Barzaz Breiz 1846/Le Siège de Guingamp/Bilingue

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Barzaz Breiz, édition de 1846
Le Siège de Guingamp


Barzaz Breiz 4e edition 1846 vol 2.djvu


IV


LE SIÉGE DE GUINGAMP.


( Dialecte de Tréguier. )


— Portier, ouvrez celle porte ! C’est le sire de Rohan qui est ici, et douze mille hommes avec lui, prêts à mettre le siège devant Guingamp.

— Celle porte ne sera ouverte ni à vous ni a personne sans ordre de la duchesse Anne, à qui appartient celte ville.

— Ouvrira-t-on ces portes au prince déloyal qui est ici avec douze mille hommes, prêts à mettre le siège devant Guingamp ?

— Mes portes sont verrouillées, mes murailles crénelées ; je rougirais de les écouter ; la ville de Guingamp ne sera point prise.

Quand ils passeraient là dix-huit mois, ils ne la prendraient pas ; chargez votre canon ; çà ! du courage ! et voyons qui se repentira !

— Il y a ici trente boulets, trente boulets pour le charger ; de poudre, nous n’en manquons pas, non plus que de plomb ou d’étain. —

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Comme il revenait et montait, il fut blessé d’un coup de feu, d’un coup de feu par un soldat du camp nommé Gwazgaram.

La duchesse Anne dit alors à l’épouse du canonnier : — — Seigneur Dieu ! que faire ? voilà votre pauvre mari blessé !

— Quand même mon mari serait mort, je saurais bien le remplacer ! Son canon, je le chargerai, feu et tonnerre ! et nous verrons ! —

Comme elle disait ces mots, les murailles furent brisées, les portes enfoncées ; la ville était pleine de soldats.

— A vous, soldats, les jolies filles, et à moi l’or et l’argent, tous les trésors de la ville de Guingamp, et de plus, la ville elle-même ! —

La duchesse Anne se jeta à deux genoux, en l’entendant parler ainsi : — Notre-Dame de Bon-Secours, je vous en supplie, venez à notre aide! —

La duchesse Anne, en l’entendant, courut à l’église, et se jeta à deux genoux sur la terre froide et nue :

— Voudriez-vous, vierge Marie ! voir votre maison changée en écurie, votre sacristie en cellier, et votre maître-autel en table de cuisine ? —

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Elle parlait encore, qu’une grande épouvante s’était emparé delà ville : un coup de canon venait d’être tiré, et neuf cents hommes étaient tués :

Et c’était le plus affreux vacarme ; et les maisons tremblaient, et toutes les cloches sonnaient tumultueusement, sonnaient d’elles-mêmes dans la ville.

— Page, page, petit page, tu es léger, gaillard et vif ; monte vite au haut de la tour plate, pour voir qui met les cloches en branle.

Tu portes une épée au côlé ; si tu trouves quelqu’un là ; si lu trouves quelqu’un qui sonne, plonge-lui ton épée au cœur. —

En montant, il chantait gaiement; en descendant, il tremblait fort — Je suis monté jusqu’au haut de la tour plate, et je n’ai vu personne ;

Et je n’y ai vu personne que la Vierge bénie, que la Vierge et son fils, vraiment ; ce sont eux qui mettent les cloches en branle. —

Le prince déloyal dit alors à ses soldats : — Sellons nos chevaux, et en route ! et laissons leurs maisons aux saints ! —


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