Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/K

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J Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 L


KANARIS (CONSTANTIN)[modifier]

Le Thémistocle de l’insurrection grecque, né à Psara, âgé de 30 à 32 ans,, d’une petite taille, l’œil vif et perçant, l’air mélancolique : tel est le portrait qu’en fait le capitaine Clotz. Il brûla trois fois la flotte ottomane.

Les Hydriotes relâchés à Psara décident unanimement la destruction de la flotte ottomane, qui était à Ténédos. L’entreprise était difficile ; les Turcs étaient sur leurs gardes ; mais Kanaris s’est offert, on se décide à hasarder. Le 9 novembre, à sept heures du soir, deux brûlots, dont l’un monté par l’intrépide Kanaris, prennent la mer, par un temps orageux, accompagnés de deux bricks de guerre.

Les gardes-côtes de Ténédos les virent sans défiance doubler un des caps de l’île sous pavillon turc ; lorsque deux frégates turques eh vedette les signalèrent, et le vaisseau amiral qu’ils cherchaient et qu’ils n’auraient pu distinguer le soir, au milieu d’une forêt de mâts, répondit au signal par trois coups de canon. « Il est à nous, s’écrie Kanaris à son équipage ! » et, manœuvrant vers le point d’où le canon s’était fait entendre, il aborde l’énorme citadelle flottante en enfonçant son mât de beaupré dans un de ses sabords, et le vaisseau s’embrase avec une telle rapidité que, de plus de deux mille individus qui le montaient, le capitan-pacha et une trentaine des siens parviennent seuls à se dérober à la mort. Au même instant, un second vaisseau est mis en feu par le second brûlot, et la rade n’offre plus qu’une scène de carnage, de désordre et de confusion. Les canons qui s’échauffent tirent successivement ou par bordées, et quelques-uns chargés de boulets incendiaires propagent le feu, tandis que la forteresse de Ténédos, croyant les Grecs entrés au port, canonne ses propres vaisseaux. Ceux-ci coupent leurs câbles, se pressent, se heurtent, se démâtent, arrachent mutuellement leurs bordages, ou s’échouent, et la majeure partie ayant réussi à s’éloigner est à peine portée au large qu’elle est assaillie par une de ces tempêtes qui rendent cette mer étroite, aussi terrible que dangereuse. Les vaisseaux voguent à l’aventure, s’abordent dans l’obscurité et s’endommagent ; plusieurs périssent corps et biens. Douze bricks font côte sur les plages de la Troade ; deux frégates et une corvette abandonnées de leurs équipages, sont emportées par les courants jusqu’aux attérages de Paras.

Pendant que les Turcs se débattaient au milieu des flammes ou en luttant contre les flots, les équipages des brûlots, formant un total de 17 hommes, assistaient tranquillement à la destruction de la flotte du sultan. Ils virent sauter le vaisseau amiral, et cette altesse tremblante se sauver à terre dans un canot. Le second vaisseau s’abîma ensuite avec 1 600 hommes, sans qu’il s’en sauvât que deux individus à demi brûlés, qui s’accrochèrent à des débris que la vague emportait vers la plage, sur laquelle gisaient deux superbes frégates.

Le 12 novembre, Kanaris reparut au port de Psara. Les Éphores, suivis d’une foule nombreuse de peuple, de soldats, de matelots s’étaient portés à sa rencontre. Kanaris reçoit une couronne de lauriers.

Un capitaine anglais qui se trouvait à Psara voulait savoir de lui comment les Grecs préparaient leurs brûlots pour en obtenir de pareils résultats, a Gomme vous le faites, commandant ; mais nous avons un secret que nous tenons caché ici, dit Kanaris en montrant son cœur, l’amour de la patrie nous l’a fait trouver. »

KELLERMANN (FRANÇOIS CHRISTOPHE)[modifier]

Maréchal de France, duc de Valmy, né à Strasbourg le 30 mai 1735. Il entra comme cadet à quinze ans dans le régiment de Loweridalh, fut enseigne à dix-huit ans, dans Royal-Bavière, et fut nommé capitaine pendant la guerre de Sept-Ans. Major des hussards de Conflans en 1779 ; brigadier des armées du roi en 1784 ; mestre de camp de hussards, colonel-général dans la même année, et enfin le 9 mars 1788 nommé au grade de maréchal de camp. Au commencement de la Révolution Kellermann fut envoyé en Alsace comme général en chef de l’armée de la Moselle (août 1792). Il opéra dans les premiers jours du mois suivant sa jonction avec Dumouriez, et se couvrit de gloire aux journées des 20 et 21 septembre, connues sous le nom de canonnade de Valmy.

Une armée de 150 000 hommes, à laquelle s’étaient joints 20 000 émigrés, s’avançait contre la France, sur toute la ligne de ses frontières, entre Dunkerque et la Suisse. Le 12 août, au lever du soleil les troupes légères prussiennes pénétrèrent sur le territoire français. Le ib, l’armée prussienne vient camper entre Sierck et Luxembourg, et le général Clairfayt, à la tête des Autrichiens, coupe la communication entre Longwy et Montmédy. Le 19 le maréchal Luckner résiste courageusement à une attaque de 22 000 Autrichiens à Fontoy. Le 23 août Longwy se rend après un bombardement de trois jours, Béaurepaire, qui défendait la place, indigné de la lâcheté du conseil de guerre, qui veut capituler, prend un pistolet et se fait sauter la cervelle. Le jeune et vaillant Marceau, qui voulait comme Beaurepaire s’ensevelir sous les ruines de la place, perd ses équipages, ses chevaux, son argent. Que voulez-vous qu’on vous rende ? lui demanda un représentant du peuple. — Un autre sabre pour venger notre défaite.

Le 2 septembre le duc de Brunswick prend possession de Verdun au nom du roi de France. L’armée d’invasion, réunie à Verdun, était forte de 80 000 hommes. Pressé de parvenir à son but, le roi de Prusse donne ordre, dès le lendemain, à cette armée de s’avancer à travers les plaines de la Champagne et de marcher droit sur Paris. Rien ne lui paraissait plus facile, il s’arrête cependant à quelques lieues de Châlons. Il s’arrête, il était arrivé au terme de son voyage qui devait être une suite de fêtes et de triomphes. Nous sommes parvenus à la première journée glorieuse que les Français virent briller, la journée de Valmy, matériellement peu importante, mais immense dans ses résultats, car elle sauva la France et fut le point de départ de toutes les immortelles campagnes qui suivirent.

Dumouriez était campé à une lieue en avant de Sainte-Menehould, sur un plateau peu élevé au-dessus des prairies à droite du chemin qui conduit à Châlons. Cette position était appuyée sur la droite à la rivière d’Aisne qui descend de Sainte-Menehould, des prairies marécageuses et un étang en couvraient la gauche. Une vallée étroite séparait le camp des hauteurs de l’Iron et de la Lune où campèrent les Prussiens. Entre ces deux élévations est un bassin de prairies d’où sortent quelques tertres dont le plus élevé est celui qui se trouve couronné par le moulin de Valmy. Deux petites rivières séparent cet espace, elles tombent dans l’Aisne, au-dessus et au-dessous de Sainte-Menehould, l’Auve est au sud et la Bionne est au nord ; le quartier général était placé à Sainte-Menehould à une égale distance du corps d’armée et de l’avant-garde commandée par le général Dillon. Sur la rive droite de l’Auve, un bataillon de troupes de ligne fut placé dans le château de Saint-Thomas. Vienne-le-Château, Moirmont et la Neuville furent occupés par trois autres bataillons et de la cavalerie. Le front du camp fut couvert de batteries qui découvraient le vallon dans tous ses prolongements. La gauche du camp se terminait sur le chemin de Châlons, la rive droile de l’Auve fut laissée à l’armée de Kellermann.

Kellermânn était arrivé le 18 septembre à Dampierre-le-Château et y avait reçu le soir une dépêche de Dumouriéz qui lui indiquait en arrière et sur la gauche une position excellente, formant équerre avec la sienne. Kellermann fait le lendemain passer le ruisseau d’Auve à ses troupes ; mais à peine fut-il rendu sur l’emplacement désigné par Dumouriez que, frappé de ses inconvénients, il courut à Sainte-Menehould pour faire observer au général en chef combien cette position est dangereuse. La gauche destituée d’appui, était soumise aux hauteurs qui descendent du moulin de Valmy ; la droite touchait à un étang qui gênait sa communication avec la gauche de l’armée de Sainte-Menehould. Le ruisseau d’Auve, seule retraite en cas d’échec, était trop rapproché des derrières du camp ; une armée fuyant en désordre devait y être embourbée. Si les deux armées étaient attaquées, elles devaient y être battues par le fait seul du désavantage du terrain. Le général Kellermânn prévient Dumouriez qu’il était décidé à repasser l’Auve le lendemain 20, à la pointe du jour ; mais il n’eut pas le temps de mettre son plan à exécution. L’ennemi instruit de son arrivée, et jugeant bien la difficulté de sa position, marchait déjà pour l’attaque.

Avant trois heures du matin, le 10 septembre, les Prussiens et les Autrichiens étaient déjà en mouvement et bientôt l’avant-garde prussienne, commandée par le prince de Hohenlohe-Singelfingen, rencontre celle du général Kellermann, sous les ordres du général Després-Crassier, établie en avant du village de Hans pour éclairer cette partie et couvrir la gauche de l’armée. L’attaque de l’ennemi fit connaître qu’il s’agissait d’une affaire sérieuse et non d’une escarmouche d’avant-postes, les coalisés voulaient en finir et écraser d’un seul coup les deux petites armées qui seules pouvaient s’opposer à leur marche.

L’avant-garde ennemie s’était portée directement sur Hans, entre la Bienne et la Tourbe, tandis que le gros de l’armée, remontant cette rivière, arrivait à Somme-Tourbe suivi des Autrichiens du général Clairfayt.

A la première nouvelle de l’attaque de son avant-garde, Kellermann avait ordonné de plier les tentes, de prendre les armes et de déblayer la route en arrière en faisant filer les équipages par le grand chemin de Sainte-Menehould. Il ne fallait pas songer à repasser l’Auve, le temps pressait ; l’avant-garde, vigoureusement attaquée, se repliait déjà sur l’armée. Kellermann prit aussitôt ses dispositions pour une bataille en règle.

Un brouillard épais empêcha jusque vers sept heures les deux armées de connaître leurs dispositions respectives ; lorsqu’il se fut un peu dissipé, l’artillerie commença à tirer de part et d’auire, et le feu se soutint avec vivacité, sans être fort meurtrier pour aucun parti. Vers dix heures, le général Kellermann, placé au centre de la ligne et occupé à étudier les manœuvres de l’ennemi, eut son cheval tué sous lui d’un coup de canon. Presque dans le même temps, des obus éclatèrent au milieu du dépôt des munitions et firent sauter deux caissons d’artillerie, dont l’explosion tua ou blessa beaucoup de monde. Alors le désordre se mit - dans cette partie de l’armée, les conducteurs s’enfuirent avec leurs caissons et le feu se ralentit, faute de munitions. Dans le même moment, une partie de l’infanterie opérait un mouvement rétrograde et allait rendre la confusion générale, mais Kellermann s’y portant de sa personne, parvint à lui faire reprendre sa première position.

Le duc de Brunswick voyant que le feu de son artillerie n’a pas réussi à ébranler les troupes françaises, veut essayer une attaque de vive force. Vers les onze heures, le feu de ses batteries redouble, il forme trois colonnes d’attaque soutenues par la cavalerie : les deux colonnes de gauche se dirigent sur le moulin de Valmy, la droite se refusant et se tenant en mesure. Ces attaques en ordre oblique étaient la tactique familière des Prussiens.

Kellermann dispose son armée en colonnes par bataillon ; quand elles sont formées, il les parcourt et leur adresse cette courte harangue : « Camarades, voilà le moment de la victoire ; laissons avancer l’ennemi sans tirer un seul coup de fusil, et chargeons-le à la baïonnette. »

L’armée, pleine d’enthousiasme et déjà aguerrie par une canonnade de quatre heures, répond aux paroles de son général par des cris multipliés de : Vive la nation ! Kellermann lui-même met son chapeau au bout de son sabre et répète : Vive la nation ! En un instant, tous les chapeaux sont sur les baïonnettes et un immense cri s’élève de tous les rangs de l’armée.

Ces mouvements, cet enthousiasme, annonçaient une armée qui brûlait de combattre ; l’ennemi s’étonne, ses colonnes s’arrêtent : "La victoire est à nous ! " cria Kellermann, et l’artillerie, dont le feu redouble, foudroie les têtes de colonnes prussiennes. Le duc de Bruswick donne le signal de la retraite, vaincu seulement par la résistance. Le feu continue jusqu’à quatre heures du soir. Encore une fois l’ennemi reforme ses colonnes et essaie une nouvelle attaque ; mais la bonne contenance de l’armée française, son ardeur manifestée par de nouveaux cris, suffit pour l’arrêter une seconde fois ; vers sept heures du soir, les coalisés rentrèrent dans leurs premières positions, laissant aux Français le champ de bataille jonché de morts.

Deux armées avaient assisté à ce combat sans y prendre part : celle de Dumouriez et celle de Clairfayt. Dumouriez avait fait toutes ses dispositions pour venir au secours de Kellermann en cas d’échec, ou pour prendre part à l’affaire si elle devenait générale. Clairfayt s’était contenté de montrer trois têtes de colonnes vers Valmy et Maffrievart pour tenir les Français dans l’incertitude et menacer en même temps la tête du camp de Sainte-Menehould et les derrières de la droite de Kellermann.

Le duc de Brunswick était si sûr de vaincre, qu’il avait cru pouvoir se passer de l’assistance efficace de Clairfayt et des Autrichiens.

Il y eut d’engagés à la bataille de Valmy 24 000 Français contre 100 000 Austro-Prussiens.. Dans cette journée, Kellermann avait sauvé la patrie et révélé aux Français le secret de leur valeur. C’en est fait, la coalition est vaincue sur ce point ; 80 000 ennemis, qui avaient marché comme en triomphe, s’arrêtent, saisis de crainte, et l’armée française qui, jusque-là, avait redouté son inexpérience, devant des soldats aguerris et disciplinés, s’aperçoit, avec bonheur, que le courage et le patriotisme peuvent la rendre redoutable, jusqu’au moment où la discipline viendra l’égaler d’abord, pour l’élever bientôt au-dessus de ces Prussiens et de ces Autrichiens si renommés.

Le 21 septembre, lendemain du combat de Valmy, la CONVENTION NATIONALE fut installée et la France déclarée REPUBLIQUE.

Ce même jour, 21 septembre, Kellermann, dont la position, malgré la retraite de l’ennemi, n’en était pas moins hasardée, s’établit sur les hauteurs de Voï-lemont, son front couvert par l’Auve et sa droite appuyée sur la gauche de Dumouriez. Le duc de Brunswick, ignorant la belle manœuvre de son adversaire, marcha à six heures du matin, pour attaquer l’ancienne position. Quelques volées de canon le firent hésiter, puis enfin le décidèrent à se retirer dans ses retranchements. On sait que les conséquences de cette bataille furent l’évacuation du territoire français par l’armée coalisée le 22 octobre suivant.

Kellermann fut depuis employé sous Custine qui réussit à le faire rappeler de son commandement (18 mai 1793). Il fut bientôt nommé à celui de l’armée des Alpes et de l’Italie ; mais Bonaparte le remplaça dans ce dernier commandement.

En 1799 il était inspecteur général de cavalerie. Il fut appelé, après le 18 brumaire, à faire partie du sénat dont la présidence lui fut décernée le 2 août 1801.

Dans les années suivantes il obtint successivement le cordon de grand officier, la dignité de maréchal, la sénatorerie de Colmar, le titre de duc de Valmy, et se trouvant à Paris le 1er avril 1814. il vota au sénat la déchéance de Napoléon, la création d’un gouvernement provisoire et fut compris dans la première organisation de la Chambre des Pairs. Pendant les Cent-Jours Kellermann n’accepta aucun emploi, et depuis la seconde Restauration il siégea parmi les défenseurs des libertés publiques à la Chambre des Pairs où son fils le remplaça. Il mourut le 23 septembre 1820, âgé de 86 ans. A cause de son âge avancé il n’avait plus commandé, de 1804 à 1813, que des armées de réserve ou des corps d’observation ; mais les Français avaient livré ou soutenu quarante-trois batailles ou combats sous son commandement.

Le cœur de Kellermann est déposé aux champs de Valmy et son corps au cimetière de l’Est.

KELLERMANN (FRANÇOIS ETIENNE)[modifier]

Fils du maréchal de ce nom, naquit à Metz (Moselle), en 1770.

Il commença sa carrière militaire, en entrant comme sous-lieutenant dans le régiment colonel-général hussards, qu’il quitta, pour suivre en 1791, le chevalier de Ternau, nommé ambassadeur aux États-Unis.

Rentré en France en 1793, il se rendit auprès de son père, qui allait reprendre le commandement de l’armée des Alpes et d’Italie ; devint son aide-de-camp, fit en cette qualité la campagne des Alpes, assista au siège de Lyon, et partagea la disgrâce de son père quand Robespierre le fit incarcérer à l’Abbaye.

De retour à Metz, auprès de son oncle, M. de Marbois, il fut mis lui-même en état d’arrestation pour avoir correspondu, au sujet de son père, avec la maîtresse de l’hôtel des Princes, laquelle avait eu la lâcheté de livrer sa correspondance à la police.

Interrogé par Barthélémy, maire de Metz, il exposa les faits avec franchise, soutint qu’il avait toujours été animé de sentiments patriotiques, et parvint à se justifier en invoquant un écrit qu’il avait publié à son retour d’Amérique, dans lequel il faisait le plus grand éloge des constitutions libres des États-Unis.

Mis en liberté quelque temps après, Kellermann se rendit à Grenoble, et réclama auprès des députés de la Convention, Albitte, Nioche, Dubois-Crancé, le commandement du bataillon des chasseurs des Hautes-Alpes, dont il était titulaire. Sur leur refus, il entra comme volontaire dans le 1er régiment de hussards.

Après l’élargissement de son père, il reprit le commandement de son bataillon qui se trouvait à cette époque à Cagliano, près du cap Vado, non loin de Savone, et peu de temps après les fonctions d’aide-de-camp avec le grade de chef de brigade.

Nommé adjudant-général il reçut l’ordre d’aller rejoindre le général en chef Bonaparte, qu’il suivit à Lodi, à Milan et à Pavie.

Passé ensuite à la division du général Masséna, il fut chargé, par ce général, de plusieurs reconnaissances,, et se trouva avec lui à Bassano, à Arcole, à Rivoli, et à la prise de Mantoue.

Au passage du Tagliamento, en l’an V, il fut blessé de plusieurs coups de sabre dans la charge qu’il exécuta avec le général Dugua.

Chargé d’aller présenter au Directoire les drapeaux conquis sur l’ennemi, il fut élevé au grade de général de brigade sur la demande formelle de Bonaparte.

Il n’avait alors que vingt-six ans.

Kellermann commandait l’avant-garde de la division Macdonald, à l’époque de l’entrée du général Mack en Italie ; et fit, sous les ordres de Championnet, cette immortelle campagne ou 15 000 Français dispersèrent 60 000 Napolitains, appuyés d’innombrables masses d’insurgés.

Placé en avant du village de Nepi, le 23 frimaire an VII(13 décembre 1798), il résista à la première colonne, qui l’attaqua avec résolution, et n’ayant avec lui que deux bataillons, trois escadrons de chasseurs et deux pièces d’artillerie légère, il parvint à mettre en déroute 8 000 hommes.

500 tués ou blessés, 15 pièces de canon, 30 caissons de munitions, 2 000 prisonniers, des étendards, 2,000 fusils, tous leurs bagages et effets de campement, furent les trophées de cette mémorable journée.

Cependant le général ennemi, déterminé à prendre sa revanche, marcha de nouveau contre Kellermann, qui avait à peine 600 hommes d’infanterie, 150 chevaux du 19e de chasseurs et 2 pièces de canon. Après avoir soutenu cette attaque avec sa bravoure accoutumée, il chargea la colonne napolitaine, la mit en fuite, s’empara de ses caissons, de ses équipages, du trésor de l’armée, puis arriva sous les murs de Rome, où il n’eût point hésité à pénétrer pour enlever le roi de Naples, s’il n’avait craint que les troupes du général Burkard, réunies à celles du comte Roger de Damas, émigré français, ne vinssent lui couper la retraite en se reformant derrière lui.

Voulant châtier Viterbe qui s’était révoltée, il se dirigea sur cette ville, et ayant rencontré sur sa route Roger de Damas à la tête de 6 000 hommes, il le défit et l’obligea à chercher son salut dans la fuite.

Privé de ces secours, Viterbe se rendit, et les Français, prisonniers depuis un mois dans cette ville, furent rendus à la liberté ; et Kellerman se dirigea vers Rome pour rejoindre l’armée qui était en marche sur Naples.

Dans cette expédition, Kellermann eut un engagement avec une bande de lazzaroni qu’il dispersa. Ayant aperçu, au milieu des fuyards, un homme qui cherchait à les rallier : « Voici un brave, » dit-il à ceux qui l’entouraient, « ce ne peut être un lazzarone, je veux savoir à qui nous avons affaire ; » Il déchargea aussitôt en l’air ses pistolets pour lui inspirer de la confiance, et s’écria en l’abordant : « Rendez-vous prisonnier. »

Ce guerrier était le comte Roger de Damas, et après lui avoir donné des marques d’intérêt, Kellermann le traita avec tous les égards dus à son rang, et lui permit de s’éloigner.

Arrivé le 4 pluviôse an VII sous les murs de Naples, le général en chef chargea Kellermann de se porter du côté de la mer pour s’emparer des forts del Ovo et de Castel Nuovo,,qu’il emporta à la baïonnette.

Il pénétra le premier au cœur de la ville avec un petit nombre d’hommes, s’empara du point central de résistance des lazzaroni, dit le Luogo degli Studj, dispersa cette troupe de rebelles et s’avança vers le château Saint-Elme pour délivrer les patriotes napolitains qui s’y étaient réfugiés. Le lendemain, il reçut l’ordre de descendre dans Naples pour prendre possession duchâteau de l’Œuf, le seul lieu fortifié qui ne fût point encore occupé par nos troupes.

Obligé de se rendre aux bains d’Aix en Provence, à la suite d’une violente névralgie, il y était depuis quelque temps, lorsque Bonaparte aborda miraculeusement à Fréjus. Il écrivit aussitôt pour demander à servir sous le jeune héros, et reçut de Berthier cette réponse : « Ah ! il est bien question d’un commandement d’armée ! » Le 18 brumaire et le Consulat ne tardèrent pas à donner l’explication de ces paroles.

Chargé, en l’an VIII, par le premier Consul, d’une brigade de grosse cavalerie à l’armée d’Italie, il combattit avec elle à Marengo.


Après que les divisions Lannes et Victor eurent été culbutées, et après la mort de Desaix qui commandait la réserve, la colonne ennemie s’abandonnait avec une ardeur inconsidérée à leur poursuite ; Kellermann, qui se trouvait dans un terrain embarrassé de vignes, déploie ses troupes parallèlement au front de l’ennemi, porte quelques escadrons en avant pour contenir un corps de cavalerie qui flanquait l’infanterie autrichienne, et, par un mouvement de conversion à gauche, il se jette sur le flanc de la colonne de grenadiers, y pénètre par les intervalles, et, en moins de cinq minutes, les soldats de Mêlas, culbutés, sabrés, demandent à mettre bas les armes.

Le général Kellermann décida par cette charge d’une des plus étonnantes victoires de nos annales militaires.

Général de division le 16 messidor an VIII, il reçut, le 23 vendémiaire an XII, la décoration de la Légion-d’Honneur, fut chargé d’une inspection de troupes à cheval de l’armée d’Italie, et reçut le commandement de la cavalerie lors de l’invasion du Hanovre.

En l’an XIV, il joignit la grande armée la veille de la bataille d’Austerlitz. La rapidité de ses mouvements ayant attiré le régiment des hulans du grand duc Constantin à travers nos bataillons, ce régiment périt presque entier fusillé à bout portant, et le général Essen, qui l’avait conduit, fut mortellement frappé.

En 1807 il fut chargé du commandement d’une division sous Junot,à l’armée expéditionnaire de Portugal. ’ Après la bataille de Vimeiro. qui ne fut pas à notre avantage, Junot réunit tous les généraux en un conseil de guerre dans lequel on examina la situation de l’armée française, il fut décidé que l’on tenterait une négociation avec les Anglais, attendu que l’on ne pouvait, avec 20.000hommes, se maintenir dans un pays en insurrection et en présence d’Une armée quadruple de la nôtre.

Le général Kellermann, en qui l’habileté ne le cédait point à la valeur, fut désigné pour remplir cette difficile mission.

En conséquence, il se rendit le 23 août au quartier général anglais, où il fut reçu par les généraux ennemis avec la plus grande distinction. On lui demanda d’abord s’il connaissait la langue anglaise. Quoiqu’il parlât fort bien cette langue, il répondit négativement, espérant surprendre le secret de la position de ses adversaires. Les interlocuteurs se retirèrent vers l’un des angles de la salle des conférences pour discuter les propositions, et Kellermann leur entendit prononcer distinctement ces paroles : « Nous ne sommes pas en bonne position ; il faut l’écouter d’autant plus favorablement que la flotte russe, mouillée dans le Tage, porte 10,000 hommes de débarquement qui pourraient prendre parti contre nous. Il profita de ces révélations-pour effrayer, déconcerter Wellington, et l’amener à conclure cette convention de Cintra tellement glorieuse pour la France, que l’Angleterre et l’Espagne en éprouvèrent la plus vive indignation.

Dès que le traité eut été ratifié, l’armée française s’embarqua, le 30 septembre, sur des vaisseaux anglais avec ses armes, ses munitions, ses bagages, et rentra tout entière dans la Péninsule un mois après en être sortie.

En 1809, il remplaça le maréchal Bessières dans le commandement en chef de l’armée septentrionale d’Espagne, et se joignit au corps du maréchal Ney en Galice, avec lequel il effectua l’invasion des Asturies, et battit l’armée réunie par le marquis de la Romana. Il combattit à Alba et à Tormès (Alba de Tormes, voir ci-après), où il remporta, huit jours après la bataille d’Ocaña, un avantage non moins décisif.

Le général Marchand ayant battu le duc del Parque, celui-ci, s’étant renforcé, s’avançait sur Salamanque avec une armée de 40,000 hommes. Le général Kellermann, informé de cet événement, abandonna toutes ses positions, excepté Valladolid, atteignit le 26 novembre l’avant-garde du duc del Parque au Carpio, et le força à se retirer sur Salamanque.

Le 28, à deux heures après midi, il joignit l’arrière-garde du corps espagnol, qui se repliait dans la direction d’Alba de Tormès, où le duc del Parque avait pris position.

Au moment où les colonnes ennemies se formaient, il se précipita sur elles avec sa redoutable cavalerie, en fit un affreux carnage, leur enleva leurs drapeaux, leur artillerie, et dispersa dans les bois, dans les vignes voisines, ceux qu’il ne put atteindre.

Destiné à faire partie de l’expédition de Moscou, le général Kellermann fut arrêté en chemin par une maladie grave lorsqu’il se rendait en toute hâte à la grande armée. En 1813 il fit la campagne de Saxe avec le corps du maréchal Ney, dont il commandait l’avant-garde au combat de Rippach.

A Lutzen, il soutint le premier choc de l’ennemi, fut blessé et eut trois chevaux tués sous lui.

A la bataille de Bautzen, il emporta, à la tête de l’avant-garde du maréchal Ney, le village de Klix, où il eut encore deux chevaux tués sous lui.

Enfin, à la bataille de Wachau, le 16 octobre, il culbuta, avec la cavalerie polonaise, la division des cuirassiers du général Lewachow ; mais, entraîné par son ardeur, il tomba au milieu de trois divisions de cavalerie autrichienne de réserve, qui le prirent en flanc, et, portant le désordre dans ses rangs, le forcèrent à se retirer sur les hauteurs de Wachau.

En 1814, à l’affaire de Mormant, il battit les troupes du comte de Pahlen, et s’empara de 11 pièces de canon, de 40 caissons et de 20,000 fantassins.

Au combat de Saint-Dizier, il contribua à mettre en déroute les colonnes de Winzingerode, qui eurent considérablement à souffrir des charges réitérées de notre cavalerie.

Après avoir adhéré aux actes du Sénat, il fut, par ordonnance royale du 6 mai 1814, nommé membre du conseil de la guerre pour la garde royale.

Inspecteur général pour l’organisation de la cavalerie dans les places de Lunéville et Nancy, le 1er juin, il reçut la croix de Saint-Louis le 2, et, le 23 de la même année, le grand cordon de la Légion d’Honneur.

Il commandait, lors du retour de l’île d’Elbe de l’Empereur, une division de cavalerie à l’armée que le duc de Berri devait opposer à Napoléon.

Membre de la Chambre des Pairs, pendant les Cent-Jours, Napoléon lui confia le commandement d’un corps, de grosse cavalerie, avec lequel il prit une part glorieuse à la campagne du mois de juin. Le maréchal Ney, que Napoléon avait chargé de combattre l’armée anglaise, était resté une partie de la journée sous l’influence d’une continuelle irrésolution. Si, dès dix heures du matin, il s’était porté sur la position des Quatre-Bras, occupée par la 3e division belge, nul doute qu’il n’eût écrasé cette division, et qu’il ne fût parvenu à faire subir le même sort aux autres corps de l’armée anglo-hollandaise qui s’avançaient isolément, harassés de fatigue, sur les chaussées de Nivelle et de Bruxelles. ( Vers midi seulement, le maréchal, sur de nouveaux ordres de l’Empereur, se mit en’marche, avec 14,000 hommes d’infanterie, 13,000 chevaux et 44 bouches à feu. Mais ce ne fut qu’à trois heures, et lorsque la canonnade de Ligny se fit entendre dans toute sa force, que les troupes du prince de la Moskowa abordèrent franchement l’ennemi. Alors le prince, résolu à frapper un coup énergique, dit àKellermann : « Allons, Général, l’Empereur est victorieux, écrasons les Anglais, rejetons-les sur la mer, et forçons-les de se rembarquer. » Kellerman lui fit observer qu’il avait bien peu de cavalerie pour obtenir un succès décisif (une partie de sa cavalerie faisait partie de la réserve laissée par le maréchal en arrière de Frasnes). Puis, voyant que le maréchal paraissait ne pas douter du succès, le duc de Valmy forme sa division de cuirassiers en colonne, se précipite sur le centre de l’armée anglaise et passe sur le ventre de plusieurs bataillons écossais.

Il se disposait à profiter des brillants avantages qu’il venait d’obtenir, quand il s’aperçut que le prince de la Moskowa n’avait pas ordonné un seul mouvement pour appuyer cette charge si vigoureuse.

Obligé dé rétrograder, il se fraie un passage à travers les ennemis, au milieu de la mitraille, et tombe avec son cheval qui venait d’être blessé à mort.

A l’aspect du danger que courait leur chef, le colonel Tancarville et quelques cuirassiers lui font un rempart de leurs corps, le tirent de cette position critique, et le suivent jusqu’à Charleroi, où s’étaient rendus en toute hâte les cavaliers victorieux de Kellermann, frappés qu’ils avaient été d’une terreur panique.

De retour à Paris, il fut chargé, quelque temps après, avec les généraux Gérard et Haxo, d’apporter à Louis XVIII la soumission de l’armée de la Loire. Après avoir hérité du titre de duc et de la pairie du maréchal son père, Kellermann est mort le 2 juin 1835 d’une affection de foie.

KHEVENHULLER MELSCH (FRANÇOIS DE SALLES, comte)[modifier]

Lieutenant-général autrichien, né le 3 octobre 1783. Il embrassa fort jeune la carrière des armes. Les services qu’il rendit et la bravoure dont il fit preuve en de nombreuses occasions rélevèrent rapidement aux premiers grades. Il a fait avec distinction plusieurs des grandes campagnes de l’Autriche contre la France, fut chargé de commandements importants et se fit surtout remarquer par son courage à la bataille de Wagram où il fut blessé.

Dans sa longue carrière militaire, le comte Khevenhuller s’est constamment distingué par son dévouement au service et au maintien de la discipline. Les soldats ont pour lui de l’attachement et du respect. Il a mérité et obtenu la confiance des empereurs François et Ferdinand.

Ministre plénipotentiaire de l’Ordre de Malte près de la Cour de Vienne, en 1832, il fut nommé en 1841 colonel propriétaire du régiment d’infanterie, n°35.

KIRGENER (JOSEPH)[modifier]

Baron de Planta, né le 8 octobre 1766 à Paris (Seine). Le 4 août 1793, il entra au service comme lieutenant dans le corps royal du génie et fit aussitôt partie de l’armée du Nord ; il dirigea pendant huit mois les opérations de son arme dans la place de Guise, et assista aux affaires de Cateau-Cambrésis, de Lesgruelles et de la Capelle. A la fin de 1793, il était depuis trois jours dans Bouchain, lorsqu’il fut arrêté comme suspect par ordre du Comité de salut public et conduit à Arras : sa détention dura quatre mois. Capitaine le 16 brumaire an II (6 novembre 1793), il retourna à l’armée du Nord et prit part au combat de Grandrang, au passage de la Sambre, aux sièges de Charleroi, de Landrecies, du Quesnoy et de Maëstricht, et fut désigné, à la fin de la campagne, pour prendre le commandement du génie dans la place de Landrecies.

Le 11 frimaire an III (1er décembre 1794), il devint chef de bataillon. Appelé à l’armée des côtes de Brest, il se signala à la bataille de Quiberon, où il eut le bras cassé d’un coup de feu. Le temps de sa convalescence, qu’il passa à Paris, fut utilement employé. Il assista au cours de l’École polytechnique, y perfectionna son instruction dans l’arme à laquelle il s’était voué et fit la campagne de l’an IV à l’armée du Rhin. Il se trouvait à Landau, dans les premiers mois de l’an V ; pendant le blocus de cette place, il assista au passage du Rhin, à la bataille de Neuwied et au blocus d’Ehreinbrestein dont il devait diriger le siège si la paix n’eût arrêté le cours de nos victoires.

Désigné en l’an V pour remplir les fonctions de chef d’état-major du génie, il dirigea les travaux exécutés à Boulogne par ordre du général Bonaparte, et fit ensuite partie de la seconde expédition d’Irlande, commandée par le général Hardy. Chargé d’une reconnaissance sur les côtes de la Grande-Bretagne, il prit part au combat qui eut lieu sur la côte du nord de l’Irlande, entre le bâtiment français "le Hoche" et cinq vaisseaux anglais. Fait prisonnier dans cette affaire, il rentra en France sur parole, après deux mois de captivité.

Le 1er prairial an VII (20 mai 1799), commandant du génie à Besançon, il y remplit, pendant six mois, les fonctions de directeur des fortifications. Après le passage du mont Saint-Bernard, il fut chargé de l’attaque du fort de Bard et assista volontairement au premier assaut livré à cette place. Resté devant ce fort, après le départ de l’armée, pour diriger les travaux de siège, il rejoignit l’avant-garde, porteur de la capitulation, le même jour qu’elle passait le Pô, à Pavie, en présence de l’ennemi, prit part au combat livré devant ce fleuve, et fit des prodiges de valeur aux batailles de Montebello et de Marengo. Après avoir rempli les fonctions de directeur du génie à Milan du 1er messidor au 1er thermidor, il reçut l’ordre de rentrer dans sa résidence, à Besançon, où il avait été nommé sous-directeur le 7 germinal. Il y reçut le 29 vendémiaire an IX (21 octobre 1802) le brevet de chef de brigade. Envoyé à l’armée des côtes de l’Océan en l’an XH, il fut nommé membre de la Légion d’honneur le i9 frimaire et officier de cet ordre le 25 prairial même année. A la fin de l’an XIII, les troupes de l’expédition d’Angleterre ayant reçu l’ordre de se porter sur le Rhin, le colonel Kirgener fut employé au 5" corps de la Grande Armée, commandé par le maréchal Lannes, obtint le 4 nivôse an XIV (25 décembre 1805) le grade de général de brigade, et se distingua au passage du Danube, à Lintz, au combat de Saint-Polten, à l’affaire d’Hollabrunn et à la bataille d’Austerlitz.

Les campagnes de 1806 et 1807 ne furent pas moins brillantes pour lui : il assista à celle d’Iéna, au combat de Golymin et à la bataille d’Eylau ; il dirigea les travaux d’investissement de la place de Graudenz, et fut chargé d’une partie des attaques dirigées contre les fortifications de Dantzig. Napoléon, sur le compte qui lui fut rendu par le maréchal Lefebvre de la conduite distinguée du brave Kirgener, pendant toute la durée de ce siège mémorable, lui conféra le titre de baron de l’Empire. Déjà il avait reçu, le 26 mai 1807, le cordon de commandeur de la Légion d’honneur. Employé en Espagne en 1808, il prit part aux batailles de Cardeden et de Molino del Rei, les 16 et 21 décembre de 1808, et au combat de Wals le 25 février 1809. Le général Kirgener quitta la Péninsule quelques mois après, et se rendit, à l’armée du Nord pour y diriger les travaux du génie de l’expédition de l’île de Walcheren. Le 1er janvier 1810, l’Empereur lui confia le commandement du génie de sa Garde et le nomma colonel de ce corps. Employé peu de temps après aux travaux du Helder, il eut en même temps le commandement de l’île de Texel.

Il fut nommé général de division le 13 mars 1813 à l’issue de la campagne de Russie. Le 22 mai 1813, à sept heures du soir, après le combat de Reichenbach, il fut tué dans le village de Markersdorf d’un coup de boulet qui lui traversa le corps à la hauteur de la ceinture ; le même projectile venait d’emporter le duc de Frioul. L’armée perdit, dans la personne du général Kirgener, l’un de ses officiers du génie les plus distingués, Napoléon, l’un de ses plus fidèles serviteurs.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

KIRMANN (FRANÇOIS-ANTOINE, baron)[modifier]

Né le 2 octobre 1768, à Bischoffsheim (Bas-Rhin), servit d’abord comme hussard dans le régiment colonel-général, du 2 juillet 1785 jusqu’au 1er mars 1793, époque à laquelle il passa comme maréchal-des-logis dans le 20e régiment de chasseurs, où il fut nommé maréchal-deslogis chef, sous-lieutenant et lieutenant le ler avril, 6 juin de la même année et 11 brumaire an II.

Il fit toutes les campagnes de la Révolution de 1792 à l’an IX aux armées du Nord, des Ardennes, de Sambre-et-Meuse, de Rhin-et-Moselle, d’Allemagne, de Belgique et du Rhin, et s’y fit remarquer par sa bravoure chevaleresque.

Capitaine, le 1er messidor an II (19 juin 1794), il se distingua, le 8 (26 juin 1794) du même mois, à la bataille de Fleurus, où il fut blessé d’un coup de feu à la mâchoire inférieure. Le 2 prairial an VIII (22 mai 1800), au combat d’Erbach, le. capitaine Kirman reçut l’ordre du général Decaen de se porter, avec le ler escadron, devant le château d’Erbach ; il y soutint pendant plus d’une heure une vive canonnade qui lui fit perdre 3 hommes et 8 chevaux. L’artillerie, placée à la gauche du village de Delmesingeh, se trouvait compromise ; le général envoya Kirmann pour la soutenir. A peine avait-il pris position que l’ennemi, fort environ de 800 hommes, tenta contre lui une charge vigoureuse afin de s’emparer des pièces. Kirmann soutint valeureusement ce choc, leur tua ou blessa un grand nombre d’hommes, en fit quelques uns prisonniers, et eut, dans cette affaire, son cheval blessé sous lui. Quelques instants après, il se porta sur le village de Delmesingen,. occupé par un bataillon d’infanterie ennemie, chargea intrépidement cette colonne, forte d’environ 500 hommes, la traversa seul sabrant à droite et à gauche, lui enleva son drapeau et lui fit mettre bas les armes. Il poursuivit, en outre, jusque sous les pièces ennemies un peloton de réserve de cavalerie et lui tua un grand nombre d’hommes. Dans la soirée, il chargea avec une quarantaine d’hommes un corps de 600 cavaliers ennemis, traversa seul la colonne à deux reprises différentes, tua cinq Autrichiens, en blessa huit, et après les avoir culbutés et forcés de passer le Danube, il revint avec 12 prisonniers. Ce fut dans cette dernière charge qu’il eut un second cheval tué sous lui d’un coup de feu.

Le 25 frimaire an IX (16 décembre 1800), à l’affaire de Neumarck, Kirmann reçut l’ordre du général Richepanse de charger, à la tête du régiment, sur l’infanterie autrichienne. IL exécuta cet ordre avec tant de promptitude et de précision qu’il culbuta les Autrichiens, les mit en déroute, et fit, dans cette circonstance, 1 500 prisonniers. Il fut blessé d’un coup de feu qui lui emporta l’annulaire de la main gauche. Le Premier consul, informé de la brillante conduite de cet officier, lui décerna un sabre d’honneur le 19 fructidor an IX (6 septembre 1801).

Employé à l’armée des côtes de l’Océan en l’an XII et en l’an XIII, et compris comme membre de droit dans la 5° cohorte de la Légion d’honneur, il en fut nommé officier le 25 prairial an XII (14 juin 1804).

Passé à la Grande Armée, il fit, avec sa bravoure accoutumée, les guerres d’Autriche, de Prusse et de Pologne de l’an XIV à 1807, et entra comme capitaine dans les chasseurs à cheval de la Garde impériale le 8 mai 1807. Chef d’escadron le 10 septembre 1808, dans le même régiment, il prit le commandement de la compagnie de Mameluks qui y était attachée, et c’est à la tête de ce corps qu’il fit les campagnes de 1809 en Allemagne, de 1810 et 1811 en Espagne, sous les ordres du général Dorsenne. Créé chevalier, puis baron de l’Empire, il prit part à l’expédition de Russie comme major chef d’escadron des chasseurs à cheval de la Garde, et se distingua dans tous les combats qui eurent lieu pendant cette guerre mémorable, notamment le 24 octobre 1812, à la bataille de Malo-Jaroslawitz, où il fut blessé d’un coup de biscaïen à la hanche gauche.

Pendant la campagne de Saxe, le commandant Kirmann se fit encore remarquer par sa bravoure extraordinaire. Le 18 octobre 1813, à la bataille de Leipzig, il fut blessé d’un coup de sabre sur la joue gauche, qui lui brisa toutes les dents de la mâchoire supérieure, d’un autre coup de sabre sur la tête et de plusieurs coups de lance dans le ventre.

En 1814, il prit part à tous les faits d’armes qui furent comme les derniers, adieux de cette troupe d’élite dont les annales conserveront toujours le souvenir. Conservé à son corps, après la Restauration, il se trouva aux batailles de Charleroi, de Ligny et de mont Saint-Jean en 1815, et donna partout les plus grandes preuves de courage et de dévouement.

Licencié et proposé pour la retraite le 2 novembre 1818, il se retira à Rosheim (Bas-Rhin) où il fut autorisé à toucher sa pension par ordonnance royale du 23 mars 1816.

KLÉBER (JEAN BAPTISTE)[modifier]

Né à Strasbourg en 1754. Son père était terrassier-maçon ; Kléber fut élevé par un curé de village.

Il étudia l’architecture sous l’architecte Chalgrin, entra ensuite à l’École militaire de Munich ; lieutenant dans le régiment de Kannitz, où il resta depuis 1772 jusqu’en 1783. Inspecteur des bâtiments de la haute Alsace. Adjudant-major d’un bataillon de volontaires au commencement de la Révolution. Adjudant-général au siège de Mayence, général de brigade, général de division en 1794, général en chef de l’armée française en Égypte, en remplacement de Bonaparte. Vainqueur d’Héliopolis, assassiné au Caire par le Syrien Soliman, le 14 juin 1801.

Kléber n’avait jamais commandé en chef ; il avait servi à l’armée de Sambre-et-Meuse comme, général de division, sous les ordres de Jourdan. Tombé dans la disgrâce du Directoire, il vivait obscurément à Cbaillot, quand Napoléon, en novembre 1797, arriva de Radstadt, après avoir conquis l’Italie, dicté la paix sous Vienne et pris possession de Mayence. Kléber s’attacha à son sort et le suivit en Égypte. Il s’y comporta avec autant de talent que de bravoure, et s’acquit l’estime du général en chef qui, après Desaix, le tenait pour le meilleur officier de son armée. Il s’y montra des plus subordonnés, ce qui étonna les officiers de son état-major, accoutumés à l’entendre fronder et critiquer les opérations à l’armée de Sambre-et-Meuse. Il témoigna une grande admiration de la belle manœuvre de la bataille du mont Thabor, où le général en chef lui sauva l’honneur et la vie. Quelques semaines après, il marchait à la tête de sa division à l’assaut de Saint-Jean-d’Acre ; Napoléon lui envoya l’ordre de venir le joindre, ne voulant pas risquer une vie si précieuse dans une occasion où son général de brigade le pouvait remplacer.

Quand le général en chef prit le parti d’accourir en Europe, au secours de la République, il pensa d’abord à laisser le commandement à Desaix ; ensuite, à amener avec lui en France Desaix et Kléber, et enfin, il résolut d’emmener le premier, et d’investir le second du commandement (Napoléon à Sainte-Hélène) a Kléber


était le talent de la nature, celui de Desaix était entièrement celui de l’éducation et du travail. Le génie de Kléber ne jaillissait que par moments, quand il était réveillé par l’importance de l’occasion, et il se rendormait aussitôt après au sein de la mollesse et des plaisirs.

Après le départ du général en chef pour la France, Kléber, qui lui succéda, circonvenu et séduit par les faiseurs, traita l’évacuation de l’Égypte ; mais quand le refus des ennemis l’eut contraint de s’acquérir une nouvelle gloire, et de mieux connaître ses forces, il changea tout à fait de pensée et devint lui même partisan de l’Égypte. Il ne s’occupa donc plus que de s’y maintenir ; il éloigna de lui les meneurs qui avaient dirigé sa première intention, et ne s’entoura plus que de l’opinion contraire. L’Égypte n’eut jamais couru de dangers s’il eût vécu : sa mort seule en amena la perte (Mémorial de Sainte-Hélène)

Or Kléber était doué du plus grand talent ; mais il n’était que l’homme du moment. Il était d’habitude un endormi ; mais dans l’occasion, il avait le réveil du lion. Il cherchait la gloire comme la seule route aux jouissances ; d’ailleurs, nullement national, il eût pu sans effort servir l’étranger. Il avait commencé dans sa jeunesse, sous les Prussiens, dont il demeurait fort engoué.


a Kléber était un homme superbe, mais de manières brutales ; la sagacité des Égyptiens leur avait fait deviner qu’il n’était pas Français. Au milieu de.ses soldats, il semblait le dieu Mars en uniforme.

Kléber tomba victime du fanatisme musulman. Rien ne peut autoriser en quoi que ce soit l’absurde calomnie qui essaya d’attribuer cette catastrophe à la politique de son prédécesseur ou aux intrigues de celui qui lui succéda. (Mémorial de Sainte-Hélène.)

Caffarelli, qui pouvait porter sur Kléber un jugement désintéressé, disait de lui : « Voyez-vous cet Hercule, son « génie le dévore ! »

Les restes de Kléber, rapportés à Marseille, étaient oubliés dans le château d’If, lorsque Louis XVIII ordonna, en 1818, qu’ils fussent transférés dans sa ville natale, qui les reçut avec gratitude et vénération. Ils reposent dans un caveau construit au milieu de la place d’armes, et au-dessus duquel Strasbourg et la France entière ont fait élever une statue eu bronze, inaugurée le 14 juin 1840.

Quelques paroles de Kléber achèveront de le peindre.

A Torfou (19 septembre 1793) il a en tête 20 000 Vendéens contre les 4 000 hommes qu’il commandait. Il dit au capitaine Schwardin : « Prends une compagnie de grenadiers, arrête l’ennemi, devant ce ravin ; tu te feras tuer, mais tu sauveras tes camarades. — Oui, mon général, répond l’officier. » Il part. Ses grenadiers et lui périssent tous à leur poste ; mais l’armée est sauvée."

A Savenay, les commissaires de la Convention veulent l’obliger d’attaquer pendant la nuit. « Non, dit Kléber, les braves gens n’ont rien à gagner en combattant dans les ténèbres ; il est bon de voir clair dans une affaire sérieuse, et celle-ci doit se passer au grand jour. » La bataille se donne (22 décembre 1795). Ce fut un massacre de 60 000 Vendéens ; il s’en échappa 5 à 6 cents. Les Nantais offrent à Kléber une couronne de laurier. « C’est aux soldats plutôt qu’aux généraux, dit un commissaire, que sont dus les lauriers. — Nous avons tous vaincu, s’écrie Kléber avec fierté, je prends cette couronne pour la suspendre aux drapeaux de l’armée. »

Le 24 février 1800, il signa avec le commodore anglais, Sidney-Smith, une convention honorable pour l’évacuation de l’Égypte. L’amiral Keith ne veut la ratifier qu’à condition que l’armée française mettra bas les armes et se rendra prisonnière. Kléber, indigné, s’écrie, en montrant le manifeste à l’armée : "Soldats ! on ne répond à cette lettre que par des victoires, préparez-vous à combattre". dit-il et gagna la bataille d’Héliopolis.

KLEIN (DOMINIQUE LOUIS ANTOINE, comte)[modifier]

Né en 1759 à Blamont (Meurthe) d’une famille riche. Il servit dans la maison du roi ; lieutenant d’infanterie en 1790, adjoint-général dans un régiment de chasseurs à cheval à Fleurus (armée du Nord), il s’y distingua particulièrement, ainsi que dans toutes les affaires qui suivirent. Général de brigade à l’armée de Sambre-et-Meuse, il s’y fit l’émule de gloire de l’adjudant-général Ney, se couvrit de gloire à Wurtzbourg, à Bamberg où il entra, emporté par son ardeur, avec 50 dragons, sabra les impériaux qui voulaient s’emparer de lui et parvint à sortir de la ville. Au combat de Weilbourg (septembre 1796) il déploya la plus rare valeur, et à la bataille de Newied (avril 1797) il enleva avec ses dragons une position importante, détruisit le régiment de hussards de Barco et fit un grand nombre de prisonniers.

Il fut nommé en récompense général de division, devint le chef d’état-major de Masséna, commanda l’avant-garde et attaqua le premier à Zurich ; il commanda ensuite la cavalerie sur le Rhin, devant Kelh, et suivit Moreau dans sa marche sur Vienne.

Rentré en France, on lui donna la 1ère division de dragons dans la Somme. Grand officier de la Légion d’honneur à la création, il alla combattre sous Murat à la Grande Armée. Après la bataille d’Iéna, il occupait, avec une division de dragons, le village de Weissensee, seul débouché ouvert à Blücher. Celui-ci arrive en effet, s’étonne de trouver le général Klein dans cette position et lui jure qu’un armistice vient d’être conclu. Klein le croit, le laisse passer avec 7 000 hommes et apprend trop tard qu’on l’a trompé. Furieux, il jure de se venger, charge dès le lendemain les Prussiens avec fureur, les taille en pièces et leur prend dix drapeaux, 1 000 hommes et un officier général.

Depuis, en Pologne et en Allemagne, 1806 et 1807, Klein se rendit terrible aux ennemis par ses charges de cavalerie.

Le général Klein fut appelé au Sénat en 1807 et prit part à ses délibérations jusqu’en avril 1814. Il vota la déchéance de Napoléon, ne prit point de service pendant les Cent-Jours et fut créé pair de France à la seconde Restauration.

L’Empereur lui avait fait épouser mademoiselle d’Aremberg, fille de la comtesse d’Aremberg, dame d’honneur de l’impératrice Joséphine. Il l’avait nommé en outre gouverneur du palais impérial. Mort le 2 novembre 1845, dans sa 86e année.

KOLOMBESKI (JEAN)[modifier]

Né à Ostrowa (Pologne) le 1er mars 1730, entra au service de France comme volontaire, au régiment de Bourbon-Infanterie, en 1774, à l’âge de 44-ans.

Nommé caporal en 1790, à l’âge de 60 ans, il fit toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire dans différents régiments d’infanterie, et fut incorporé, en 1808, dans le 8e régiment de la Vistule.

Blessé en 1814, il entra à l’hôpital de Poitiers, et en sortit bientôt après pour être placé en subsistance au 2e régiment d’infanterie légère.

Le 11 octobre 1814, il fut admis dans la 1ère compagnie de sous-officiers sédentaires ; puis en 1846 à la 5e compagnie de sous-officiers vétérans. Les trois dernières de ces compagnies venant d’être supprimées par décision récente du ministre de la Guerre, Ko-lombeski fut mis en subsistance au 61e de ligne, reçut une pension de retraite, décret du 17 mai 1850, et le ministre autorisa son admission aux invalides.

Kolombeski a donc plus de cent vingt ans, il compté 75 années et demie de service et 29 campagnes. Il jouit d’une bonne santé, est assez fort et bien constitué, et ne paraît pas avoir plus de 70 à 80 ans.

Il montait encore sa garde et faisait le même service que ses camarades à la 5e compagnie de sous-officiers vétérans. Lors d’un voyage du roi Louis-Philippe à Dreux, où se trouvait cette compagnie, il lui fut présenté, et le prince, prenant sa propre décoration, la lui mit sur la poitrine.

C’est le plus étonnant exemple de longévité que l’on ait vu peut-être dans l’armée.

KOSCIUSZKO (THADEE)[modifier]

Issu d’une famille ancienne et noble, naquit le 12 février 1746 à Siehniwicze, dans le Palatinat de Brzesc-Litewski.

Il avait fait ses premières études à Varsovie, à l’école des Cadets. Ayant mérité une place parmi les quatre meilleurs élèves, on l’envoya achever son éducation dans les pays étrangers. Il habita la France pendant quelques années. De retour en Pologne, il entra dans le service. Bientôt il s’embarqua pour le Nouveau-Monde, prit part à la guerre d’Amérique et devint l’adjudant de Washington. Cette guerre achevée il revint dans sa patrie, et lorsqu’elle voulut rétablir sa nationalité, après la promulgation de la constitution du 3 mai 1791, il reprit du service avec le grade de major-général de l’armée que commandait Joseph Poniatowski. Ses prodiges de valeur et d’habileté à Dubienka rendirent, dès ce jour, son nom sacré à ses compatriotes. La soumission de Stanislas, ayant fait manquer l’entreprise d’affranchissement, Kosciwszko donna sa démission et partit pour la France, où la Convention lui accorda le titre de citoyen français. La nouvelle insurrection de la Pologne le rappela aux combats. Il fut investi par l’acclamation générale d’une autorité absolue dont il n’abusa point. Il déploya un courage admirable à Wraclawice, à Szakocing et sous les murs de Varsovie. Blessé à Macyowice, le 4 octobre 1794, il fut jeté dans un cachot par ordre de Catherine. Quand il eut recouvré sa liberté, la Pologne était captive. Il vint demeurer auprès de Fontainebleau et se livra à l’agriculture. Napoléon voulut en vain s’en servir comme instrument politique dans la campagne de Russie. Après l’occupation de la France par les armées étrangères, Kosciwszko erra en Europe, et la mort le surprit dans la Prusse, sur les frontières de France, le 5 octobre 1817.

Ses cendres reposent à Varsovie sous un mausolée.

KUTUSOFF-SMOLENSKOI (MICHEL LAVRIONOWICH GOLENUCHEFF)[modifier]

Feld-maréchal des armées de Russie, né en 1748, fut élevé à Strasbourg, entra au service à 16 ans, et parvint aux premiers emplois militaires par des actions d’éclat. Général-major en 1784, il assista en 1788 au siège d’Oczakoff, y fit preuve d’une grande fermeté, et fut dangereusement blessé dans une sortie vigoureuse que fit la garnison turque. Il eut ensuite une grande part à la prise d’Is-majlovy, en 1790, et fut nommé en 1791 lieutenant-général, puis chargé du commandement d’un corps d’armée placé entre le Pruth, le Dniester et le Danube ; à la paix avec les Turcs, il obtint le commandement de l’Ukraine et fut employé dans plusieurs négociations diplomatiques, tant sous le règne de Catherine que sous celui de Paul Ier. Devenu gouverneur militaire de Pétersbourg à l’avènement d’Alexandre, il fut appelé au commandement de l’armée qui se réunit aux Autrichiens en 1805. C’est, dit-on, contre son avis que fut livrée la bataille d’Austerlitz. Après la paix de Presbourg, Kutusoff prit le commandement de l’armée, destinée contre les Turcs, remporta sur eux plusieurs avantages signalés et dicta Jes conditions de la paix conclue à Bucharest le 16 mars 1812. A cette époque il fut élevé aux dignités de prince, de président du conseil d’État et de feld-maréchal. La guerre ayant bientôt éclaté. entre la France et la Russie, Kutusoff, après avoir évité quelque temps un engagement décisif avec Napoléon, se déçida enfin à livrer la célèbre bataille de Borodino ou de la Moskova, après laquelle l’armée russe, en se retirant, ouvrit aux Français la route de l’ancienne capitale des Moscovites. Lors de la retraite de Moscou, les combats du Dorogobon et de Krasnoïe, où le nombre écrasa la valeur, valurent à Kutusoff le surnom de Smolenskoï et le grand cordon de Saint-Georges. Ce feld-maréchal commandait encore l’armée russe au commencement de 1813 ; mais atteint d’une maladie sérieuse, suite de ses campagnes, il mourut à Buntzlau en Silésie le 6 avril 1813, laissant la réputation d’un des généraux les plus distingués de l’armée russe. Il avait conservé dans sa vieillesse une grande énergie et savait ajouter à la bravoure du soldat par le stimulant des idées religieuses. Cependant, il faut l’avouer, le vainqueur des Turcs ne se trouva pas en 1812 à la hauteur des hommes de guerre qu’il eut constamment en tête.

J Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 L