Mille châteaux en Espagne,

Tout là-bas, là-bas…


Ni mes palais sur le sable,

Mes rêves en l’air,

C’est quelque chose, que diable !

Ni ma part d’enfer.


Ma reine ! je l’ai trouvée

Plus splendide encor

Que je ne l’avais rêvée :

En chair et en or !


Eh bien ! nous ferons la noce

Quand le mois de mai

Roulera sur son carrosse

De roses gemmé.


Nous n’irons pas à l’église,

Mince d’horizon !

— Quatre murs, quoi qu’on dise

Sont toujours prison.


Mais dans la forêt voisine,

Sous le grand ciel bleu ;

Les forêts sont, j’imagine,

Plus pleines de Dieu.


N’aurons non plus de prêtaille

En habits de paon,

Dont la voix nasille et braille :

Balaban, ban ban.


Je ne veux pour tous murmures

Sous les verts arceaux,

Que le chant dans les ramures

Des petits oiseaux.


Et les pins mélancoliques

Pour mon cœur fervent

Seront les orgues mystiques,

Si souffle le vent.


Les cieux, comme une féerie,

Seront éclatants :

Poète qui se marie

A toujours beau temps.


Si, comme témoins, ma mie,

Et comme invités

A toute une académie

De rois hauts cotés


De seigneurs sans importance…

— Car je ne saurais

L’en empêcher, comme on pense,

Pour avoir la paix ;


J’en aurai, moi, de plus chouettes

Et sans nul arroi,

Car ce sera des poètes,

Des gueux comme moi.


Après la cérémonie…

Quoi, me dira-t-on,

La noce est-elle finie

Sans un gueuleton ?


Ah ! loin de moi ces pensées

C’est me faire affront.

Des tables seront dressées

Qui s’écrouleront


Sous mille vins délectables,

Mille vins rêvés.

Je dirai aux pauvres diables :

Mangez et buvez.


N’épargnez pas la popotte,

Puisque, aussi bien, c’est

Elle qui paiera la note

Dessus son budget.


Et je dirai à ma reine :

« M’amour, donne-leur

À tous une bourse pleine

Avec une fleur ;


La fleur où le rire éclate,

Pour leur rappeler

De ta bouche délicate

Le galant parler ;


Et la bourse où l’or flamboie,

Pour — uniquement —

Leur donner un peu de joie

Pendant un moment.


Ils célébreront ta gloire

Sur l’aile des vers,

Et rediront ta mémoire

Par tout l’univers.


Nous, nous aurons, je l’espère,

Des enfants, un jour,

Qui feront, comme leur père,

Des vers à leur tour.
Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils