Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/M

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L Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 N


Sommaire

MACDONALD (ÉTIENNE-JACOUES-JOSEPH-ALEXANDRE)[modifier]

duc de Tarente, naquit à Sancerfe, département du Cher, le 17 novembre 1765, d’une famille écossaise venue en France à la suite des Stuarls. Il entra, en 1783, comme lieutenant dans le régiment de Dillon ; cadet dans le 87e infanterie en 1787. A Jemmapes, il fut fait colonel de l’ancien régiment de Picardie ; puis bientôt après général de brigade.

Ce fut lui qui, en 1795, ouvrit, sous Pichegru, la campagne contre la Hollande, en passant le Vahal sur la glace sous le feu des batteries hollandaises, et en s’emparant des vaisseaux ennemis à la tête de son infanterie. Ce fait militaire, sans exemple dans l’histoire, lui valut le grade de général de division.

Après avoir servi aux armées du Rhin et d’Italie, il fut nommé gouverneur de Rome et des États de l’église. En 1799, quand les Français évacuèrent Rome, il fit avec gloire la campagne contre les armées alliées. Il livra la bataille de la Trébia qui dura trois jours, battit une armée de 50,000 hommes avec 35,000, reçut plusieurs blessures et réussit à faire sa jonction avec le général Moreau. Il commandait à Versailles lors du 18 brumaire an VIII, et seconda puissamment Bonaparte. Après la bataille de Marengo et la campagne des Grisons. Macdonald fut envoyé en Danemark comme ministre plénipotentiaire jusqu’en 1803. A son retour, il reçut le titre de grand officier de la Légion-d’Honneur.

Disgracié lors de l’affaire de Moreau, qu’il défendit, ce ne fut qu’en 1809 qu’il reprit le commandement d’une division en Italie.

C’est à Wagram qu’il fut fait maréchal, après avoir enfoncé le centre de l’armée ennemie que protégeaient 200 pièces de canon.

A son retour à Paris, en 1810, il fut créé duc de Tarente, et alla prendre le commandement d’un corps d’armée en Espagne. En 1812 il commanda le 10° corps en Russie. En 1813 il prit part, d’une manière glorieuse, aux batailles de Lutzen, de Bautzen et de Leipzig. Là, il passa à la nage l’Elster, ou périt Ponia-, towski, et assista, le 30 octobre, à la bataille de Hanau. Pendant la campagnede 1814., il commanda l’aile gauche de l’armée, et assista à Fontainebleau à l’abdication de Napoléon, à laquelle il contribua beaucoup.

Le 4 juin 1814, le duc.de Tarente fut nommé membre de la Chambre des Pairs. .

Dans la nuit du 19 au 20 mars 1815, il partit de Paris avec Louis XVIII, et, après l’avoir accompagné jusqu’à Menin, il revint à Paris, refusa tout emploi de Napoléon, et fit son service dans la garde nationale comme simple grenadier.

Au retour des Bourbons, le duc de Tarente reçut la triste mission de licencier l’armée de la Loire. En 1812, il fut nommé grand chan-cellier de l’ordre de la Légion-d’Hon-neur, dignité qu’il conserva jusqu’en 1831.

Il est mort le 24 septembre 1840, dans son château de Courcelles, près de Gien (Loiret), âgé de 75 ans, laissant un fils âgé de 15 ans. Les paroles prononcées par Napoléon à Sainte-Hélène ont une haute valeur, surtout lorsqu’elles concernent des hommes dont il pouvait avoir à se plaindre ; il a dit : « Macdonald avait Une’grande loyauté. »

MACKAU (ANGE-RENE-ARMAND, baron de)[modifier]

né à Paris en 1788, fut élevé dans la même institution que Jérôme Bonaparte, et s’embarqua sous ses ordres sur le vaisseau le Vétéran, en qualité de novice matelot. Au- retour de cette campagne dans l’Atlantique et la mer des Antilles, sa conduite et ses connaissances acquises lui valurent le grade d’aspirant.

Il fit ensuite une longue croisière sur la frégate FHortense commandée par M. Baudin qui, ayant été promu au grade de contre-amiral, s’attacha M. de Mackau et le garda près de lui jusqu’en 1810.1 A cette époque, M. de Mackau passa comme second sur le brick l’Abeille. A son retour d’une mission en Corse, l’Abeille rencontra l’Alacrity, brick de dimensions et de forces supérieures, et lui livra un des plus glorieux combats qui aient marqué le déclin de l’empire. Après avoir vu tous ses officiers mis hors de combat, quinze hommes de son équipage tués et vingt blessés, YAlacrity se rendit ; elle fut traînée en triomphe à Bastia par son jeune vainqueur. Napoléon récompensa ce beau début par la croix d’honneur et le commandement du bâtiment capturé.

Après plusieurs autres combats glorieux. M. de Mackau fut nommé, en 1812, capitaine de frégate, il avait vingt-quatre ans.

Sous la Restauration, il sollicita et obtint des missions importantes à Bourbon, à Madagascar, etc., etc. ; il donna de précieux renseignements sur cette dernière et intéressante possession. En 1819, il fut nommé capitaine de vaisseau et envoyé au Sénégal pour recueillir des lumières

utiles sur la double question de l’établissement et de la traite des noirs.

En 1821, il obtint le commandement de la Clorinde, frégate de 58 canons, sur laquelle il parcourut l’Océan Pacifique, et alla étudier les nouveaux États de l’Amérique du Sud. Ce fut lui qui fut choisi pour aller faire accepter à Haïti l’ordonnance d’affranchissement du 17 avril 1825. Successivement appelé à la direction du personnel et au conseil d’amirauté au moment où se préparait l’expédition d’Alger, il y montra une fermeté de volonté et une puissance d’application dont le département de la marine a gardé le souvenir.

En 1831, M. de Mackau reprit la mer pour commander l’escadre des Dunes réunie au moment où la guerre entre la Belgique et la Hollande menaçait la politique européenne des plus graves complications. Cette escadre transporta la garnison d’Anvers de Dunkerque à Fles-singue. Rentré à Cherbourg, M. de Mackau fut nommé au commandement de la station des Antilles. C’était au moment de l’insulte dont le consul deFrance, M. Adolphe Barrot, venait d’être l’objet. Après avoir fait connaître au gouvernement delà Nouvelle-Grenade les réparations qu’exigeait le gouvernement français, et en avoir éprouvé un premier refus, M. de Mackau prépara ses moyens d’action en attendant les dernières instructions de Paris ; près d’une année s’écoula. Enfin les ordres reçus lui ayant accordé la plus grande latitude, il partit de la Martinique avec cinq bâtiments de la station et le consul outragé, arriva à l’imprcviste sous Carthagène, força la passe de Boca-Chica, et se plaça de manière à pouvoir prendre à revers les forts de la seule entrée de ce magnifique port, puis il renoua les négociations et obtint les plus complètes réparations.

Après avoir rendu à la marine d’autres services importants, l’amiral fut chargé d’aller inspecter nos établissements de pêche à Saint-Pierre et Miquelon, et sur l’île de Terre-Neuve. Il était à peine de retour en France lorsque la rupture avec les États-Unis devint imminente. Il fallait prendre des mesures pour couvrir nos établissements et notre commerce aux Antilles et dans l’Atlantique : M. de Mackau fut nommé commandant en chef des forces navales aux Antilles et gouverneur de la Martinique ; mais la guerre, comme on sait, fut évitée. M. de Mackau, en quittant son gouvernement de la Martinique, emporta les regrets de tous. Sur la route, la frégate la Terpsichore, sur laquelle il se trouvait avec toute sa famille, fut assaillie par une horrible tempête, et resta plusieurs jours en perdition sur les côtes de l’Irlande. Dans ces graves circonstances, il prit le commandement supérieur de la frégate, et, secondé par le commandant, l’état-major et l’équipage, il parvint à conduire la Terpsichore dans le port de Cork en Irlande.

En 1843, M. de Mackau fut chargé du portefeuille de la marine qu’il conserva quelque temps, et où il rendit de véritables services.

MACORS (FRANÇOIS-ANTOINE-JOSEPH-NICOLAS, baron)[modifier]

général de division. Il y avait, dans le petit pays de Liège, une famille que l’on disait appartenir à la noblesse, et qui émigra en France (la cause en est ignorée) à la fin du XVIIe siècle ou au commencement du XVIIIe. C’est de cette famille que naquit F.-A.-J.-N. Macors, à Benfelden (Bas-Rhin), le 7 décembre 1744.

Il s’engagea comme hussard dans le régiment de Nassau, le 1er novembre 1759. Ayant quitté ce corps, on ne sait ni pourquoi ni comment, il s’engagea une seconde fois en qualité de canonnier, dans la brigade de Loyauté en 1760.

Nommé lieutenant en premier au régiment d’Auxonne-Artillerie en 1765, il devint sous-aide-major le 14 décembre 1767, aide-major en 1772, capitaine en second en 1778, capitaine de canonniers le 17 octobre 1784, major du régiment d’artillerie des colonies le 1er novembre suivant ; il reçut le grade de lieutenant-colonel et la croix de Saint-Louis le 12 du même mois. Il adopta les principes de la Révolution, et fut promu colonel du 4e régiment d’infanterie de la marine le 1er juillet 1792. Enfin, il servit dans la Vendée en 1793, y commanda l’artillerie dans la partie Est, y fut nommé général de brigade par les représentants du peuple Bourdon et Fontenay, et fut confirmé dans ce grade par arrêté du comité de salut public, le 21 ventôse an III. Général de division en l’an VIII, il eut, le 1er pluviôse, une inspection générale d’artillerie, puis le commandement de l’artillerie aux armées de Batavie et gallo-bataves, et enfin au camp de Saint-Omer le 15 fructidor an XI.

Nommé membre et commandant de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, l’Empereur le classa parmi les électeurs du département de l’Ourthe, et l'éloigna de l’armée en l’appelant au commandement de la place de Lille.

En 1814, il adhéra aux actes du Sénat ; il fut mis à la retraite le 24 décembre de la même année.

Grand officier de la Légion-d’Honneur en 1815, et fait baron le 6 août 1817, le général Macors est mort le 13 juin 1825.

MAGNAN (BERNARD-PIERRE)[modifier]

né à Paris, le 7 décembre 1791.

M. Magnan débuta dans la carrière des armes comme soldat au 66e de ligne, le 29 décembre 1809. Il obtint ses premiers MAG ( 2 grades dans le même régiment, et fut successivement sergent le 1er janvier 1810, sergent-major le 7 octobre suivant, sous-lieutenant le 20 juillet 1811, lieutenant le 8 février 1813, et capitaine ’le 6 septembre de la même année.

Passé dans les tirailleurs de la garde impériale (1er régiment), le 13 janvier 1814, il fut nommé capitaine adjudant-major au 6e régiment d’infanterie de la garde royale le 23 octobre 1815, et breveté chef de bataillon de la ligne le 6 septembre 1817. Le 8 août 1820 il passa comme chef de bataillon au 34e de ligne, lieutenant-colonel au 60e de ligne le 20 novembre 1822, colonel du 49e le 21 septembre 1827, et maréchal de camp le 31 décembre 1835.

Il fut promu au grade de générai de division le 20 octobre 1845.

M. le général Magnan commande depuis le 14 juillet 1849, la 4e division militaire (Strasbourg), et réunit à ce commandement celui des troupes stationnées dans la première subdivision (Bas-Rhin). Il avait été en mission en Belgique du 17 avril 1832 au 30 juin 1839, puis avait commandé pendant six ans le département du Nord.

M. Magnan a fait avec distinction les campagnes de 1810, 1811,1812 et 1813 en Espagne, en Portugal, celles de 1814 et 1815 en France et en Belgique ; il fut blessé d’un coup de biscaïen au bas ventre, à Craonne, le 7 mars 1814. En 1823, il fit la campagne d’Espagne, celle d’Afrique en 1830, de Belgique en 1832, et de 1846 en Algérie.

Créé chevalier de la Légion-d’Honneur le 23juin 1813, officier le 20 mars 1820, et commandeur le 15 novembre 1835, il fut nommé grand officier le 23 juin 1849.

Charles X l’avait créé chevalier de Saint-Louis le 1" novembre 1825, et, en 1823, il avait reçu le cordon de Saint-Ferdinand d’Espagne (2e classe).

MAGON (CHARLES-RENE)[modifier]

contre-amiral, naquit à Paris le 12 novembre 1763. Nommé aspirant de marine en septembre 1777, il n’avait pas atteint sa quatorzième année.

En 1778, il était embarqué sur le vaisseau la Bretagne, comme garde de la marine. Le 27 juillet, il prenait part au combat d’Ouessant, et il s’y conduisait bien. Il passa sur le Solitaire en 1780, avec le grade d’enseigne, et, du 17 avril au 19 mai, trois combats eurent lieu entre l’escadre du comte de Guichen, dont il faisait partie, et celle de l’amiral Rodney.

L’année suivante, embarqué sur le Ca-ton, il se mesurait encore trois fois avec l’ennemi, les 28,29 avril et 5 septembre.

Le 17 avril 1782, le Caton se trouva de nouveau aux prises avec les Anglais ; mais, moins heureux cette fois, il tomba en leur pouvoir. Magon rentra en France après cinq mois de captivité, et fut envoyé dans les mers des Indes sur la frégate la Surveillante ; cette campagne dura quinze mois.

Il fut nommé lieutenant de vaisseau le 1er mai 1786, et chargé au mois de novembre suivant du commandement de la frégate l’Amphitrùe, et alla reprendre aux Anglais l’île de Diégo-Garcia. A son retour, il passa successivement comme second sur les frégates la Driadeetle Pandour, avec lesquelles il navigua encore dix-huit mois dans les mers de l’Inde et de la Chine.

En 1791, il fut chargé d’aller porter aux établissements français dans l’Inde la nouvelle des grands événements accomplis en son absence et d’y faire arborer le drapeau tricolore. Il commandait alors la frégate la Minerve ; il la quitta, eR 1792, pour passer sur la Cybèle, avec laquelle il fit dans l’Inde une nouvelle campagne d’un an. Ce fut lui qui, malgré la présence d’une escadre anglaise, parvint à informer le gouvernement de Pondichéry du commencement des hostilités entre la France et l’Angleterre.

Étranger jusqu’alors aux commotions politiques de la métropole, il en reçut le contre-coup en l’an II, à l’Ile-de-France, où il était en relâche avec sa frégate. La Société populaire le fit arrêter et le traduisit’en jugement. Son innocence ayant été reconnue, la faveur revint aussi rapidement qu’était arrivée la disgrâce ; nommé commandant de l’artillerie volante, il fut attaché au gouverneur de la colonie comme aide-de-camp maritime. Le contre-amiral Sercey, qui arrivait d’Europe en l’an IV, apportait à Magon sa nomination de capitaine de vaisseau, en date du Î2 pluviôse an III. Dans ce moment, il était à la tête de toutes les forces navales de l’Inde ; il remit ce commandement au contre-amiral qui le fit reconnaître comme commandant en second. Le 23 fructidor, la division française eut, avec les vaisseaux anglais l’Arrogant et le Victorieux, un engagement auquel Magon prit une part glorieuse ; il commandait alors la Prudente.

Après diverses autres missions dans les iners de l’Inde, il reçut l’ordre d’escorter en Europe deux vaisseaux de la compagnie des Philippines, richement chargés. Le consul d’Espagne lui offrit, au nom de la compagnie, une magnifique armure, en reconnaissance des services qu’il avait rendus. Cependant, son pays le traitait moins favorablement. A son arrivée à Paris, il apprit sa destitution ; on l’avait, en son absence, accusé de participation au renvoi des agents Baco et Burnel, embarqués de vive force par les ordres de l’assemblée coloniale de l’Ile-de-France. L’amiral Bruix obtint sa réintégration, et quelques mois après, il fut élevé au grade de chef de division. Employé d’abord à Paris à la réorganisation de la marine, puis à l’inspection

des ports, il fut rendu, en l’an IX, au service actif, premièrement à bord du vaisseau l’Océan, ensuite à bord du Mont-Blanc, qui faisait partie de l’armée navale ’ destinée, sous les ordres de l’amiral Villaret, à l’expédition de Saint-Domingue.

Chargé, avec quatre vaisseaux et deux frégates, de réduire le fort Dauphin, Magon s’en empara avec tant de rapidité et de succès, que le général en chef Le-clerc lui conféra immédiatement le grade de contre-amiral. « Cette nomination, disait l’amiral Villuret dans son rapport, lui a été décernée par le vœu unanime de l’armée, et je ne doute pas que le gou-nement ne la confirme : » elle le fut, en effet, au mois de ventôse an X.

En l’an XII, l’amiral Bruix appela Magon à Boulogne, et lui confia le commandement de l’aile droite de la flottille. Les 19 frimaire et 25 prairial de la même année, il avait été nommé membre et commandeur de la Légion-d’Honneur.

L’année suivante, il alla avec sa division, composée des vaisseaux l’Algésiras et l’Achille, et de la frégate la Didon, rallier aux Antilles l’armée navale aux ordres de l’amiral Villeneuve.

Le 29 vendémiaire an XIII, il était avec lui à Trafalgar. Son pavillon flottait sur l’Algésiras ; il commandait la 2edivision du corps de réserve sous les ordres de l’amiral Gravina. Engagé avec le vaisseau anglais le Tonnant, de 80 canons, Magon fut tout d’abord grièvement blessé au bras et à la cuisse. Cependant, ilconti-nuait à faire bravement son devoir. Un biscaïen le’ frappa à la tête et le tua. C’était son douzième combat : il était âgé de 42 ans.

MAISON (NICOLAS-JOSEPH)[modifier]

maréchal de France, né à Épinay, le 19 décembre 1770, s’enrôla comme volontaire le 22 juillet 1792, fut capitaine dix jours après, et se signala à la bataille de Jetnmapes.

Dénoncé et destitué en 1793, il se justifia, fit la campagne de 1794 à l’armée du Nord et se trouva à la bataille de Fleurus.

Attaché ensuite, jusqu’en 1797, à la division Bernadotte, Maison devint chef de bataillon et déploya partout la même valeur.

Nommé en 1799 adjudant-général et premier aide-de-camp deBernadotte, alors ministre de la guerre, il fut chargé d’une mission à l’armée du Rhin, et sabra près de Manheim les hussards de Szecklers qui inquiétaient la cavalerie française. En 1800, il fut blessé presque mortellement au village de Schout (Hollande) en repoussant un corps d’Anglo-Russes.

En 1805, il rejoignit le 1er corps de la grande armée et cueillit sa part des lauriers d’Austerlitz. Général debrigade en 1806, il fit la campagne de Prusse et assista à la bataille d’Iéna. Peu après, ce fut Maison qui traversa le premier la Saale pour culbuter le prince de Wurtemberg et pénétra ensuite dans Lu-beck.

En 1807, il fut nommé chef de l’état-major général du 1er corps et fit la campagne que termina la paix de Tilsitt.

L’année suivante, il passa en Espagne et se distingua à la bataille d’Espinosa. A l’attaque de Madrid, il eut le pied droit fracassé par une balle, ce qui l’obligea de rentrer en France. En 1809, lors du débarquement des Anglais en Hollande, il était à Anvers avec le prince de Ponte-Corvo. Puis, après l’évacuation de l’île de Walkeren, il commanda successivement à Berg-op-Zoom, à Rotterdam et au camp d’Utrecht. Lors delà guerre de Russie, sa belle conduite dans plusieurs affaires le fit nommer général de division. Dans la retraite, il déploya autant de zèle que d’habileté.

En 1813, Maison, à la tête du 5e corps, battit les Prussiens à Mockern et prit la

ville de Halle. Ce fut lui qui, le jour même de la bataille de Lutzen, marcha sur Leipzig, s’en empara et empêcha l’ennemi de détruire les ponts del’Elster. A Bautzen, avec deux régiments, il repoussa les charges combinées de six colonnes de cavalerie et les mit en déroute. Il fut blessé à la bataille de Wa-chau et à celle de Leipzig. En janvier 1814, il commandait le 1er corps chargé de couvrir la Belgique. Il défendit quelque temps, malgré une grande infériorité numérique, les approches d’Anvers. Son intention était de se porter sur la capitale, à marches forcées ; et déjà il s’était dirigé sur Valenciennes pour attaquer les Saxons, lorsqu’il apprit à Quié-vrain l’abdication de l’Empereur. Il conclut alors un armistice et gagna Lille, d’où il envoya son adhésion au nouveau gouvernement.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis, Pair de France et grand cordon de la Légion-d’Honneur.

Au 20 mars 1815, Maison qui venait d’être nommé gouverneur de Paris, crut devoir accompagner Louis XVIII en Belgique.

A la seconde Restauration, il prit le commandement de la Indivision ; passa en 1816 à la 8e, ce qui n’était nullement une disgrâce. L’Empereur l’avait fait baron et comte, les Bourbons le firent marquis en 1816, et Charles X lui confia en 1828 le commandement de l’expédition de la Morée. A son retour, il reçut le bâton de maréchal. Mais toutes ces faveurs n’altérèrent pas le caractère vraiment indépendant, du maréchal Maison. — En 1830, il accepta de Louis-Philippe la mission de se rendre avec MM. Odilon Barrot et de Schonen auprès des princes déchus pour les décider à quitter la France.

Nommé ministre des affaires étrangères le 4 novembre, il fut bientôt nommé à l’ambassade de Vienne, puis à celle de Saint-Pétersbourg en 1833.

En 1835, il se chargea du portefeuille de la guerre, le garda un peu plus d’une année et mourut à Paris le 13 février 1840.

a Ses manœuvres autour de Lille, dans la crise de 1814, avaient attiré mon attention, et l’avaient gravé dans mon esprit. »

{Jugement de Napoléon sur Maison.)

MAISONFORT (MAXIMILIEN, DUBOIS DESCOURS, marquis de )[modifier]

fils du marquis de Maisonfort, ministre de France en Toscane, ancien intendant général, député du Nord, naquit en 4792. Louis XVIII l’avait fait nommer chevalier de Malte en 1807. Entré au service de Russie en 1808 et envoyé comme sous - officier guide en Moldavie, il y gagna tous ses grades contre les Turcs, jusqu’en 1812. Il s’était distingué à la bataille deRissovatet àSchoumla. Après l’affaire de Kalipétri, il reçut l’ordre de Sainte-Anne, une épée d’honneur en or à Silistri, le ruban de Saint-Wladimir à la prise de Lowtcha dans le Balkan.

Il fut peu après employé au cabinet topographique de l’Empereur, puis attaché à l’ambassade de Stockholm, et il suivit Bernadotte en Allemagne et en Da-nemarck. Nommé chevalier de Saint-Louis en février 1814, il quitta le service de Russie comme major le 30 mai, et entra comme sous-lieutenant (lieutenant-colonel) aux Gardes du corps, compagnie de Gramont.

En 1822, il fut décoré de la Légion-d’Honneur, puis attaché au maréchal de Bellune qui le chargea de plusieurs missions importantes.

Nommé lieutenant des Gardes du Corps et colonel le 6 août 1823, il fut fait officier de la Légion-d’Honneur en 1827, aide-major avec rang de maréchal de camp en juin 1829, Eu 1830, il fit partie

du cadre de réserve de l’état-major général.

Rerais en disponibilité en 1838, il commanda le département des Hautes-Alpes (7e division militaire) et fut nommé dans la même année au commandement de la 2’ brigade d’infanterie de la division active des Pyrénées-Orientales.

MALET (CHARLES-FRANçois)[modifier]

né à Dôle, le 28 juin 1754, d’une famille noble de Franche-Comté. Entré fort jeune dans la lre compagnie des Mousquetaires, il revint dans sa famille après le licenciement de la maison du roi. S’étant prononcé en faveur des idées nouvelles, il commanda le 1er bataillon que son département envoya aux frontières ; sa valeur et ses talents militaires le firent promptement élever au grade de général de brigade. Championnet et Masséna le citent honorablement dans plusieurs rapports. En 1805, il participa aux succès de Masséna qui le nomma gouverneur de Pavie.

Malet s’était montré hostile à Bonaparte dès le Consulat ; on dit, qu’en l’an IX, commandant le camp de Dijon, il avait projeté d’arrêter le premier Consul à son passage dans cette ville ; mais les opinions hautement professées par Malet, son caractère sombré et indépendant expliquent assez la disgrâce dans laquelle il tomba. Distrait de l’armée active, envoyé à Bordeaux pour commander le département, il vote contre le Consulat à vie. On le relègue aux Sables d’Olonne, là il fait éclater une opposition encore plus vive ; en vain, essaie-t-on de le gagner en lui envoyant le titre de commandeur de la Légion-d’Honneur : il répond à M. de Lacépède, grand chancelier de l’Ordre :

« Citoyen, j’ai reçu la lettre par laquelle vous m’annoncez la marque de ; onliance que m’a donnée le grand Conseil de la Légion-d’Honneur. C’est un encouragement à me rendre de plus en plus digne d’une association fondée sur l’amour de la patrie et de la liberté. »

Quelque temps après, Napoléon se fait proclamer Empereur. Voici la lettre de félicitations que lui adressa Malet :

« Citoyen premier Consul, nous réunissons nos vœux à ceux des Français qui désirent voir leur patrie heureuse et libre. Si un empire héréditaire est le seul refuge contre les factions, soyez empereur, mais employez toute l’autorité que votre suprême magistrature vous donne pour que cette nouvelle forme de gouvernement soit constituée de manière à nous préserver de l’incapacité ou de la tyrannie de vos successeurs, et qu’en cédant une portion si précieuse de notre liberté, nous n’encourions pas un jour de la part de nos enfants, le reproche d’avoir sacrifié la leur. »

En même temps, il écrit au général de division Gobert :

« J’ai pensé que, lorsqu’on était forcé par des circonstances impérieuses de donner une telle adhésion, il fallait y mettre de la dignité et ne pas trop ressembler aux grenouilles qui demandent un roi. »

Et il envoie sa démission.

On a dit aussi que Malet appartenait à la société des Philadelphes ; il est au moins certain qu’il ourdit une. conspiration en 1808, pendant que l’Empereur était en Espagne. Trahi par un de ses [ complices, il fut arrêté et 55 personnes i avec lui ; mais au lieu de lui infliger la ’ peine capitale, on se contenta de le retenir dans une prison d’État ; et bientôt ■ cette captivité fut adoucie au point de n’être plus qu’une détention dans une maison de santé à la barrière du Trône.

Cette détention durait depuis quatre ans lorsque cet esprit sombre, entreprenant, conçut, dans l’ennui de sa prison, le hardi projet de tenter une révolution à lui seul, sans autre moyen qu’un cri funèbre dont il devait faire retentir tout Paris. Ce cri, c’était : VEmpereur est mort.

Le grand éloignement de Napoléon, son expédition aventureuse au fond de la Russie, l’irrégularité et l’interruption fréquente des courriers avaient préparé les esprits. De graves inquiétudes circulaient dans Paris, et le conspirateur avait calculé toutes les chances qu’un premier moment de stupeur pourrait donner à qui saurait oser.

Au mois d’octobre 4812, le régiment de la Garde de Paris et quelques cohortes de la Garde nationale mobilisée formaient la garnison de la capitale. Le régiment de la Garde de Paris avait la même destination que l’ancien guet de cette ville, un service sédentaire ; il se composait en grande partie de jeunes soldats enrôlés avant l’âge pour éviter la conscription et presque tous mariés. C’était une espèce de gendarmerie à pied. Dans la campagne de Prusse, on avait cependant dirigé ce régiment sur Dantzig. Il redoutait une seconde campagne, et la promesse de la paix générale devait le séduire. Elle devait plaire également à la dixième cohorte formée d’hommes échappés aux précédents tirages, et qu’une mesure récente avait arrachés à leurs foyers, lorsqu’ils se croyaient définitivement libérés. Les cohortes étaient commandées par de vieux officiers républicains, réformés à cause de leurs opinions, au commencement de l’Empire, et rappelés plus tard faute d’autres.

Que ferait-on, se dit Malet, si l’on apprenait tout à coup que Napoléon est mort à 600 lieues de sa capitale ? point de Conseil de régence, rien n’a été prévu ; le Sénat s’assemblerait aussitôt. Je le rassemblerai ; le Sénat ferait une proclamation, je la.rédigerai et la ferai adopter. »

Sautant à pieds joints sur les confidences, sur les associations, sur les délibérations, les hésitations et les lenteur, qui sont l’écueil ordinaire des conspirations, il avait pourvu à lui seul aux préliminaires de l’action. Toute la conspiration élait dans sa tête ; ce qu’un Comité de conjurés aurait tenté de faire ; il le suppose fait, ce que des intelligences dans les principaux corps de l’État auraient pu lui procurer, il le suppose obtenu. Les décrets qu’il aurait fallu arracher au Sénat, il les a dans son portefeuille. En vertu de ces décrets, le gouvernement impérial est aboli ; un gouvernement provisoire le remplace. Le général Malet, chargé du commandement militaire de Paris, se chargera des mesures d’exécution.

Ce gouvernement provisoire sera composé de MM. Mathieu de Montmorency, Alexis de Noailles, général Moreau, vice président, Carnot, président, maréchal Augereau, Bigonnet, ex - législateur, comte Frochot, préfet de la Seine, Florent Guyot, ex-législateur, Destutt de Tracy, général Malet, vice-amiral Tru-guet, Volney, sénateur, Garrat, sénateur.

Malet avait préparé des instructions pour tous les hommes qui devaient être ses complices sans le savoir. Ce travail préparatoire fut’immense, puisqu’il fallait remettre à chaque acteur un peu important, outre ses instructions particulières, des copies de sénatus-consulte et des proclamations. Dès qu’un rôle était complètement préparé, la dépêche était close, cachetée, numérotée et portée chez un prêtre espagnol qui demeurait rue Saint-Gilles, près la caserne de la 10e légion.

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, échappant aux faibles consignes sous lesquelles il était détenu, Malet risque l’aventure. Cette nuit doit suffire pour lui procurer tout ce qui lui manquait encore : complices, troupes, argent et autorité.

Revêtu de son uniforme de générai de brigade, il se présente d’abord à la prison de la force, et, par de faux ordres, en fait sortir les généraux Lahorie et Guidai ; il leur annonce que l’Empereur est mort le 7 octobre devant Moscou, que le Sénat a pris des mesures et qu’il faut marcher. Lahorie et Guidai le suivent.

Ils se transportent devant une caserne ; la troupe était plongée dans le plus profond sommeil. Malet parle en maître, fait battre le tambour, et réveille chefs et soldats avec sa nouvelle fatale, Y Empereur est mort. Tenant à la main les prétendus décrets du Sénat, il ordonne qu’on prenne les armes. Le soldat ne raisonne pas, il obéit ; diverses colonnes sont aussitôt mises en mouvement, et le plan s’exécute.

Un détachement commandé par Lahorie se dirige sur l’hôtel du duc de Ro-vigo, ministre de la police, en surprend l’entrée, enlève le ministre et le conduit à la prison de la Force ; un autre détachement s’empare du préfet de police et le met également en lieu de sûreté ; une troisième colonne marche sur l’Hôtel— de-Ville, et la troupe prend position sur la place de Grève, tandis que ses commandants se font remettre la clef du tocsin Saint-Jean, appellent le préfet Frochot, et font préparer, par ses soins, la salle que le gouvernement provisoire doit venir occuper.

Le jour commençait à poindre, et déjà la nouvelle de la nuit avait produit son effet. Tout Paris s’était réveillé consterné. La mort de l’Empereur n’a pas trouvé un incrédule ; chacun se renferme dans sa maison ; ce n’est qu’à la dérobée qu’on ose jeter un coup d’œil inquiet sur le parti révolutionnaire qui s’empare de la ville. Encore une heure de succès et l’action du gouvernement allait être paralysée dans ses principaux ressorts. Mais ce qu’un homme obscur a fait à force d’audace, un homme obscur va le déjouer avec un peu de bon sens et beau-coupd’énergie.

Malet n’avait rien eu de plus pressé que d"aller s’installer au quartier général de la place Vendôme, qui lui offrait toutes les facilités désirables pour jouer.son rôle de commandant ; D’un coup de pistolet, il avait cru se débarrasser du général Hullin ; il allait disposer des officiers d’état-major, des bureaux, des cachets, et ses ordres, portés désormais par des ordonnances, ne pouvaient plus manquer d’être reconnus dans toutes les casernes ; mais un officier de la police militaire qui se trouvait là, lé chef de bataillon Laborde a reconnu dans le nouveau général du Sénat l’ancien prisonnier Malet ; il ne veut rien croire de ce qu’un tel homme annonce, se jette sur lui, le désarme et le fait rentrer en prison.

Dès ce moment la conspiration est arrêtée. C’est un corps dont le cœur a cessé de battre. Les troupes, honteuses du rôle qu’on leur a fait jouer, se laissent facilement ramener dans leurs casernes, et l’ordre est aussitôt rétabli.

Tel est l’exposé de cette tentative hardie, incroyable, qui faillit renverser un magnifique échafaudage de gloire et de puissance. Le plan de Malet était habilement combiné, il avait trouvé le côté faible du gouvernement impérial, et si bien calculé les conséquences de l’obéissance passive, que le prisonnier, à peine libre, remplace l’Empereur. Dans cette déroute du pouvoir, le nom du roi de Rome ne fut pas même prononcé ; chacun ne songea plus qu’à soi. Au bruit de la mort de l’Empereur, le talisman s’était brisé ; Malet a révélé un secret fatal, celui de la faiblesse de la nouvelle dynastie.

Les généraux Malet, Guidai et Laho-rie, traduits le 29 octobre 1812 devant un conseil de guerre, furent fusillés le

30 dans la plaine de Grenelle. Plusieurs malheureux officiers que les chefs avaient entraînés furent condamnés avec eux. L’Empereur déplora cette rigueur et la promptitude avec laquelle on l’avait, exercée. C’est une fusillade, c’est du sang, s’écria-t-il à la nouvelle du jugement, •quelle impression cela va faire en Francel Ce fut à la hauteur de Mikalewka, et le 6 novembre, qu’une estafette, la première qu’on eût reçue depuis dix jours, vint appor.ter la nouvelle de cette étrange conspiration. A peine arrivé à Paris, Napoléon fit venir i’Archichancelier, et dès qu’il l’aperçut, il courut à lui l’œil enflammé de colère : « Ah ! vous voilà, lui dit-il d’une voix tonnante ; qui vous a permis de faire fusiller mes officiers ? Pourquoi m’avez-vous privé du plus beau droit du souverain, celui de faire grâce ; vous êtes bien coupable ! »

« La célèbre affaire de Malet était, en petit, mon retour de l’île d’Elbe, ma caricature. Cette extravagancene fut, au-fond, qu’une véritable mystification : c’était un prisonnier d’État, homme obscur qui s^échappe pour emprisonner à son tour le préfet, le ministre de la police, ces gardiens de cachots, ces flaireurs de conspirations, lesquels se laissent moutonnement garrotter. C’est un préfet de Paris, le répondant né de son département, très-dévoué d’ailleurs, mais qui se prête, sans la moindre opposition,aux arrangements de réunion d’un nouveau gouvernement qui n’existe pas. Ce sont des ministres nommés par les conspirateurs, occupés de bonne foi à ordonner leur costume, et faisant leur tournée de visites, quand ceux qui les avaient nommés étaient déjà renlrésdans les cachots ; c’est.enfin toute une capitale, apprenant au réveil l’espèce de débauche politique de la nuit, sans en avoir éprouvé le moindre inconvénient. Une telle extravagance ne pouvait avoir absolument aucun résultat. La chose eût-elle en tout réussi, elle serait tombée d’elle-même quelques heures après ; et les conspirateurs victorieux n’eussent eu d’autre embarras que. de trouver à se cacher au sein du succès. » ( Napoléon à Sainte-Hélène. )

MANDEVILLE (EUGENE-AUGUSTE-DAVID, de)[modifier]

né à Avesnes, le 11 juin 1780, fut appelé sous les drapeaux, à 17 ans, par la réquisition.

Quoiqu’il eût fait de bonnes études à l’ancien collège militaire de Tyron, il ’ n’était que simple haut-le-pied dans les charrois de l’armée d’Italie, lorsque le général Grouchy, chargé de l’organisation militaire de l’armée piémontaise, lui conféra le grade de sous-lieutenant à l’état-major.

Plus tard, aide-de-camp des généraux Bellavène et Clarke, il fit avec distinction les campagnes de Prusse et de Pologne, et se fit remarquer principalement le 5 juin 1807, au combat de Gutt-stadt. Dans cette affaire, le 59e de ligne, dont il commandait alors une compagnie, dut à la fermeté de son chef la conservation d’un grand nombre d’hommes dispersés par une fausse marche, et qu’il réunit dans un poste où il se défendit tout le jour, quoique atteint d’un coup de feu ’à l’épaule.

Créé légionnaire à cette occasion, M. de Mandeville servit en Espagne en 1808 et 1809, et fut nommé dans le cours de la campagne de 1813, colonel du 149e de ligne.

Officier de la Légion-d’Honneur et général de brigade au 5e corps, après les revers de Leipzig, il tomba au pouvoir de l’ennemi et ne rentra en France qu’en septembre 1814.

Pendant les Cent-Jours, Napoléon lui confia le commandement des gardes nationales de l’arrondissement de Saverne, avec lesquelles il coopéra à la défense du cours du Rhin. Envoyé sous la Restauration dans le département des Vosges, le général de Mandeville y resta employé jusqu’en 1829.

Admis à la retraite en 1831, il s’était retiré à Saverne où il a terminé sa carrière le 28 janvier 1850.

MANHÉS (CHARLES-ANTOINE, comte)[modifier]

né le 4 novembre 1777, d’un procureur au présidial d’Aurillac (Cantal). Il fit un commencement d’études au collège de cette ville. Envoyé à l’École du Mans avant l’âge de quinze ans, sa première arme fut l’artillerie. Nommé sous-lieutenant en avril 1795, au 3e bataillon du Cantal, devenu 26e de ligne, il fit les campagnes de l’an III et de l’an IV à l’armée de Rhin-et-Moselle, sousPichegruet Hatri, et celle des ans V, VI et VII, sous Kellermann, Scherer, Bonaparte et Jou-bert. Il assista au siège de Luxembourg et se conduisit bravement à la bataille de Novi, où il fut grièvement blessé.

Nommé lieutenant le ’24 décembre 1799, il fit en Italie les campagnes de l’an VIII et de l’an IX, sous Champion-net, Moreau, Masséna et Berthier.

Le 2 janvier 1802 (an X), le général Milhaud, son oncle, le prit comme aide-de-camp ; il le suivit pendant les campagnes de 1802 à 1806. Il se trouva à la bataille d’Austerlhz, et y eut un cheval tué sous lui. Napoléon l’avait décoré en janvier 1805.

Nommé capitaine en juin 1806 et chef d’escadron en avril 1807, il devint aide-de-camp du grand duc de Berg (Murât) et le suivit en Espagne en 1808. M. Man-hès fut chargé de conduire le prince de la Paix en France, à travers mille périls, mais sous bonne escorte. Lorsque Murât fut désigné par Napoléon pour occuper le trône de Naples, M. Manhès le suivit dans son royaume et ne tarda pas à en recevoir des marques d’une faveur peu commune. Chevalier de l’ordre des Deux-Siciles, il fut nommé colonel et maintenu dans ses fonctions d’aide-de-camp du roi. Le 4 septembre 1809 il reçut sa nomination de général de brigade, et celle de Commandeur de l’ordre. royal des Deux-Siciles le 19 août 1810.

Le roi Joachim ayant résolu de détruire le brigandage dans la Calabre, le général Manhès reçut une mission spéciale à cet effet et débuta par des mesures tellement terribles qu’au premier abord on les crut seulement dictées pour jeter l’épouvante, mais les faits ne tardèrent pas à parler, et de grandes cruautés furent commises, qui ramenèrent la sécurité de ce pays en étouffant le brigandage, mais qui donnèrent à Manhès une réputation de violence et de dureté. Il reçut de nouvelles récompenses à la suite de sa mission qui dura six mois ; Joachim le fit lieutenant-général (25 mars 1811), lui donna une dotation dans la Calabre avec le titre de comte,wpuis lui confia le commandement des 2e, Ac et 5° divisions territoriales avec pleins pouvoirs de haute police, puis enfin premier inspecteur général de gendarmerie (février 1812).

En 1813, Joachim voulut se défaire des Carbonari et chargea encore Manhès de cette mission de colère, et ce général s’en acquitta avec la même inflexibilité. Pour prix de ce service il fut nommé grand dignitaire de l’ordre des Deux-Siciles.

En 181 i. lorsque Joachim eut signé un traité avec l’Autriche, un décret du grand juge renvoyait dans leur patrie tous les Français au service du roi de Naples. Le général Manhès refusa d’obéir. Le 17 mars 181S, Joachim déclara la guerre à l’Autriche, et M. Manhès fut chargé d’un commandement. Après l’affaire de Tolentino (3 mai), qui coûta la couronne à Murât, la reine fit partir de Naples sa sœur Pauline, le cardinal Fesch

et sa mère madame Letizia. Manhèsn’at-tendit pas l’issue des événements ; il fit fréter un bâtiment et s’embarqua, le 19 mai, avec papiers et pavillon anglais. Il arriva à Marseille où commandait Brune ; le 14 octobre il se rendit à Paris d’où on le renvoya à Aurillac. Ses offres de service aux Bourbons furent agréés ; il fut maintenu au service et fut. nommé, en 1827, inspecteur général de gendarmerie. Il était à Paris pendant les trois journées de 1830. Conservé sur les cadres de disponibilité, il espéra longtemps un emploi qu’on lui refusa toujours.

Au mois de mai 1837, il fit un voyage à Naples et reçut de la cour le plus brillant accueil. Il revint chargé des cadeaux du roi Ferdinand pour la reine Marie Amélie.

Le général Manhès fut laissé sur le cadre de la retraite ; il avait été nommé précédemment commandeur de la Lé-gion-d’Honneur.

MARANSIN (JEAN-PIERRE, baron)[modifier]

naquit le 20 mars à Lourdes (Hautes-Pyrénées).

Volontaire le 13 février 1792 dans le 1" bataillon de son département, élu capitaine le même jour, il fit les campagnes de 1792 à l’an II à l’armée des Pyrénées-Occidentales.

Le 3 septembre 1793, à la tête de cinq compagnies qu’il commandait, il repoussa l’attaque du régiment d’Africa, dirigée contre le camp d’Aynhoua. Il s’empara des hauteurs de Laudibart, du village d’Urdach, des magasins et de la fonderie de canons que l’ennemi y avait établis.

Le 22 messidor an II, à la tête du 1er bataillon des Hautes-Pyrénées, il attaque le camp des émigrés dits de la légion de Saint-Simon, près de Berdaritz, prend, après le combat le plus opiniâtre, la caisse militaire de la légion, et en fait la remise au général Digonnet. Assailli, pendant l’action, par un nombre considérable d’émigrés, il en tua deux de sa main et dispersa’les autres à coups de sabre.

Le 26 vendémiaire an III, lors de l’invasion de la vallée de Roncevaux par le général Moncey, il attaqua, avec 1,200 hommes, et prit de vive force, le château d’Irati, enleva le chantier de cette ville, brûla les magasins de la mâture royale -, et causa à l’ennemi une perte de 4 millions.

Passé avec son bataillon dans la demi-brigade des Landes, le Ie" germinal suivant, il se rendit à l’armée de l’Ouest où il fit la campagne de la fin de cette année à l’an IV.

Au mois de vendémiaire an IV, avec cinq compagnies de grenadiers, il défendit un convoi de grains attaqué par 4,000 Vendéens commandés par Cha-rette ; il parvint à les disperser et amena le convoi à Léger, au moment où le général Raoul le croyait tombé entre les mains de l’ennemi.

Employé, en l’an VI, à l’armée d’Angleterre, et en l’an VII à celle du Danube, il soutint, le 4 floréal de cette dernière année, avec sa compagnie et quelques fuyards qu’il avait ralliés, les charges d’une nombreuse cavalerie autrichienne, sauva les débris de la division Ferino, qui avait été mise en désordre ; et reprit six pièces de canon. Cette action lui valut le grade de chef de bataillon le 26 prairial suivant.

Il fit les campagnes des ans VIII et IX à l’armée du Rhin.

Le 11 floréal an VIII, à la tête de son bataillon, il passa le premier le Rhin et s’empara de la ville de Schaffhausen, malgré la supériorité numérique de l’ennemi.

Le 20 du même mois, attaqué à Mem-mingen, et enveloppé par une division ennemie sous les ordres du général Kray, Maransin soutint un combat de deux

heures contre des forces dix fois plus nombreuses. Il se fit jour àla baïonnette, et ramena son bataillon en renversant tout ce qui s’opposait à son passage. Quoique blessé d’un coup de feu qui lui traversait la cuisse, il continua de combattre et contribua puissamment au succès de la journée. Rentré en France après la cessation des hostilités, il fut employé sur les côtes de l’Océan pendant les ans XI et XII.

Major du 31e léger, le. 30 frimaire an XII, membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal, et promu colonel de la lr0 légion du Midi le 27 janvier 1807, il fit partie du corps d’observation de la Gironde, devenu armée de Portugal, sous les ordres de Junot.

A la bataille de Vimeiro, au moment où l’armée était obligée d’opérer un mouvement rétrograde, il se porta en avant, f àla tête de ses troupes, et protégea la retraite de l’armée. Général de brigade le 8 novembre 1808, il fit partie du 8e corps de l’armée d’Espagne.

Baron de l’Empire le 15 août 1809, il ajouta encore à sa brillante réputation dans les combats livrés le 20 juillet 1810 au col de Muladar, dans la Sierra-Mo-rena.

Mis à la disposition du maréchal duc d’Elchingen, le 1er mars, pour être employé au 6e corps, il passa au 5% sous les ordres du duc de Trévise, le 10 avril suivant.

Le 1er janvier 1811, la division dont il faisait partie se mit en mouvement pour se porter sur Badajoz, dont le siège avait été résolu. Parti de Fuente di Cantos le 8, à la poursuite de Ballesteros, qui s’était établi à Frégenal, il se trouva, le 25, au combat de Los Castillejos, en Andalousie, où l’ennemi, après un combat de deux heures, se vit obligé de battre en retraite. Le régiment de Léon tenait encore, lorsque le général Maransin ordonna une charge à la baïonnette, qu’il conduisit lui-même. Le régiment espagnol, enfoncé et mis en déroule complète, entraîna avec lui le corps entier de Bal-lesteros, qui éprouva dans cette action des pertes immenses.

Celui-ci, poursuivi toute la nuit par le général Maransin, à la tête des 28e léger et 103° de ligne, se rejeta sur la rive gauche de la Guadiana, et ne put rallier ses troupes que derrière ce fleuve. Maransin arriva, le 2 février, au camp sous Badajoz.

Le 16 mai de la même année, il commandait une brigade de la division Girard, et se distingua à la bataille d’Albu-hera, ou il fut grièvement blessé.

Officier de la Légion-d’Honneur, le 20 du même mois, il resta à Séville pour y soigner sa blessure.

Appelé le 10 septembre suivant, au commandement de la 2e division de réserve de l’armée du Midi, il fit partie de la colonne envoyée dans les Alpuxarras contre la division insurgée du comte de Montejo, qui fut battue et dispersée. Il poussa ensuite jusqu’à Almeiria, reconnut la côte jusqu’à Malaga, et devint gouverneur de cette province.

Ballesteros s’étant avancé sur Malaga avec 5,800hommes d’infanterie, et 1,000 cavaliers, Maransin sortit de cette place à la tête de 1,800 hommes ; il parvint, après un combat de quatre heures, à forcer les Espagnols à battre en retraite, laissant le champ de bataille couvert de morts et de blessés ; Maransin reçut dans cette journée un coup de feu à travers le corps.

Maransin fut attaché, le 6 avril 1813, à la division de cavalerie légère du général Soult, et alla occuper Tolède et II-lescas.

Général de division le 30 mai, il demeura à la suite du quartier général et se trouva, le 21 juin, à la bataille de Vit-il.

toria. De cinq heures du matin à trois heures de l’après-midi, il lutta avec la plus grande énergie ; mais, accablé par le nombre toujours croissant des ennemis, il se retira et rejoignit le gros de l’armée avec son artillerie.

Le 6 juillet suivant, les armées an Nord, du Centre et du Midi, formèrent l’armée dite d’Espagne, sous les ordres du maréchal duc de Dalmatie, et, le 16 du même mois. Maransin prit le commandement de la 6e division d’infanterie, faisant partie du centre de cette armée. Le 25, au col de Maïa, il culbuta le corps du général Hill, lui enleva cinq pièces de canon, et lui prit 700 hommes.

Il occupa avec ses troupes les camps d’Ainhoa et de Vérfi jusqu’au 5 septembre, époque à laquelle le général en chef le plaça à la têle de la 5e division d’infanterie, qui se trouvait à l’aile gauche.

Il combattit vaillamment aux affaires des 9, 10, 11, 12 et 13 décembre sur la Nive, et reçut un coup de feu à l’aine gauche, à la dernière de ces cinq journées.

Le 27 février 1814, il se trouva à la bataille d’Orthez, où il repoussa l’attaque du général anglais Alten.

Le 10 avril, à la bataille de Toulouse, il formait l’aile gauche de l’armée, avec sa division et celle du général Darricau. Attaqué à sept heures du matin, près de l’embranchement du canal, il fit bonne contenance, et ne put être débusqué de ses positions malgré les efforts réitérés de l’ennemi.

Chevalier de SaintrLouis le 24 août, mis en non-activité le 1" septembre, et créé commandeur de la Légion-d’Honneur le 15 décembre de la même année, le roi l’employa dans la 2e subdivision de la 10e division militaire le 15 janvier 1815.

Le 10 mai suivant, l’Empereur lui confia le commandement de la 7° division de réserve des gardes nationales de l’armée des Alpes. C’est à la tête de ces troupes qu’il seconda les opérations militaires du général duc d’Albuféra.

Commandant provisoire de la d9c division militaire (Lyon), le 2 août, mis en non-activité le 26 octobre, et dénoncé au ministre de la police, il subit à ïarbes un emprisonnement préventif de quatre mois.

Compris comme disponible dans le cadre de l’état-major général de l’armée le 30 décembre 1818, et mis à la retraite le 1°’ décembre 1825, il mourut à Paris le lo mai 1828.

Son nom est inscrit sur l’arc de triom-.phe de l’Étoile, côté Ouest.

MARCEAU (FRANÇOIS-SEVERIN DES GRAVIERS)[modifier]

né à Chartres en 1769, fut destiné au barreau ; mais sa vocation l’emportant, il s’engagea à 16 ans dans l’infanterie. Congédié en 1789, il devint en •1791 commandant du bataillon de volontaires du département d’Eure-et-Loir. Il servit avec distinction, sous LaFayette, en 1792, etfut arrêté à l’armée de l’Ouest comme complice de Westermann, par ordre du représentant Bourbotte. Mis en liberté peu de temps après, il eut l’occa-’ sion de sauver la vie à ce même Bourbotte, à la bataille de Saumur. Cette conduite généreuse lui valut le grade de général de brigade. Bientôt après, désigné seul capable par Kléber, il fut nommé, à 22 ans, commandant en chef des deux armées de l’Ouest. Les 12 et 13 décembre 1793, il gagna la sanglante bataille du Mans, où périrent 10^000 républicains et 20,000 Vendéens* Accusé d’avoir sauvé un jeune royaliste, il fut de nouveau mis en accusation, défendu et justifié par Bourbotte.

Général de division à l’armée de Sam-bre-et-Meuse, Marceau commandait l’aile droite à la bataille de Fleuras, où il eut

deux chevaux tués sous lui. On le vit combattre à pied à la tête de ses bataillons et achever le succès de cette brillante journée.

Forcé de lever le blocus de Mayence qu’il commandait en 1796, il fut chargé de couvrir la retraite de l’armée. Il repoussa l’archiduc Charles qui avait battu Jourdan ; mais le 19 août, tandis que pour donner le temps à l’armée de passer le défilé d’AHenkirchen, il arrêtait la marche du corps ennemi, commandé par le général Hotze, il reçut d’un chasseur tyrolien un coup mortel dans la forêt d’Hochsteinball, et fut laissé entre les mains de l’ennemi. L’archiduc Charles fit en vain prodiguer au jeune général tous les secours de l’art, Marceau succomba, et sa mort fut encore un nouveau triomphe. Il fut inhumé dans le camp retranché de Coblentz au bruit de l’artillerie des deux armées. Kléber dessina lui-même le monument funèbre qui fut élevé à la mémoire de son émule et de son ami, vis-à-vis Ehrenbreitstein. Une inscription gravée sur la pyramide invitait « les amis et les ennemis du brave à respecter son tombeau. »

Un magistrat de Coblentz, prononçant l’oraison funèbre du général ennemi, dit ces paroles : « Au sein de la guerre, il soulagea les peuples, préserva les propriétés et protégea le commerce et l’industrie des provinces conquises. »

Lord Byron écrivit des. vers sur son tombeau. Quand le gouvernement prussien fit construire les nombreuses forteresses qui défendent aujourd’hui cette position, on voulut élever des batteries à la place même où s’élevait la pyramide ; mais on obéit à l’inscription : la pyramide fut respectée, et on descendit le monument dans-le milieu de la plaine, au-dessous du nouveau fort.

L’un des deux, grands bas-reliefs de l’arc de l’Étoile, du côté de Paris, représente les Honneurs rendus au général Marceau. Ce bas-relief est de M. Lemïaire.

MARCEL (ETIENNE)[modifier]

né à Gien (Loiret) le 31 janvier 1792. Après avoir terminé ses études scolaires, il entra fort jeune encore dans les bureaux de la préfecture d’Orléans, et fut nommé, le 27 août 1809, capitaine dans les Gardes nationales du Loiret. Il fut envoyé à l’armée du Nord, et bientôt après, Ie’ mars 1810, il passa dans la garde, avec le grade de lieutenant au 7e régiment de voltigeurs, dédoublé quelques mois plus tard pour former le 116e régiment de ligne.

M. Marcel fit les campagnes d’Espagne de 1810, 1811, 1812, 1813 et celle du midi de la France en 1814. Il se distingua en 1811 à la bataille de Sagonte, où iï fut grièvement blessé, et à la suite de laquelle il fut nommé lieutenant aide-major ’.

Promu au grade de capitaine adjudant-major le 26 juillet 1813, M’. Marcel passa à la suite de nos désastres avec le même grade dans le 92e d’infanterie de ligne, et fut, après le second retour des Bourbons, compris au nombre des officiers licenciés.

En 1816, il reprit du service en qualité de capitaine de la légion départementale du Loiret, devenue plus tard 48* d’infanterie de ligne, fut créé chef de bataillon le 11 juin 1823, et envoyé quelques mois plus tard a la Guadeloupe, d’où il ne revint qu’à la fin dé 1827.

En 1830, M. Marcel fit la campagne d’Afrique où il est resté pendant trois ans. Il fut nommé lieutenant-colonel au 15* d’infanterie de ligne, le 27 janvier 1831, et plus tard (3f décembre 1835), colonel dii 41e ; mais il ne prit point le’ commandement de ce’ régiment, une disposition du ministre de la guerre l’ayant, quelques jours plus tard (16 janvier 1836).

maintenu au 15" avec son nouveau grade.

M. Marcel" a été proposé plusieurs fois pour la croix d’honneur sous l’Empiré. Cette décoration ne lui fut accordée que le 27 janvier 1815. Il a été créé officier de cet ordre le 17 mai 1832. Il avait obtenu en outre, sous la Restauration (25 octobre 1826), la croix de chevalier de Saint-Louis. Promu au grade de général’ de brigade le 22 octobre 184S, il reçut ensuite le commandement de la 3e subdivision de la 16e division militaire.

MARCHAND (JEAN-GABRIEL, comte)[modifier]

né à Lalbenc (Isère) le 11 décembre 1765. Avocat à Grenoble en 1789. Il commandait en 1791 une compagnie d’éclaireurs du 46 bataillon de l’Isère, se distingua dans la campagne de Savoie, assista au siège de Toulon, fut attaché comme adjoint à l’état-major du général Cervoni et se lia à cette époque avec Joubért. En novembre 1795, à Loàno, le colonel Lannes et le capitaine Marchand attaquèrent, avec 200 grenadiers, une redoute armée de six pièces de canon et défendue par 1,200 grenadiers hongrois, et la.p’ri-rent en un instant. Ces deux bravés tournèrent aussitôt les six pièces d’é canon contre l’armée ennemie et procùrèrenf la victoire aux Français. Le’ capitaine Marchand fut complimenté par Scheref et nommé chef de bataillon.

En juin 1796, le commandant Marchand, à la têïe dé’300 carabiniers* du’ 3e’léger, surprit un camp de’8 à 10,00C Autrichiens, fit poser les armés à tous’ les postes et ramena 40Ôr prisonniers au général Joubert. Le 29 juillet, il attaqua 3,000 Autrichiens qui prenaient à découvert le flanc de Joubert et reçût une" balle dans la poitrine.

Fait prisonnier le 14 juin 1797, il fiit nommé colonel et’écbangé sur-lé-chàmp.

M. Marchand fut quelque temps commandant de’ la place de Rome en 1798 et destitué’ ; niais’Joubert, avant de partir pour l’Italie, le prit pour aide-de-camp.

Le premier Consul ayant nommé Marchand général de brigade, lui confia d’abord le commandement de l’Isère, puis l’envoya commander au camp de Boulogne une brigade de la division Dupont, qui s’illustra en 1805.

Nommé général de division le 24 décembre 1805, il assista à la bataille d’Iéna et à la prise de Magdebourg.

Le 4 juin 1807, 80,000 Russes ayant attaqué les ! 2,000 braves commandés par Ney, le général Marchand, qui était sous ses ordres, se signala en protégeant le passage du pont de Deppen.

A Friedland, la division Marchand se dirigea l’arme au bras sur le clocher de cette ville, sans être arrêtée par le feu épouvantable de l’artillerie et parvint à occuper Friedland.

En 1807, M. Marchand fut décoré du grand Aigle, passa en Espagne où il fit quatre campagnes. Il se signala principalement au passage du Tage le 8 août 1809, au combat de Torrès le 29 novembre, au combat de Fuentès-Onoro, le 3 mai 1811.

Il commanda une division en Russie, fut souvent nommé dans les bulletins officiels, surtout aux journées de Valen-tino et de la Moskowa.

En 1815, il commandait la 7" division militaire, y rendit de grands services et reprit Chambéry sur les Autrichiens.

Appelé au commandement de la 1" subdivision de la 7e division à Grenoble, il chercha sérieusement à s’opposer au succès du 20 mars. Tous ses efforts s’é-tant trouvés inutiles, le général Marchand se retira au fort Barreau.

Au retour du roi, il reprit son commandement, fut néanmoins accusé d’avoir livré Grenoble sans défense à Napoléon ; destitué le 4 janvier 1816 et traduit à Besançon devant un conseil de guerre, il fut acquitté après six mois de débats.

Mis en disponibilité en 4818, puis en retraite.

Le général Marchand est grand-croix de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis, grand-croix du Mérite militaire de Wurtemberg et de l’ordre de Saint-Louis de 1" classe de Hesse Darm-stadt.

MARCOGNET (PIERRE-LOUIS-BINET, baron de)[modifier]

né à Croix-Chapeau (Charente-Inférieure), le 14 novembre 1765.

Cadet au régiment de Bourbonnais, le 13 mars 1781, sous-lieutenant au même régiment au mois de juillet, il fit les campagnes de 1781,1782 et 1783 en Amérique, sous Rochambeau.

Lieutenant en 1787, et capitaine en 1792, il servit à l’armée du Rhin.

Le 14 septembre 1793, il se fit remarquer à la reprise du camp de Buden-thal, sur la Loutre, et reçut un coup de feu à la cuisse droite ; il se signala de nouveau en novembre. à Detwiller, sur la Soar, eu avant de Saverne.

Passé, le 7 fructidor an III, à la 10° demi-brigade d’infanterie légère, il prit une part glorieuse à l’affaire de Malche, le 21 messidor an IV ; le lendemain il fut nommé chef de bataillon provisoire, et se trouva aux batailles de Neresheim et de Geisenfeld.

Marcognet donna de nouveau son sang à la patrie à la reprise des lignes de Weissembourg, à l’affaire de Filigen, à la bataille de Biberach et au siège de Kehl, où il reçut un coup de feu au bras droit, et fut nommé par le général Piche-gru, en l’an VII, chef de bataillon titulaire à la 95e demi-brigade d’infanterie.

Promu adjudant-général chef de brigade provisoire le 26 floréal, Marcognet fut confirmé dans ce grade au 108" régiment d’infanterie le 18 prairial an VIII, et fit la campagne de l’an IX, toujours à l’armée du Rhin ; il combattit vaillamment à la bataille de Hohenlinden.

L’inspecteur général Grenier disait de Marcognet, dans une note donnée en l’an X : « Officier très-méritant sous tous les rapports, digne du commandement qui lui est confié ; » et l’inspecteur général Tilly : « Officier très-distingué, plein de zèle et- d’activité, méritant sous tous ies rapports, et très-digne du commandement qui lui est confié. Les connaissances de cet officier le rendent susceptible d’avancement. »

Général de brigade le 11 fructidor an XI, il "fit partie, pendant les deux années suivantes, du camp de Montreuil.

Nommé membre de la Légion-d’Hon-neur le 19 frimaire an XIII, l’Empereur lui donna la croix de l’Ordre le 25 prairial suivant, et l’appela au commandement d’une brigade de la 3e division du 6e corps de la grande armée, avec laquelle il fit les campagnes de 1806 à 1807. °

Créé baron en 1808, il passa en Espagne sous les ordres du maréchal Ney.

Marcognet se distingua dans plusieurs rencontres, notamment les 18 et 19juin, sous les murs d’Oviédo. Il continua à servir en Espagne dans les années 1809, 1810, et jusqu’au 6 août 1811, époque à laquelle l’Empereur le nomma général de division.

Le 6 février 1812, il prit le commandement de la 14° division militaire. Le 30 mai 1813, il fit partie du corps d’observation de l’Adige.

En 1814, le gouvernement le mit en non-activité. Le 8 juillet, le Roi le nomma chevalier de Saint-Louis, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 27 décembre.

Le 6 avril 1815, il commanda la 3’division au V corps d’observation, et obtint sa retraite le 9 septembre suivant.

Admis dans le cadre de réserve le 7 février 1831, il fut définitivement retraité le 1" mai 1832.

MARESCOT (ARMAND-SAMUEL, marquis de)[modifier]

né à Tours en 1758, fut élevé à La Flèche, puis à l’École militaire de Paris, entra ensuite dans le corps royal du génie, et qui était déjà capitaine de cette arme en 1792. Il servit en cette qualité à l’armée du Nord, contribua à mettre Lille en état de défense ; il se distingua pendant la durée du siège mémorable que soutint alors cette place. L’armée française s’étant ensuite portée en Belgique, le capitaine Marescot y suivit le général Champmorin en qualité d’aide-de-camp, et assista au siège d’Anvers où il servit comme officier de son arme. La perte de la bataille de Nerwinde le ramena avec l’armée sur la frontière du Nord. Il refusa d’imiter Dumouriez dans sa défection, rentra dans Lille, et parmi les travaux de défense qu’il y fit alors exécuter, on cite la ligne de la Deuie et du canal de Lille à Douai, et un camp retranché sous la première de ces places, pour un corps de 15 à 18,000 hommes. Dénoncé ensuite par le club des Jacobins, il fut appelé à Paris ; mais bientôt justifié, il fut envoyé au siège de Toulon avec le grade de chef" de bataillon. Il y connut Bonaparte et eut avec lui, après la prise de cette ville,une vive altercation.

En 1794 il mit Maubeuge en état de défense et fut chargé de la direction du siège de Charleroi. Le 26 juin il contribua au gain de la bataille de Fleurus, et sa belle conduite lui mérita bientôt le titre de colonel et de général de brigade. En 1794 il s’empara de Maëstricht et fut nommé général de division. Porté sur la liste des émigrés, il en fut rayé par Car-not et envoyé à l’armée des Pyrénées-Orientales, où il fit démolir les fortifications de Fontarabie et fut nommé commandant des pays conquis. Parti ensuite pour l’Allemagne, il défendit avec beau-, coup de talent Landau et le fort de Kehl.

Au 18 brumaire il commandait en.chef le génie à Mayence. Premier inspecteur du génie en d800, il accompagna Bonaparte en Italie. Après la victoire de Marengo il présida le Comité des fortifications, puis il fit avec distinction la campagne d’Allemagne en 1805 et as-’sista à la bataille d’Austerlitz.

En 1808 il inspecta les places des Pyrénées et celles de la Péninsule occupées par les troupes françaises. Il suivit le général Dupont en Espagne et se trouva à l’affaire de Baylen. Quoique échangé à la capitulation, il fut arrêté et destitué à son retour en France, subit une détention de trois ans, et fut ensuite exilé à Tours. Le 8 avril 1814 le gouvernement provisoire le réintégra dans son grade de premier inspecteur général du génie. Le comte d’Artois le nomma ensuite commissaire du roi dans la 20e division militaire, et Louis XVIII le rétablit dans tous ses grades et dignités. Pendant les Cent-Jours il accepta les fonctions d’inspecteur dans l’Argone et dans les Vosges, fut mis à la retraite sous la seconde Restauration, et néanmoins entra à la Chambre des pairs le S mars 1819. Il reprit plus tard le titre de marquis et mourut à Vendôme le 25 décembre 1832.

On a de lui plusieurs ouvrages sur les travaux de son arme.

MAREY-MONGE (GUILLAUME-STANISLAS)[modifier]

est le petit-fils de l’illustre Monge, fondateur de l’École polytechnique, ministre de la marine et président du Sénat II naquit à Nuits le 17 mars 1796. Il entra en 1814 à l’École polytechnique et prit part avec elle à la défense de Paris en 1.815.

En 1817 les élèves licenciés furent admis à passer des examens à la suite desquels M. Stanislas Marey fut nommé élève sous-lieutenant de l’École d’artillerie et du génie, en sortit le 19 janvier

1820, le premier de sa promotion, nommé lieutenant en second dans le 3’ d’artillerie à cheval, il était capitaine adjudant-major en 1826 et adjudant-major au 2° régiment.

Jusqu’en 1830 il s’occupa de diverses recherches relatives à son arme, et se fit connaître avantageusement par des mémoires qui fixèrent l’attention du Comité d’artillerie.

En 1830, attaché à l’état-major du général Lahitte, il prit part à toutes les actions de cette première campagne.

Le 21 octobre il fut chargé d’organiser les corps indigènes (chasseurs algériens) et fut nommé à cet effet chef d’escadron ; il prit part à la première expédition de Médéah sous les ordres du maréchal Clauzel, et à la seconde dirigée par le général Berthezène. Le 1" juillet 1831, chef d’escadron, Marey se distingua particulièrement au combat d’Ouara et y fut blessé ; il fut décoré le 14 septembre. En 1832 les chasseurs algériens furent versés dans le 1er régiment des chasseurs d’Afrique. Dans ce nouveau corps, Marey prit part à un grand nombre d’affaires, et son nom se trouve cité deux fois à l’ordre du jour de l’armée. Il se fit surtout remarquer au combat de Boufa-rich, sous le général de Fondous, qui le proposa pour le grade de lieutenant-colonel ; ce grade lui fut conféré le 17 septembre 1834, et on le chargea de l’orgar nisation des spahis réguliers d’Alger, des spahis auxiliaires et du commandement général de toutes les tribus arabes des environs d’Alger avec le titre d’agha.

Le lieutenant-colonel Marey exerça les fonctions critiques et accidentées d’Alger sous les gouverneurs généraux, le comte d’Erlon, le maréchal Clauzel et le comte Damrémont ; du jO novembre 1834 au 22 avril 1837, il obtint alors sa démission et fut nommé colonel des spahis réguliers. Comme chef de corps il se couvrit de gloire en cent occasions, reçut la croix d’officier le 9 août 1835.

Le colonel Marey, de retour en France en mars 4839, fut envoyé au camp des troupes piémontaises, près de Turin, et fut placé à la tête du 1er régiment de cuirassiers. Il avait passé neuf années en Afrique.

Nommé après peu de temps général de brigade, il fut promu le 12 juin 1848 au grade de général de division et de commandeur de la Légion-d’Honneur.

Il commande aujourd’hui la 13e division militaire (Clermont-Ferrand), qui comprend dix départements, et réunit à ce commandement celui des troupes de la Ve subdivision (Puy-de-Dôme).

MARGARON (PIERRE, baron)[modifier]

né à Lyon (Rhône) le 4e’ mai 1765, débuta dans la carrière des armes par le grade de capitaine provisoire dans une compagnie franche qui fut incorporée dans la Légion des Ardennes Je 15 août 1792.

Nommé second chef de bataillon le 10 décembre suivant, et premier du grade dans cette légion le 10 avril 1793, il en prit le commandement le 14 du même mois.

Adjudant-général en l’an TII à l’armée du Nord, il passa en l’an IV à l’armée de Sambre-et- Meuse. Le 3 nivôse an VII, devenu chef de brigade du premier régiment de cavalerie, depuis 1er cuirassiers, il fut blessé d’une balle à la bataille de Novi, et, quelques jours après, à la bataille de Fossano, il eut la jambe droite cassée en remplissant une mission du général en chef Championnet. En l’an IX, par suite d’un contre-ordre de Brune, alors général en chef de l’armée d’Italie, Margaron, qui n’avait avec lui que 200 chevaux et deux pièces d’artillerie, se trouva presque enveloppé par un corps de cavalerie légère ennemie sorti du camp retranché de Vérone ;

toutefois,,il effectua deux charges vigoureuses, reprit le village de San-Mas-sino, y soutint deux attaques du corps qu’il venait de traverser, le repoussa et s’empara de 100 chevaux.

Nommé général de brigade en l’an XI, membre et commandant de la Légion-d’Honneur, les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il avait alors un commandement dans la-division de cavalerie du camp de Saint-Omer, qui, sous les ordres du maréchal Soult, forma le 4e corps de la grande armée, avec lequel il fit la campagne de l’an XIV et combattit à Aus-terlitz.

Blessé de deux coups de feu pendant cette mémorable campagne, il revint en France, et, mis d’abord en disponibilité le 11 avril 1806, il reçut ensuite l’ordre, le 28 juillet, de rejoindre le quartier général de la grande armée, qu’il quitta de nouveau en 1807 pour se rendre au corps d’observation de la Gironde, et de là à l’armée de Portugal que commandait Junot.

Apprenant qu’un corps de 20,000 insurgés s’avançait des rives de Mondego sur Lisbonne, Junot envoya à sa rencontre le général Margaron, qui le battit à Leira, lui tua 8 à 900 hommes, prit tous ses drapeaux et s’empara de Tho-mar. Faisant ensuite sa jonction avec le général- Loison, il déploya la valeur la plus brillante à la bataille d’Évora, en enfonçant le centre de la ligne portugaise, à la tête du 86e régiment, et en se [rendant maître de trois pièces de canon.

« Dans cette affaire, écrivait Loison à Junot, les généraux Solignac et Margaron se sont conduits comme ils l’avaient fait dans les campagnes précédentes, c’est-à-dire avec talent, sang-froid, intrépidité, et ont encore ajouté à leurs anciens titres. »

Chargé, pendant le siège d’Evora, de l’attaque dirigée du côté de Beja, de Montemor et de l’Aqueduc, Margaron balaya devant lui tout ce qui s’opposait à son mouvement sur les portes de la ville ; n’ayant pu les enfoncer, il fit démolir la muraille à droite et à gauche, sous le feu le plus terrible, et, la brèche pratiquée, lui, le chef d’escadron Sim-mer, et le capitaine Auguste de Fortin, se précipitèrent dans la place, qui ne se rendit qu’après la résistance la plus opiniâtre.

Il se signala d’une manière non moins éclatante, le 20 août de la même année, à la bataille de Vimeira, laquelle décida de l’occupation du Portugal.

Rentré en France, il fut investi du commandement des dépôts de cavalerie établis dans les départements des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure.

Créé baron de l’Empire, il retourna en Espagne, attaché au 2e corps, en 1809, et revint en France par congé vers la fin de la même année.

Le 6 septembre 1810, il prit le commandement du département de la Haute-Loire, et le garda jusqu’au 22 juillet 1812.

Envoyé à la grande armée, il fut nommé général de division en 1813, et adhéra en 1814 aux actes du Sénat.

Fait chevalier de Saint-Louis et inspecteur général de la gendarmerie, il accepta une inspection générale pendant les Cent-Jours et fut mis en non-activité le 22 octobre 1815.

Nommé de nouveau, le 14 août 1816, inspecteur général de la gendarmerie, etreplacé en disponibilité le3 juillet 1821, il mourut à Paris le 16 décembre 1824.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

MARION (CHARLES-STANISLAS, baron)[modifier]

né le 7 mai 1738 à Charmes (Vosges), entra au service le 1"’ décembre 1776 dans le régiment du Roi-Infanterie, ca-

poral en 1780, il reçut son congé de grâce en 1789. Le jour même où il recevait son congé il fut incorporé dans la garde nationale de Charmes, où il fut nommé caporal, sergent et capitaine dans la même journée. Il y servit jusqu’au 23 août 1791, époque à laquelle il passa comme capitaine dans le 4° bataillon des Vosges, incorporé plus tard dans la 21e demi-brigade bis d’infanterie légère, et fit, avec ce corps, les campagnes de 1792, 1793, ans II, III et IV, à l’armée du Rhin, et fut blessé d’un coup de sabre au bras droit, le 30 mars 1793, au combat de Rheinturckeim.

Il devint chef de bataillon en l’an IV, lors de l’amalgame du 4e bataillon des Vosges dans la 21e demi-brigade bis d’infanterie légère.

Prisonnier de guerre à Manhebn le Ie’frimaire suivant, il fut rendu à la liberté au mois de prairial de la même année.

Maintenu en l’an V, dans son grade de chef de bataillon lors de l’incorporation de la 21e légère bis, dans la 21e de même arme, il fit, à l’armée d’Italie, les guerres des ans V, VI, Vil, VIII et IX, et passa, Te 11 floréal an V, chef de bataillon à la suite de la 93e demi-brigade d’infanterie de ligne, par ordre du général en chef Bonaparte.

Il se trouva, le 6 germinal an VII, à la bataille qui eut lieu devant Vérorie, sur la hauteur entre Bussolengo et la Co-rone.

Chargé par le général Delmas d’enlever trois redoutes défendues par 1,300 hommes et une nombreuse artillerie, il s’empara des deux premières avant le lever du soleil. Il se porta ensuite à la troisième, mais l’ennemi était sur ses gardes et avait fait ses dispositions de défense. La victoire fut longtemps disputée. Trois fois les braves grenadiers français et leur intrépide chef reviennent à la charge, trois fois ils sont repoussés. Enfin, une quatrième charge est exécutée, la redoute tombe au pouvoir des Français. Cette action sanglante, dans laquelle nous eûmes 11 officiers sur 24, et 200 grenadiers hors de combat, coûta à l’ennemi un grand nombre de tués et blessés, 1,000 prisonniers, toute son artillerie et deux.drapeaux.

Vers le soir de la même journée, et à la hauteur du pont de l’Adige, avec 100 hommes seulement, il fit mettre bas les armes à une colonne de 700 Autrichiens, qui se dirigeait sur ce point.

Le 20 floréal suivant, au combat de San-Giuliano, Marion eut un cheval tué sous lui ; le 23, lors de la retraite de 7 à 8,000 Russes qui avaient passé le Pô, sous Valence, il rallia ses troupes qui s’étaient battues "toute la journée en tirailleurs, et marcha en colonne serrée contre les Russes, qu’il poursuivit avec tant d’acharnement et de célérité jusqu’au Pô, près de Bassignano, qu’il les força de se jeter dans la rivière, ou plus de 1,500 se noyèrent en la traversant. Deux pièces de canon et tous leurs bagages tombèrent au pouvoir des Français.

Le 1er messidor, à la bataille de la Trébia, où il commandait la 93° en l’absence du chef, il se trouva cerné de toutes parts en soutenant la retraite de la division à laquelle il appartenait. Sa position était critique et ne lui laissait d’autre alternative que de mettre bas les armes ou de se frayer un passage de vive force ; prenant aussitôt son parti, il ordonne la charge. L’attaque fut vive, la résistance opiniâtre ; il y eut de part et d’autre beaucoup de tués et de blessés ; mais il parvint à se frayer un chemin à travers des bataillons ennemis et à rejoindre le gros de l’armée.

Deux jours après cette glorieuse retraite, la division dont la 93’ faisait par-

tie dut opérer un mouvement. Pendant cinq heures, le commandant Marion, ’ séparé de l’armée, demeura avec un seul bataillon en présence de l’ennemi. Le succès couronna son audace ; il contint l’ennemi sur tous les points, et exécuta sa retraite avec tant de bonheur qu’il parvint non-seulement à tirer le bataillon du mauvais pas ou il était engagé, mais encore à faire essuyer à l’ennemi une grande perte : 300 Russes restèrent sur le champ de bataille.

A la bataille de Novi, le général en chef le nomma chef de brigade de la 93e sur le champ de bataille. Confirmé dans son grade par arrêté du premier Consul du 12 frimaire an VIII, il fut fait prisonnier au fort de Savone le 26 du même mois.

Rentré en France après la paix, il fit partie, en l’an X, du corps d’observation de la Gironde, et alla tenir garnison à Périgueux pendant l’an XI.

Passé comme colonel au 24’ régiment d’infanterie légère en l’an XII, il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire, devint officier le 25 prairial suivant, et fut employé au camp de Saint-Omer pendant les ans XII-et XIII.

Général de brigade, le 2 fructidor de cette dernière année, il fut créé baron de l’Empire le 23 mars 1808,’et appelé au commandement du département des" Pyrénées-Orientales le 28 juin suivant.

Il fit la campagne d’Allemagne avec la division Saint-Hilaire au 2e corps de la grande armée, fut employé au camp de Boulogne ; fut nommé commandant de la Légion-d’Honneur le 2 septembre 1812, et périt glorieusement, de la mort des braves, le 7 du même mois sur Je champ de bataille de la Moskowa.

Son nom est inscrit sur le côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MARM0NT (AUGUSTE-FREDERIC-LOUIS VIESSE de)

duc de Raguse, ex-maréchal de France, né à Chatillon-sur-Seine, le 20 juillet 1774 ; sous-lieutenant d’infanterie à 15.ans, sous-lieutenant d’artillerie en 4792, capitaine à l’armée de Mayence, commandant l’artillerie de l’avant-garde Desaix ; aide-de-camp du général Bonaparte, il eut un sabre d’honneur à Lodi ; chef de brigade en l’an V, commandant de la 4* demi-brigade En Égypte, ramené en France par le général en chef, il fut nommé conseiller d’État après le 18 brumaire auquel il concourut, et quelques mois après il fut promu au commandement en chef de l’artillerie de l’armée de réserve qui traversa le mont Saint-Bernard. Il déploya les ressources les plus ingénieuses pour transporter le matériel au delà des cimes du mont.

Général de division après la campagne de Marengo, premier inspecteur général d’artillerie, en janvier 1801, commandant les troupes de l’armée de Hollande, en 1806, commandant de la Dalmatie, il en chassa les Russes ; créé duc de Raguse et gouverneur général des provinces Illyriennes. Maréchal d’empire sur le champ de bataille de Znaïm, il succéda en 1811 à Masséna dans le commandement de l’armée de Portugal et s’y montra faible, irrésolu, inactif ; le 22 juillet 1812, il perdit la funeste bataille des Arapyles, fut grièvement blessé et céda le commandement à Clause], qui sauva l’armée.

« La conduite du duc de Raguse dans les plaines de Salamanque mérite le blâme le plus sévère, et offre un exem- • pie mémorable des funestes conséquences que peut entraîner la confiance présomptueuse d’un général d’armée. L’am-~ bition du duc de Raguse était de combattre seul lord Wellington, il n’attendit pas l’armée du centre, et une partie de j’armée du Nord qui s’avançait pour le

soutenir. L’Empereur, irrité des pertes de J’armée de Portugal, ordonna au ministre de la guerre de poser des questions à Marmont, qui répondit en effet au duc de Feltre. Néanmoins, soit que l’Empereur ne fût pas complètement convaincu de la gravité des torts reprochés au maréchal, soit qu’il fût porté ; i l’indulgence envers celui qu’il considérait comme sou enfant, il lui confia au mois d’avril 1813 le commandement du 6e corps de la grande armée, fort do 12,000 combattants. »

Il rétablit sa réputation militaire à Luf-zen, à Bâutzen,. à Wurschen, puis ; i Dresde et à Leipzig, la compromit dû nouveau en janvier 1814, en se retirai1. ! devant Saken, presque sans coup férir ; se distingua à Brienne, àChamp-Auberî. à Vauchamp, à Ëlogeg, à Soissons.

Le 30 mars, il se trouvait sous les murs de Paris, partout on se défendai ! encore avec succès ; tôt ou tard, sans doute, il aurait fallu céder au nombre ; mais à la vue de quelques obus qui tombaient sur Paris, il cessa tout effort de résistance. Il oublia l’ordre qu’avait diclù l’Empereur, de s’ensevelir au besoin sous les ruines de la capitale ; et sans s’inquiéter si son collègue Mortier tenait ou non tête à l’ennemi, il usa de l’autorisation que Joseph lui avait envoyée : il expédia son aide-de-camp au généralissime des troupes alliées, obtint un armistice de deux heures, puis traita de l’évacuation de Paris, et alla s’établir à Essonne avec son corps d’armée.

En confiant au duc de Raguse le commandement d’Essonne et de Corbeil, Napoléon en avait senti toute l’importance : a C’est là que s’adresseront toutes les intrigues, toutes les trahisons de Paris, il faut que j’aie à ce poste un homme comme Marmont, mon enfant, élevé dans ma tente. »

Le 2 avril, le bruit s’étant répandu que Napoléon, à la tête de 170 mille hommes, allait marcher sur Paris, les Souverains alliés, effrayés, résolurent d’évacuer la capitale. Mais l’ordre de ce mouvement ne fut pas expédié, parce que Marmont conclut avec les ennemis de la France un traité en vertu duquel les troupes qu’il commandait devaient quitter Essonne et se retirer par Versailles hors du théâtre des hostilités. Cette action de Marmont consomma la ruine de l’Empire.

Napoléon, en apprenant cette défection, refusa d’abord d’y ajouter foi, et parut livré aux idées les plus sombres lorsque le doute devint impossible ; puis il s’écria : « Un fait pareil de Marmont ! un homme avec lequel j’ai partagé mon pain… que j’ai lire de l’obscurité !… l’ingrat ! il sera plus malheureux que moi. — Sans la trahison de Raguse, ajouta-t-il, les alliés étaient perdus. J’étais maître de leurs derrières et de toutes leurs ressources de guerre,pas un seul neseseraitéchappé ; eux aussi, ils auraient eu leur 20’ bulletin. »

A la Restauration, le duc de Raguse fut nommé capitaine des Gardes du corps, il alla à Gand, en 1813, comme chef de la maison militaire de Louis XVIII. Néanmoins il passa les Cent-Jours aux eaux d’Aix-la-Chapelle. A la seconde Restauration il fut l’un des majors généraux de la Garde royale ; on le créa Pair de France.

En 1817, on l’envoya à Lyon en mission expéditionnaire. En 1825, il alla en qualité d’ambassadeur extraordinaire assister au couronnement de l’empereur Nicolas. Il s’était occupé quelque temps de la fabrication du sucre de betteraves et y avait compromis sa fortune., En 1830, il fut nommé le 28 juillet, commandant de la lr0 division militaire ; mais les services qu’il rendit alors à Charles X furent à peu près négatifs, et si le prince l’eût emporté, Marmont

n’eût probablement pas.conservé son crédit. La révolution terminée, il se retira à Vienne, puis commença un long voyage en Hongrie, en Transylvanie, en Russie, à Constantinople, dans l’Asie-Mineure, la Syrie et l’Égypte ; il visita ensuite Rome, Naples et la Sicile. Il a publié la relation de ces voyages, le premier en quatre volumes in-8", et le second, en Sicile, en un volume in-8°. Ces deux ouvrages sont l’œuvre d’un observateur habile et instruit ; aussi sont-ils fort estimés.

A cette esquisse nous ajouterons les citations suivantes :

— Quoique fort occupé de l’organisation de l’armée d’Égypte, Bonaparte songea à la fortune du jeune officier qu’il aimait, il alla trouver le célèbre banquier, M. Perrégaux.

— « Je viens, lui dit-il, vous demander la main de votre fille.

— Si c’est pour vous, général, oui ; pour tout autre, non.

— Je suis marié, ainsi ce ne peut être pour moi. Je vous la demande pour un de mes aides-de-camp, jeune colonel que j’aime comme mon enfant, et qui est digne de toute mon affection.

Et il plaida avec tant de chaleur la cause du jeune Marmont, qu’il parvint à décider M. Perrégaux.

— Mais, dit ce dernier, il faudrait qu’il apportât au moins le déjeuner.

— De combien serait le dîner ?

— D’un million.

— Il l’apportera. »

Il l’apporta ; le général quoiqu’il ne possédât que 110,000 francs, quoiqu’il eût à pourvoir aux besoins de sa mère, de ses quatre frères et de ses sœurs, le général donna 300,000 francs, et le mariage se fit.

« Marmont était le neveu, dit l’Empereur, d’un de mes camarades de Rrienne et au régiment de La Fère, qui me le recommanda en partant pour l’émigration ; cette circonstance m’avait mis dans le cas de lui servir d’oncle et de père, ce quô j’avais réellement accompli ; j’y pris un véritable intérêt, et j’avais de bonne heure fait sa fortune. Son père était chevalier de Saint-Louis, propriétaire de forges en Bourgogne, et jouissait d’une fortune considérable, o

(Mémorial de Las Cazes.)

« Jamais défection n’avait été plus avouée, ni plus funeste ; elle se trouve dans le Moniteur, et de sa propre main ; elle a été la cause immédiate de nos malheurs, le tombeau de notre puissance, le nuage de notre gloire Et pourtant, disait

Napoléon avec une espèce de ressouvenir d’affection, je le répète, parce que je le pense, ses sentiments vaudront mieux que sa conduite ; et lui-même ne semble-t-il pas penser ainsi ? Les papiers nous disent qu’en sollicitant vainement pour Lavalette, il répond avec effusion aux difficultés du monarque en lui disant : « Mais sire, moi, je vous ai donné plus que la vie. »

« D’autres nous ont livrés aussi, ajoutait Napoléon, et d’une manière bien autrement vilaine ; mais leur acte du moins n’est pas consacré par des preuves officielles. »

« La vanité avait perdu Marmont : la postérité flétrira sa vie ; pourtant son cœur vaudra mieux que sa mémoire. » (Mémorial de Las Cazes.)

La dernière entrevue de Marmont avec la famille royale présente un incident curieux :

Le 29 juillet, au moment où le duc de Raguse est venu rendre compte à Charles X du résultat de la lutte, M. le duc d’Angoulême était à cheval à la tête de quelques troupes. A peine écouta-t-il le récit du maréchal, etlui dit avec hauteur : . « Savez-vous à qui vous parlez ? — Au dauphin, répliqua le duc de Raguse. —

Le roi m’a nommé généralissime, repartit le prince. — Je l’ignorais, repartit le maréchal, mais je n’en suis pas surpris. — Eh bien ! ajouta le dauphin, je vous déclare en cette qualité que l’échec qu’on vient d’essuyer n’est dû qu’à vous et que vous êtes un traître ! vous nous avez traités comme Vautre. — A ces mots, le maréchal répondit fièrement : Prince, sans les traîtres, vous n’eussiez jamais régné. » Le dauphin se tourna alors vers un garde du corps et lui ordonna de recevoir l’épée du maréchal. Le prince la prit ensuite et, en cherchant à la briser de ses deux mains sur le pommeau de la selle de son cheval, il se blessa et ensanglanta ses mains. Enfin, il ordonna au duc de Raguse d’aller tenir les arrêts ; le maréchal se retira.

« Bientôt Charles X fut informé des détails de cette singulière altercation, et il blâma entièrement la conduite brutale de son fils ; mais ne voulant pas lui donner tort aux yeux de la cour, il restreignit la durée des arrêts à quatre heures. Après ce temps écoulé, l’heure du dîner arriva, le couvert du duc de Raguse était mis, mais il ne crut pas devoir paraître à table. »

Le duc de Ragnse quitta la France pour ne plus la revoir, en même temps queCharlesX s’embarquait à Cherbourg, chassé par une révolution qui n’était elle-même que la suite d’une émeute de journalistes.

MARTIN (PIERRE, comte)[modifier]

vice-amiral, né à Louisbourg (Canada), le 29 janvier 1752.

Le Canada était alors une colonie française. Les parents de Martin, qui étaient allés y chercher la fortune, l’envoyèrent, à peine âgé de douze ans, dans la mère patrie pour y faire ses études. Le goût de la mer le prit pendant la traversée, et il resta, en qualité de pilotin, à bord de là flûte le Saint-Esprit, où il s’était embarqué comme passager.

Neuf années de navigation et d’études avaient développé ses dispositions pour l’hydrographie et pour le pilotage, et,en 1775, il comptait comme second pilote sur la frégate la Terpsichore. Ce fut là qu’il perdit l’œil gauche. Il passa, en 1778, maître-pilote sur le Magnifique.

Pendant huit ans que dura la guerre maritime, Martin fit constamment un service actif ; il prit part aux combats d’Ouessant, de la Grenade, de la Dominique, et fut blessé à cette dernière affaire. Il était à l’armée du marquis de Vaudreuil sur la frégate la Cérès sur la Vigilante, pendant la campagne des côtes de France, sur la flûte la Désirée, pendant celle des Antilles, toujours en qualité de premier pilote.

Lorsque, en 1786, il fut demandé par le marquis de Boufflers, gouverneur du Sénégal, pour commander cette station, il était lieutenant de vaisseau. Les cartes hydrographiques qu’il dressa alors lui valurent la croix de Saint-Louis.

Le mouvement politique de 1789 devait donner à son avancement une impulsion puissante. Les anciens officiers, qui tous appartenaient à la noblesse, avaient été dispersés par la fuite ou par la destitution, et les sujets manquaient aux emplois. Lieutenant en 1792, il fut chargé du commandement d’une division avec laquelle il croisa dans l’Océan et sur les côtes de France, et capitaine de vaisseau à la fin de là même année, il commanda F America. •

En 1793, élevé au grade de contre-amiral, il commandait une des divisions de l’armée navale réunie à Brest, et en l’an II celle de la Méditerranée.

Sa mission était de protéger les opérations de l’armée d’Italie ; il eut pour lui le talent et la fortune. Son escadre de sept vaisseaux rencontra, dans la rivière de Gênes, les forces combinées de

l’Angleterre et de l’Espagne, qui se composaient de trente et un vaisseaux ; il fut assez habile pour se retiter intact dans le golfe Juan, et pour forcer, après cinq mois de résistance, l’armée combinée à l’abandonner dans cette position.

De retour à Toulon, Martin en sortit de nouveau,le 13 ventôse an III, avec quinze vaisseaux et 5,000 hommes de troupes. Il devait tenter un débarquement en Corse, dont les Anglais protégeaient le siège avec une armée navale. Le 17, il était en vue des côtes de la Corse, la prise du Berwich, vaisseau de 74 canons, signala son arrivée. Le 23, contrairement^ au but de sa mission, il se prépara à combattre l’escadre anglaise, bien supérieure à la sienne. Il cédait sans doute à la nécessité, car plusieurs de ses bâtiments avaient reçu des avaries considérables, et trois d’entre eux ne l’avaient pas encore rallié. Le combat dura deux jours sans engagement général. Le Ça-Ira et le Censeur restèrent au pouvoir des ennemis après une honorable résistance. Letourneur de la Manche, qui fit le rapport de ce combat au Comité de salut public, s’exprimait en ces termes : « Le général Martin s’est conduit dans cette affaire avec une intelligence digne d’éloges. La loi lui ordonnait de passer sur une frégate au moment du combat, j’ai -dû l’y suivre ; le désir de pouvoir donner -des ordres plus précis nous a souvent mis à portée du canon de l’ennemi ; mais les circonstances l’exigeaient, et j’ai été le premier à l’engager à mettre de côté toute considération personnelle. »

Il rentra à Toulon avec onze vaisseaux. Le Mercure, démâté, avait été obligé de relâcher, et le Sans-Culotte, vaisseau à trois ponts, s’était séparé de l’armée sans cause connue.

Le 16 messidor de la même année, l’amiral Martin appareillait de nouveau de Toulon à la tête de dix-sept vaisseaux ; il rencontra bientôt la flotte anglaise, forte de vingt-trois vaisseaux, et il chercha à se réfugier au mouillage du golfe Juan. Bientôt la variété des vents l’obligea à changer de direction ; il gagna le golfe de Fréjus. Au milieu de ces évolutions, l’Alcide, qu’il avait lancé contre un vaisseau anglais, prit feu et sauta en l’air avec une explosion terrible. L’amiral Martin rentra à Toulon sans avoir éprouvé d’autres pertes.

"Vice-amiral en l’an IV, il fut nommé commandant d’armes à Rochefort en l’an VI ; c’est en cette qualité qu’il donna les instructions pour transporter à la Guiane les députés proscrits le 18 fructidor.

Lors de l’institution des préfectures maritimes, il occupa celle de Rochefort. Membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, il devint grand officier le 25 prairial de la même année, et comte de l’Empire en 1808.

Remplacé dans sa préfecture en 1810, Martin fut mis à la retraite en 1815, il avait alors 63 ans. Il est mort le 1" novembre 1820.

MARULAZ, ou plutôt MAROLA (JACOB-FRANÇOIS, baron)[modifier]

né le 6 novembre 1769, à Leiskamm, ancien diocèse de Spire ; enfant de troupe dans’ le 3* régiment de hussards le 16 septembre 1778, il devint hussards audit régiment le 1" novembre 1784.

Brigadier-fourrier le 1" janvier 1791, il fut fait maréchal-des-logis le 25 juin 1792, et passa comme lieutenant le 1" octobre suivant dans le corps des éclaireurs, devenu 8e régiment de hussards.

Il fit là campagne de 1792 à l’armée du Nord, celle de 1793 et partie de l’an H, dans la Vendée, celles des ans II et III à l’armée du Nord, et enfin celles des ans IV, V et VI aux armées du Rhin et d’Helvétie.

Nommé capitaine le 1" mars 1793, au mois d’août, il fit mettre bas les armes aux insurgés vendéens renfermés dans Pontorson, et au mois de septembre, il pénétra de vive force dans Laval, força les Vendéens à l’évacuer et reçut un coup de biscaïen à la hanche gauche. En vendémiaire an II, à l’affaire d’Angers, il contribua puissamment à la défaite des Chouans et en fit un grand carnage. Quelques jours plus tard, à Blin, après avoir passé la rivière à gué, il jeta le désordre et l’épouvante dans le camp des rebelles et prit leur caisse militaire qu’il fit conduire au quartier générai.

Promu chef d’escadron le 18 floréal même année, il se fit remarquer le 29, près de Bousbeck : il pénétra dans les retranchements ennemis et leur tua beaucoup de monde, mais il eut un cheval tué sous lui et revint criblé de blessures.

Le 29 fructidor an II, à Boxtel, à la tête de 30 hussards seulement, il fit mettre bas les armes à deux bataillons hessois, forts de 1,500 hommes. Cette action hardie motiva, dans la séance du 22e jour complémentaire suivant, le décret de la Convention nationale qui prescrivait l’inscription, dans son bulletin, des noms de ces trente braves.

Le 1er brumaire, l’ennemi, après avoir forcé les lignes de Mayence, passa le Rhin à Oppenheim ; instruit de ce mouvement, le chef d’escadron Marulaz se porta sur cette ville, s’en rendit maître, et donna le temps à l’infanterie de venir se joindre à lui pour arrêter là marche trop rapide des Autrichiens qui voulaient couper la retraite aux troupes qu’ils avaient repoussées de Mayence.

Appelé au commandement de l’avant-garde, il conserva le poste important de Gondaplau, malgré tous les efforts de l’ennemi * Le général Desaix ordonna enfin la retraite, et témoigna hautement toute sa satisfaction au commandant Marulaz pour le service qu’il venait de rendre à l’armée.

Le 2 brumaire an IV, il eut le pied démis par suite de la chute de son cheval qui venait d’être tué sous lui. Le 18 fructidor de la même année, il contribua à dégager les troupes qui se trouvaient cernées à Immerstadt et Kemplen.

Le 3 brumaire an V, il soutint bravement la retraite devant Huningue et fut blessé d’un coup de feu au bras droit. Le 12 ventôse, une division française, commandée par le général Schauenburg, s’avançait sur Berne ; les troupes suisses s’opposaient à sa marche avec une valeureuse opiniâtreté ; après un combat de six heures, elles se retranchèrent sous les murs de la ville. Marulaz, à la tête du 8" de hussards, les chargea avec résolution jusqu’aux portes de la place et leur tua ou fit prisonniers une grande quantité d’hommes ; les pertes qu’il fit éprouver à l’ennemi décidèrent la victoire, et Berne ouvrit ses portes.

Nommé chef de brigade le 3 nivôse an VII, il fit des prodiges de valeur les 16 et 20 prairial suivant à Zurich. Le 27 du même mois, après avoir pénétré dans le camp ennemi, y avoir jeté l’épouvante et la mort et avoir fait prisonniers 400 hommes, il fut blessé grièvement de cinq coups de feu, tous dans la poitrine, un seul lui traversa le corps de part en part en lui brisant deux côtes.

Le premier Consul, informé des services rendus par le chef de brigade Marulaz, lui décerna un sabre d’honneur par arrêté du 1" germinal an IX. Le 20 floréal de la même année, il força l’ennemi à repasser précipitamment la Salza après avoir éprouvé des pertes considérables. Le 22. il passa lui-même cette rivière et fit beaucoup de mal à l’ennemi. Enfin, le 23, devant Salzbourg, il déploya une bravoure au-dessus de toute éloge, pendant un combat qui dura neuf heures.

Employé en l’an XII et en l’an XIII à l’armée des côtes de l’Océan, il fut classé comme membre de droit dans la 5" cohorte de la Légion-d’Honneur et en fut nommé commandant le 25 prairial an XII.

Élevé au grade de général de brigade le 15 ventôse an XIII, l’Empereur lui confia le commandement du département de la Haute-Saône (6e division militaire) le 21 du même mois, et l’appela à celui d’une brigade de cavalerie de la grande armée le 2 vendémiaire an XIV. -

Le A janvier 1807, il entra dans Ostrolenka et y fit 200 prisonniers. Le 6 février, en arrière d’Eylau, il chargea les Russes avec vigueur, leur tua 110 hommes, leur prit trois pièces de canon, et fit 700 prisonniers. Le lendemain, il se porta sur le flanc droit de l’armée russe, et, par cette manœuvre hardie, la força d’abandonner la ville d’Eylau.

A la bataille du 8, il exécuta plusieurs belles charges qui contribuèrent beaucoup au succès de la journée. Le 9, à Domnau, il fit 300 prisonniers prussiens et se saisit d’une grande quantité de bagages, de vivres et de munitions. Le 17 juin de là même année, en avant de Labiau, il chargea l’arrière-garde ennemie, lui tua un grand nombre d’hommes et fit 5,000 prisonniers. Après la paix de Tilsitt, le général Marulaz rentra en France et fut employé dans la 10eme division militaire. L’Empereur le créa baron le 7 décembre 1808, et lui donna le commandement d’une brigade de cavalerie au corps d’observation de l’armée du Rhin le 4 avril 1809.

Il fit, à la tête de ce corps, la campagne d’Allemagne, durant laquelle il s’empara d’un grand nombre de bagages et d’environ 6,000 prisonniers. A la bataille d’Essling, il fut blessé d’un coup de feu à la cuisse droite. A Wagram, il enleva 11 pièces de canon.

L’Empereur, satisfait des services de Marulaz, l’éleva au grade de général de division par décret du 12 juillet 1809, et lui confia le commandement de la 6e division militaire (Besançon), qu’il conserva jusqu’au retour des Bourbons.

Inspecteur général de cavalerie dans la 21e division militaire le 20 juin 1814, il fut nommé chevalier de Saint-Louis le 19 juillet suivant. Placé en activité dans la 2e subdivision de la- 18e division militaire le 15 janvier 1815, puis employé le 31 mars dans la 6e division, il prit enfin le commandement de cette dernière division le 11 avril par ordre de l’Empereur.

Mis en non-activité le 21 juillet suivant, il fut admis à la retraite le 6 octobre de la même année. A la Révolution de 1830, il a été placé dans le cadre de réserve de l’état-major général par ordre du 7 février 1831, et le 1" décembre 1834, il a été remis dans sa position de retraite. Pendant,toute la durée de son service actif, le général Marulaz a reçu dix-neuf blessures et a eu 26 chevaux tués sous lui. Cet officier général est mort à son château de Filain (Haute-Saône) le 10 juin 1842.

MAS DE POLART (JEAN-BAPTISTE-CHARLES-RENE-JOSEPH, baron, puis comte du)[modifier]

lieutenant-général, né le 29 mars 1775 à Paris (Seine), entra au service comme sous-lieutenant le 22 décembre 1792 dans le 5e régiment de dragons, et servit avec distinction pendant cette année sous Lamarlière, à l’armée du Nord où il fut blessé d’un coup de feu à la jambe droite dans une reconnaissance qu’il faisait à Jalin, près du Quesnoy.

Nommé capitaine au 14e régiment de chasseurs à cheval le 27 mai 1793, il passa à l’armée des Pyrénées-Occidentales, y fit la campagne de 1793 et reçut un coup de feu, le 30 août, devant Fon-tarabie, où il se fit remarquer par son intrépidité et son sang-froid. Il servit à la même armée durant les ans II, III, IV etV.

De l’an "VII à l’an IX, il prit part aux glorieux travaux de l’armée d’Italie, sous Championne ! , Masséna et Brune ; il y marcha presque toujours à l’avant-garde.

Blessé, en l’an VII, d’un coup de lance à la hanche gauche, il fut promu au grade de chef d’escadron dans le 9e régiment de dragons le H germinal an VIII, et fut fait chef de brigade du 21’ régiment de même arme (ci-devant Pié-montais) le Ie’ nivôse an X. Il organisa et instruisit ce régiment avec lequel il tint successivement garnison à Besançon, à Soissons et à Sedan, en l’an X et en l’an XL-Membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, il fut employé à l’armée des côtes de l’Océan pendant les ans XII et XIII. Lorsque la guerre recommença dans le Nord, et que nos troupes y sillonnèrent l’Autriche, la Prusse et la Pologne, de l’an XIV à 1807, Mas de Polart y conduisit son régiment attaché alors à la 3e division de dragons de la réserve de cavalerie.

Au combat de Prentzlaw, le 28 octobre 1806, où il fut blessé d’un coup de baïonnette et eut un cheval tué sous lui, il fit prisonnier le prince Gustave-Guillaume de Mecklembourg - Schwerin, en chargeant.à la tête de son régiment un bataillon carré de la Garde, qu’il enfonça et détruisit entièrement.

A Eylau, le 8 février 1807, il fut blessé d’un éclat d’obus à l’épaule gauche, et eut encore un cheval tué sous lui.

Créé baron de l’Empire le 19 mars 1808, avec une dotation de 6,000 francs •n Westphalie et décoré de l’ordre du Mérite militaire de Maximilien-Joseph de Bavière, le 15 avril suivant, il fut fait général de brigade le Ie’ janvier 1810, commandeur de l’ordre royal de la Couronne de Westphalie le 26 du même mois, et capitaine des Gardes du corps le 12 septembre suivant.

Pendant son séjour en Westphalie, il présida la commission chargée de la rédaction d’un règlement de service pour la cavalerie, et s’occupa constamment de la bonne organisation de l’armée west-phalienne. Il fit, avec les troupes de cette nation, la campagne de 1813 dans la Pologne allemande, et fut réadmis au service de France avec son grade de général de brigade le 26 février 1814 ; c’est en cette qualité qu’il servit activement pendant la campagne de France.

Ayant fait sa soumission au gouvernement des Bourbons après l’abdication de l’Empereur, il reçut la décoration du Lis le 23 juin 1814, et entra comme premier lieutenant dans la 1’° compagnie des mousquetaires de la garde du roi le 6 juillet suivant.

Louis XVIIi le nomma chevalier de Saint-Louis le 13 août, le fit commandeur de la Légion-d’Honneur le 17 janvier 1815, l’éleva au’grade de lieutenant-général le 19 mars suivant, et l’autorisa à reprendre le titre de comte qui lui appartenait par sa naissance.

Le général duMas de Polart accompagna le roi à Béthune, et ne servit point pendant les Cent-Jours ; aussi Louis XVIII, à sa seconde rentrée, s’empressa-t-il de lui confier, par décision du 6 novembre de la même année, le licenciement de la cavalerie.

Il paraît que le général du Mas de Polart remplit cette mission à la satisfaction du gouvernement ; car, par ordonnance royale du 29 décembre suivant, il reçut la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur.

Les compagnies de mousquetaires ayant été licenciées le 1" janvier 1816, cet officier général fut nommé, le 28 juillet, inspecteur général de cavalerie et H.

présenté comme candidat à la députa-tion pour l’arrondissement de Château-Thierry.

Il était maire de La Ferté-Milon lorsqu’il enjra au conseil général du département de l’Aisne le 43 mai de la même année.

Chargé de l’inspection générale des troupes de cavalerie en 1818, et mis en disponibilité le 30 décembre de la même année, il demeura dans cette’position jusqu’au 7 février 1831, époque de son admission dans le cadre de réserve.

Nommé une seconde fois, à la fin de 1842, maire de la Ferté-Milon, cet officier général mourut à Courtefontaine (Doubs), le 2 février 1843.

MASSÉNA (ANDRE)[modifier]

duc de Rivoli, prince d’Essling, maréchal de France, né à Nice en Piémont le 6 mai 1758. Orphelin dès l’enfance, embarqué comme mousse sur un navire marchand, il s’engagea à 17 ans. Il devint sous-officier dans le régiment Royal-Italien et y était encore quatorze ans après, au moment de la Révolution. Il fit la première campagne du Piémont dans les armées de la République, et parvint rapidement au grade de général de brigade qui lui fut conféré en 1793. Général de division en 1795, il commanda l’aile droite de l’immortelle armée d’Italie, où il mérita le surnom dî enfant chéri de la victoire. On lui doit le gain de la célèbre bataille de Loano, dont nous allons tracer une courte esquisse.

L’armée d’Italie commandée par Scherer se préparait à terminer la campagne de 1795 en livrant une bataille décisive. Le centre de cette armée, aux ordres de Masséna, était formé par deux divisions de l’ancienne armée d’Italie ; une troisième division de la même armée formait l’aile gauche que commandait le général Serrurier ; la droiie, sous Augereau, se composait des divisions récemment arri vées des Pyrénées avec Scherer. Une autre division, restée au Col de.Tende, couvrait Saorgio. Toute cette armée s’élevait à peine à 40,000 hommes manquant de pain, d’habillement et de munitions, ses communications avec Gênes étant interrompues par la flotte anglaise. L’armée austro-sarde était forte de 53,000 hommes aux ordres de Wallis et d’Ar-genteau. Elle s’appuyait à gauche sur la mer à Loano et s’adossait à droite au Piémont sur les places de Ceva, de Coni et de Mondovi. Cette position se, composait de postes inexpugnables, liés les uns aux autres par des retranchements, et défendus par cent pièces d’artillerie. Scherer arrivant dans un pays qui lui était inconnu, fut « assez modeste pour se défier de lui-môme et offrit généreusement au plus digne de ses généraux la direction des plans d’attaque. Masséna, proclamé le plus habile par ses collègues, en fut chargé et s’en occupa sur-le-champ.

Le 17 novembre, le général Charlet.attaqua les Austro-Sardes à Campo di Pietri, les culbuta, détruisit leurs retranchements et prit trois pièces de canon et 500 prisonniers, mais un brouillard épais.ayant forcé Masséna de renoncer à l’attaque qu’il projetait sur là droite, il résolut d’opérer sur le centre, de s’emparer de ses positions, de les dépasser et d’en prendre d’autres en arrière de sa ligne. Masséna se chargea d’exécuter lui-même ce plan hardi.

Une des plus pénibles privations de nos soldats était le manque de chaussures au milieu des neiges, des glaces, sur des rochers couverts d’aspérités et dans des chemins semés de cailloux tranchants. Ils s’enveloppaient les pieds de linges, de bandages, de lanières, mais ces moyens étaient bien insuffisants ; heureusement une circonstance inattendue exerça avant la bataille une influence salutaire sur l’année, ce fut l’arrivée d’un brick qui, trompant la vigilance des croisières anglaises, lui apporta 100,000 rations de biscuits et 24,000 paires de souliers. Tout le camp fut dans la joie. On en fit aussitôt la distribution : d’abord les faibles et les souffrants, ensuite ceux que quelque action d’éclat avait signalés. Mais beaucoup durent rester nu-pieds. ((Qu’importe, dit un vieux grenadier, demain l’ennemi se chargera de la fourniture. »

On comptait former trois attaques, une fausse et deux sérieuses. Augereau, avec l’aile droite, devait chercher à déborder la gauche de l’ennemi ; Serrurier, avec l’aile gauche, était chargé de tenir en échec l’ennemi qu’il avait en présence ; Masséna partit le 22 novembre à la nuit tombante avec deux divisions pour attaquer le centre. Au point du. jour, il fit une courte harangue à ses troupes pour leur dire que la victoire était dans leurs baïonnettes, puis l’attaque commença aussitôt. Masséna s’empara au pas de course de toutes les positions jusqu’à Bardinetto. Là, les Autrichiens opposèrent une vive et longue résistance. Masséna, s’indignant de cette perte de temps, fit approcher sa réserve et le combat recommença avec fureur. Le brave général Charlet, se précipitant le premier dans les retranchements, y tomba frappé d’un coup mortel. Sa mort excita la rage des soldats, qui, les rangs serrés et la baïonnette eh avant, se ruèrent en masse compacte sur les ennemis et les mirent dans une déroute complète.

Pendant ce temps, Augereau attaquait l’aile gauche avec succès depuis Loano jusqu’aux hauteurs occupées par Argen-teau. Toutes les positions furent successivement emportées. Le mamelon, dit le grand Castellaro, défendu par le général milanais Roccavina avec 1,200 hommes, opposa plus de résistance. Augereau somma Roccavina de mettre bas les armes. Celui-ci consentit à quitter la redoute avec armes et bagages. Augereau rejeta cette offre avec dédain et lui donna dix minutes pour se rendre à discrétion, a Dix minutes, répondit ce brave Milanais, il ne m’en faudra pas tant pour passer par là, » et il montra la brigade Victor déployée devant lui. On crut d’a-nordque c’était une bravade ; mais Rocca-vina, déterminé à succomber avec gloire, sort de sa redoute, tombe en furieux sur Iesll7" et 118e demi-brigades, les culbute, et malgré le feu du reste de la brigade, parvient à effectuer sa retraite, au grand étonnement des républicains que sa généreuse résolution pénètre d’admiration. Cependant, les Austro-Sardes, honteux de leur défaite, s’étaient ralliés sur le mont Carmelo pour arracher la victoire à un ennemi qu’ils croyaient épuisé par dix heures de combat. Scherer, devinant leur projet, s’avance contre eux avec sa droite, mais incertain de ce qui s’était passé au centre avec Masséna, craint de tout compromettre ; il hésite. Heureusement, un message de Masséna vient le rassurer ; il continue son mouvement ; mais tout à coup, un brouillard humide, infect, accompagné de tourbillons de neige et de grêle cache la lumière du jour et met fin à la poursuite. Des rangs entiers furent renversés par les rafales de la tourmente, et l’on compta sur le champ de bataille des morts et des blessés que n’avait pas frappés la main des hommes. Les Autrichiens profitèrent des ténèbres pour fuir, abandonnant tentes, artillerie et caissons. Augereau les poursuivit avec ses troupes légères ; Masséna, qui a marché malgré la tourmente, a fait occuper par Joubert les défilés de Saint-Jacques ; il ne reste aux Autrichiens que les sentiers des montagnes et la vallée de la Bormida. C’est alors le tour du gé-néraLSerrurier qui, pendant les journées du 23 et du 24, s’était borné à contenir l’aile droite austro-sarde. Il exécute dès

lors sur l’armée piémontaise une attaque impétueuse, la bat complètement, lui enlève toute son artillerie et la contraint de se réunir dans le camp retranché de.Ceva’aux débris d’Argenteau.

Telle fut cette bataille célèbre, dont le succès tout entier fut dû aux dispositions et à l’audace de Masséna. La victoire de Loano livra aux Français d’immenses approvisionnements et leur ouvrit les portes de la Péninsule italique.

Après les journées des 18 et 19 fruc- » tidor an V, Masséna fut un des candidats portés sur les listes pour remplacer. Car-not et Barthélémy au Directoire.

Général en chef de l’armée dltalie en février 1798 et de l’armée d’Helvétie en.4799, Masséna, par son immortelle victoire de Zurich, arrêta les flots de la deuxième coalition prête à déborder sur la France.

Défenseur de Gênes.en 1800, général en chef de l’armée d’Italie après la bataille de Marengo, député au Corps législatif en 1803, il y fit de l’opposition et ne vota point pour le consulat à vie ; maréchal de France en 1804, grand aigle de la Légion-d’Honneur en 1805 et appelé de • nouveau au commandement en chef de l’armée d’Italie, conquérant du royaume de Nàples et pacificateur des Calabres ; commandant de l’aile droite de la grande armée en 1807, nommé pour ses éclatants services duc de Rivoli avec une dotation considérable, il fut privé d’un œil par un coup de fusil que’ lui tira par mégarde Berthier ’ dans une chasse près’ de Paris ; pendant la campagne de 1809. contre l’Autriche, il sauva l’armée aEssling et reçut le titre de prince d’Essling ; il contribua encore puissamment au gain de la bataille de Wagrâm, où, blessé, il parcourut les rangs traîné dans une calèche.

Envoyé en Portugal en 1810 pour en chasser les Anglais, il échoua comme avaient échoué Junot et.Soult ; mais il faut dire que les forces qu’il commandait étaient fort inégales, qu’il manquait de munitions et qu’il fut mal secondé.

Rentré en France, il fut mal accueilli par Napoléon qui ne l’employa pas dans les fameuses campagnes de 4812 et de 1813 ; mais, après la bataille de Leipzig, l’Empereur lui confia la 8e division militaire.

Louis XVIII le maintint dans ce poste, le fit commandeur de Saint-Louis et lui octroya des lettres de naturalisation, formalité passablement ridicule à l’égard du vainqueur de Zurich.

En 1815, il resta fidèle aux Bourbons aussi longtemps qu’il le put, n’accepta aucun service pendant les Cent-Jours, commanda la garde nationale sous le gouvernement provisoire, refusa de faire partie du conseil de guerre appelé à juger le maréchal Ney, fut dénoncé aux Chambres comme coupable de félonie au 20 mars, se justifia de cette calomnie et en mourut de chagrin le 4 avril 1817, âgé de 59 ans.

« Général d’un rare courage et d’une ténacité si remarquable, dont le talent croissait par l’excès du péril, qui, vaincu, était toujours prêt à recommencer comme s’il eût étév vainqueur. »

{Mémorial de Sainte-Hélène.)

« Masséna était fortement constitué, infatigable, nuit et jour à cheval parmi les rochers et dans les montagnes. C’était le genre de guerre qu’il entendait spécialement. Il était décidé, brave, intrépide, plein d’ambition et d’amour-propre ; son caractère distinctif était l’opiniâtreté ; il n’était jamais découragé ; il négligeait la discipline ; soignait mal l’administration, et, par cette raison, était peu aimé du soldat. Il faisait assez mal les dispositions d’une attaque. Sa conversation était peu intéressante ; mais au premier coup de canon, au milieu des boulets et des dangers, sa pensée acquérait de la force et de la clarté. Était-il battu, il recommençait comme s’il eût été vainqueur. » (MONTHOLON.)

« Masséna était un homme d’un talent supérieur. Néanmoins, il faisait de mauvaises dispositions avant une bataille ; et ce n’était que lorsque les hommes tombaient de tous côtés qu’il commençait à agir avec le jugement qu’il aurait dû montrer auparavant. Au milieu des morts et des mourants, de la grêle de’ balles qui moissonnaient tout autour de lui, Masséna était toujours lui-même ; il donnait ses ordres et faisait ses dispositions avec le plus grand sang-froid. Voilà la vera nobilità di sanque. On disait avec vérité de Masséna qu’il ne commençait à agir avec discernement, que lorsque la chance d’une bataille se déclarait contre lui. C’était néanmoins un grand pillard. Il était toujours de moitié avec les fournisseurs et les commissaires de l’armée. Je lui dis plusieurs fois que, s’il voulait cesser ses spéculations, je lui ferais présent de 800,000 francs ou d’un million ; mais il en avait tellement pris l’habitude, qu’il ne pouvait s’empêcher de se mêler de ces sales intrigues pécuniaires. Il était haï, pour cela, par les soldats, qui se révoltèrent plusieurs foii contre lui. Cependant, c’était un homme précieux, et il eût été un grand homme, si ces qualités n’eussent été obscurcies par le vice honteux de l’avarice. » (O’MÉARA.)

MATHIEU DE LA REDORTE (DAVID-MAURICE-JOSKPH, comte)[modifier]

issu d’une famille noble du Rouergue, naquit à Sainte-Afrique (Aveyron), le 30 septembre 1768. Entré comme cadet dans le régiment suisse de Meuron, le 1er avril 1783, et parti pour les Indes à la même époque, il passa, en 1786, dans la légion française de Luxembourg et y fut nommé sous-lieutenant. De retour en France en 1789, son corps ayant été licencié le 22 juillet de la même année, il ne reprit du service qu’en 1792 dans le lrr régiment de dragons dont son oncle, M. de Muratel, était colonel ; celui-ci, devenu maréchal de camp, le fit admettre en qualité de capitaine dans la légion du Centre, le 1" août, et le.prit pour son aide-de-camp le 8 du même mois.

Attaché alors à l’armée du Rhin, il s’était distingué, le 5, à une affaire près de Landau.

Il se signala de nouveau à la bataille de Valmy, et fit, aux armées de la Moselle et de Sambre-et-Meuse, les campagnes de 1793 et des ans II et III, comme aide-de-camp du général Chapsal.

Nommé adjudant-général le 25 prairial de cette dernière année, et employé pendant les ans IV et V aux armées de l’intérieur, du Nord et de Sambre-et-Meuse, il rejoignit, en l’an VI, l’armée qui, sous les ordres de Championnet, marchait contre les insurgés de la Ro-magne.

Les habitants de Terracine s’étaient attiré la juste colère du général en chef par les excès auxquels ils s’étaient livrés envers les Français. Chargé d’en tirer une vengeance terrible, l’adjudant-gé-néral Mathieu s’y porta, le 22 thermidor, avec un détachement. Il enleva la place après six heures d’une résistance vigoureuse de la garnison, soutenue par 15 pièces de canon et par un grand nombre de paysans embusqués dans les jardins et les marais. Tous ceux que l’on prit les armes à la main furent passés au fil de l’épée.

A la suite de cette action, pendant laquelle il eut un cheval tué sous lui, le Directoire lui conféra, par arrêté du 23 fructidor, le grade de général de brigade. En l’an VIII, l’armée française ayant été attaquée par 40,000 Napolitains, aux ordres du général autrichien Mack, le général Mathieu fut chargé de les contenir. Il chassa l’ennemi de Vignanello, et s’empara de Magliano et du camp d’une division napolitaine. Mais l’occupation d’Otricoli, ville située au delà de Bor-ghetto, compromettant les communications de l’armée française, Championnet remit le soin de la reprendre à Macdonald, qui confia la direction de l’attaque principale au général Mathieu.

Celui-ci repoussa l’ennemi sur tous les points, pénétra dans Otricoli, et fit plus de 2,000 prisonniers : huit pièces de canon, trois drapeaux, ainsi que tout l’état-major du régiment de cavalerie de là Principessa, tombèrent en son pouvoir. Genzona, Cisterna, Piperno, Pros-sedi et Frosinone, furent également emportés, ainsi que Céprano, où l’arrière-garde ennemie se trouvait campée sur une hauteur dominant cette ville. Le lendemain il enleva le pont de Carigliano. Après quelques jours de repos à Rome, dont les Napolitains avaient été de nouveau chassés, le général Mathieu accompagna Macdonald au siège de Capoue.

Atteint devant cette place d’un coup de mitraille qui lui fracassa le bras droit,, tandis qu’il opérait une reconnaissance, il dut quitter l’armée pour se rendre aux eaux de Baréges.

Promu général de division le 28 germinal, il prit, le 9 nivôse an VIII, le commandement d’un corps de 3,600 hommes rassemblés à Brest, et, le 26 pluviôse, celui du département du.Finistère et de la ville de Brest. A cette époque, on préparait dans ce port une expédition pour la Guadeloupe ; le général Mathieu, qui devait en faire partie, ayant été retenu en France, fut investi, le 11 prairial, du commandement de la 20e division militaire (Périgueux).

Nommé les 19 frimaire et 25 prairial an XII, membre et grand officier de la Légion-d’Honneur, un arrêté du 525 floréal de la même année le fit président du collège électoral de l’Aveyron.

En l’an XIV, il commanda la 2e division du 7e corps de la grande armée destiné à repousser sur le Tyrol le corps autrichien du général Jellachich. Ce corps, cerné dans’ les positions qu’il occupait, mit bas les armes ; le général Mathieu 1 régla, de concert avec le major général Woffskell, les conditions de cette capitulation.

En 1800, il passa au service de Joseph-Napoléon’, décrété roi de Naples, et suivit ce prince en Espagne.

En 1808, attaché au corps d’armée du maréchal duc de Montebello, il se distingua et fut blessé à ’la bataille de Tu-d’ela, après laquelle il eut le commandement de Barcelone et de la basse Catalogne. « Dans ce poste difficile, dit le maréchal duc de Tarente, dans l’éloge du général Mathieu qu’il prononça à la tribune de la Chambre des Pairs, le 4 avril 1833, un général de talents distingués, livré à lui-même, sait développer cette habileté, ces combinaisons de la sagesse, les ressources de l’art, ces à-propos à profiter des circonstances, à saisir les occasions : elles ne manquèrent pas au général Mathieu, qui se montra toujours supérieur aux embarras et aux dangers de sa position. » ’

Vers le mois de mars 1811, il y eut un complot organisé pour livrer aux Espagnols le fort Montjouich. Le général Mathieu, averti à temps, résolut de faire tourner cette entreprise à la perte de l’ennemi ; il laissa donc le général espagnol, le marquis de Campo-Verde, rassembler 8,000 hommes sous les murs du fort dans la nuit du 19 au 20, et pénétrer 800 grenadiers dans les fossés ; mais alors une fusillade terrible devint le signal de la destruction des assaillants, et le général espagnol, attaqué dans le même mo-

ment par des détachements placés hors de la ville, n’eut qu’à chercher son salut dans une fuite honteuse.

Il se trouva à la prise de Mont-Serrat, enleva les hauteurs d’Altafulla’ en 1812, et continua, pendant l’année 1813, à mériter la réputation de général intrépide et habile.

Napoléon, qui faisait le plus grand cas de son mérite, lui avait décerné la croix de chevalier de la Couronne de Fer le 6 décembre 1807, et l’avait élevé, au rang de comte de l’Empire.

Rentré en France en 1814, il s’empressa d’adhérer à la déchéance de l’Empereur.

Nommé chevalier de Saint-Louis le 1" juin, et quelques jours après inspecteur général d’infanterie dans les 10e et 12P divisions militaires, Napoléon l’employa néanmoins pendant son règne des Cent-Jours.

En 1817, Louis XVIII lui confia le commandement de la 19e division militaire, et celui de Lyon après les événements qui désolèrent cette ville en 1818.

Créé Pair de France le 5 mars 1819, grand-croix de la Légion-d’Honneur le 20 août 1820, le comte Mathieu de La Redorte vota constamment avec la minorité constitutionnelle du Luxembourg.

En 1830, il prêta serment à la royauté nouvelle ; mais, prétextant ses infirmités pour refuser de faire partie du cadre de réserve, il prit sa retraite l’année suivante, et mourut le Ie* mars 1833.

Son nom est inscrit au côté Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MAUCUNE (ANTOINE-LOUIS-POPON, baron de)[modifier]

lieutenant-général, né le 21 février 1772 à Brives (Corrèze), entra comme sous-lieutenant dans le corps des Pionniers le 1" février 178G, y fut’ nommé lieutenant en 1787, et fut réformé le 1" mai 1789. Lorsque la Révolution éclata, il s’engagea comme grenadier dans le 4" bataillon de Paris en 1791, et le gouvernement lui rendit le grade qu’il avait occupé et le plaça comme lieutenant’ dans le 23e régiment d’infanterie en 1 792.

Il lit la campagne de 4792 à l’armée du Nord, et fut blessé d’un coup de feu à la cuisse gauche, à la prise de Melun. Passé en 1 793 à l’armée des Alpes, il fit la guerre dans le Piémont comme chef de partisans, et fut blessé d’un coup de baïonnette au bras droit à l’affaire de Bardenèche, en août de cette même année.

Promu capitaine le 8 ventôse an II, il fit toutes les.campagnes de l’armée d’Italie, de l’an II à l’an IX, et sa conduite ’à Arcole lui mérita le grade de chef de bataillon qui lui fut conféré par le général en chef Bonaparte le 1" nivôse an V.

En l’an "VII, à l’attaque de Taufl’ern, il fut blessé de deux coups de feu, dont un à la cuisse droite, et l’autre à l’épaule gauche, et fut nommé chef de brigade de la 39e de ligne sur le champ de bataille même.

Le 28 thermidor suivant, à Novi, i] fit des prodiges de valeur et fut atteint d’un coup de feu qui lui traversa le pied droit.

Confirmé dans son grade par arrêté du premier Consul du 29 ventôse an IX, pour prendre rang du 5 germinal an VII, il rentra en France après la paix et vint tenir garnison à Paris, d’où il fut envoyé au camp de Montreuil pendant les ans XII et XIII.

Membre de la Légion-d’Honneur le 1 9 frimaire an XII, il en fut créé officier le 25 prairial suivant, et attaché à ce titre al) collège électoral du département de la Corrèze.

Il fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne, de l’an XIV à 1807, avec la 2e division du 6e corps de la grande armée, et reçut des mains de l’Empereur, en l’an XIV, la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur.

Général de brigade par décret du 10 mars 1807, il’fnt attaché en cette qualité aii 6e corps le 28 du même mois. Rentré en France après la paix de Tilsitt, il devint baron de l’Empire en 1808, et chevalier de l’ordre de la Couronne de Prusse dans le courant delà même année. De 1808 à 1813, il fit la guerre enEspa- -gne et en Portugal.

Au combat de d’Alba de Tormès, le général Maucune suivit les fuyards et entra presque aussitôt qu’eux dans la : ville d’Alba de Tormès. Là, tombant sur la queue de la colonne ennemie sans tirer un coup de fusil, il lui tua 200 hommes à la baïonnette, se rendit maître du pont et enleva l’artillerie qui le défendait. Blessé d’un coup de feu à la bataille de Busaco, il reçut deux autres coups de feu à celle de Fucnte de Onoro.

Le 18 octobre 1812, l’avant-garde de l’armée de Portugal, sous les ordres du général Maucune, occupti Castil de Peones, Quintanavides et Santa Olalla ; un détachement anglais’ qui occupait ce dernier village y fut enlevé tout entier, • et le général Maucune s’empara des hauteurs qui dominent le bourg de Monas- " terio.

Le 19, il attaqua l’avant-garde an-, glaise, lui tua ou blessa quelques hommes du corps de Brunswick et lui fit une trentaine de prisonniers, parmi lesquels se trouvait un officier.

Le 20, le général Maucune qui avait ordre de reconnaître les forces qui couvraient le siège de Burgos, déboucha de Monasterio et enleva avec beaucoup d’élan le village de Quintanapalla.

Le 21, l’armée ennemie se mit en retraite vers le Duero, et le général Maucune la suivit de près. Il traversa Burgos, ramassant des traînards et des déserteurs, poussa une reconnaissance sur la route de Lerma, où fut prise une pièce de huit, et continua de s’avancer sur celle de Valladolid.

Le 23, il rencontra l’arrière-garde ennemie, couverte par neuf escadrons et quatre pièces de canon. Ces escadrons furent chargés, rompus à plusieurs reprises et rejetés sur Tamamès par notre cavalerie légère, qui leur fit éprouver une perte considérable.

Le 25, au combat de Villa-Muriel, il culbuta l’ennemi et le rejeta de l’autre côté de la rivière. Il fut cité honorablement par le général Souham dans son rapport au ministre de la guerre du i" novembre suivant.

Employé à l’armée d’Italie, il alla rejoindre son poste et fut mis en non-activité après le retour des Bourbons en France.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le S octobre d814.

Lorsque Napoléon revint de l’île d’Elbe, il désigna, par décision du 10’ juin 1813, le général Maucune pour aller-commander la division des gardes,nationales rassemblées à Lille ; mais la rapidité avec laquelle se succédèrent les malheureux événements de cette fatale époque ne lui permirent pas d’exercer ces fonctions ; il demeura en non-activité jusqu’au 21 octobre 1818, époque à laquelle il fut admis à la retraite.

Il est mort le 18 février 1824, et son nom figure avec honneur sur la partie Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MAUPETIT (PIERRE-HONORE-ANNE, baron)[modifier]

général de brigade,’né le 22 septembre,1772 à Lyon (Rhône). Sous-lieutenant le 10 mars 1792 dans le 9° régiment de dragons, il y fut nommé lieutenant le 1" avril 1793. Il fit les campagnes de 1792 à l’an IX aux armées des Alpes, de l’Ouest et d’Italie.

En l’an II, à l’affaire de Sorigimos, il

fut blessé de plusieurs coups de crosse à l’épaule droite.

Devenu capitaine le 12 frimaire an IV, il fut promu chef d’escadron par arrêté du général en chef de l’armée d’Italie du 1er floréal an VIL II prit ensuite part à la journée du 18 brumaire avec le 9° de dragons, qui était alors commandé par le chef de brigade Sébastiani ( Horace ), et qui faisait partie de la garnison de Paris.

Employé à l’armée de réserve, il se trouva à la journée de Marengo où il combattit avec la plus grande intrépidité. Il retarda pendant longtemps l’entrée dans la plaine de l’armée du général Mêlas, par sept charges consécutives qu’il effectua sur l’avant-garde ennemie, et il reçut plusieurs coups de sabre sur la tête et un coup de feu à la jambe droite. Revenu, avec son régiment, à Paris, après la paix, il fut nommé chef de brigade en remplacement de Sébastiani.

Membre de laLégion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, il lit partie, en l’an. XII et en l’an XIII, de la deuxième réserve de cavalerie de l’armée des côtes de l’Océan.

Le colonel Maupetit fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne, de l’an XIV à 1807, avec la réserve de cavalerie de la grande armée.

Le 16 vendémiaire an XIV, à l’affaire de Wertmgen, il reçut neuf coups de baïonnette en traversant les bataillons autrichiens formés en carré, et il s’empara de quatre pièces de canon et de trois drapeaux. A Austerlitz, il fut nommé commandant de la Légion-d’Honneur.

En 1806, à Iéna, il donna l’exemple de la bravoure et du dévouement le plus absolu, et il fut élevé au grade de général de brigade par décret impérial du 30 décembre même année. Il combattit à Friedland et reçut la décoration de chevalier de la Couronne de Fer.

Créé baron en 1808, il fut envoyé en Espagne et se distingua dans plusieurs rencontres contre les Anglais.

Revenu en France avec un congé de convalescence, le général Maupetit mourut des suites de ses blessures le 13 décembre 1811 à Alençon.

MAUPOINT DE VANDEUL (Louis-JOSEPH)[modifier]

issu d’une des plus anciennes familles de Flandre, naquit à Lille le 6 janvier 1766. Son père, prévôt général de la maréchaussée de Flandre, le destina de bonne heure à la carrière des armes. Déjà en 1782, il entrait, en qualité de sous-lieutenant au 3e régiment provincial d’état-major, et en 1786, il passait dans les Gardes du corps du roi, compagnie de Luxembourg. Il ne quitta Louis XVI qu’à la fatale journée du 7 octobre, après avoir suivi à pied l’infortuné monarque jusqu’à Paris. Ce fut dans la matinée de ce même jour que Maupoint dut à l’intervention de La Fayette de n’être pas pendu avec trois de ses camarades à une lanterne du château de Versailles. Enveloppé et pressé par la multitude, déjà la corde fatale avait été attachée à son cou.

Élu, par ses concitoyens, chef de bataillon de la garde nationale de Lille en 1789, Maupoint fut attaché, en 1792 à l’état-major du généralBeurnonville, en qualité de capitaine.

De l’armée de la Moselle il passa à celle du Nord en 1793, et devint l’aide-de-camp du général Kermovan. C’est dans le cours de la même, année que Maupoint, envoyé comme capitaine dans le 10" de hussards, arrêta la déroute d’une de nos colonnes à la malheureuse affaire de Montaigu, et prit part aux travaux de l’armée du Rhin jusqu’en l’an III de la République, à ceux de l’armée de l’Ouest en l’an IV, de Sambre-et-Meuse en l’an V. Dans toutes les affaires auxquelles assista son régiment, il déploya les qualités militaires qui le firent remarquer de ses chefs, et lui valurent, en l’an VII, le grade de chef d’escadron, avancement que Maupoint avait refusé une première fois pour ne pas se séparer de ses camarades du 10". Il venait de se distinguer aux affaires de Valdigi et de Sarrena, dans lesquelles il reçut cinq coups de sabre et fut félicité par le général Championnet. Maupoint suivit ce même régiment aux armées des Alpes, d’Italie et d’Espagne. En l’an XII, au camp de Saint-Omer, il devint membre de la Légion-d’Honneur à la création de TOrdre.

En 1806, Maupoint, après avoir passé douze années de sa vie dans le 10* hussards, où son nom vivait encore à la chute de l’Empire, fut appelé au commandement du 16e de chasseurs à cheval à la grande armée. A la tête de ce beau régiment, il se montra l’émule des grands chefs de cavalerie dont les Murât, les Lasalle et les Montbrun resteront dans nos Annales militaires comme la plus brillante personnification.

De 1808 à 1810, le colonel Maupoint ne quitta pas la grande armée et assista aux batailles mémorables qui marquaient cette période. Le fer et le feu de l’ennemi en inscrivirent les dates glorieuses sur, tout son corps.

A la journée d’Essling, il avait eu trois chevaux tués sous lui ; à.Wagram, il rendit une partie de l’armée française ; témbin d’une charge qui arracha les acclamations des lignes qui en furent spectatrices. Le 16e chasseurs, après avoir été engagé tout le jour, avait reçu l’ordre de regagner ses bivouacs. Tandis que le colonel Maupoint marchait à la tête de ses 1,000 chevaux formés en colonne, il aperçoit le 4e cuirassiers engagé dans un combat corps à corps avec les cuirassiers autrichiens de Dalbert. A cette vue, Maupoint se dressant sur les étriers et brandissant le sabre, adresse quelques mots à ses chasseurs : il les enlève et les lance comme un ouragan sur la ligne de fer ennemie. Les cuirassiers autrichiens se rompent sous le choc de cette cavalerie légère qui les ramène, la pointe aux reins, jusque sur les derrières • de leur artillerie dont elle s’empare. Ce fait de guerre, exécuté par le régiment de Maupoint avec la précision du champ de manœuvre, provoqua l’admiration de toute l’armée. L’Empereur décerna à l’intrépide colonel la croix d’officier sur le champ de bataille.

Le 6 août 1814, le grade de général de brigade fut la récompense de la valeur et de la capacité militaires de Maupoint, à une époque où la valeur et la capacité étaient des dons ordinaires. Il se rendit à l’armée d’Espagne qui dévint témoin, à son tour, de ses hauts faits. Le maréchal Suchet les a glorifiés dans ses Mémoires.

En 1812, le général Maupoint, criblé de blessures, mutilé des pieds à la tête, fut contraint, par l’épuisement de ses forces, de descendre de son cheval de bataille ; mais l’Empereur ne voulut pas encore se priver de ses services, et le mit à la tête de l’École militaire de Saint-Germain qu’il appelait la poule aux œufs d’or de la cavalerie française.

A la rentrée des Bourbons, le général Maupoint, que Napoléon avait fait baron de l’Empire -, fut appelé au commandement des Bouches-du-Rhône et à celui du Var en 1815. Dans ces temps difficiles, et au milieu de la lutte des partis, il resta toujours fidèle à la France, et cette fidélité fut, toute sa vie, le seul mobile de ses sentiments et de ses actions.

Une démission prématurée rendit, en 1816, le général Maupoint à la vie privée, il ydonnaencorede grands exemples.

Il est mort à Marseille ! e 18 septembre 1849, et laissa des fils qui portent son nom avec honneur.

MAURIN (ANTOINE, baron)[modifier]

lieutenant-général, né le 19 décembre ’1791, à Montpellier (Hérault). Entré au service comme chasseur dans le 20’ régiment de chasseurs à cheval le 23 juillet 1792, il fit les campagnes.de 1792, au commencement dé l’an II, à l’armée du Nord.

Passé a celle de Sambre-et-Meuse, il y servit avec distinction pendant les ans II,’ III et IV, fut nommé adjoint à l’adju-dant-général Mireur, le 29 germinal an II, et se fit remarquer au siège de Maëstricht et au combat de la Roër, où il passa un des premiers la rivière à la nage pour s’élancer dans les retranchements ennemis :

En l’an III, il commandait trois compagnies dé grenadiers de l’avant-garde, et contribua par son courage à la prise de cette ville et à celle de 800 Autrichiens.

Sous-lieutenant au 20° de chasseurs à cheval, par décret de la Convention nationale en date du 27 fructidor ah III, il commandait une des quatre compagnies de grenadiers qui passèrent le Rhin, dans les barques, à Bendorff, pendant la nuit du 11 au 12 messidor an IV, pour aller couper la retraite à un corps de troupes de 4,000 Autrichiens qui campaient dans la plaine de Neuwied. Ces compagnies, après avoir fait 200 prisonniers, pris une redoute armée de plusieurs pièces et enlevé les bagages du général ennemi, soutinrent dans Bendorff les efforts de ces 4,000 hommes pendant plus de quatre heures, et jusqu’à ce qu’un pont établi sur le Rhin permît de venir à leur secours.

Il se distingua de nouveau, à l’attaque de Limbourg, sur la Lahn, et fut nommé lieutenant sur le champ de bataille par le général en chef Jourdan.

Le 11 vendémiaire an V, à la bataille de Biberach, il reçut un coup de sabre à l’épaule et passa ensuite à l’armée d’Italie, avec laquelle il fit la campagne de l’an V.

Le 29 ventôse, à la prise de Gradisca, il passa un des premiers l’Isonzo, sous le feu de l’ennemi, pour aller avec les grenadiers former l’investissement de cette place, et obtint le grade de capitaine qui lui fut donné sur le champ de bataille par le général en chef Bonaparte. Dès le 15 germinal, il était passé auprès du général Bernadotte, qui l’avait choisi pour aide-de-camp.

Il servit, en cette qualité, depuis cette-époque jusqu’à l’an X, aux armées d’observation sur le Rhin et de l’Ouest, fut nommé chef d’escadron par arrêté du Directoire et devint adjudanl-général le 3 thermidor suivant.

Le 4 floréal an X, le premier Consul le nomma chef de brigade du 24e régiment de chasseurs à cheval. De l’an X à l’an XHI, il fut employé dans la 11* division militaire, et créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et officier de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Il fit les guerres de l’an XIV, de 1806 et partie de 1807, en Italie et à la grande armée, et fut nommé général de brigade le 25 juin 1807.

Appelé au commandement d’une brigade de cavalerie au corps d’observation de la Gironde, sous les ordres du général Junot, il entra en Portugal le 15 septembre suivant.

Créé baron de l’Empire le 17 mars 1808, il était au lit, malade ; lors de la prise de Faro, les Anglais le firent transporter à bord de leur Do’tte, et il resta prisonnier jusqu’au 4 septembre 1812, époque de sa rentrée en France.

Mis en disponibilité et destiné à servir à la grande armée le 11 février 1813, il fut employé à la 4e division du 2e corps

de cavalerie de la grande armée le 1" mars, passa à la 2e division du même corps le 15 avril, et revint à la 4e division le 31 mai suivant.

Créé commandant de la Légion-d’Honneur le 28 septembre, il fut mis en disponibilité le 15 décembre, et fut de nouveau employé au 2° corps de cavalerie le 30 du même mois.

Attaché aux divisions de cavalerie, à ■ Versailles, le 6 janvier 1814, il fit la campagne de France, et fut promu au grade de général de division le 19 février suivant. Le même jour, l’Empereur lui confia" le’commandement dé la 2e division de cavalerie légère du 2e corps de cavalerie, et c’est à la tête de ces troupes qu’il termina la campagne de 1814.

Après la rentrée dés Bourbons, il fut nommé commissaire du roi pour la’ rentrée des prisonniers de guerre, reçut là croix de chevalier de Saint-Louis, et fut mis en non-activité le 1" janvier 1815, puis nommé par le gouvernement royal chef d’état-major du 2e corps de l’armée commandée par le duc de Berri, le 19 mars 1815.

L’Empereur, en rentrant dans ça capitale, lui confia, par décret du 31 du même mois, le commandement d’une division de cavalerie au 4e corps d’observation, devenu 4e corps de l’armée du Nord.’ ’ .

C’est à la tête de ces troupes qu’il fit la campagne des Cent-Jours en Belgique, ■ et qu’il fut blessé d’Un coup de feu qui lui traversa la poitrine au-dessus du sein gauche, le 16 juin au soir, à la bataille de Ligny.

Mis en non-activité au mois de septembre suivant, il fut compris comme disponible dans le cadre de l’état-major général de l’armée le 30 décembre 1818.

Louis XVIII lui confia le commandement de la 15’ division milifaire le 20 janvier 1819. Disponible le 30 mai 1820, il fut admis à la retraite le Ie’ janvier 1823, et se trouvait encore dans cette position lorsque la révolution de Juillet éclata.

Le général Maurin offrit ses services et fut employé pendant quelques jours au ministère de la guerre. C’est par lui qu’étaient signées les dépêches télégraphiques qui apportèrent l’ordre aux officiers généraux commandant les divisions militaires d’arborer les trois couleurs.

Chargé provisoirement du commandement de la lre division militaire, il fut confirmé dans ce commandement, le 18 septembre 1830, par le nouveau gouvernement.

Remplacé, le 25 du même mois, par le général comtePajol, le généralMaurin mourut le 4 octobre suivant.

Son nom est inscrit sur le côté Ouest dé l’arc de triomphe de l’Étoile.

MAZAS (JACQUES-FRANÇOIS-MARC)[modifier]

né le 26 avril 1765 à Marseille (Bouches-du-Rhône), entra au service le 10 avril 1781 comme soldat dans le régiment de Bourbonnais-Infanterie, et passa, le 11 avril 1782, dans celui de Champagne, avec lequel il fit les campagnes de 1782 et 1783 en Amérique.

Congédié en 1790, il reprit les armes lorsque nos frontières furent menacées, et, le 20 juin 1793, il fut nommé adjudant-major du 11* bataillon de la Gironde, devenu 148°, puis 34e demi-brigade d’infanterie de ligne.

Il y fut promu capitaine le 3 juillet suivant, et servit à l’armée des Pyrénées-Occidentales depuis cette époque jusqu’en l’an III. Devenu chef de bataillon le 9 messidor an II, il fut fait chef de brigade le 1" germinal an III.

Employé en l’an IV à l’armée des côtes de l’Océan, sous les ordres de Hoche, il passa à celle des Alpes vers la fin de l’an IV, et fit les guerres des ans V, VI, VII, VIII et IX à l’armée d’Italie.

En l’an V, suivi seulement de quatre dragons, il pénétra dans Carpentras (Vaucluse) ; et fit mettre bas les armes à 4 000 insurgés qui s’étaient rendus maîtres de la ville.

À la bataille de Novi, il soutint avec la plus grande intrépidité, à la tête de sa demi-brigade, plusieurs charges de l’ennemi dont il paralysa les efforts.

Le 29 germinal an VIII, à l’attaque du monte San-Giacomo, les troupes se mirent en marche sur quatre colonnes à une heure après minuit. Le chef de brigade Mazas s’était établi, dès la veille, au lieu dit le Rocher, avec la colonne de droite, composée de la 34° de ligne et de la 7e légère. Il attaqua le monte San-Giacomo avec une grande résolution ; le combat fut vif et acharné, mais enfin la position fut emportée.

Le 8 prairial suivant, lors des opérations du général Suchet sur le Var, Mazas attaqua avec impétuosité les postes retranchés qui couvraient le mouvement des Autrichiens, les força, prit quatre pièces de canon, et fit environ 300 prisonniers.

L’état des services de cet officier supérieur contient une annotation conçue en ces termes : « Cet officier a conduit la 34e demi-brigade d’infanterie de ligne à vingt-six combats, à un siège et à trois batailles rangées ; partout il a donné l’exemple d’un courage soutenu et raisonné ; il a développé des connaissances militaires et tenu une conduite digne d’éloges. »

Rentré en France après la paix, il tint garnison à Longwy pendant les ans X et XI, et passa colonel au 14e régiment d’infanterie de ligne le 12 vendémiaire an XII.

Employé au camp de Saint-Omer pendant les ans XII et XIII, il fut créé membre et officier de la Légion d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII. Lors de la guerre contre l’Autriche, en l’an XIV, il fit partie de la division Saint-Hilaire, du 4° corps de la grande armée.

À Austerlitz, son régiment fit des prodiges de valeur et n’eut qu’une vingtaine d’hommes tués et une centaine de blessés, tandis qu’il fit éprouver une perte centuple à l’ennemi ; le colonel Mazas trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille, et fut le seul officier que perdit le 14e.

L’Empereur décréta qu’une place voisine du pont d’Austerlitz porterait le nom de cet intrépide officier.

Son nom figure aussi sur le côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MENNE (PIERRE-MAURICE)[modifier]

né le 29 décembre 1785 à Agen (Lot-et-Garonne)-, entra au service dans la 59e demi-brigade en 1804, comme simple soldat, passa par tous les grades inférieurs, et fut nommé sous-lieutenant et chevalier de la Légion-d’Honneur en 1806, pour sa brillante conduite à la prise du pont de Guntzbourg.

Il prit part aux batailles d’Ulm, d’Iéna, d’Eylau, deFriedland, passa en Espagne, fut blessé aux affaires de Rubierca (1808) et des Arapyles (1812), élevé au grade de chef de bataillon ; il se distingua de nouveau à la fatale journée de Vittoria, et plus tard à Arcis-sur-Aube où il commandait un bataillon du 118e régiment.

Mis en non-activité avec demi-solde en 1814, M. Menne fut employé, pendant les Cent-Jours, comme adjoint à l’état— major, dans la 14 » division militaire ( à Gaen).

A la seconde Restauration il fut remis en demi-solde : en 1827, il fut appelé au commandement d’un bataillon du 3e régiment d’infanterie de ligne, puis du 30e de ligne en août 1830, et peu de jours après il fut nommé lieutenant-colonel du 19’ d’infanterie légère.

Il fit la campagne de 1830 à Alger, fit celle de Belgique en 1831, fut nommé colonel du 2* d’infanterie légère, retourna en Afrique en 183S, y fit cinq campagnes successives et se distingua par sa haute bravoure.

M. Menne, officier de laLégion-d’Hon-neur en 1815, et commandeur en 1836. ! La Restauration l’avait fait chevalier de Saint-Louis en 1828.

Le 27 août 1839, il fut promu au grade de général de brigade.

Il est aujourd’hui à la retraite.

MENOU (JACQUES-FRANÇOIS, ABDALLAH, baron de Boussay)[modifier]

né à Boussay-de-Loches (Indre-et-Loire) le 3 septembre 1750, d’une ancienne famille. Il entra de bonne heure dans la carrière des armes, il était déjà maréchal, de camp en 1789, lorsqu’il fut député de la noblesse du bailliage de Touraine aux États généraux. Nommé secrétaire le S décembre et président le 31 mars 1790. Membre du comité diplomatique, employé après la session comme maréchal de camp à Paris, puis à l’armée de l’Ouest. Commandant des sections de Paris au 1er prairial an III, il força le faubourg Saint-Antoine à capituler. Général en chef de l’armée de l’intérieur, dénoncé comme traître, mis en jugement et acquitté en 1795. Général de division à l’armée d’Égypte, il y montra beaucoup de valeur, épousa une riche musulmane et embrassa l’islamisme. Général en chef après la mort de Kléber. Les uns disent qu’il était au-dessous de cette mission difficile, les autres que les généraux ses collègues lui refusèrent tout concours. Quoi qu’il en soit, il fallut évacuer l’Égypte. Appelé an Tribunat en 1802. Administrateur du Piémont, gouverneur de la Toscane en 1805, et enfin gouverneur de Venise. Rappelé en France le 23 juillet 1810, il mourut à la villa Corneso, près Mestre (Italie) le 13 août 1810.

o Le général Menou était très-instruit, bon administrateur, intègre. Il s’était fait musulman, ce qui était assez ridir cule,,mais fort agréable au pays ; on était en doute sur ses talents militaires ; on savait qu’il était extrêmement brave, il s’était bien comporté dans la Vendée et à l’assaut d’Alexandrie, D

(Mémorial de Sainte-Hélène).

« Après la mort de Kléber, l’Égypte ne fut plus qu’un champ d’intrigues ; la force, et le courage des Français restèrent les mêmes ; mais l’emploi ou la direction qu’en’fit le général ne ressemblèrent plus à rien. Menou était tout à fait incapable ; les Anglais vinrent l’attaquer avec 20,000 hommes ; il avait des forces beaucoup plus nombreuses et le moral des deux armées ne pouvait pas se comparer. Par un aveuglement inconcevable, Menou se hâta de disperser toutes les troupes, dès qu’il-apprit que les Anglais paraissaient ; ceux-ci se présentèrent en masse et ne furent attaqués qu’en détail. » (Mémorial).

« L’Égypte fût resté à jamais une province française, s’il y eût eu pour la défendre tout autre que Menou.

« Menou était un homme courageux, mais il n’était pas soldat, s (O’MEARA).

Le nom du général Menou est inscrit sur l’arc de l’Étoile, côté Sud.

MERLE (PIERRE-HUGUES-VICTOIRE, baron)[modifier]

né à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) le 26 août 1766, s’enrôla dans le ’ 53’ régiment d’infanterie, ci-devant de Foix, le 4 mai 1781, et obtint son congé le 4 septembre 1782.

Entré comme grenadier au 80e régiment d’infanterie (Angoumois) le 14 décembre 1784, il devint caporal de fusiliers le 1" avril 1789, fourrier de grenadiers le 26, sergent-major le 18 avril 1791, sous-lieutenant le 19 juin 1792 et enfin lieutenant le 24 octobre suivant.

Merle était alors à l’armée des Pyrénées-Occidentales sous les ordres du général Moncey ; sa bonne conduite, autant que sa bravoure, lui valurent, le 1" mai 1793, le grade de capitaine d’une compagnie d’artilleurs, formée par arrêté du représentant dû peuple Garau. Commandant du fort Socoa, le 1" septembre, il fut nommé chef de bataillon d’artillerie que les représentants du peuple, en mission à l’armée des Pyrénées-Occidentales, formèrent le 1" germinal an II.

Élevé au grade de général de brigade le 25 du même mois, Merle se distingua, le 22 thermidor, à Tolosa. La ville était défendue par 8,000 Espagnols. A la tête de deux escadrons de hussards du 12e, il exécuta une charge, dans Tolosa même, sur un régiment de cavalerie ennemie, le mit en déroute, lui tua un grand nombre d’hommes, lui fit 100 prisonniers, enleva 2 mortiers, et Tolosa tomba en son pouvoir avec des magasins considérables de subsistances ; le général Moncey, dans plusieurs rapports qu’il adressa au gouvernement fit souvent l’éloge du général Merle.

Pourvu d’un commandement dans l’Ouest le 23 fructidor an III, ce général passa à l’armée des côtes de l’Océan le 11 nivôse an IV, à celle des Alpes le 23 messidor suivant, puis fut employé dans la 8e division militaire le 22 vendémiaire an V.

Le Directoire, sur des rapports calomnieux, le fit arrêter et traduire par-devant un conseil de guerre le 22 fructidor de la même année. Son innocence ayant été reconnue à l’unanimité des voix,’il reçut l’ordre du premier Consul d’aller prendre un commandement dans la 17e division militaire le 19 nivôse an VIII, se rendit ensuite dans la 14e, fit partie de l’armée de réserve le 2 prairial, commanda une subdivision dans la 27e division militaire en l’an IX, devint membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et enfin commandant de l’Ordre le 25 prairial. En l’an XIV, Merle servit avec distinction à la grande armée d’Allemagne.

Gouverneur de Braunau le 8 brumaire, il se trouva à la bataille d’Auster-litz, eut deux chevaux tués sous lui, et mérita d’être nommé général de division le 3 nivôse.

Employé au corps d’observation des côtes de l’Océan le 8 juin 1808, il retourna presque immédiatement en Espagne, y signala son arrivée par la prise de Valladolid, se porta de là sur Santan-der, concourut au succès du combat de Médina de Ripse, et reçut, le 4 septembre la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur.

Devenn baron de l’Empire vers le •même temps, le général Merle, de concert avec le général Mermet, culbuta’, le 15 janvier 1809, l’avant-garde anglaise qui, après avoir débarqué à la Corogne, s’était emparée des hauteurs de Villaboa.

Le général Reyhier l’ayant chargé d’une expédition dans les montagnes de "Xérès, en Estramadure en 1810, il y rencontra, près de Salvatierra, l’avant-garde espagnole, nouvellement renforcée de 8,000 hommes, attaqua avec vigueur toutes ces troupes réunies, les battit et les dispersa entièrement. Il combattit avec sa valeur accoutumée à Busaco en Portugal, eut le bras fracassé dans cette affaire par la mitraille, et reçut une blessure grave à Oporto.

Mis en disponibilité le 24 novembre 1811, il reçut l’ordre le 26 avril 1812 d’aller prendre le commandement de la 3e division de réserve destinée à faire la campagne de Russie. C’est lui qui, à la tête de la division, couvrit le front de la place de Polotsk, qu’il protégea contre le corps d’armée du général Wittgenstein.

Pendant la retraite de l’armée française il se fit encore remarquer à Po-lotsk, où il repoussa victorieusement l’ennemi, malgré la-supériorité numérique de ses forces. Obligé toutefois d’évacuer cette ville, le général Merle parvint à emmener avec lui tous les bagages et plus de 140 pièces d’artillerie, qui lui furent opiniâtrement disputées par les Russes. Les soldats surnommèrent ce beau fait d’armes affaire de la nuit infernale. Merle joignit à ces importants services celui de conduire jusqu’en Pologne le reste de sa division, accrue de plusieurs débris de l’armée qu’il avait recueillis sur sa route.

Appelé au commandement de la 25" division militaire, il se prononça, en 1814, pour la causé des^Bourbons, adhéra un des premiers aux actes du gouvernement provisoire, reçut la décoration de chevalier de Saint-Louis le 27 juin, et eut l’inspection générale de la gendarmerie.

Au mois de mars 1815, le général Merle accompagna le duc d’Angoulême dans le Midi. Ce prince le chargea, conjointement avec le général de Vogué, de la défense importante de Pont-Saint-Esprit, pour s’assurer une retraite, si le sort des armes ne lui était pas favorable. L’approche des troupes impériales, dont le nombre augmentait chaque jour considérablement, détermina l’évacuation de cette place. Merle se disposant à faire un mouvement sur Montdragon, écrivit, au duc d’Angoulême qu’il laissait cependant’M. de Vogué à la garde du pont avec 150 gardes nationaux, qui l’abandonnèrent presque aussitôt.

En 1816, il obtint sa retraite avec une pension de 6,000 francs, et mourut à Marseille, où il s’était retiré, le 5 décembre 1830.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.


troupes françaises stationnées dansal&y>Jans_la déroute la plus complète. Les

MERLIN (CHRISTOPHE-ANTOINE)

lieutenant-général, né le 27 mai 1771 à Thionville (Moselle), entra au service comme sergent-major dansle 4e bataillon de la Moselle le 15 août 1791, et futnommé sous-lieutenant au 105° régiment d’infanterie le 7 décembre de la même année.

Il y devint lieutenant le 11 mai 1792, passa le 21 septembre, en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux, à l’armée du Midi, avec laquelle il fit la campagne de 1792, et futnommé capitaine dans la légion de la Moselle le 8 décembre de la même année.

Aide-de-camp du général Favart le 8 mars 1793, il servit pendant cette année à l’armée du Nord, fut fait chef d’escadron le 3 août suivant, et devint adjudant-général, chef d’escadron à l’état major de cette armée le 14 vendémiaire an II.

Employé en cette qualité à l’armée des-Pyréuées-Orientales, le 21 pluviôse suivant, il prit une part active aux guerres des ans II, III et partie de l’an IV, contre les Espagnols. Il fut blessé d’un éclat d’obus à la jambe gauche, à l’affaire d’Escola, où il donna des preuves d’une éclatante bravoure.

Adjudant-général, chef de brigade du 4e régiment de hussards en l’an IV, il fit avec ce corps les campagnes des ans IV, V,’VI, VII, VIII et IX aux armées de Sambre-et-Meuse, du Danube, deRhin-et-Moselle et du Rhin. Il fut blessé d’un coup de sabre au bras droit, à l’affaire de Steinberg, en l’an V, lors du passage du Rhin. En garnison à Cambrai pendant les ans X et XI, il servit à l’armée de Hanovre pendant les ans XII et XIII, fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et devint officier de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Promu au grade de général de brigade en l’an XIII, il fut employé près les

royaume de Naples, et passa au commandement d’une brigade de cavalerie de l’armée d’Italie, sous les ordres du maréchal Masséna.

C’est èri cette qualité qu’il prit part aux campagnes des ans XIII et XIV en Italie, et dans le royaume de Naples.

Devenuécuyer du roi JosephNapoléon, il fut chargé le 1er juin 1807 du commandement de la division de Salerne et d’Avellino, et prit celui de la division des Abruzzes le 9 septembre suivant.

Employé au mois de mai 1808, dans la division du gouvernement de Naples et de la Terre du Labour, il suivit le roi Joseph lorsque ce prince quitta le royaume de Naples pour aller prendre possession du trône d’Espagne. Le général Merlin fut nommé commandant de,1a Légion-d’Honneur le 12 juin 1808, et, le 15 aojït suivant, il passa comme général de division et capitaine général au service du roi d’Espagne avec l’autorisation de l’Empereur.

A la bataille de Talaveira, il commandait une division de cavalerie légère qui fut placée derrière l’infanterie du maréchal duc de Bellune, afin de la soutenir et de pouvoir déboucher dans la plaine quand le moment serait venu. Une brigade de cavalerie anglaise ayant refoulé un de ses régiments, et le ramenant vivement, le général Merlin, à la tête de sa 2e brigade, chargea la cavalerie ennemie avec impétuosité et la prit en tête et en flanc, tandis qu’un des régiments de sa dlC brigade la chargeait par derrière. La brigade anglaise ne put résister à cette triple attaque. Un régiment de dragons légers fut en entier détruit ou fait prisonnier, l’autre régiment prit la fuite dans le plus grand désordre.

A la bataille d’Almonacid, il chargea avec tant d’impétuosité, qu’en moins de dix minutes, l’ennemi fut enfoncé et mis débris de l’armée insurgée ne trouvèrent leur salut que derrière les montagnes de la Guadiana.

Le 16 août, le roi Joseph le’ nomma capitaine général de ses gardes ; néanmoins il conserva le commandement de sa division jusqu’à la fin de cette campagne.

Le 18 novembre, à la bataille d’Ocana, la division de cavalerie légère du général Merlin sabra un bon nombre de fuyards et fit mettre bas les armes à 5,000 hommes. Les Espagnols furent poursuivis^ le sabre dans les reins, jusqu’à la Guardia ; à chaque pas la cavalerie française ramassait de nouveaux prisonniers, et dans la soirée, 20,000 hommes, 50 pièces de canon, 30 drapeaux et une immense quantité d’armes de toute espèce étaient au pouvoir des vainqueurs.

Après la retraite de l’armée française et le traité de Valençay, qui en fut la conséquence, Merlin rentra au service de la France comme général de division, avec rang du 5 juin 1814. Le 21 du même mois, il fut employé au dépôt central de cavalerie de Versailles, et désigné le 31 pour prendre le commandement des gardes nationales de Sens, Montereau et Fontainebleau : mais il ne remplit point ces dernières fonctions, et fut employé le 11 février dans le 2ecorps de cavalerie.

Le 2 mars le général Ziethen, de l’armée de Silésie, chargé, d’une reconnaissance sur May, déboucha de Neuf-’ chelles et repoussa la division Merlin, qui était en position ; mais celle-ci ayant été soutenue parles divisions Ricard et Lagrange et 12 pièces de canon, l’ennemi, forcé sur sa gauche à cinq heures du soir, se retira avec beaucoup de peine derrière le corps de Kleist.

Le 13 mars, à la reprise de Rheims, la division Merlin, soutenue par les cuirassiers du 1" corps, engagea l’action à l’extrême droite, et fit mettre bas les II.

armes à trois bataillons prussiens qui cherchaient à gagner le pont de Sillery.

Le 14, le général Merlin, avecl’infante-rie du corps du maréchal duc de Raguse, marcha à la poursuite du corps de Saint-Priest.

Le 23, il chassa les Cosaques du général Tettenborn, de Vertus, qu’ils pillaient ; il fit quelques prisonniers et s’empara de 60 voitures de bagages, de 300 chevaux, et de presque tout ce qu’ils venaient de piller, et qui fut rendu aux habitants.

Après l’abdication de l’Empereur, le gouvernement royal le nomma, au mois de mai, inspecteur général de la cavalerie dans la 5e division militaire, le créa chevalier de Saint-Louis le 19 juillet suivant, et lui confia, le 30 décembre, l’inspection générale de la cavalerie dans la même division, pour l’année 1815.

Napoléon, à son retour de l’île d’Elbe, lui donna, par décret du 6 avril, le commandement de la 8e division de cavalerie du 5e corps d’observation, devenu armée du Rhin. Le général Merlin se rendit à son poste et prit une part active aux combats qui eurent lieu pendant cette courte campagne, notamment le 24 juin, à l’attaque des avant-postes français sur la Lauta, où la cavalerie wurtember-geoise fut repoussée avec perte ; et le 28 du même mois, à l’affaire qui eut lieu sur la route de Brumpt.

Mis en non-activité au retour des Bourbons, il fut chargé de l’inspection générale de la cavalerie dans les 6e et 18e divisions militaires, par décision royale du 25 juillet 1816, et les 18e et 21e divisions par décision royale du 27 avril 1817.

Compris dans le cadre de l’état-major général de l’armée le 30 décembre 1818, il fut de nouveau nommé inspecteur de cavalerie dans la 2e division militaire le 21 avril 1820, et placé en disponibilité le 1" janvier 1821.

Admis à la retraite par ordonnance du 4" décembre 1824, à compter du Ie’ janvier 1825, il fut relevé de cette position après la révolution de Juillet 1830, et chargé, dès le 8 août, de l’inspection générale extraordinaire de la cavalerie du 38 arrondissement.

Appelé au commandement de Ial7e division militaire (Corse) le 9 septembre suivant, il fut chargé de l’inspection générale des troupes d’infanterie de sa division par décision du 13 mars 1831, et mis en disponibilité le 30 décembre de la même année.

Inspecteur général de cavalerie dans la 3e division militaire le 5 juillet 1832, il fut nommé membre du comité d’infanterie et dé cavalerie le 20 septembre suivant.

Louis-Philippe le créa grand officier de la Légion-d’Honneur le 18 avril 1834, et lui confia l’inspection générale de la cavalerie de la 1" division militaire le 14 juin de la même année. Admis dans le cadre de vétérance, à dater du 27 mai 1836, il passa dans celui de non-activité par suite de l’ordonnance du 28 août suivant.

Il est mort à Paris le 9 mai 1839.

Son nom est inscrit sur le côté Sud de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MERLIN (JEAN-BAPTISTE-GABRIEL, baron)[modifier]

maréchal de camp, né le 17 avril 1768 à Thionville (Moselle).

Soldat dans le régiment de Royal-Cravate (10* de cavalerie), depuis le 13 août 1787 jusqu’au 10 mars 1792, époque à laquelle il fut nommé sous-lieutenant dans le 1’ régiment de dragons, il fit les campagnes de 1792 à 1793, ans H et III aux armées des Ardennes, de Sambre-et-Meuse et du Rhin.

A l’affaire qui eut lieu entre Maubeuge et Beaumont, le 2 floréal an II, il mit en déroute avec son peloton la légion des émigrés dite de Bion. Sur le rapport du représentant du peuple Laurent, le Comité de salut public nomma le jeune Merlin capitaine au même corps.

Le 9 messidor an III, il fut promu au grade de chef d’escadron dans la légion de police, devenue 21e régiment de dragons, et passa en la même qualité dans la garde du Directoire le 8 thermidor an V. De l’an III à l’an VIII, il servit donc dans l’intérieur, et fut nommé, le 29 brumaire de cette dernière année, chef de brigade du 8’ régiment de cavalerie, devenu 8e de cuirassiers. Il fit avec ce corps les campagnes des ans VIII et IX à l’armée du Rhin, et se distingua, le 30 prairial an VIII, au passage du Danube, ce qui lui valut une lettre de félicitations du général Lecourbe le 2 messidor suivant.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII,-il en fut nommé officier le 25 prairial suivant, et fit la campagne de l’an XIV avec la division de cuirassiers, commandée par le général Pully, à l’armée d’Italie, devenue 8e corps de la grande armée.

Il prit part aux guerres de Prusse et de Pologne, en 1806 et 1807, fut créé baron le 19 mars 1808, et servit à l’armée d’Allemagne en 1809.

Le 21 mai, au combat d’Essling, blessé d’un éclat d’obus à la cuisse, il reçut les témoignages les plus flatteurs de la satisfaction de l’Empereur, qui l’éleva au grade de général de brigade.

Employé en cette qualité au commandement du département de l’Yonne, le 24 décembre 1810, il passa dans celui de l’Orne le 9 juin 1812, et conserva ces fonctions jusqu’au 21 juillet 1815.

A la première rentrée des Bourbons en France, Louis XVIII le créa chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis par ordonnance du 5 octobre 1814.

Mis en non-activité à l’époque où il quitta le commandement de l’Orne, il fut nommé lieutenant du roi del" classe, ’ pour commander la place de Strasbourg, le’18 novembre 1818. Il exerça ces fonctions pendant environ dix-huit mois, et fut admis à la retraite le 20 juin 1821.

Relevé de cette position lors de la révolution de Juillet 1830, il fut compris dans le cadre de réserve de l’état-major général le 22 mars 1831, et fut de nouveau admis à la retraite le 1" mai 1832, comme ayant dépassé l’âge fixé par les ordonnances pour être maintenu sur le cadre d’activité.

Il est mort le 27 février 1842.

MERLIN (ANTOINE-FRANÇOIS-EUGENE, comte)[modifier]

fils de Merlin de Douai, le célèbre jurisconsulte, né à Douai (Nord) le 27 décembre 1778, entra dans la carrière des armes à l’âge de 1-4 ans en 1793. Il avait à peine 19 ans que Bonaparte le nomma son aide-de-camp et l’emmena en Égypte.Rentré plus tard dans le corps de l’armée, chacun de ses grades fut le prix d’une action d’éclat. Néanmoins, arrivé au grade de chef d’escadron de grosse cavalerie en novembre 1800, il ne fut nommé colonel du 1" hussards que dix ans plus tard.

Le 3 août 1811, il se signala à l’affaire de Sabugal, où, à la tête d’un faible escadron, il dispersa un régiment d’infanterie anglaise et lui reprit une pièce d’artillerie dont il venait de s’emparer. Pour ce fait, il fut créé officier de la Légion-d’Honneur.

A la malheureuse affaire des Arapyles, il soutint avec énergie, à la tête de son régiment, les efforts de l’ennemi et protégea la retraite de l’armée. Après s’être signalé dans les principales affaires de cette campagne, il fut nommé général de brigade le 14 juillet 1813, et appelé à la grande armée.

Le général Merlin se signala de nouveau pendant la campagne de Leipzig et mérita les éloges publics de Napoléon qui le nomma colonel en second du 4° régiment des Gardes d’honneur.

Pendant la première Restauration", il fut mis en non-activité et créé chevalier de Saint-Louis.

Au 20 mars, Napoléon le nomma major des chasseurs à cheval de la Garde impériale et le chargea en outre de l’organisation et du commandement du 2° régiment de cette arme.

Après le licenciement de l’armée de la Loire, le général Merlin quitta la France et suivit dans l’exil son père qui faisait partie de la liste, des 38 proscrits. Les deux voyageurs s’embarquèrent à Anvers pour se rendre en Amérique, et firent naufrage près de Flessingue.

Rentré en France en 1818, le général Merlin fut signalé comme l’un des chefs de la conspiration du mois d’août 1820, et un mandat d’amener fut lancé contre lui ; mais ilparvint à s’y soustraire. A la suite d’un arrêt de non-lieu (février 1821), il put vivre tranquillement dans la retraite. Remis en activité en 1830, créé commandeur de la Légion-d’Honneur le 21 mars 1831, et lieutenant-général le 30 septembre 1832, il fut chargé en 1835 du commandement de la 18e division.

En 1837, il fut élevé à la dignité de grand officier de la Légion-d’Honneur.

Membre de la Chambre des députés en 1835, il se montra partisan de îa dynastie nouvelle.

Il appartient aujourd’hui au cadre de retraite.

MERMET (JOUENT AUGUSTIN-JOSEPH)[modifier]

naquit au Quesnoy (Nord) le 9 mai 1772. ïl était fils du chef de brigade Albert Mermet, qui fut tué le 29 fructidor an II, au combat de Freligne.

Le 10 mai 1788, il entra dans la cavalerie, où il servit jusqu’en 1791, époque à laquelle il quitta la France pour faire la campagne des Antilles dans le 39e régiment. De retour dans sa patrie, il fut nommé chef d’escadron au 7° régiment de hussards le 22 brumaire an II, devint colonel du 10° un mois après, puis général de brigade le 28 brumaire an III.

L’illustre pacificateur de la Vendée, Hoche, dont il fut le chef d’état-major, lui prodigua les témoignages les plus éclatants de son estime et de son amitié.

En l’an VIII, ayant passé à l’armée d’Italie, le général Mermet combattit avec distinction sur la rive gauche de la Stura, fut blessé à l’affaire de Molino, se signala de nouveau au village de Vallégio, fut nommé le 23 vendémiaire an XII membre de la Légion-d’Honneur, commandeur de cet Ordre le 25 prairial de la même année, et attaché à l’arrondissement électoral de Nîmes.

Devenu général de division le 12 pluviôse an XIII, l’Empereur lui conféra le titre de baron en 1809, et lui donna l’ordre de se rendre en Espagne, où il se fit particulièrement remarquer à l’attaque de Villaboa. Après avoir battu les Anglais au village d’Elvina, on le vit déployer la même.valeur au siège de Ciudad-Rodrigo, dont la capitulation eut lieu le 10 juin 1810.

Commandant de la cavalerie de l’armée de Portugal en 1813, le général Mermet soutint, en 1814, sa brillante réputation de bravoure à l’affaire du Mincio, fut nommé, au retour des Bourbons, inspecteur général de cavalerie dans les 6e’, Ie et 19e divisions militaires, chevalier de Saint-Louis le 27 juin 1814, enfin grand officier de la Légion-d’Honneur le 23 août de la même année.

Il était à Lons-le-Saulnier le 13 mars 1815, lorsque le maréchal Ney le chargea de se rendre à Besançon pour en prendre le commandement au nom de Louis XVIII.

Le 14, au moment de. partir pour sa destination, le maréchal le fit prévenir qu’il avait d’autres ordres à lui donner, et lui enjoignit le même jour d’aller à Besançon pour y commander au nom de l’Empereur. Il lui ordonna ensuite de garder les arrêts, parce qu’il avait refusé d’obéir à cette injonction.

Lors de la seconde Restauration, le général Mermet fut rappelé aux fonctions d’inspecteur général de la cavalerie, devint gentilhomme du roi en 1821, aide-de-camp de Charles X en 1826, et mourut le 28 octobre 1837, à l’âge de 65 ans.

MESLIN (JACQUES-FELIX)[modifier]

né à Brique-bec le Ie’ mars 1785, entra au service dans la 38e demi-brigade le 12 brumaire an X. Parti soldat, il fut nommé sous-liéutenant le 26 mai 1809, à la suite de l’affaire d’Essling, où il se distingua. Chargé à Wagram du commandement de la batterie d’artillerie régimentaire, il couvrit et protégea l’artillerie de la Garde, et eut deux chevaux tués sous lui. L’ennemi dirigea sur sa batterie qui lui faisait le plus grand mal une telle masse de feu, qu’il parvint à la démonter et à faire sauter les caissons.

En 1812, il se distingua devant Polostk, comme capitaine adjudant-major, et reçut la croix d’officier pour avoir chargé à la tête du régiment sur une batterie de huit pièces qu’il enleva. Dans les journées des 18, 19 et 20 octobre, il gagna le titre de chef d’escadron. Depuis le passage de la Bérésina il fit constamment partie de l’arrière-garde du général Maison, et repoussa souvent les Russes.

L’habileté et la bravoure qu’il déploya en 1813, à Willensbourg-sur-1’Elbe, lui valut les éloges de l’Empereur qui accorda à son bataillon un grand nombre de récompenses.

Arrivé à Dresde la veille de la,grande bataille, il était en ligne avec son bataillion dès la pointe du jour et se couvrit de gloire.

Le 16 octobre, à Leipzig, il reçut ordre de tourner le village de Wachau à la tête d’un bataillon du 37e de ligne. Il essuya le feu de l’ennemi à deux cents pas du village, eut son cheval tué et fut blessé grièvement ; il prit un autre cheval, continua sa marche, déploya son bataillon au débouché de Wachau, exécuta un feu de deux rangs sur l’ennemi qui se retira à la hâte, le poursuivit à la baïonnette, lui mit 5 à 600 hommes hors de combat et alla s’emparer d’une demi-batterie sur les hauteurs soutenues par quatre compagnies. Il perdit trois chevaux dans cette affaire, et les deux tiers de son bataillon, dont 14 officiers, furent mis hors de combat.

Le commandant Meslin se distingua encore pendant la retraite de Leipzig, et en 1815, à Fleurus et à Vavres, où il repoussa quatre attaques de l’ennemi.

Licencié après Waterloo, il ne fut rappelé qu’en 1819. Il fit partie de l’expédition de 1823. Il montra une grande bravoure au blocus de Saint-Sébastien, et fut nommé lieutenant-colonel sur le champ de bataille. Deux jours après, il s’empara en 48 heures du fort de Gue-taria et fit la garnison prisonnière.

Colonel en 1829, M. Meslin fit en 1831 la campagne de Belgique (division Sébastiani), fut fait commandeur de la Légion-d’Honneur et promu en 1835 au grade de maréchal de camp.

Le 20 avril 1845 il fut nommé général de division -, mis à la retraite par le gouvernement provisoire, il en fut relevé par un nouveau décret en août 1849.

MEUNIER (HUGUES-ALEXANDRE-JOSEPH, baron)[modifier]

né à Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) le 23 novembre 1758, entra comme sous-lieutenant dans le 27* régiment d’infanterie, ci-devant Lyonnais,

le 30 juin 1768, y devint lieutenant en 1774, et capitaine en 1782.

Il avait fait les campagnes navales de 1779 à 1783, sous les ordres de Falken-hayn, et s’était trouvé aux sièges de Ma-hon et de Gibraltar.

Créé chevalier de Saint-Louis par ancienneté de service en 1791, il fut promu au grade dé lieutenant-colonel du 34e régiment, ci-devant Angoulême, en 1792. Il servait alors à l’armée du Nord, sous les généraux La Fayette et Dumouriez.

Du 1er août au 15 septembre, Meunier commanda le 1" bataillon des grenadiers de la réserve de l’armée du Nord, concourut à assurer la retraite de l’armée du Grand-Pré à Sainte-Menehould, recueillit, sous le feu de l’ennemi, toute l’artillerie de position, et eut plusieurs engagements avec les Prussiens, qu’il battit à l’entrée du bois de Senuc ; mais en voulant soutenir, avec le bataillon qu’il commandait et un escadron de Chamborand, le choc de sept escadrons ennemis protégés par l’artillerie légère", il reçut au bras gauche un coup de bis-caïen qui le blessa grièvement.

Le général en chef, désireux de récompenser dignement les services de cet officier supérieur, le nomma colonel sur le champ de bataille, pour prendre rang dans son régiment à partir du -24 du mois précédent, époque à laquelle il y avait eu vacance de ce grade. Il reçut aussi du général Beurnonville, alors ministre de la guerre, un cheval tout équipé, comme témoignage de la satisfaction du gouvernement.

Après la guérison de ses blessures, le colonel Meunier se rendit à l’armée du Nord, y remplit les fonctions de général de brigade, et eut sous ses ordres un corps de 8,000 hommes pour défendre les lignes de Pontamarcq et de Mons-en-Puelle, qui lui étaient confiées. Il obtint ensuite le commandement de la citadelle de Lille, lors de l’approche de cette place par l’ennemi, y organisa huit bataillons de nouvelle levée, puis se rendit, par suite de l’embrigadement, dans la Vendée, où il commanda le 1er bataillon du 34e régiment de ligne.

Nommé général de brigade par le général en chef Hoche, sur le champ de bataille de Quiberon, le 28 messidor an III, il fut confirmé dans ce grade le 6 floréal suivant. Employé, en l’an IV, comme commandant une des divisions dé l’armée dès côtes de Brest et de l’Océan, connue depuis sous le nom d’armée de F Ouest, le général Meunier y soutint son ancienne renommée, et y mérita de nouveaux éloges du général en chef, qui le désigna bientôt, conjointement avec l’amiral Villaret et le ministre de la marine Tfuguet, pour commander une expédition projetée dans l’Inde, ayant pour objet de s’emparer du cap de Bonne-Espérance. L’expédition n’eut pas lieu.

Vers le même temps, Hoche, instruit du mécontentement des Irlandais, crut pouvoir saisir l’occasion d’aller en Irlande venger les fléaux que le gouvernement anglais a entretenus dans la Vendée. Briguant l’honneur d’affranchir l’Irlande d’un joug insupportable à la majorité de ses habitants, il traça un plan de débarquement et chargea le général,Meunier d’organiser la deuxième partie de cette expédition forte de 17,000 hommes, dont il lui promit le commandement. Le 25 frimaire an V, la flotte de Hoche cingla vers l’Irlande ; mais arrivée en pleine mer, la frégate qui portait le général fut jetée au loin par la tempête ; les autres vaisseaux se dispersèrent et rentrèrent successivement dans Brest.

Au commencement de l’an VI, le général Meunier fut employé à l’armée d’Angleterre, sous les ordres du général en chef Bonaparte. Devenu membre du comité militaire le 24 germinal de l\ même année, il obtint la direction du dépôt de la guerre le 25 vendémiaire an VII.

Lorsque le 11 frimaire an VIII, il rt • prit le commandement du Finistère, qu’il avait déjà exercé, il s’occupa activement de mettre la ville de Brest en état de défense, fit parvenir au premi-.T Consul un mémoire important sur c î objet, et rétablit la tranquillité dans les lieux soumis à sa surveillance. Le gêné -rai en chef Brune, qui avait pu apprécier les services de Meunier, lui donii i des témoignages authentiques de sa satisfaction, et fit le plus grand éloge de ce général dans un rapport qu’il adressa nu gouvernement. Ce fut lui qui combina, avec le général Houdelot, à l’époque où il le remplaça au Finistère, l’opération qui contraignit Georges à se rendre.

Le général Meunier alla dans la 12e division militaire en l’anX, fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, puis commandant de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Il devint membre d’une commission instituée pour la confection du Code m ; -litaire, le 9 floréal an XIII ; cette coni -mission ayant été dissoute sans avoir fait son travail, le général Meunier, attaché à la section qui devait rédiger l’ordonnance sur les manœuvres de l’infanterie, fit lui-même le travail et le présenta a-i gouvernement.

Employé à la grande armée en 1806, il se rendit à Paris pour y attendre des ordres le 21 septembre 1807, fut mis en disponibilité le 23 novembre, et eut, le 26 du mois suivant, l’inspection particulière de plusieurs régiments de ligue et d’artillerie en remplacement du général Mouton, appelé à d’autres fonctions.

Le 19 mars 1808, Napoléon lui accorda, avec le titre de baron de l’Empire, une dotation en Westphalie, le Qomma inspecteur d’infanterie dans la 21" division militaire le 30 avril, puis l’employa dans la division dé Toscane, où il commanda le département de la Méditerranée. ’

Mis momentanément à la retraite le 14 octobre 1809, à cause du délabrement de sa santé, le général Meunier resta dans cette position jusqu’au 21 juin 1810, époque à laquelle on lui confia le commandement de la succursale des Invalides, établie à Louvain. Le 1er juillet 1812, il commanda l’École militaire de Saint-Cyr.

Remplacé par ordonnance du 30 juillet 1814, il reçut le titre de lieutenant-général le 10 août, celui de chevalier de Saint-Louis le 16, obtint le commandement du département de la Vienne (12e division militaire) le 22 septembre suivant, et le conserva jusqu’au 17 février 1815.

Nommé commandant de l’École militaire de La Flèche par décret du 30 mars de la même année, il fut admis à la retraite le 1er août, et mourut à Poitiers (Vienne) le 9 décembre 1831.

MICHAUD (CLAUDE-FRANÇOIS-IGNACE, baron)[modifier]

général de division, naquit à Chaux-Neuve (Doubs), le 28 octobre 1751. Entraîné par un penchant irrésistible pour les armes, Michaud s’enrôla, le 10 septembre 1780, dans le 5" régiment de chasseurs à cheval, et servit dans ce corps jusqu’au 22 novembre 1783.

Lorsqu’à l’époque de la Révolution de nombreux bataillons de volontaires vinrent grossir les rangs des défenseurs de la patrie, on eut besoin de soldats expérimentés pour les conduire au combat, Michaud se présenta, fut fait capitaine au premier bataillon du Doubs le 9 octobre 1791, et lieutenant - colonel au même bataillon le 30 décembre de la même année.

Le 10 octobre 1792, le général Biron lui confia le commandement temporaire de la place et vallée de Delemont. Nommé ensuite au commandement de Porentrui, il contribua beaucoup à la’ réunion de cette principauté à la France.

Élevé au grade de général de brigade le 19 mai 1793, il fut employé dans la division de droite de l’armée du Rhin.

Le 17 septembre, l’armée attaqua les Autrichiens sur toute la ligne de ce fleuve. L’aile droite, aux ordres des généraux Dubois, Desaix et Michaud, fondit sur l’ennemi dans la forêt de Berales, du côté de Lauterbourg, le culbuta, lui tua 2,000 hommes, mit le reste en déroute, s’empara de plusieurs pièces de canon, et une de ses compagnies d’artillerie tout entière tomba en notre pouvoir. Michaud déploya dans cette affaire, comme dans tous les combats qui eurent lieu contre les Autrichiens et le corps de Gondé, autant de talent que de valeur et d’activité.

Promu général de division le 25 septembre de cette année, il fut d’abord employé au commandement de la division en avant de Weissembourg près de Bergzabern.

Quoique ses forces fussent bien inférieures à celles du prince de Condé, qu’il avait devant lui ; il ne cessa d’obtenir des succès jusqu’à l’époque où les autres divisions de l’armée opérèrent leur retraite en arrière des lignes de la Lautern. Placé à l’arrière-garde, à la tête de son corps, il resta exposé à toutes les attaques de l’ennemi ; mais il manœuvra avec tant d’habileté, combattit avec tant de courage, qu’il parvint à se replier en bon.ordre, en faisant éprouver des pertes considérables aux colonnes qui lui étaient opposées.

Lorsque l’armée eut pris position sur la Lautern, le général Michaud commanda la division laissée en avant de Haguenau.

Il suivit encore le mouvement de l’armée qui continuait à rétrograder, imposa à l’ennemi par sa bonne contenance, et occupa Brumpt pendant la nuit. Assailli le lendemain par les Autrichiens, il les repoussa avec vigueur, leur tua un grand nombre de combattants, et empêcha que la place de Strasbourg, qui manquait de vivres et de munitions,. ne fût investie.

Dans les derniers jours de frimaire an II, on confia au général Michaud’le commandement de la division stationnée entre Bitche et celle du général Desaix. Malgré la disproportion de ses forces, il tint constamment tête à l’ennemi, qui ne put jamais le débusquer de la position qu’il avait prise à Finthneim, le poursuivit quelques jours après dans sa retraite sur Haguenau, lui fit des prisonniers, et s’empara de la presque totalité de ses bagages.

Le 6 nivôse il contribua aussi au gain de la bataille de Wissembourg, arriva le premier à Landau avec sa division, puis se porta sur le fort Vaûban, pour contenir les Autrichiens qui pouvaient déboucher par là, et pénétrer dans le cœur de l’Alsace.

Porté au commandement de l’armée du Rhin, le 19nivôse, le général Mi-chaud, craignant que ce commandement ne fût au-dessus de ses forces, parut d’abord hésiter avant de l’accepter ; mais le désir de servir utilement son pays l’emporta sur sa modestie et fit taire ses scrupules.

Le gouvernement n’eut qu’à s’applaudir de son choix. Avec une armée de 18,000 hommes, Michaud défendit le Palatinat, pendant tout l’hiver, contre les Autrichiens et les Prussiens, réunis au nombre de 95,000 combattants, et les força d’évacuer le fort Vauban, seul point d’appui qu’ils eussent encore dans cette contrée.

Les succès d’Oggersheim, de Kurweil-ler, de Lambsheim, deFranckenthal préparèrent la victoire de Schifferstadt, où l’ennemi fut culbuté et mis en déroute sur toute la ligne, depuis les Vosges jusqu’au Rhin, malgré son immense supériorité.

Cependant, le & prairial, les forces combinées des Autrichiens, secondées par une artillerie formidable, se portèrent sur l’aile gauche des Français pour donner le change sur leur véritable attaque. Après avoir employé inutilement toutes les ressources de la tactique, ils se décidèrent à marcher sur la division de droite, aux ordres de Desaix, qui leur opposa la résistance la plus vigoureuse. Vainement elle fut chargée avec impétuosité à plusieurs reprises, les colonnes ennemies, constamment repoussées, jonchèrent de leurs morts le champ de bataille et laissèrent en notre pouvoir un grand nombre de prisonniers.

Le général Michaud décida le succès de cette journée, autant par la sagesse de ses dispositions que par l’habileté de ses manœuvres.Malheureusement, quelques revers éprouvés, dans le même temps, par la droite de l’armée de la Moselle, vinrent compromettre la position de Michaud. Kaiserslautern, Hoch-spiré, Franckenstein, Weldonthal, avaient été emportés ; le général Au-bert, qui commandait à Kaiserslautern, prévint le général en chef qu’il se retirait sur Pirraaseny, derrière la Sarre ; ce mouvement obligea alors l’armée du Rhin à se replier derrière les lignes de la Guerch.

Dans sa nouvelle position, cette armée soutint glorieusement sa réputation dans les différents combats qu’elle eut à livrer à Freibach, à Hombach, à Hoch-stadt. Grâce à la combinaison des mou- MIC 9 pièces de canon, des caissons et "des chevaux.

« Ce grand succès, résultat d’un courage intrépide, détermina celui de la prise de la montagne de Saukopf, poste également important et du plus difficile accès. Pendant cet avantage, une autre division attaquait Tripstadt, défendu par 30 pièces d’artillerie. On lui enleva au pas de charge 8 bouches à feu ; le lendemain, Tripstadt est emporté ; l’ennemi est en pleine retraite, nous sommes à Kerweille, et nous entrerons demain à Neustadt. »

Cette ville tomba au pouvoir des Français. Le général Michaud, poursuivant ses succès, se rendit maître encore une fois de la place de Kaiserslautern. Fermement résolu à fixer la victoire sur le Rhin, comme elle l’était au Nord, il marcha de là sur Franckenthal, dont il s’empara, le 17 vendémiaire an III, après un combat des plus opiniâtres, battit l’ennemi à Schelaudenbach, à Volffstein, prit Offembourg, Rockenlauzen, Land-sberg, Alzein, Oberhausen, Gelheim, Grunstadt, Kircheim, Worms, Oppen-heim, Monbach et Weissenau, où les colonnes qui’ lui étaient opposées perdirent beaucoup de monde.

L’armée combinée des Prussiens et des Autrichiens fut alors obligée d’abandonner toute la rive gauche du Rhin, à l’exception de Mayence et du fort de Man-heim. On assiégea ce dernier qui capitula au bout de quelques jours de tranchée ouverte.

Pendant que le général Moreau se disposait à faire le blocus de Luxembourg, l’armée du Rhin, renforcée de deux divisions de celle de la Moselle, investit Mayence, que les travaux successifs des Français et des Prussiens, depuis 1792, avait rendue l’une des plus fortes places de l’Europe. L"âpreté de l’hiver de l’an III, célèbre dans les annales mé-


vements arrêtés parle général en chef, plusieurs villages tombèrent en notre pouvoir, et les Prussiens, retranchés dans les montagnes, en furent débusqués par l’infanterie qui les poursuivit avec vigueur. Dix jours s’étaient à’ peine écoulés, que le général Michaud, dans un rapport qu’il adressa d’Anweiller à la Convention nationale, annonça de nouveaux succès dans les termes suivants : « Les armées du Rhin et de la Moselle proclament aussi la victoire. Le 24 messidor, elles se sont mises en mouvement et ont commencé par occuper les positions d’où elles doivent, le lendemain, se précipiter sur les ennemis. Les avant-postes furent forcés rapidement ; vainement la cavalerie voulut charger notre brave infanterie de l’armée de la Moselle, trois fois celle-ci présenta un front imposant d’armes croisées et la repoussa courageusement.

« Le 25, nous attaquons sur tous les points. La division de droite, commandée par Desaix, et chargée d’une fausse attaque, fit un feu terrible d’artillerie, et s’empara vivement de Freibach et de Freismerheim. Elle chercha par tous ses mouvements, à tenir l’ennemi en échec, à fixer son attention, à lui inspirer des craintes. La seconde division suivait peu ce mouvement par sa droite, et cherchait à pousser sa gauche, en réglant ses mouvements sur ceux de la division des gorges : c’était là que se portaient les plus grands coups et les plus difficiles. Les Prussiens, baraqués sur le PJatz-berg (montagne des plus élevées du pays des Deux-Ponts), s’y étaient recouverts d’abatis et de retranchements. Les généraux Siscé et Desgranges étaient chargés de l’attaque de cette position importante ; ils s’y portèrent avec autant d’accord que de célérité. Nos braves frères d’armes y montèrent à l’assaut, et au milieu d’un feu terrible, ils y prirent téorologiques, les difficultés de toute espèce, l’aspect même de l’ennemi rangé en bataille pour les recevoir, n’épouvantèrent point le générai français et ne le firent point renoncer à l’entreprise qui lui était ordonnée.

Il poussa les travaux avec tant d’ardeur, qu’ils étaient à peu près terminés à la fin de pluviôse. Les deux partis se livraient journellement des combats avec des succès divers, mais toujours glorieux pour nos troupes.

À l’affaire du 6 germinal, Michaud combattit avec la bravoure d’un soldat, et eut la jambe fracturée d’un coup de biscaïen. Dangereusement malade des suites de cette blessure, il se vit obligé de quitter l’armée et d’en remettre le commandement au général Kléfter, pendant l’absence du général en chef Pi-chegru.

Le 16 nivôse an IV,. Michaud passa à l’armée de Sambre-et-Meuse, fut admis au traitement de réforme le 25 pluviôse aii V, et cessa ses fonctions le 28 germinal suivant.

Appelé au commandement de la 13° division militaire le 21 vendémiaire an VI, il purgea le pays qui lui était confié, des bandits qui l’infestaient, et parvint à empêcher les Anglais d’y pénétrer. Le 18 messidor an VII, on lui confia par intérim le commandement de l’armée d’Angleterre.

Mis en disponibilité le 12 brumaire an VIII, le général Michaud fut employé à l’armée d’Italie le 27 ventôse de la même année. Il fit d’abord le blocusde la place de Savone, qui lui fut remise en exécution du traité de Marengo.

Après avoir quitté cette position avec une partie de ses troupes, il se rendit à Gênes, où les Autrichiens lui remirent également, en vertu du même traité, les forts dont ils étaient en position. Mi-f ! |haud venait de chasser les Anglais du

golfe de la Spezzia, lorsque le général en chef Masséna le chargea, en messidor, de commander deux divisions de l’aile droite. Au mois de fructidor, il eut le commandement de la réserve.

Placé momentanément à l’avant-garde, on le vit.coopérer à tous les succès obtenus par les différents corps depuis le passage du Mincio. A celui de l’Adige, il arrêta, battit et mit en fuite une colonne de 4,000 hommes, qui tentait de remonter la rivière pour soutenir les corps qui avaient pris position sur l’Adige ’ supérieur, et qui furent eux-mêmes bientôt contraints de rétrograder. Il attaqua ensuite l’ennemi à Castel-Franco, le mit en pleine déroute, le poursuivit jusqu’à Salva-Rosa, et lui fit 800 prisonniers. Enfin, au moment de l’armistice, il reprit le commandement de la réserve, et bloqua la place de Mantoue, qui lui fut rendue par les Autrichiens, en conformité du traité d’Amiens.

Le 12 messidor an IX, on le chargea de commander l’aile gauche de l’armée d’Italie, qu’il ramena du Vicentin dans la République cisalpine.

Nommé inspecteur général d’infanterie le 8 ventôse an X, il obtint la décoration de membre de la Légion-d’Hon-neur le 19 frimaire an XII, puis celle de commandeur de l’Ordre le 25 prairial suivant. Appelé au commandement des troupe ; stationnées en Hollande, le 26 fructidor an XIII, le général Michaud devint gouverneur des villes Anséatiques au mois de novembre 1806, assista au siège de Dantzig, en mars 1807, commanda par intérim la place de Berlin au mois d’août, eut le commandement du corps des Bavarois et Wurtembergeois dans le mois de septembre suivant, fut gouverneur de Magdebourg le 20 février 1808, et enfin inspecteur général d’infanterie dans les 13e, 14e et 15e divisions militaires.

Mis en non-activité le 1" septembre 1814., on l’admit à la retraite le 24 décembre de la même année.

Le général Michaud fut compris dans le cadre de réserve de l’état-major général le 7 février 1831, fit valoir ses droits à la retraite à compter du’ 1er mai 1832, conformément à l’ordonnance du 5 avril précédent, et mourut le 19 septembre 1835.

Son nom est gravésurl’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

MICHEL (CLAUDE-ETIENNE, comte)[modifier]

naquit le 3 octobre 1772 à Pointre (Jura), où son père exerçait la profession (Je médecin.

Entré dans le 38 bataillon de volontaires de son département le Ie’ octobre 1791, sergent-major le 15 du même mois, sous-lieutenant le 4 mars 1792, il devint lieutenant et capitaine les 22 août et 6 octobre suivants dans le 96° régiment d’infanterie, qui forma successivement les 147% 49e demi-brigades et 24e régiment de ligne.

Employé au cordon établi sur les frontières de la Suisse en 1792, il tomba au pouvoir des Prussiens le 5 mars 1793 à Remderkerm (armée du Rhin). Échangé le 3 messidor an III, il rejoignit son corps, et se signala à l’avant-garde de l’armée de Sambre-et-Meuse.

Chef de bataillon le 9 vendémiaire an IV, il passa en Corse et fit ensuite partie de l’expédition d’Irlande et de l’armée gallo-batave.

Le 10 vendémiaire an VI, il reprit à la baïonnette, sur les Anglo-Russes, le village’ de Schoorldàm (Nord-Holland), s’y maintint pendant toute la journée malgré les efforts de l’ennemi, et fut blessé à la fin de l’action.

Pris par les Anglais le 6 vendémiaire an VII, il fut de nouveau échangé le 15 frimaire suivant.

Le 10 vendémiaire an VIII, à la bataille d’Egmond-op-Zée, il eut le bras droit cassé d’un coup de feu.

A la bataille de Nuremberg, le 27 frimaire an IX, il chargea à la tête de son bataillon, fort de 400 hommes, une colonne de 4,000 Autrichiens, la culbuta et lui fit un grand nombre de prisonniers : il reçut pendant l’action un coup de feu au bras gauche.

Major du 40e de ligne le 30 brumaire an XII, et, le 4 germinal, membre de la Légion-d’Honneur, ses services à la bataille d’Auslerlilz lui valurent, le 6 nivôse an XIV, le,grade de colonel et son admission, en qualité de major, dans le 1" régiment de grenadiers à pied de la vieille Garde, le 1" mai 1806.

Colonel de ce régiment, le 16 février 1807, en récompense de sa conduite à léna et à Eylau, il combattit à Friedland, et partit pour’ l’Espagne après le traité de Tilsitt.

Au combat de Burgos, le 10 novembre 1808, il montra la plus grande valeur ; aussi l’Empereur lui donna-t-il le 16 du même mois la croix d’officier de la Légion-d’Honneur et le titre de baron de l’Empire.

Rappelé à la grande armée d’Allemagne en 1809, il assista aux batailles d’Ek-mùhl, d’Essling et de Wagram.

Nommé général de -brigade le 24-juin 1811, il fit les campagnes de 1812,1813 et 1814, en Russie, en Saxe et en France.

En 1813, l’Empereur le-décora de la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur le 6 avril, de la Couronne de Fer le 16 août, et le nomma, le 20 novembre, général de division. • En 1814, le 3 février, aux Maisons-Blanches, il chassa l’avant-garde commandée par le prince de Lichtenstein. Le lendemain, soutenu par les dragons du général Briche, il surprend les alliés à Saint-Thiébaud, et, malgré les forces supérieures dont ils disposaient, les repousse jusqu’à Saint-Parres-les-Vandes. Le 11, à Montmirail, le bras fracassé par un coup de feu, il reste à la tête de sa division et contribue puissamment au succès de cette journée.

Il était encore alité par suite de cette blessure, lorsque le canon des armées alliées retentit jusque dans Paris. A ce bruit de guerre, le brave général oublie sa blessure et reparaît, le bras en écharpe, à la tête de ses soldats, le 30 mars devant les murs de la capitale.

Chargé de s’emparer du village de Pantin, défendu par une division de l’armée du général Wittgenstein, il tomba sous le coup d’un biscaïen. Ses efforts avaient cependant arrêté la marche de l’ennemi.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 20 août 1814, et colonel en second des chasseurs de la Garde royale.

L’Empereur, à son retour de l’île d’Elbe, le créa comte de l’Empire et l’employa à l’armée du Nord comme commandant une division de la vieille Garde.

A mont Saint-Jean, le 18 juin, l’intrépide Michel s’élance sur les masses ennemies et les pousse, la baïonnette dans les reins, jusqu’au delà du plateau de la Haie-Sainte, malgré le feu le plus terrible de l’artillerie et de la mousque-terie des Anglais.

Ce succès, qui malheureusement devait coûter la vie à un grand nombre de braves, devint fatal au général Michel ; frappé mortellement, il tomba au milieu des siens. On rechercha religieusement son corps, mais on ne put le retrouver. Ce valeureux général dort avec ses compagnons d’armes dans la grande tombe du mont Saint-Jean.

On avait dit que le général Cambronne, sommé de se rendre, avait répondu : La garde meurt et ne se rend pas ; c’était une erreur. Cette réponse énergique à un ennemi vainqueur appartient au général Michel.

Son nom est inscrit sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MILHAUD (EDOUARD - JEAN - BAPTISTE, comte)[modifier]

naquit à Arpajon (Cantal), le 18 novembre 1766.

Élève du génie maritime eu 1788, et sous-lieutenant dans un régiment colonial en 1790, ses principes politiques le firent nommer en 1791, commandant de la garde nationale d’Aurillac, et en 1792 membre de la Convention nationale. A cette dernière époque, il servait en qualité de capitaine ; nommé au mois de juillet dans le \A’ de chasseurs à cheval.

Jeune, placé dans des circonstances de nature à exalter son imagination, si facile aux grandes impressions, Milhaud apporta, dans les manifestations de ses opinions, une irréflexion qui dut plus tard réprouver sa raison éclairée par l’expérience.

Appelé à prononcer sur la peine à infliger à Louis XVI : « Je n’ose croire, dit-il, que de la vie ou de la mort d’un homme dépende le salut d’un État. Les considérations politiques disparaissent devant un peuple qui veut la liberté ou la mort. Je le dis à regret, Louis ne peut expier ses forfaits que sur l’échafaudj sans doute, les législateurs philanthropes ne souillent point le Code d’une nation par l’établissement de la peine de mort ; mais pour un tyran, si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. Je déclare que quiconque ne pense pas comme Caton n’est pas digne d’être républicain. Je condamne Louis à la peine de mort, et je demande qu’il la subisse dans les vingt-quatre heures. » Envoyé, au mois de mai 1793, comme commissaire à l’armée des Ardennes, et le 19 août à l’armée du Rhin, il n’hésita point à prendre, dans ces deux missions, les mesures de salut public que la gravité des événements commandait, déployant surtout une inflexible rigueur envers ces spéculateurs éhontés qui trafiquent de l’indépendance de leur patrie.

De retour à Paris, au mois de frimaire an VI, et accueilli avec faveur par les jacobins, quelques succès de tribune l’é-garèrent jusqu’à faire entendre des paroles, qui, plus tard, lui ont été souvent reprochées : « II faut, dit-il un jour, que la France ’ lance sur des vaisseaux la tourbe des ennemis de l’humanité, et que la foudre nationale les engloutisse dans le gouffre des mers. » Envoyé, le 9 nivôse, à l’armée des Pyrénées-Orientales, il est juste de reconnaître que, s’il exerça le pouvoir dont il était investi avec une trop grande énergie, ceux contre lesquels il sévit étaient en effet coupables de menées criminelles avec l’étranger.

Rappelé au commencement de l’an III, et nommé membre du Comité militaire de la Convention, il fut chargé, comme rapporteur, de soutenir d’importantes propositions, et le talent avec lequel il s’acquitta de cette tâche permet de croire qu’il aurait été apte à devenir un habile administrateur.

La réaction thermidorienne ayant pris un caractère de persécution et de vengeance, son arrestation, proposée par Girardin (de l’Aude), eût été prononcée • s’il n’eût été défendu par ses collègues du Comité militaire. Milhaud’, que la Constitution de l’an III excluait de la représentation nationale, à cause de son âge (il n’avait pas 30 ans), et qui, d’après des documents certains, avait été nommé chef d’escadron au 20e chasseurs le 22 juillet 1793, reprit du service, le 5 nivôse an IV, comme chef de brigade du 5* dragons, employé à l’armée d’Italie. Dès lors, son nom s’associa de la manière

la plus honorable aux triomphes et aux revers de nos armes,

Il se signala la première fois, le 21 fructidor ; passant à la nage la Brenta, il coupa la retraite à un corps autrichien de 3,000 hommes, lui fit mettre bas les armes, prit 8 pièces de canon, 15 caissons, un étendard et 6 drapeaux. Le lendemain, à la bataille de Bassano, il chargea l’arrière-garde ennemie avec 200 dragons, culbuta un bataillon du régi-menf de Wurmser, enfonça un bataillon s hongrois, puis, s’étant emparé du grand parc d’artillerie autrichienne, composé de 40 pièces de canon et de 200 caissons, il fit servir par ses dragoi\s 4 de ces pièces contre une division ennemie qui s’avançait pour lui enlever sa conquête. Au combat de Saint-Michel, dans les gorges du Tyrol, il reçut une blessure à la tête.

L’année suivante, tandis qu’il combattait ainsi pour la défense et la gloire de la patrie, Harmand, député de la Meuse au conseil des Anciens, revint sur les accusations qui avaient été portées contre lui après le 9 thermidor, et demanda un -examen sévère de sa mission dans les départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ; malgré les efforts des thermidoriens, cette proposition fut écartée de nouveau par un simple ordre du jour.

Il prit une part active aux événements des 18 et 19 brumaire an VIII, non comme commandant les troupes envoyées au Luxembourg pour y tenir prisonniers les membres du Directoire, mais, le 18, comme chef d’état-major de Lannes, au palais des Tuileries, et, le 19, comme remplissant auprès de Murât les mêmes fonctions à Saint-Cloud.

Nommé général de brigade le 15 nivôse suivant, et employé à l’armée d’Angleterre, il eut, le 11 ventôse, le commandement de la 8’ division militaire (Vaucluse), fut envoyé à l’armée du Midi, le 5 floréal an IX, et dans la République italique le 1" vendémiaire an XI. Le 18 messidor de la même année, le premier Consul lui donna le commandement militaire de la République, ligurienne, et le fit membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 49 frimaire et 23 prairial an XII.

En l’an XIII, le général Milhaud servit à l’armée des côtes de l’Océan depuis le 29 messidor jusqu’au 4e jour complémentaire, époque à laquelle il rejoignit la grande armée d’Allemagne. Attaché au corps du prince Mural, il s’empara de Lintz, le 10 brumaire an XIV, après un engagement assez vif, battit l’ennemi le lendemain au village d’Aster, le culbuta, le poursuivit, et lui fit 200 prisonniers. Le 23, faisant l’avant-garde du maréchal Davoût, il poussa l’ennemi sur la route de Braunn jusqu’à Wolfkersdorf, fit 600 prisonniers et s’empara d’une nombreuse artillerie. Le 28 octobre 1806, il força les 6,000 hommes du corps du prince Hohenlohe à capituler, et fut promu au grade de général de division le 30 décembre de la même année. En 1807, il fut à Eylau et à Creutzbourg.

Envoyé en Espagne en 1808, il dispersa, le 19 novembre, un bataillon d’étudiants près de Valverde, entra, le 23, dans Palencia, battit, le 22 décembre, la bande de l’Empecinado et dispersa la junte insurrectionnelle de Molina d’Aragon.

Le 28 mars 1809, le lendemain du combat de Ciudad-Réal, où le général Sébasliani défit 15,000 Espagnols qui gardaient les défilés de laSierra-Morena, Milhaud poursuivit les fuyards dans la direction d’Asmagro et leur fit éprouver une perte considérable. Le 18 novembre suivant, attaqué à Ocana par l’avant-gardede l’armée espagnole, il la repoussa vigoureusement, et à la célèbre bataille de ce nom, à la tête de l’une des brigades de sa division, il obligea une colonne ennemie à rendre ses armes et à lui livrer toute son-artillerie. Le 4 décembre, il atteignit à Huerès, et dispersa de nouveau les guérillas de l’Empecinado.

En 1810, commandant l’avant - garde du -4e corps, il sabra, le 4 février, entre Anteguerra et Malaga, un corps d’infanterie considérable, et cette action, mentionnée avec éloges dans le rapport du général Sébastiani au maréchal Soult, valut à Milhaud le titre de grand officier de la Légion-d’Honneur que Napoléon lui conféra le 22 juin suivant. Il l’avait déjà créé comte de l’Empire quelque temps auparavant.

Mis en disponibilité le 17 novembre 1811, il reçut le 10 juin 1812,1e commandement de la 25e division militaire.

Appelé, le 6 juillet suivant à la grande armée de Russie, il livra, le 10 octobre 1813, dans la plaine de Zeitz, l’un des plus beaux combats de cavalerie dont fassent mention nos Annales militaires, et dans lequel il détruisit entièrement les régiments de dragons autrichiens de La-tour et de Hohenzollern, ainsi que les chevau-légers de Kaiser.

L’Empereur, sur le rapport qui lui fut adressé de cette brillante affaire, plaça sous les ordres de Milhaud le 5e corps bis de cavalerie, à la tête duquel celui-ci battit, le 24 décembre, à Sainte-Croix, près de Colmar, le corps des partisans du général autrichien Scheibler, et tailla en pièces, le 27 janvier 1814, à Saint-Dizier, la division de cavalerie du général Landskoy. Il se distingua aux combats de Marmont et de Valjouan, et chassa, du village deVillars,la cavalerie légère du prince de Wurtemberg.

Obligé de se retirer, le lendemain, devant le corps de Giulay, il opéra sa retraite en bon ordre sur Fontette, où i) rejoignit le duc de Tarente, et conduisit les- débris de son corps dans le département de la Seine-Inférieure. Ce fut de Rouen que, le 8 avril, adhérant, tant en son nom qu’en celui de ses compagnons d’armes, aux actes du Sénat, il écrivit au président du gouvernement provisoire :

« Nous voulons, pour le bonheur de la France, une constitution forte et libérale, et, dans notre souverain, le cœur de Henri IV. »

Fait chevalier de Saint-Louis, le 1" juin, et le même jour inspecteur général de la 15e division militaire, il mit, néanmoins, l’empressement le plus généreux, au 20 mars 1815, à offrir ses services à l’Empereur, qui lui confia le commandement d’un corps de cuirassiers, qui, guidé par lui, se couvrit de gloire aux batailles de Fleurus et de Waterloo. Toutefois on a lieu de s’étonner que le général Milhaud ait été, après les malheurs du mont Saint-Jean, l’un des premiers officiers généraux et peut-être le premier à offrir ses services à Louis XVIII. Nous ajouterons que, proscrit comme régicide par la loi du 12 janvier 1816, et rayé du contrôle de la Légion-d’Honneur le 2 mars de la même année, il obtint un sursis indéfini et fut réintégré dans l’Ordre le 29 décembre 1817. Placé dans le cadre de réserve le 7 février 1831, admis au traitement de réforme, comme n’ayant pas le temps suffisant pour la liquidation de sa retraite, le lieutenant-général comte Milhaud mourut àAurillacle 8 janvier 1833.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

MILLET DE VILLENEUVE (ARMAND-LOUIS-AMELIE)[modifier]

ancien lieutenant-général honoraire, officier de la Légion-d’Honneur, grand dignitaire de l’Ordre des Deux-Siciles et chevalier de Saint-Louis.

Fils d’un avocat au Parlement, ancien lieutenant de police d’Ajaccio, M. Millet

de Villeneuve, né à Paris le 31 décembre 1772, avait obtenu, en 1791, une sous-lieutenance dans le 16e régiment d’infanterie, et avait fait ses premières armes au bombardement de Lille. En 1793, il était dans l’ëtat-major du général Miranda et sous les généraux Dam-pierre, Custine, Houchard et Jourdan ; prit une part active au siège de Maës-tricht, au.combat de Courtrai et à l’occupation de Menin. A l’ouverture de la campagne de 1795, il eut une commission de capitaine-adjoint à l’adjudant-général Reynier, et concourut sous Pi-chegru à la conquête de la Hollande ; il assista à la bataille de Turcoing, aux sièges d’Y près et de Nimègue, au passage du Waal sur la glace, et à la défaite de l’armée anglaise, qui nous ouvrit la province de Groningue. Dans les campagnes de 1797 et 1798, en Souabe et en Bavière, sous Moreau, il assista aux deux passages du Rhin, combattit â Rastadt, à Néresheim et à Neubourg.

Désigné pour faire partie de l’expédition d’Égypte, le capitaine Millet était à la tête des troupes qui enlevèrent l’île de Gozo, près Malte, se trouva au combat de Chebreiss, et reçut le grade de chef d’escadron sur le champ de bataille des Pyramides. Les Turcs du camp d’El-Arisch et des remparts d’Acre, les révoltés du Caire et les Anglais sous Alexandrie, furent successivement témoins de sa valeur.

Nommé premier aide-de-camp du général Reynier à son retour en France, et membre de la Légion-d’Honneur à la création de l’Ordre en 1804, il servit dans le royaume de Naples et dans les États vénitiens sous les ordres de Gou-vion-Saint-Cyr, pendant la campagne de 1805. Il s’y fit remarquer par un brillant fait d’armes contre le corps du mince de Rohan. Envoyé dans les Calabres en 1806, il.y fut fait adjudant-commandant au commencement de 1807, pour sa belle conduite aux combats de Campo-Tenese et de Sainte-Euphémie. L’année suivante, il se trouva au siège et à la prise de Reggio, où un coup de feu l’atteignit dans l’aine droite, et en 4809 il marchait contre l’armée anglaise débarquée à Ischio.

Passé en 1810 au service du roi Mu-rat, qui le prit au nombre de ses aides-de-camp, M. Millet de Villeneuve obtint le grade de maréchal de camp le 31 octobre 1810, après l’expédition de Sicile, et fut fait lieutenant-général capitaine des gardes et commandant de l’infanterie le 28 février 1812.

En 1814 et 181 S, il suivit les mouvements de l’armée napolitaine en Italie, rentra au service de la France comme maréchal de camp le 18 septembre 1816, et obtint le grade de lieutenant-général honoraire le 23 mai 1825, après avoir été compris dans la grande catégorie des retraites de l’année précédente.

Le général Millet de Villeneuve, qui avait été placé, en 1831, avec son grade effectif, dans le cadre de réserve, était rentré dans la retraite en 1835, et vivait depuis cette époque retiré à Versailles, où il est mort le 18 mai 1840.

MINA (don FRANCISCO-ESPOZ- y MINA)[modifier]

naquit en Navarre, dans le petit village d’Idozin, le 17 juin 1781.

Juan-Estevan-Espoz y Mina, et Maria-Theresa-Ylundain y Ardaiz, ses père et mère, étaient de simples laboureurs. Quand il sut lire et écrire ( c’est à cela que se borna toute son éducation), il s’adonna aux travaux des champs. Son père mort, il le remplaça et se mit à la tête de son petit patrimoine : il vécut ainsi jusqu’à 26 ans.

L’invasion de 1808 le tira de la vie champêtre et le jeta de sa chaumière dans les camps. Il entra en qualité de volontaire dans le bataillon de Doyle le 8 février 1809. Peu de temps après, il passa dans la Guérilla de son neveu Xavier Mina. Celle bande ayant été dissoute en 1810 et Xavier fait prisonnier par les Français, sept hommes reconnurent l’oncle pour leur chef.

A peine à la tête de sa petite troupe, il fut nommé par la junte aragonnaise, commandant en chef des guérillas de Navarre. La régence, qui gouvernait le royaume en l’absence de Ferdinand, le confirma dans ce poste honorable et l’é-leva successivement aux grades de colonel, de brigadier, de maréchal de camp, de commandant général du haut Aragon. Sa première mesure comme dictateur des guérillas navarrais, fut de désarmer tous les chefs de bande qui répandaient le ravage et l’effroi dans la contrée, et de réunir leurs troupes à la sienne. A partir de cette époque,Mina prend une attitude plus régulière. A force d’activité, il organise un corps de partisans qui fit essuyer à l’armée française des pertes incalculables. Plusieurs fois trahi et battu partiellement, il se rallia toujours et devint formidable au point de mériter, de la part de l’ennemi lui-même, le titre de Moi de Navarre. Il soutint, durant cette campagne, cent quarante trois combats, sans compter les escarmouches et les petites rencontres. Les actions les plus importantes furent : celle de Roca-fort y Sanguesa, où, avec 3,000 hommes il en défit 5,000 et s’empara de toute l’artillerie ennemie ; celle d’Arlaban, où il prit tout un convoi qui retournait en France, et délivra 700 prisonniers espagnols. Masséna, auquel ce convoi servait d’escorte, n’échappa que par un heureux hasard, qui l’avait retenu quelques heures en arrière. On cite encore le combat de Maneria, où il détruisit de fond en comble la division du général Abbé, forte de 7,000 hommes, et les engagements d’Egea, d’Ayube, de Placencià ; la seconde affaire d’Arlaban. où périt un secrétaire de Joseph, la prise du château d’Aljaferia et l’entrée à Saragosse en 1813 ; enfin la prise de Jaca, au mois de janvier 1814.

Indépendamment de ces affaires locales, Mina avait contribué puissamment à la victoire de Salamanque. remportée sur les Français par les troupes anglo-portugaises, en arrêtant en Navarre, pendant 53 jours, la marche de 26,000 hommes et 80 pièces de canon, destinés à joindre l’armée du maréchal Marmont ; et plus tard, il assura le gain de la bataille de Vittoria, en empêchant les divisions de Clausel et de Foy, fortes de 28,000 hommes, de rejoindre l’armée principale. Il avait intercepté leur correspondance, de manière que l’ordre qui appelait ces deux généraux, ne leur parvint pas.

Exaspérés par les désastres essuyés en Navarre, les Français sortirent de leur caractère et commencèrent une guerre de barbares, pendant et fusillant autant d’officiers et de soldats qu’ils en pouvaient prendre, et emmenant en France un grand nombre de familles espagnoles ; la tête de Mina lui-même avait été mise à prix. Dans ces circonstances, Mina usa de représailles, et le 14 décembre 1811, il publia une proclamation dont le premier article est ainsi conçu : « En Navarre, on déclare la guerre à mort et sans quartier, sans distinction de soldats ni d’officiers, y compris même l’Empereur des Français. » Cette guerre atroce se soutint quelque temps. Pour un officier espagnol exécuté par l’ennemi, Mina en faisait fusiller quatre, et vingt soldats pour un. Il tenait toujours en réserve, dans une vallée du Roncal, un nombre considérable de prisonniers dévoués à ces horribles exécutions. Comme l’avantage n’était pas du côté des Français, il fallut bien faire cesser cet affreux carnage. Aux premières ouvertures des généraux français, Mina s’empressa d’adhérer à leur demande.

Telle était la vigilance de ce partisan que, dans le cours d’une si longue campagne, ayant à combattre un ennemi toujours supérieur en nombre, il ne fut surpris qu’une seule fois, le 23 avril 1812. Trahi par Malcarado, l’un de ses officiers, qui avait des intelligences avec le général Panetier, il se vit entouré, au village de Robres, par 1,200 hommes. Attaqué par cinq hussards au seuil même de la maison où il était logé, il se défendit avec la barre de la porte, la seule arme qu’il eût sous la main, tandis qu’on lui préparait son cheval ; et ayant réussi à rallier quelques-uns des siens, il soutint le combat pendant trois quarts d’heure, et donna le temps à tout son monde de se mettre en sûreté ; le lendemain, il fit fusiller Malcarado et pendre trois alcades et un curé qui avaient trempé dans le complot.

Au milieu de tant de travaux, de combats toujours renaissants, Mina parvint à organiser une division de neuf régiments d’infanterie et deux de cavalerie qui, à la fin de la campagne, formaient un’ ensemble de 13,500 hommes. Il résulte des rôles officiels, qu’il ne perdit pas, en tout, plus de 5,000 hommes, tandis que la perte des Français, avec les morts et les prisonniers, a été portée au chiffre énorme dé 40,000 hommes.

Mina paya toujours de sa personne ; il eut quatre chevaux tués sous lui et reçut plusieurs blessures, dont une balle au genou, qu’il garda toute sa vie. Il avait établi pour son armée des fabriques ambulantes d’armes et de munitions qu’il transportait avec lui ou cachait dans le sein des montagnes. Pour couvrir tant de dépenses, il n’avait que le produit d’une douane que lui-même avait établie sur la frontière de France, et une contribution mensuelle de cent onces, que la douane d’Irun avait consenti à luipayer, afin qu’il n’entravât pas ses opérations. Il joignait à ces revenus les prises faites sur l’ennemi, les amendes dont il frappait des Espagnols suspects et quelques dons volontaires.

Dans le but de conserver, dans cette grande tourmente, les institutions civiles, il forma un tribunal de justice qui siégeait dans son camp, et auquel les peuples d’Alava et Guipuscoa, et même ceux du haut Aragon, venaient soumettre leurs différends. Il y joignit même le tribunal ecclésiastique de Pampelune, alors occupé par les Français. Nommé chef politique de la Navarre en 18i3, il profita de sa double autorité civile et militaire pour favoriser tout ce qui pouvait consolider les libertés publiques.

Ainsi, armé en même temps de l’épée du soldat et du glaive du magistrat, il réunit longtemps dans sa personne toute la force de l’État, et on lui rendit cette justice, qu’il n’avait abusé d’aucune de ces deux dictatures.

En 1814, Mina ayant passé la frontière, était occupé à bloquer Saint-Jean-Pied-de-Port ; lorsque la paix termina la campagne d’invasion, le partisan victorieux pouvait alors aspirer à tout, Ferdinand, rétabli sur son trône, désira le connaître ; mais pendant le mois que Mina passa à Madrid, il put se convaincre qu’il y a deux fortunes : celle des combats et celle des cours. Il était trop franc et trop simple pour obtenir jamais lesfaveurs de la dernière. Il parla à Ferdinand d’institutions et de libertés publiques, les courtisans s’alarmèrent de ce langage, et pour l’éloigner de la capitale, ils firent courir le bruit en Navarre que sa division allait cesser d’être considérée comme troupe’de ligne, mais qu’elle serait traitée comme corps franc ; de là, force désertions : Mina fut renvoyé dans sa province pour sévir contre les transfuges. Sa présence suffit pour calmer les esprits ; une simple proclamation ramena sous les drapeaux 2,500 déserteurs. Sûr de l’attachement de ses compagnons d’armes et indigné du joug que le parjure Ferdinand faisait peser surl’Espagne, Mina conçut le hardi projet de s’emparer de Pampelune, afin d’y ré tablir la constitution des Cortès. La tentative eut lieu dans la nuit du 25 au 26 septembre ; elle échoua, et le 4 octobre, Mina réduit au rôle de fugitif et de proscrit, se réfugia en France, où il fut reçu avec une distinction marquée par tous les officiers qui l’avaient combattu. Il était à peine arrivé à Paris qu’il fut arrêté sur la demande du comte de Casa Florès, ambassadeur d’Espagne ; mais il fut élargi presque aussitôt, et cinq jours plus tard, il eut la satisfaction de voir renvoyer par Louis XVIII l’ambassadeur qui l’avait dénoncé. Le noble exilé vécut à Bar-sur-Aube d’une modique pension que lui faisait le gouvernement français. Pendant les Cent-Jours, Napoléon voulut l’attacher à son service, et lui refusa le passeport qu’il avait demandé pour quitter la France ; mais inflexible dans son inimitié, Mina s’échappa clandestinement de Bar-sur-Aube, et quoique serré de près par les gendarmes, il réussit à gagner la frontière et se retira àBâle. Il passa delà àGand, et sans avoir toutefois combattu à Waterloo, il revint à Paris avec l’émigration de la seconde Restauration. Arrêté en 1816 par M. de Cazes avec le comte de Toreno et quelques autres proscrits espagnols qu’on accusait de conspiration contre les Bourbons, il ne fut relâché qu’après deux longs mois de captivité ; mais depuis cette épreuve, il vécut paisiblement à Paris jusqu’en 1820. La pierre de la constitution ayant été relevée à l’île de Léon, Mina vint la proclamer Une seconde fois en Navarre, à travers mille périls, mille, obstacles. Quelques hommes se joignirent à lui,, et redevenu comme autrefois chef de partisans, il marcha sur Pampelùne qui lui ouvrit ses portes. Quand la constitution eut triomphé à Madrid, il fut nommé par Ferdinand capitaine général de la Navarre ; mais il demanda sa translation en Galice, et l’obtint. Il prévint dans ce gouvernement la formation des bandes1 insurgées qui désolaient les provinces voisines. De Galice il passa à Léon, où il fit le service comme simple soldat parmi les volontaires nationaux. Il y eut le même succès qu’en Galice, pas un factieuxvne s’y rencontra.

En 1822 Mina reçut du ministre San Miguel le commandement de l’armée de Catalogne, destinée à agir contre I’UK surrection absolutiste et apostolique. Il entra en Catalogne le 9 septembre, avec 800 fantassins et 275 chevaux. Le 10, il prit à Lérida le commandement de l’armée, ou plutôt il en forma une. La Catalogne était alors occupée par 30,000 insurgés qui étaient maîtres de plusieurs places fortes, et qui même avaient à Urgel un gouvernement organisé sous le nom de Régence d[Espagne. En moins de six semaines il avait organisé une armée sortie, pour ainsi dire, de terre au bruit de son nom ; il avait fait lever le siège de Cervera et pris Castel-Fullit qu’il fit raser de fond en comble. Sur ses ruines il fit placer l’inscription suivante :

Aqui existio Castel-Fullit.

Pueblos,

Tomad egemplo :

No abrigueis a los enemigos de la patria.

Après ces débuts, Mina marcha de succès en succès ; il prit Balaguer, mit en fuite la régence d’Urgel, s’empara de tous ses papiers, passa au fil de l’épée la bande féroce de Romogosa, rejeta sur le territoire français les débris de la rébellion, et put, après six mois de victoires continues, écrire au gouvernement que là guerre civile était terminée. De si grands services avaient été récompensés par le grade, de lieutenant-général et par la grand’croix de Saint-Ferdinand. Il avait reçu en même temps le commandement général et presque absolu de toute’ la Catalogne où il n’avait jusqu’alors commandé que l’armée.

Cependant les troupes françaises, concentrées sur la frontière sous le nom de cordon’ sanitaire, menaçaient d’une invasion la province pacifiée par Mina, et le 13 et le 14 avril 1823 elles passèrent en effet brusquement la frontière. Mina pris au dépourvu tint en échec, avec 6,000 hommes seulement, pendant plus de deux mois, le maréchal Moncey, dont- l’armée forte de 20,000 fantassins et de 2,500 chevaux était appuyée par plus de 7,000 insurgés. Il ne succomba que le dernier dans cette lutte, et lorsque le gouvernement constitutionnel était déjà tombé à Madrid. Le 1er novembre 1823 il entra en pourparlers avec le maréchal Moncey, obtint une capitulation honorable, remit Barcelone et les autres places aux Français, et s’embarqua pour l’Angleterre sur un bâtiment français. Il se rendit à Londres, où il passa dans une retraite honorée et studieuse les sept années de sa seconde émigration.

La Révolution de juillet vint le rejeter dans la vie aventureuse de sa jeunesse. Il arriva en France et courut se jeter dans une entreprise désespérée et d’une réussite impossible. Mis en fuite à Vera et poursuivi par le général Llander, il regagna, à travers mille dangers, la frontière de France. Son exil dura quatre ans encore. Ferdinand VII était mort et le ministère Cea avait été renversé pour faire place à Martinez de la Rosa et au statut royal. Plusieurs amnisties avaient été publiées ; mais le nom de Mina avait été exclu de toutes les listes, il ne fut rappelé que le dernier. L’importance naissante de l’insurrection navarraise, les victoires de Zumalacarregui, les défaites successives de tous les généraux envoyés contre lui, firent songer au vainqueur d’Arla-ban et de Castel-Fullit. Un décret -spécial le mit à la tête de l’armée navarraise. L’ordre de- rappel le trouva aux eaux, atteint d’un cancer’à l’estomac, c’était en septembre 1834. Sans alléguer aucune des excuses que son état de maladie aurait assez justifiées, il, monta à cheval presque aussitôt, et de proscrit devenu général, il vint prendre le commandement qu’on lui confiait. Malheureusement il fut entravé dans toutes ses mesures. Suspect au gouvernement de Madrid à cause de ses opinions libérales, il n’obtint ni confiance, ni secours. On avait partagé le commandement ; Llan-der, son ennemi personnel, fut. nommé ministre de la guerre ; il y eut un vice-roi de Navarre ; enfin il fut réduit au simple commandement du corps d’armée de Navarre, toutefois il commença les opérations ; mais victime d’une position, fausse et vaincu par la maladie qui faisait des progrès, il dut quitter le commandement de l’armée pour aller se faire soigner à Montpellier par son ami le docteur Lallemand.

Il était encore dans cette ville, lors-qu’en août 1835 éclata le soulèvement, des Juntes. Les Catalans rappelèrent Mina au milieu d’eux et le nommèrent de leur autorité capitaine général. Il accepta et se rendit à Barcelone. Dès son arrivée, les bandes carlistes furent rejetées sur les montagnes, et Mina recommençant contre eux sa tactique de 1823, en débarrassa pour longtemps le sol catalan. L’assaut du fort de Notre-Dame-del-Horte, l’événement capital de cette campagne rappelle la prise de Castel-Fullit. Le premier entre tous les capitaines généraux, il créa dans sa province une junte de défense et d’armement, aliénant ainsi, dans l’intérêt général, une partie de son autorité et repoussant le maniement des deniers publics avec au-’ tant d’empressement que d’autres les recherchent.

Il est mort à Barcelone, au mois de décembre 1836, du mal qui le’minait depuis si longtemps. Il était âgé de 55 ans environ. Sa femme Juana Vega, qu’il avait épousée en Galice, lui ferma les yeux.

Il était d’une constitution robuste et avait des formes carrées et athlétiques. Il était modeste, simple dans ses mœurs et très-sobre.

MIOLLIS ( SEXTIUS-ALEXANDRE-FRANÇOIS, comte)[modifier]

fils d’un conseiller au Parlement, né à Aix le 18 septembre 1759, •entra au service à l’âge de 17 ans, dans le régiment de Soissonnais-Infanterie, fit comme sous - lieutenant les dernières campagnes de la guerre d’Amérique, sous Rochambeau,fut blessé au siège d’York-Town et revint capitaine.

Chef du 1er bataillon des volontaires nationaux du département des Bouches-du-Rhône. En 1792, il donna de nombreuses preuves de bravoure, et fut noiiir mé général de brigade en 1796.

Employé en Italie en 1796 et 1797. il se fit remarquer au siège de Mantoue, dont il cbtint le commandement.

Général de division après le traité de Campo-Formio, il fut chargé d’occuper la Toscane.

En 1799, il était au nombre des défenseurs de Gênes, sous Masséna. Gouverneur de Belle-Isle-en-Mer en 1803, et de Mantoue en 1806, il fit ériger dans cette ville un monument à Virgile, et profita d’un court séjour qu’il fit à Ferrare pour faire transférer avec pompe les cendres de l’Arioste à l’Université de cette ville, où elles reçurent les hommages qui leur étaient dus. Enfin, la ville de Vérone lui doit la restauration de son cirque, l’un des monuments les plus intéressants de l’antiquité romaine.

En 1807, il commandait en Toscane et occupa Rome avec une division. Il s’acquitta avec modération des ordres sévères qu’il avait reçus à l’égard du pape Pie VIL et de la reine d’Étrurie, et conserva le gouvernement des États romains jusqu’en 1814.

Louis XVIII lui confia les départements des Bouches-du-Rbône et de Vaucluse, et Napoléon l’appela pendant les Cent-Jours au commandement de Metz, où il restxi jusqu’au mois d’octobre 1815, époque où il fut mis à la retraite.

Mort à Aix en 1828, le 18 juin, âgé de 69 ans. Le nom du général Miollis est gravé sur l’arc de l’Étoile, côté Sud.

MISSIESSY-QUIES ou BURGUES-MISSIESSY (EDOUARD-JACQUES, comte)[modifier]

(1), vice-amiral, naquit à Toulon le 23 avril 1756.

Il n’avait pas fait d’études préliminaires pour la marine : il l’aborda en praticien. Il naviguait avant l’âge de dix ans, et, à 14 ans il était garde. Il sentit alors le besoin d’étudier les mathématiques, et il se livra avec ardeur à ce travail. En 1776, une déclaration ministé-reille rendit indispensables les connaissances qu’il avait acquises, et annonça que les places d’enseigne de vaisseau ne seraient plus données qu’au concours.

La déclaration de guerre de 1777 amena une promotion dans le personnel actif de la marine, et Missiessy, élevé au grade d’enseigne, fit, sur le vaisseau le

(1) Cet officier supérieur de la marine a signé Missiessy-Quies jusqu’en 1804, et depuis 1805, Burgues-Missiessy.

Vaillant,sous les ordres du comte d’Es-taing, cette célèbre campagne qui rendit les premiers services à la cause américaine. Ilrestadeûx ansaveccette escadre, et prit part à tous les combats qu’elle eut à soutenir contre les Anglais.

En 1780, il passa comme second sur.la Surveillante, de 32 canons. Le 5 juin 1781, près de l’île de Moyant, il attaqua le vaisseau anglais l’Ulysse, de 50 canons, et après un combat glorieux, il l’obligea à fuir, à moitié incendié et ’ désemparé.

Il fut fait lieutenant de vaisseau, et la paix le ramena à Toulon sur le vaisseau le Censeur. Pour mettre à profit son expérience, il fit un livre des-signaux comr muns à toutes les armées navales ; le ministre l’adopta et le fit imprimer.

Ses Observations sur l’arrimage des vaisseaux n’eurent pas moins de succès. En 1789, il en publia un traité par ordre du gouvernement.

Un courrier extraordinaire le chargea le 2 novembre 1791 du commandement de la Modeste. Le dey d’Alger avait méconnu le pavillon français, capturé trois navires et menaçait de mettre notre consul à la chaîne : il s’agissait de le rappeler au respect du nom français. La frégate la Modeste était disposée en flûte, en trois jours, elle est armée en guerre : Missiessy part le 5, mouille le 7, obtient du dey audience et satisfaction, et reparaît dans le port de France avant qu’on eût cessé de s’entretenir de son départ.

A la promotion du Ie’ janvier 1792, il fut fait capitaine de vaisseau au choix ; il passa alors sur le vaisseau le Centaure, et devint chef de file de l’escadre de l’amiral Truguet.

Contre-amiral un an plus lard, il était incarcéré, au mois de mai suivant, avec les plus notables habitants de Toulon. Aussitôt qu’il recouvra sa liberté, il partit pour l’Italie, où il resta jusqu’en l’an IV.

Il fut alors attaché au dépôt des plans et cartes de. la marine à Paris, et adjoint ensuite au célèbre Borda, pour mettre en usage, dans les ports et les arsenaux, le nouveau système dés poids et mesures. Quelque temps après, il fut nommé directeur-adjoint de l’École des constructions navales.

C’est en l’an Y, pendant son séjour à Paris, qu’il publia, par ordre du gouvernement, son ouvrage sur l’installation des vaisseaux.

Chef d’état-major général, de l’an IX à l’an X, de l’armée combinée, réunie à Cadix sous les ordres de l’amiral Tru-, guet, il fut rappelé à Paris avec le titre de préfet maritime.

C’était la première fois que la capitale reconnaissait l’autorité d’un semblable fonctionnaire ; c’est que la Seine était devenue un grand chantier maritime, où se faisaient les préparatifs d’une descente en Angleterre. Au mois’de messidor an XI, il se rendit au Havre avec les mêmes fonctions et la mission spéciale d’accélérer la construction des bâtiments de la flottille. Trois mois après,.le gouvernement le mit à la tête d’une division de l’armée navale de Brest. Il reçut la croix de membre, puis de commandeur de la Légion-d’Honneur, les 19 frimaire et 25 prairial an XII.

En l’an XIII, Missiessy commandait en chef l’escadre de Rochefort, composée de trois vaisseaux de ligne, trois frégates et deux bricks. Il portait 3,500 hommes de troupes, aux ordres du général de division Lagrange, et, en outre, 5,000 fusils, 5 milliers de poudre et un train considérable d’artillerie destinés aux colonies françaises, l’ordre était de se rendre aux Antilles avec la plus grande diligence, et, en attendant l’escadre de Toulon, de ravitailler les colonies de la France et de ravager celles de l’Angleterre.

Missiessy partit le 21 nivôse, et après une lutte de douze jours contre la tempête, dans le golfe de Gascogne, il entrait,- le 21 février, dans le canal qui sépare la Martinique de Sainte-Lucie. Quatre colonies anglaises, la Dominique, Niève, Monlserrat et Saint-Christophe, furent ravagées et désarmées, les navires pris, des contributions frappées, les troupes ennemies prisonnières. La Guadeloupe, la Martinique, Saint-Domingue furent ravitaillées d’hommes, de vivres, de munitions, et Missiessy, rappelé en France, reparut, le 30 floréal, dans le port de Rochefort, avec tous ses bâtiments, après une campagne de cinq mois. C’était un succès bien rare à cette époque. ■

Cependant, il n’attira pas sur Missiessy, les faveurs du gouvernement ; il eut même à se défendre de certains reproches que lui adressaient les feuilles officielles, et il réclama vainement le grade de vice-amiral ; il ne l’obtint qu’en mars 1809. Il y avait treize mois alors qu’il avait été rendu au service actif et appelé au commandement en chef de l’escadre de l’Escaut. C’était un poste de confiance et d’honneur. Là devait se porter tout l’effort de l’expédition anglaise, dont le but était la destruction du port d’An-’ vers.

Le 29 juillet 1809, on signala la flotte anglaise ; elle se composait de 22 vaisseaux de ligne et de 120 autres bâtiments de guerre. Le fort Bathz fut abandonné, Flessingue capitula ; cependant, le 7. septembre suivant, il ne restait pas un seul vaisseau ennemi en face de la ligne de défense, si puissamment organisée par l’amiral français. L’Empereur conféra à Missiessy le titre de comte avec une dotation de 4,000 francs de rente, et, par lettres patentes, il le nomma commandant en chef des côtes du Nord. Cette entreprise, honteuse pour ses armes, coûta à l’Angleterre 7,000 hommes et 3 millions sterling. Cette appréciation résulte des débals qui ont eu lieu e

dans les deux chambres du parlement anglais.

Le coup de main de Flessingue avait vivement préoccupé T’Empereur ; en 1811, il alla lui-même inspecter l’escadre de l’Escaut. Une dotation de 20,000 francs de rente et son élévation au grade de grand officier de la Légion-d’Honneur prouvèrent à Missiessy qu’il était aussi satisfait du présent que du passé. Son escadre se composait alors de 17 vaisseaux. L’année suivante, plusieurs bâtiments sortirent encore des chantiers d’Anvers, et l’amiral, à cette occasion, fut nommé grand-croix de l’ordre de la Réunion.

Les événements de 1813 et 1814 amenèrent.sur Anvers les Prussiens et les Anglais réunis. La ville fut bombardée, et l’incendie menaçait la flotte française réunie dans ce port. Missiessy l’en préserva par l’habileté de ses mesures.et il ne désarma que sur l’ordre du roi. Il se rendit alors à Paris, et vint offrir à Louis XVIII sa soumission et ses services.

II fut nommé grand-croix de la Légion-d’Honneur.

En 1815, à la nouvelle du débarquement de Napoléon, les officiers de marine présents à Paris formèrent une compagnie dont Missiessy eut le commandement. Le 20 mars, il donna sa démission, et il ne reprit du service qu’au mois de juillet suivant, en qualité de préfet maritime à Toulon, et, l’année suivante, il reçut le titre de commandant de la marine. Commandeur de Saint-Louis à cette dernière époque, il devint grand-croix de l’Ordre en 1823, et l’année suivante, il fut nommé vive-président du conseil d’amirauté qui venait d’être créé.

Charles X l’éleva à la dignité de chevalier-commandeur de l’ordre du Saint-Esprit le 2 juin 1827. Admis à la retraite par ordonnance royale du 23 avril 1832, il est mort le 2-4 mars 1837, dans la ville qui l’avait vu naître.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

MOLETTE (JEAN-BAPTISTE)[modifier]

baron de MORANGIÈS, né au Mas, arrondissement de Brioude (Haute-Loire), le 2t novembre 1758, entra comme cadet au régiment de Languedoc lé 15 juin 1775, et passa sous-lieutenant au même corps le 27 août 1778.

Lieutenant le 29 décembre 1785, il fut nommé capitaine dans le régiment de la Sarre, devenu 51e le 12 janvier 1792.

Il fit les campagnes de 1792, des ans II, III et IV, à.l’armée d’Italie, et commanda comme capitaine et chef de bataillon provisoire lel" bataillon formant l’avant-garde de la division Masséna. Molette reçut un coup de feu au siège de Milan.

Il se distingua en plusieurs occasions par sa bravoure, et fut fait chef de bataillon sur le champ de bataille par le général en chef Bonaparte, à la bataille de Caldiero en l’an V. A l’affaire de Brescia, après des prodiges de valeur, il tomba au pouvoir des Autrichiens. Échangé, il passa en Suisse, commandant toujours un bataillon de grenadiers de l’avant-garde, sous les ordres du général Pigeon.

Nommé chef de la 18’ demi-brigade de ligne, il s’embarqua avec Bonaparte pour l’Égypte, et fit toutes les campagnes d’Orient, jusqu’à la rentrée de l’armée en France. Molette fit preuve d’une grande intrépidité dans les glorieux combats que les Français eurent à soutenir, et versa souvent son sang pour la patrie.

Au siège de Saint-Jean-d’Acre, il reçut un coup de feu ; à la bataille d’Abou-kir, une balle lui fracassa le bras droit ; à la bataille d’Alexandrie un nouveau coup de feu l’atteignit au bras gauche.

Le général en chef de l’armée d’Orient l’éleva au grade de général de brigade le 7 floréal suivant. Ayant été confirmé par arrêté du 9 frimaire an X, il prit le commandement du déparlement des Basses-Alpes (8e division militaire), et fut inscrit sur le tableau des officiers généraux par arrêté du 3 germinal an XL

Nommé membre et commandant de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 23 prairial an XII, le général Molette passa au commandement de Gênes le 29 messidor an XIII.

En 1808, il commandait le département de Gênes et le golfe de Spezzia. En 1812, le gouvernement l’appela à la tête des cohortes nationales stationnées à Paris.

Créé baron de l’Empire en 1813, il prit le commandement du département de l’Oise, et de nouveau celui de Gênes le 25 novembre ; il quitta ce poste par suite de la convention conclue par lord Benting et le général de division Frésia, le 21 avril 1814. Le 26, il fut appelé au commandement en chef des troupes de la 28e division militaire lors de’ leur rentrée en France.

Louis XVIII le créa chevalier de Saint-Louis, et l’employa dans la 8e division militaire, en le, mettant à la disposition du maréchal Masséna ; ce maréchal nomma Molette, le 7 novembre, commandant de l’arrondissementdeDraguignan (Yar) ; il continua de remplir les mêmes fonctions jusqu’au 1er juin 1815, époque à laquelle le lieutenant-général Verdier l’appela à Marseille pour être chargé de l’organisation des gardes nationales delà 8e division militaire en remplacement du général Mouton-Duvernet.

En 1815, le général baron de Morangiès fut nommé, par le maréchal Brune, commandant en chef des trois bataillons d’élite du Var et des Basses-Alpes, des bataillons retraités de l’Isère et des Bouches-du-Rhône, et de la garde nationale de Toulon : ces divers corps ayant été licenciés le 31 juillet, lui-même obtint sa retraite le 4 septembre suivant. Il mourut le 21 mai 1827.

Il est inscrit sous le nom de Morangiès sur l’arc de triomphe de l’Étoile.

MOLINE DE SAINT-YON (ALEXANDRE-PIERRE)[modifier]

né vers 1783.

Élève de l’École militaire de Fontainebleau. Sous-lieutenant en 1805, lieutenant en 1807, capitaine en 1809, chef, d’escadron en.1813, officier d’ordonnance de l’Empereur en 1815, lieutenant-colonel en 1830, colonel en 1831, maréchal de camp en 4835, lieutenant-général en 1844.

Ce général a pris une part glorieuse à toutes les guerres de la Péninsule, sous l’Empire ; il fut blessé en 1813 devant Saint-Jean-de-Luz. Il a été, depuis, successivement attaché au dépôt de la guerre, membre des comités d’état-major, de l’infanterie et de la cavalerie ; directeur du personnel et des opérations militaires au ministère de la guerre, ministre de la guerre du 10 novembre 1845 au 9 mai 1847. Il est grand officier de la Légion-d’Honneur. Louis-Philippe l’avait créé pair de France.

M. Moline a publié un Précis des Guerres de Religion, une Notice biographique sur le prince Eugène, un grand nombre d’articles dans les recueils et journaux militaires, et divers ouvrages littéraires.

MOLITOR (GABRIEL-JEAN-JOSEPH, comte)[modifier]

maréchal de France, né le 7 mars 1770 à Hayauge (Moselle). Son père était un ancien militaire qui s’occupa de l’éducation de son fils. Le jeune Molitor s’enrôla, en 1791, dans 2e A" bataillon de volontaires de" son département ; ’ élu capitaine à l’unanimité, il fit la campagne de 1792 à l’armée du Nord. Adjudant-général l’année suivante à l’armée des Ardennes, il commandait une brigade, sous le général Hoche, à la bataille de Kaiserslautern. Il enleva avec trois bataillons la position importante d’Erhrlenbach défendue par la droile de l’armée prussienne. Dans la campagne de 1795, il commandait une des colonnes qui décidèrent le succès de la bataille de Gersberg, près Wissembourg. Pendant les quatre campagnes suivantes, il assista comme chef d’état-major à toutes les opérations de Pichegru, Kléb’er, Mo-reau et Jourdan. Il fut grièvement blessé dans une attaque sur Mayence. Au siège de Kehl il défendit avec intrépidité l’île d’Ehrlen-Bhein, et reçut le brevet de général de brigade le 30 juillet 1799.

Envoyé en Suisse sous Masséna, Molitor défit successivement les Autrichiens dans les combats de Schwitz, Mùtten et Glaris. Menacé dans cette dernière ville par les deux corps austro-russes de Jel-lachich et de Linken, il répondit à un parlementaire qui vint le sommer de se rendre : « Ce n’est pas moi qui me rendrai, ce sera vous ! »

Pendant huit jours de combats acharnés, il s’empara six fois du pont de Naf-fels, s’y maintint enfin et réussit à empêcher la jonction des deux corps.ennemis. A la suite de cette campagne, le Directoire exécutif écrivit une lettre de félicitations à Molitor, et le gouvernement helvétique lui vota des actions de grâce.

En 1800, Molitor alla servir sous Moreau, à l’armée du Rhin, dirigea le passage du fleuve, et se jeta dans la première barque avec une compagnie de grenadiers. Il battit à Stockack la gauche des Autrichiens, et leur fit 4,000 prisonniers. Bientôt après, avec une division de 5,000 hommes, il parvint à contenir le corps autrichien du Tyrol qui ne comptait pas moins de 25,000 combattants. Constamment vainqueur dans une foule de combats partiels, notamment à Brégentz et à Nesselwangen, il couronna cette expédition par la prise de l’importante position de Feldkirch et du pays des Grisons, ce qui nous ouvrit une communication avec l’armée d’Italie.

A la paix, Molitor fut nommé général de division, le 6 octobre 1800, et alla prendre le commandement de la division de Grenoble, qu’il conserva jusqu’en 1805.

Lors de la reprise des hostilités, il rejoignit en Italie Masséna qui leur fit les honneurs de la division d’avant-garde, avec laquelle, à Caldiero, il soutint seul l’attaque de l’aile droite autrichienne conduite par l’archiduc Charles.

Après la paix de Presbourg, l’Empereur l’envoya prendre possession de la Dalmatie. Investi de tous les pouvoirs civils et militaires, il introduisit l’ordre dans l’administration et économisa la moitié dii revenu public. Attaqué d’abord par mer, il repoussa l’escadre russe qui assiégeait Lézina, enleva 300 Russes débarqués dans cette île, et reconquit celle de Curzola.

Cette campagne fut terminée par le déblocus de Raguse ; il y accourut avec 1,700 hommes, balaya les 10,000 Monténégrins et les 3,000 Russesqui menaçaient la ville. Les Ragusiens conçurent pour lui une telle reconnaissance que, dans les églises, au chant du Domine sal-vum, après le mot imperatorem, on ajoutait : etnostram Uberatorem Molitorem. L’Empereur le créa grand officier de la Légion-d’Honneur.

En 1807, Molitor conduisit un corps d’armée sur la Baltique, poursuivit le roi de Suède jusqu’aux ports de Stralsund, et dirigea les opérations de l’aile gauche au siège de cette forteresse, où il entra le premier.

Il resta en Poméranie avec le titre de gouverneur général civil et militaire, jusqu’à la fin de 1808.

A l’ouverture de la nouvelle campagne d’Allemagne en 1809, il eut une division au corps de Masséna. Le 19 mai, à la tête d’une de ses brigades, il opéra le ’ premier passage du Danube à Ebersdorff, et débusqua les Autrichiens de l’île de Lobau. Le surlendemain 21, il soutint seul avec sa division, pendant plusieurs heures, le premier choc de l’armée autrichienne à Aspera. Le 6 juillet, pendant la bataille de Wagram, il fut chargé de l’attaque du village d’Aderkla, où il arrêta, pendant une grande partie du jour, les efforts désespérés du centre de l’ennemi.

Chargé, en 1810, du commandement des villes Anséatiques, et, en 1811, des départements de l’ancien royaume de Hollande, le général Molitor s’y trouvait encore en avril 1813, lorsque La Haye, Leyde et Zardam se mirent en insurrection. Il apaisa ce mouvement par la rapidité et l’énergie de ses mesures.

En 1814, quand la défection des soldats étrangers eut livré cette partie du territoire à nos ennemis, Molitor rentra en France, et La Chaussée, Châlons et La Ferté-sous-Jouarre furent encore témoins, de son courage.

Napoléon, au retour de l’île d’Elbe, trouva Molitor remplissant les fonctions d’inspecteur général, et lui confia la défense des frontières de l’Alsace, avec un corps de 20,000 gardes nationaux mobiles. A la seconde Restauration, Molitor cessa d’être employé, et fut même exilé de Paris ; mais le maréchal Gouvion Saint-Cyr, à son arrivée au ministère de la guerre, lui fit rendre sou inspection générale.

En 1823, le général Molitor, appelé au commandement du deuxième corps de l’armée des Pyrénées, s’empara successivement du royaume d’Aragon, de Murcie, de Grenade, et se rendit maître des places de Malaga, de Carthagène et d’Alicante. Ces succès le firent élever à la dignité de maréchal de France le 9 octobre 1823, et lui ouvrirent les portes de la Chambre des Pairs.

Le gouvernement de Juillet le nomma en 1831 au commandement supérieur des 7e et 8e divisions militaires. En 1840, le maréchal Molitor soutint à la Chambre des Pairs, avec toute l’autorité de l’expérience, le système des fortifications de Paris, « pour que cette capitale ne fût jamais attaquée et que la défense de la France fût nécessairement reportée sur son véritable terrain, c’est-à-dire à la frontière.

Appelé le 6 octobre 1847, au gouvernement des Invalides, le maréchal Molitor avait cédé cette place d’honneur à l’ancien roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, pour occuper le poste de grand chancelier de la Légion-d’Honneur.

La vie du maréchal Molitor est une des plus longues et des plus belles carrières militaires de notre époque ; sorti des rangs des simples soldats, il a dû son premier grade au choix de ses concitoyens, et n’a obtenu les autres que sur les champs de bataille.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

M0LLIÈRE (PIERRE-ALEXANDRE-JEAN)[modifier]

né à Orléans en 1800. Simple soldat volontaire à vingt-quatre ans, dans l’infanterie régulière grecque, puis officier dans la compagnie sacrée dés Philhellè-nes, il était devenu officier d’ordonnance du général Fabvier, aide-de-camp du général Trézel, et enfin chef de bataillon dans l’état-major de l’armée grecque. Après la campagne de Roumélie contre Reschid-Pacha, il parvint à pénétrer de vive force dans l’Acropolis avec les Philhellènes.

Un jour, à Athènes, deux grenadiers vont relever dans la plaine, auprès des lignes turques, le malheureux commandant Robert, qui a eu les deux jambes emportées. Cet acte de dévouement obtient un plein succès, et les deux soldats rapportent leur chef vivant dans la citadelle. De ces deux hommes, l’un était Mollière, qui fut fait officier peu de jours après. Un autre jour, le général Fabvier apprend que les Grecs manquent de munitions dans les positions avancées. Il forme un bataillon de 750 hommes, fait donner à chaque soldat 25 livres de poudre et les dirige sur la tranchée au milieu du feu de l’ennemi, fort de 8,000 hommes. Mollière est encore à là tête de cette périlleuse entreprise.

En 1827, Mollière fit la campagne de Thèbes, il prit part à celle de Scio, où il débarqua le premier au pied des redoutes turques, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture. L’année suivante, il faisait partie de l’expédition de Tschesmé en Asie.

En 1830, Mollière n’hésita point à quitter sa brillante position d’officier supérieur dans l’armée grecque, pour accepter le modeste grade de lieutenant dans l’armée française. En 1832 il mettait le pied sur la terre d’Afrique avec le 1" bataillon d’infanterie légère nouvellement créé. Le général Trézel le prit pour son officier d’ordonnance pendant l’expédition de Bougie. Quoique blessé dès les premiers instants du débarquement (29 septembre 1833), Mollière voulut rester à la tête de la première colonne d’attaque qu’il dirigea sur le fort d’Abd-el-Kader, jusqu’au moment où les forces lui manquèrent totalement. Dans la campagne de Maskara, en décembre 1835, lorsqu’à la sortie du camp de Sig l’armée fut attaquée dans le ravin de l’Habra, Mollière, à la tête d’une compagnie de Zouaves, aborda l’ennemi corps à corps et dégagea plusieurs blessés de là 1° brigade, notamment le général Oudinot.

On le trouve encore cité à la suite des expéditions de Médéah, de Maskara et de Constantine en 1836. En octobre 1838 resté seul officier français au camp d’El-Arouch avec les milices turques, il repoussa vigoureusement les attaques des Kabyles, et à la tête de ces mêmes troupes, organisées en bataillons de tirailleurs indigènes, il soutint, dans la province de Constantine, plusieurs brillants combats en avant de la redoute du 62e de ligne, dans les journées des 9, 11 et 15 mai 1840.

De retour en Afrique en 1845, comme colonel du 13e léger, après une absence de trois ans, Mollière prit part dans la campagne d’automne, à l’expédition dirigée dans l’Ouest par le général Bu-geaud contre les Ôuled-Krelif et les Beni-Meïda, avec les colonnes du général Jusuf.

Il était rentré en France avec son régiment, peu de temps après les événements de Février, et se trouvait employé à l’armée des Alpes lors de sa nomination au grade de général de brigade le 17 août 1848.

Commaudeur de la Légion-d’Honneur -et commandant.la 4* brigade d’infanterie de l’armée de Paris, le général Mollière est mort dans cette ville le 6 juillet 1850.

Le général Mollière n’était pas seulement un officier du premier mérite, il était aussi un écrivain militaire distingué. Il avait publié un mémoire fort remarquable sur l’organisation des corps auxiliaires en Algérie, question dont il avait étudié toutes les faces durant son commandement des Turcs de Constantine, et il mettait la dernière main au dictionnaire de l’armée de terre, auquel le savant général Bardin, son oncle, avait travaillé pendant trente ans, et dont le manuscrit paraît être.complètement terminé.

MONCEY (BON OU ROSE-ADRIEN-JEAN-NOT)[modifier]

duc de Conegliano, maréchal de France, né à Besançon le 31 juillet 1754, fils d’un avocat au parlement de cette-ville. Il s’évada du collège et s’enrôla dans le régiment de Conti-Infanterie, et servit comme grenadier jusqu’en 1773. Il racheta deux fois son congé et se livra ensuite à l’étude du droit. En 1774 il entra dans la gendarmerie de la garde et y resta jusqu’en 1778. Sous-lieutenant de dragons dans les volontaires de Nassau en 1778, capitaine d’infanterie en 1791, chef de bataillon en 1793 dans le régiment des chasseurs catalans, général de brigade en avril 1794, deux mois après général de division et général en chef de l’armée des Pyrénées, commandant de la Indivision militaire en 1796, commandant l’un des corps de l’armée d’Italie en 1799, il contribua glorieusement à la victoire de Marengo ; premier inspecteur général de la gendarmerie en 1801, maréchal d’Empire en 1804, duc de Conegliano et commandant de l’armée de réserve du Nord, major général, commandant en second la garde nationale parisienne en 1814. Il déploya, le 31 mars, pendant la bataille livrée sous les murs de cette ville une fermeté de caractère et une présence d’esprit peu communes. Ministre d’État à la Restauration et pair de France. Il se tint à l’écart pendant les Cent -Jours mais se laissa créer Pair de la cour Impériale.

A la seconde Restauration président du conseil de guerre chargé de prononcer sur le sort du maréchal Ney, le duc de Conegliano refusa, et ce refus équivaut à la plus belle victoire. Il fut destitué et emprisonné pendant trois mois au château de Ham.

Rétabli le 14 juillet 1816 dans tous ses titres, il a été de nouveau nommé pair de France en 1819. Lors de la.guerre d’Espagne en 1823, il corrunanda le 4° corps. Rappelé à la Chambre des PairSj il fit de l’opposition au ministère Villèle. En 1830 il reprit avec joie sa cocarde de 1792. Nommé, en 1834, au poste de gouverneur des Invalides, en remplacement du maréchal Jourdan, il y mourut le 20 avril 1842.

Son fils, à peine âgé de 25 ans, fut tué en décembre 1817 de la manière la plus déplorable, par un coup de fusil de chasse, dont il avail fait partir la détente, en sautant un fossé.

Ce jeune homme, dont toute l’armée avait admiré l’intelligence et le courage, était colonel du 3e régiment de hussards. Le colonel Moncey, lit-on dans le Moniteur du 30 décembre 1817, comptait de longs et glorieux services, atlestés par de nombreuses blessures. Sa bravoure et ses talents militaires l’avaient rendu digne du nom qu’il portait.

MONNET (LOUIS-CLAUDE, baron)[modifier]

né à Mougon (Deux-Sèvres), le 1" janvier 1766, commanda la garde nationale de Sainte-Néomaye pendant les années 1789, 1790, 1791 et 1792 ; mais il ne commença à servir que le 28 mars 1793, comme capitaine dans le 36 bataillon des Deux-Sèvres et Charente, surnommé le Vengeur.

Il fit les campagnes des ans H, III, IV et V dans la Vendée. Toujours au poste le plus périlleux, il se distingua et mérita la confiance des généraux.

En l’an II, à l’affaire de Fontenay, l’armée républicaine, forte de 4,000 hommes, ayant été attaquée par 30,000 hommes, la brigade dont Monnet faisait partie fut un instant ébranlée par le feu terrible de l’artillerie ennemie ; mais bientôt, n’écoutant que son courage, ce brave s’élance des rangs et se précipite sur cette artillerie ; enflammées par son exemple, les troupes le suivent, et Gpièces de canon tombent au pouvoir des soldats de la République. Ce coup hardi fit battre en retraite les insurgés.

En l’an III, il acquit une gloire nouvelle aux combats de Luçon, Mortagne, Châtillon, Saint-Florent, Angers, La-valle, d’Antzin, et surtout à l’affaire de Saint-Denis où, avec 600 combattants, il battit Charette, fort de 6,000 hommes. Monnet, en cette occasion, montra la plus grande valeur ; il n’hésita pas à marcher au pas de charge contre un ennemi dix fois plus nombreux, et le mit dans la déroute, la plus complète avant que la division du général Broussard eût eu le temps de seconder cette attaque hardie. Hoche le combla d’éloges.et le nomma chef de bataillon le -4 frimaire an IV ; il lui confia alors le commandement d’une colonne mobile, à l’effet de poursuivre sans relâche les débris de l’armée de Charette.

Le Directoire exécutif, informé de sa belle conduite, le nomma chef de la 31e demi-brigade par arrêté du 5 thermidor. Monnet continua à poursuivre les insurgés de la Vendée, marcha par les* chemins les plus difficiles et sut pourvoir à la subsistance de ses troupes dans un pays dévasté ; il battit partout l’ennemi, soumit les districts de Montaigu et de la Roche-su r-Yon, dont les habitants rendirent les armes, et termina sa mission par la prise de Charette et de treize chefs des révoltés, dans la forêt de Grallard : il contribua donc puissamment à la pacification de la Vendée. Appelé au commandement du département des Deux-Sèvres, il rendit de nouveaux services et s’attacha à purger ce pays de quelques bandes de brigands qui l’infestaient encore.

En l’an V, il passa avec sa brigade à l’armée du Rhin, et fit partie,rànnée suivante, du corps d’armée du général Schaenbourg, destiné à pénétrer en Helvétie.

Monnet se trouva au combat de Berne et se couvrit de gloire à l’affaire de Sion, L’ennemi gardait le pont du défilé d.e la Morga, occupait les positions qui le dominent, et s’était retranché" derrière le torrent qui.bordait son camp. Le combat durait depuis la pointe du jour, l’ennemi faisait une résistance opiniâtre et défendait avec 6 pièces de canon le pont qui coupait la route, Monnet, impatient delà victoire, se porte sur la droite du torrent avec le i" bataillon de la 31e, le traverse presqu’à la nage, à la tête de ses troupes, sous le feu le plus terrible, gravit la montagne, débusque l’ennemi de position en position, fait tourner de suite le pont par ses grenadiers, s’empare de 6 pièces de canon qui le défendaient, et ouvre ainsi un passage à la colonne française.

Il emporta d’assaut, aveedeuxbataillons sous les ordres du général Lorge, la ville de Sion, défendue par 6,000 hommes. Cette affaire fût décisive, tout’le haut Valais se soumit et rendit les armes ; et cette action valut à Monnet une lettre de félicitations de la part du Directoire exécutif.

Les hostilités ayant recommencé en l’an VII, entre la France et l’Autriche, Monnet passa le mont Saint-Bernard avec sa demi-brigade pour se rendre en Italie, sous les ordres de Brune.

Le 6 germinal il se trouva à l’affaire de Bassolingo ; l’ennemi occupait le plateau de Paulo, adossé à l’Adige, où il était retranché dans une triple ligne d’ouvrages ; mais cette position formidable ne pouvait arrêter l’intrépidité française, et tous les retranchements, malgré la plus vigoureuse défense, furent successivement enlevés à la baïonnette. L’ennemi opérait sa retraite sur deux ponts qu’il avait jetés sur l’Adige ; Monnet s’en aperçoit, il se précipite avec sa demi-brigade pour la lui couper, passe les ponts de l’Adige pêle-mêle avec l’ennemi et s’en empare. Le sang-froid et l’audace de cet officier contribuèrent puissamment au succès de cette journée, qui nous livra 3,000 prisonniers.

Le 16 il commandait l’avant-garde de l’armée à la bataille de Vérone ; il soutint avec 1,800 hommes le choc de 15,000 Autrichiens, débloqua le village qui renfermait l’ambulance de l’armée, et fit ’mettre bas les armes à plusieurs bataillons. L’ennemi ayant reçu des renforts considérables, Monnet opéra sa retraite avec tant d’ordre qu’il ne perdit pas un homme. Bientôt la division française se rallia, et tous les généraux étant blessés, Monnet en prit le commandement, marcha au pas de charge sur l’ennemi, l’enfonça et l’obligea à se retirer dans le plus grand désordre sous les mursde Vérone. La victoire et 2,000 prisonniers restèrent aux Français.

Le courage et le dévouement de Monnet lui méritèrent le grade de général de brigade sur le champ de bataille.

Monnet se trouva ensuite au siège de Mantoue, où il se distingua par son zèle et sa bravoure, mais il fut fait prisonnier de guerre à la prise de cette ville le 12 thermidor.

L’année suivante il rentra en France, et le gouvernement le confirma dans son grade de général dé brigade le 26 vendémiaire an IX.

Il passa au corps d’observation de la Gironde, destiné • pour l’expédition, de Portugal, prit le commandement de l’avant-garde, forte de 8,000 hommes, et combina ses dispositions avec tant d’habileté, qu’il tint en échec l’armée portugaise qui comptait 22,000 combattants.

La paix se fit alors avec le Portugal, mais les troupes françaises restèrent campées ; Monnet y maintint la plus exacte discipline et se montra rempli d’égards pour les alliés de la France. Cette conduite lui valut les éloges les plus flatteurs de la famille royale d’Espagne, à laquelle il fut présenté au palais de l’Escurial.

Mis en disponibilité le 12 ventôse anX, il obtint de l’emploi le 28 du même mois, dans la 13e division militaire, à Rennes.

Le 10 germinal an XI, il passa en Batavie. La guerre étant sur le point d’éclater entre la France et l’Angleterre, le premier Consul rappela le général Monnet à Paris et lui conféra, par arrêté du 16 floréal, le commandement supérieur de Flessingue et de l’île de Wal-cheren, qu’il mit en état de siège.

Dans le mois de messidor, Bonaparte étant venu visiter cette placé importante, les magistrats lui en présentèrent les clefs ; il les prit et les donna au général Monnet, en lui disant qu’elles ne pouvaient être remises à quelqu’un qui eût plus sa confiance. Le premier Consul le félicita ensuite sur l’activité qu’il avait, déployée pour mettre l’île dans le meilleur état de défense possible. le nomma général de division le 9 fructidor suivant, ntembre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, et électeur du département des Deux-Sèvres.

Monnet fit les campagnes des ans XI, XII, XIII et XIV en Hollande, et se vit de nouveau appelé au commandement de Flessingue et de Walcheren le 19 juillet 1806.

Comment ce général a-t-il reconnu la noble confiance du premier Consul ? Quelle a été sa sollicitude pour les intérêts et la gloire de la patrie ?

Le 29 juillet 1809, une flotte anglaise de 4 frégates et 130 autres bâtiments de transport, faisant voile au nord de l’île de Walcheren, fut signalée au général Monnet. Le système de défense qu : a-dopta le gouverneur en cette circonstance était déplorable, il n’opposa à. l’ennemi qu’une faible partie des troupes sous ses ordres, et ne put empêcher le débarquement de 18 ou 20,000 Anglais.

Du 3 au 8 août, l’ennemi construisit ses batteries devant Flessingue, et retrancha sa ligne de contrevallation. En le laissant approcher de la place presque sans résistance, le général français commit une faute capitale dont les Anglais surent tirer parti.

Le 13, au matin, ils démasquèrent devant Flessingue 6 batteries armées de 14 mortiers, 16 obusiers et 10 pièces de canon de 36. Le feu fut entretenu pendant deux jours et deux nuits. Une grande quantité de fusées à la Congrève fut jetée sur la ville. Dans la matinée du 15, le feu recommença avec la même activité de la part des assiégeants, et très-mollement du côté de la place ; l’incendie se manifesta dans plusieurs quartiers à la fois ; le général Monnet pensa avoir fait tout ce que lui commandait l’honneur,, en soutenant le siège pendant seize jours seulement, et la capitulation fut signée le 15. La garnison obtint les honneurs de la guerre, mais elle resta prisonnière pour être conduite dans la Grande-Bretagne. Cette dernière condition, à laquelle les troupes étaient bien loin de s’attendre, leur causa une vive douleur, et elles manifestèrent la résolution de se défendre ; mais il n’était plus temps : déjà les Anglais occupaient les portes.

4,000 hommes mirent bas les armes et furent conduits à Veeve pour y être embarqués immédiatement ; lord Chatam ne voulut pas même en excepter les généraux et les officiers ; sans doute les assiégés firent de nombreuses sorties et y déployèrent toute la valeur française,

mais leur chef manqua d’instruction, de dévouement et d’énergie. Si, dès le 30 juillet, le général Monnet eût envoyé à Middelburg les vieillards, les femmes et les enfants de Flessingue, si, mettant à profit ce long intervalle de treize jours que les Anglais employèrent à construire leurs batteries, il eût blindé sa manutention, ses magasins et l’arsenal delà marine ; enfin, s’il eût ménagé sa garnison au lieu de la compromettre en rase campagne, nul doute que Flessingue aurait pu tenir assez longtemps du-moins pour attendre les secours de la France.

Avant de capituler, il restait encore au gouverneur un moyen énergique. Il avait sous ses ordres un guerrier intrépide, d’une stature colossale, dont les Anglais avaient apprécié la bravoure et la résolution, c’était le général Osten. Si Monnet avait envoyé un tel homme en parlementaire au camp ennemi, il aurait dit aux généraux anglais : Nous sommes encore 4,000 soldats dans les murs de Flessingue ; nous ne voulons pas être vos prisonniers/ Laissez-nous rentrer en France, autrement nous irons braver la mort dans vos carrés, et Dieu sait ce qu’il vous en coûtera.

Nul doute qu’un pareil langage eût imposé à lord Chatam, qui n’aimait pas les moyens extrêmes, et il est probable que la garnison aurait obtenu ces conditions. Mais le gouverneur qui semblait pressé de capituler, choisit pour parlementaires deux jeunes capitaines, peu habitués aux affaires de guerre ; . en face de généraux anglais qui avaient sur eux une grande supériorité de grade, d’âge et de jactance, ils n’obtinrent rien, et seuls ils signèrent cette convention si dure, pour laquelle Monnet s’était bien gardé de consulter le général Osten.

La reddition de Flessingue causa un vif mécontentement à Napoléon. Il soumit les circonstances du siège à un con-


vant espérer de chasser l’ennemi, il avait fait couper la digue de Rameskens ; qu’il n’avait pu en faire autant de celle de Noll, à raison de la force de son estacade et du défaut de temps nécessaire ; que l’ennemi, parvenu à 15 toises du bastion aboutissant à cette dernière digue, aurait pu y faire en six heures une brèche praticable, et aurait pu, par ses attaques du côté de la mer, entièrement incendier la ville, dont la plupart des maisons étaient déjà la proie des flammes, lorsque le Conseil de défense jugea qu’il n’y avait plus moyen de prolonger une résistance qui avait été opiniâtre pendant dix-sept jours ; que le résultat de cette défense a été le salut de la flotte française et du port d’Anvers, où.des secours ont eu le temps d’arriver.


seil d’enquête qui se prononça contre le général Monnet. Il résulte du rapport de ce conseil : 1° que ce gouverneur n’avait point exécuté, comme il aurait dû le faire, l’ordre de couper les digues, s’il était pressé par l’ennemi ; qu’il avait rendu Flessingue, lorsque cette ville, n’avait encore essuyé qu’un bombardement de trente-six heures, ayant plus de 4,000 hommes de garnison, l’ennemi étant encore à 8 mètres de la place, et n’ayant ni donné d’assaut, ni exécuté de passage de fossé, ni fait de brèche au rempart, et qu’une telle conduite ne

pouvait être imputée qu’à la lâcheté ou à.la trahison ; 2" qu’il avait en outre exercé des concussions en percevant et faisant percevoir à son profit, depuis l’an XI jusqu’en 1806, un droit de 22 sous tournois par demi-ancre de genièvre exporté, et que, suivant plusieurs déclarations, la seule maison de madame Week, à Flessingue, avait payé pour son compte de 50 à 80,000 florins dans l’espace de trois ans. Un conseil de guerre, saisi de l’affaire, déclara Monnet coupable de lâcheté et de trahison, et le condamna à mort par contumace.

Ce général rentra en France, en mai 181-4, au retour des Bourbons et crut devoir appeler de ce jugement devant Louis XVIII.

Voici les explications que donna cet officier général sur les deux griefs énoncés dans le rapport du conseil d’enquête.

En premier lieu, il dit qu’il fut attaqué à Flessingue par 55,000 hommes et 1,600 bâtiments armés en guerre, que l’armement de la place était de 96 canons et mortiers en mauvais état ; sa garnison de 3,700 hommes, la plupart étrangers, et dont plus de 1,000 avaient déserté pendant le siège ; qu’au lieu d’un secours de 10,000 hommes, qui lui était annoncé, il ne reçut que 2,500 recrues non armées, ni équipées ; que,-ne pou-

Quant au second grief, cet officier général dit qu’ayant été chargé verbalement par le premier Consul de lui procurer des renseignements exacts sur les armements des Anglais, il se crut autorisé, pour faire face aux dépenses considérables occasionnées par de semblables recherches, à accepter le don en argent offert par Holman et Ceulen, armateurs, afin de s’assurer de sa protection pour la stabilité de leur négoce ; et, que le premier Consul, à qui il fit part verbalement de cette mesure, lui répondit : « Ce qu’il y a de mieux, c’est que ce soient les Anglais qui paient les frais de la police que je fais exercer sur eux. »

Le comte Dupont, ministre delà guerre, adressa au roi un rapport sur cette affaire, et proposa de faire rétablir cet officier général sur la liste des lieutenants-généraux en activité, et de faire lever le séquestre mis sur ses biens. A une époque où toutes les trahisons envers l’Empire étaient des titres de faveur, la disculpation de Monnet devait être favorablement accueillie, aussi fut-il réintégré le 24 juillet dans son grade et dans se honneurs, nommé chevalier de Saint-

Louis et créé baron.

Le 13 avril 1 815, l’Empereur ordonna^ sa radiation du tableau des officiers généraux ; mais l’ordonnance du 1er août suivant annula cette disposition.

Compris comme disponible dans l’organisation du 30 décembre 1818, ce général mourut à Paris le 8 juin 1819.

MONTAGNAC (LUCIEN de)[modifier]

né à Pouru-aux-’Bois, près Sedan, le 17 mai •1803. Il sortit de l’École militaire avec le grade de sous-lieutenant le 1er octobre 1821, fit la campagne d’Espagne en 1823, et devint lieutenant le 30 décembre 1827.’

En 1832, après les journées des 5 et 6 juin, Mohtâgnac, qui avait fait son’devôir avec énergie et courage, crut devoir refuser, la décoration de la Légion-d’Hpn-neur qui lui était offerte par le roi à une revue. Le jeune officier sut motiver son refus avec autant de convenance que de dignité,"résolu à attendre, dit-il, cette récompensé d’une occasion où il saurait •mieux’la mériter, et désireux de là voir reporter sur quelqu’un des vieux braves sous-officiers de sa compagnie qui avaient blanchi dans les camps. Toute insistance fut vaine, et un voltigeur fut décoré à sa place. Capitaine en 1836, Montagnac passe en Afrique ; mis à l’ordre du jour de l’armée le 4 juillet 1840, il reçut bientôt et accepta cette fois la croix d’Honneur.

Un an après, le 18 juillet 1841, il était élevé au grade de chef de bataillon. En mai 1843, à la tête de six compagnies d’élite du 61e et d’un détachement de spahis, il eut, avec un gros d’Arabes, un engagement dans lequel il fut admirable d’intrépidité. Après avoir, dans une charge à fond, culbuté la troupe ennemie, il se rencontre face à face avec l’un des chefs, une lutte s’engage corps à II.

corps, l’Arabe reçoit à la tête un vigoureux coup’ de sabre, il en est étourdi, il roule à terre, évanoui ; telle avait été la violence du choc que Montagnac, dans l’effort fait par lui, perdant les étriers, vint tomber près de l’ennemi renversé. Les spahis accourent, achèvent l’Arabe, relèvent leur commandant ; il avait le bras droit brisé en deux, près du poignet. Il se fait panser sur-le-champ, et, le bras dans les attelles, se remet à la tête, de sa troupe ; ainsi blessé il ne discontinua pas son service et son commandement. Chaque jour, tant que dura’l'expédition qui fut de près de’ deux mois, il se faisait mettre à cheval par ses soldats et marchait avec eux. Quand, après cinquante jours on leva l’appareil, le commandant de Montagnac était irréparablement estropié. Il avait perdu pour toujours l’usage de la main droite, et, pour ses glorieux loisirs, la ressource de la peinture cultivée par lui avec amour et bonheur. Il sut bientôt écrire de la main gauche. Le stoïque héroïsme qui lui’ avait valu cette glorieuse infirmité ne passa pas inaperçu, et le général Baraguay d’Hilliers fut chargé de lui transmettre les témoignages de satisfaclion-du ministre de la guerre qui, le 10 mars suivant, 1844, le fit élever au grade de lieutenant-colonel.

Le 21 septembre 1845, M. de Montagnac était commandant supérieur du poste de’Djemma-Ghazaôuat, petit port de la frontière du Maroc (province d’Oran) ; cédant aux instances des tribus voisines qui se prétendaient menacées d’une razzia par Abd-el-Kader, le brave ’ lieutenant-colonel du 15° léger se porte à leur secours avec 450 hommes, savoir : 390 du 8e bataillon de chasseurs’d'Orléans et 60 du 2’ régiment des hussards. Lâchement entraîné dans une embuscade, il est enveloppé et assailli par une masse énorme de cavaliers, tant du pays que de la frontière du Maroc. Après une lutte terrible, sa petite colonne, écrasée par le nombre, fut presque entièrement détruite, une centaine d’hommes, blessés pour la plupart, furent fait prisonniers ; le colonel Montagnac qui marchait en tête de l’avant-garde avait été tué un des premiers.

Des traits d’un courage héroïque ont signalé le désastre de Sidi-Brahim (c’est le nom d’un marabout voisin) que la compagnie de carabiniers formant l’arrière - garde était parvenue à gagner. Après que les hommes des deux compagnies formant le centre eurent été tous tués, pendant deux jours, sans eau, sans vivres, nos 80 carabiniers, renfermés dans le marabout qu’ils crénelèrent, résistèrent à toutes les attaques des Arabes. Ces malheureux soldats n’avaient entre eux qu’une bouteille d’absinthe, ils durent boire leur urine pour apaiser leur soif ; privés de munitions, ils coupèrent en quatre leurs dernières balles. Abd-el-Kader, qui dirigeait lui-même cette attaque, adressa plusieurs lettres écrites en français aux 80 carabiniers pour leur promettre la vie sauve, s’ils consentaient à se rendre ; ils refusèrent.

Vers le soir du 2e jour, le capitaine Géraux, seul officier qui n’eût pas été tué, sortit avec ses soldats du marabout pour se diriger sur Djemma-Ghazaouat ; parvenu, après des efforts prodigieux à une lieue environ du camp, cette petite troupe dut traverser un ravin rempli de Kabyles. La lutte avait trop duré ; les forces de nos soldats étaient épuisées ; presque tous les carabiniers y restèrent. C’est là seulement que le capitaine Géraux fut tué. De -450 hommes, 10 seulement survécurent.

MONTBRUN (LOUIS-PIERRE)[modifier]

né à Florensac (Hérault) le 1" mars 1770, s’engagea, le 5 mai 1789, dans le 1er régiment de chasseurs à cheval.

Brigadier au même corps le 20 novembre 1791 et maréchal-des-logis le 11 juillet 1793, il fit, aux armées du Nord et de la Moselle, les campagnes de • ces deux armées, et celles des ans II, III, IV et V à l’armée de Sambre-et-Meuse.

Nommé adjudant le 10 vendémiaire an II,, et sous-lieutenant le 26 fructidor suivant, il fut fait lieutenant le 9 thermidor an IV, sur le champ de bataille d’Altendorff, pour avoir, ’ au milieu de la mêlée, couvert de son corps le général Richepanse, qui, blessé au bras, allait tomber au pouvoir de l’ennemi.

Capitaine au choix le 11 germinal an V, il passa, en l’an VI, à l’armée du Rhin. Le 13 vendémiaire an VIII, il emporta de vive force la tête de pont de Nidda,■ près Francfort, défendue par 2,000 Autrichiens. C’est à cette occasion que Moreau le nomma chef d’escadron le 14’du même mois. Confirmé dans ce grade le 26 germinal, il obtint- celui de chef de brigade le 26 prairial, à la suite de plusieurs charges brillantes, effectuées à l’affaire du 16, pour empêcher l’ennemi de franchir un défilé. Il se signala pendant le reste de la campagne, principalement les 18 et 19 messidor, en détruisant presque entièrement une colonne de la garnison d’Ulnr que le général Richepanse tenait en état de blocus.

Déjà considéré comme l’un des meilleurs officiers de cavalerie de l’armée, Montbrun se trouvait à Bruges avec son régiment, lorsque, les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il prit rang dans la Légion-d’Honneur comme membre et comme officier.

Quand un décret du 3 nivôse an XIV lui conféra le grade de général de brigade, il avait acquis des droits à cette faveur, et par sa conduite au combat de Ried, dont en grande partie il avait assuré le succès, et par sa participation aux étonnants faits d’armes de la journée d’Aùsterlitz.

Employé dans le royaume de Naples en 1806, il fit partie, vers la fin de la même année, du corps de la grande armée qui, sous les ordres de Vandamme, opérait dans la Silésie concurremment avec le général Minucci ; il battit, le 30 novembre, près d’Ohlau, le prince d’An-halt-Pless, lui fit 1,800 prisonniers, et s’empara de 7 pièces de canon,

Le 11 juin dé l’année suivante il remporta, en Pologne, un avantage non moins important à l’affaire du pont de Drewkenow, sur l’Omulew, et envoyé eh Espagne, en 1808, il décida de la’ victoire remportée par.le maréchal Victor au pied du Sonio-Sierra.

Le 4 décembre de la même année,.se trouvant en parlementaire à l’une des portes de Madrid pour engager le peuple de cette ville à cesser une défense inutile, et n’ayant pu cacher son indignation en entendant un garçon boucher prétendre ne vouloir traiter qu’avec le maréchal Bessières,’ qui commandait de ce côté, la populace l’entoura, proférant contre lui des cris de mort ; il ne dut son salut qu’en se faisant un passage àcoups de sabre.

Créé comte de l’Empire en 1809, promu général de division le 9 mars, et le 29 avril commandeur de la Légion-d’Honneur,-il passa à la. grande armée d’Allemagne ; L’Empereur lui donna le commandement d’une division de cavalerie légère, forte de 4,000 chevaux, avec laquelle, réunie au corps du général Lauriston, il passa, le 7 juin, la Raab-nitz, non loin de Sovenhyaga, après avoir défait un corps de cavalerie hongroise.

Le 13 du même mois, veille de la bataille de Raab, marchant à l’avant-garde, il rencontra la cavalerie ennemie au village de Sazuak ; entraîné par l’ardeur de ses troupes, il fut un instant enveloppé, et il aurait été forcé de mettre bas les armes, s’il n’eût été secouru par le général Durutte, qui vint à son secours avec sa division. Le lendemain, chargé avec deux brigades de cavalerie légère d’appuyer le mouvement de la division Seras, il obligea la droite de l’armée autrichienne de démasquer le front de son infanterie, et par cette manœuvre, exécutée sous le feu d’uue artillerie nombreuse, il arrêta la cavalerie ennemie qui s’ébranlait pour paralyser l’attaque du général Seras.

Le 16, dans une reconnaissance sur Comorn, ses avant-postes furent brusquement attaqués par 600 chevaux, soutenus par quelque infanterie ; il se met à la tête d’un régiment rassemblé en. toute hâte, fond sur les assaillants avec son impétuosité ordinaire, les culbute et les ramène le sabre aux reins jusque sous les murs de Comorn.

L’Empereur en témoignage de sa satisfaction, le fit chevalier de la Couronne de Fer le 9 juillet de la même année, et le 40 avril 1810 il lui confia le commandement de la cavalerie de l’armée que Masséna commandait en Portugal.

Dans cette contrée, Montbruu se plaça, dans l’opinion des gens de guerre, au, rang des Lasalle, des Michaud et des Colbert. Il se distingua surtout à là ba-’ taille de Bussaco.

A cette dernière "affaire, marchant sur,1a droite de l’armée ennemie, il chargea en colonne par régiment 20 escadrons anglais qu’il détruisit presque entièrement. Montbrun, récompensé de cette belle action parlacroixde grandofficierde la Légion-d’Honneur, fut moins heureux lorsque, rentré en Espagne après l’insuccès de l’expédition de Portugal, il entreprit, au mois de décembre, malgré les observations du maréchal Suchet, de s’emparer d’Alicante. A peine arrivé devant cette place, il fut forcé de se retirer. Cette opération, dont se plaignit le général en chef dans ses rapports officiels, a été sévèrement censurée par la plupart des écrivains militaires, qui l’accusent de négligence dans le maintien de la discipline, sans songer qu’à cette époque les troupes françaises, en Espagne, abandonnées pour ainsi dire à ellë-mêmes, subsistaient des seules ressources que leur procurait le pays. Si, dans cette circonstance, il commit une faute, il la répara dans les plaines de la Russie.

Investi, au mois de juin 1812, du commandement du 2° corps de réserve de cavalerie, aux ordres du roi de Nar pies, il trouva une mort glorieuse le 7 septembre, à la bataille de Mojaïsk, où il fut frappé d’un boulet.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

MONTCHENU (VICTOR-FRANÇOIS, de)[modifier]

issu d’une des plus anciennes familles du Dauphiné, vouée depuis plusieurs siècles à la carrière des armes, naquit le 6 novembre 1764 à Bougé-Chambalu (Isère). Admis, encore enfant, à l’École des chevaux-légers, il avait obtenu, en 1775, en entrant dans sa douzième année, une sous-lieutenance au régiment d’infanterie du Roi, où les emplois étaient réservés aux fils de famille les plus recommandables par leur noblesse et leurs services. Il était capitaine dans ce corps à la malheureuse affaire de Nancy, et se trouvait à côté du lieutenant Desiles, lorsque ce jeune officier périt victime de son généreux dévouement, en se jetant à la bouche d’un canon, dans l’espoir d’arrêter la lutte engagée entre les patriotes et les troupes de M. de Bouille.

Constamment attaché aux principes monarchiques, lorsque de Montchenu vit en 1792 que la cause royale était irrévocablement séparée de celle de la nation, il quitta la France et rejoignit l’armée des Princes, où il servit en qualité d’aide-de-camp du général Livarot. En mars 1793 il assistait à la défense de Maëstricht contre l’armée de Dumouriez, et pendant les campagnes de 1794 et 1795,il servait en qualité d’aide-major au régiment de Broglie, à la solde de l’Angleterre.

Rentré en France à la paix de 1814, de Montchenu reçut la croix de Saint-Louis, le 13 août, et le brevet de maréchal de camp le 30 décembre de la même année. Son frère aîné fut l’année suivante envoyé en qualité de commissaire du gouvernement français à Sainte-Hélène pour y surveiller Napoléon.

Sous la Restauration, le général de Montchenu a exercé les fonctions d’inspecteur général d’infanterie. Il a été successivement nommé chevalier, puis officier de la Légion-d’Horineur, le 18 mai 1820, et ler mai 1821.

Après les événements de 1830,. il a cessé de servir, a été admis à la retraite au mois de février 1835 et est mort à Paris le 12 janvier 1849, âgé de 85 ans.

MONTCHOISY (LOUIS-ANTOINE, CHOIN DE MONTGAY, baron de)[modifier]

né à Grenoble (Isère), le 21 juin 1747, entra comme élève dans le corps royal d’artillerie en 1765, et fut nommé garde du corps du roi en 1767. Montchoisy servit dans la maison du roi jusqu’en 1777, époque à laquelle il passa, en qualité de capitaine, dans les troupes coloniales.

En avril 1779, promu aide-major général dans le corps des volontaires de Nassau-Siégen au service de la marine, conservé major à la suite des volontaires étrangers de Lauzun, et attaché en cette qualité au 1" régiment de chasseurs à cheval, il fit les campagnes d’Amérique, de 1779 à 1783, sous les ordres du maréchal dé Rochambeau, et reçut à la fin de cette guerre le brevet de chevalier de -Saint-Louis ; le 1" mai 1788 il obtint le grade de major titulaire dans les chasseurs royaux de Provence, et, le 23 novembre 1791, celui de colonel du 68e régiment d’infanterie de ligne. . Montchoisy remplissait les fonctions, de maréchal de camp commandant l’a-vant ; garde de la division Harville, qui était entrée victorieuse dans Bruxelles. Il se distingua sous Dumpuriez, pendant les campagnes de 1792 et 1793, et mérita le grade de maréchal de camp le 8 mars 1793. Il était du nombre des officiers généraux qui, renfermés dans.Maubeuge, défendirentcette.ville contre Jes efforts des coalisés. Il battit l’ennemi.dans plusieurs rencontres.

Le 15 avril, ayant été impliqué dans l’affaire du génér.al Harville, lors de la défection de Dumouriez,, il fut décrété d’arrestation sur le rapport du comité militaire. Cette affaire, après avoir été. examinée par le même comité, le représentant du peuple Camille Desmoulins, l’un de ses membres, la présenta de nouveau à la Convention nationale le 12 vendémiaire an II, annonça qu’il n’y avait eu aucune trahison, et conclut au rapport du décret du, 15 avril et.à la mise en liberté des détenus. La Convention renvoya le tout au Comité de salut public, avec ordre de donner son avis ; depuis cette époque, cette affaire paraissait oubliée, lorsque Montchoisy recouvra sa liberté après dix-sept mois de détention. Cependant, le décret du 15 avril subsistait toujours, les prévenus se pourvurent à,la Convention. Le comité militaire ayant fait son rapport, elle rapporta ce décret par celui du 28 ventôse.

Les soupçons qui pouvaient exister contre cet officier se trouvaient ainsi détruits, il, ne restait plus que des témoignages favorables sur son compte, lesquels se trouvaient contresignés dans

plusieurs certificats que lui avaient donnés les corps et les officiers de tous grades qui. servaient avec lui ou sous ses ordres. La commission faisait observer que la suspension prononcée contre Montchoisy, le 30 septembre, n’avait eu d’autre cause qu’une mesure générale, et qu’il serait injuste de l’attribuer à des motifs qui pourraient compromettre sa réputation. Le 22 floréal an III, la Convention réintégra ce général et l’employa, le 25 prairial, à l’arméede l’intérieur.

Promu général de division le 15 fructidor, il prit le commandement,de la •18’ division militaire, à Dijon,1 le 19 nivôse an IV, passa à l’armée des Alpes le 2 pluviôse, et devint inspecteur général de l’armée des. Alpes et d’Italie.

Cet avancement fit murmurer des officiers supprimés qui vinrent s’en plaindre à la Convention, en rappelant son.titre d’ex-noble et son attachement à Dumouriez ; néanmoins, le Directoire lui confia le commandement dé Lyon, qu’il lui ôta le 8 prairial, comme ayant favorisé le parti royaliste. Le général Montchoisy adressa aussitôt un mémoire au Directoire exécutif dont le but était d’obtenir sa réintégration dans les fonctions de son grade. Cet officier général y rappelait ses anciens services, ainsi que la conduite franche et énergique qu’il avait tenue dans les circonstances orageuses de la Révolution. Il citait eh sa faveur les, témoignages d’estime et d’amitié de ses supérieurs et de ses subordonnés, et invoquait surtout pour sa justification des faits qui avaient causé sa destitution, le jugement que portaient de sa conduite les administrateurs du-département du Rhône, l’accusateur public du tribunal criminel, le commissaire du Directoire exécutif, les chefs de tous les corps, ainsi que les officiers, sous-officiers et soldats de la garnison, et, enfin, le général Kellermann.

Le ministre de la police générale appuya fortement le mémoire du général Montchoisy, et conclut à ce que le Directoire voulût bien lever la destitution de cet officier général et l’employer dans son grade.

Mais le Directoire exécutif, considérant que lé général Montchoisy n’avait pas déployé l’énergie qu’exigeait la situation de la commune de Lyon, qu’il était de son devoir de dissiper par la force l’attroupement duquel il était résulté le meurtre de plusieurs citoyens, arrêta que ce général serait destitué de ses fonctions. Le 10 germinal an V, il fut mis en traitement de réforme.

L’année suivante, il réclama contre une accusation du député Chabert, qui l’avait signalé aux Cinq-Cents comme protecteur des égorgeurs de Lyon.

Remis en activité à l’armée du Danube le 3 prairial an VII, il passa à l’armée d’Helvétie le 2 prairial an VIII.

Le 20 floréal an IX, à la suppression de l’armée des Grisons, Montchoisy conserva le commandement des troupes en Suisse et favorisa la révolution des o et 6 brumaire an X en faveur du parti Reding. Rappelé par suite de sa conduite, il obtint cependant d’être nommé inspecteur en chef aux revues le 27 brumaire suivant. Le 6 ventôse an XI, créé capitaine général des îles de France et de la Réunion, il ne se rendit pas à cette destination et fut mis en disponibilité.

Membre et commandeur de laLégion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il prit, le 1"’ messidor an XIII, le commandement de la 28e division militaire à Gênes..

Créé baron de l’Empire en 1811, il mourut en activité à Gênes, le 14 juin 1814. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

MONTESQUIOU - FEZENSAC (ANATOLE, comte de)[modifier]

appartenant à une des familles les plus illustres de France et fils de madame la comtesse de Montesquiou, à qui l’empereur Napoléon confia l’édu-, cation du roi de Rome ; le comte de Montesquiou est né le 8 août 1788, il entra dans les rangs de l’armée comme simple soldat à l’époque la plus brillante de l’Empire, en 1806, deux ans avant d’être appelé par la conscription ; les grandes campagnes qni suivirent lui fournirent bientôt l’occasion de se signaler ; c’est sur les champs de bataille qu’il a conquis ses grades. Décoré à la bataille d’Essling, il combattit à Wagram auprès de l’Empereur qui l’avait déjà attaché à sa personne comme officier d’ordon-.nance ; il prit part aux campagnes de Russie en 1812, et d’Allemagne en 1813 ; sa brillante conduite à la bataille de Ha-nau lui mérita le grade de colonel ; il fut bientôt nommé aide-de-camp de l’Empereur. Dans la belle campagne de 1814, il se trouva aux combats les plus importants et eut l’honneur de s’emparer d’un drapeau ennemi.

Après l’abdication de l’Empereur, le comte de Montesquiou, resté fidèle à la fortune de son souverain, sollicita la faveur, de le suivre à l’île d’Elbe ; n’ayant pu l’obtenir, il se retira à Vienne. Ce dévouement le fit porter sur la liste des proscrits ; — son parent, l’abbé de Montesquiou, qui’ avait été ministre de Louis XVIII pendant la première Restauration, parvint, par ses démarches, à obtenir sa radiation. M. de Montesquiou pût alors rentrer en France, et vécut livré à l’étude des arts et des belles-lettres. Nommé, en 1823, chevalier d’honneur delà duchesse d’Orléans, il fut constamment honoré de la confiance de cette famille. Le roi Louis-Philippe, lors de son avènement au trône en 1830, le choisit pour aller faire reconnaître le nouveau gouvernement auprès des cours de Rome et de Naples ; cette mission’, remplie avec beaucoup de zèle et d’habileté, fut suivie du plus heureux succès. Le 2 avril 1831, il fut promu au grade de maréchal de camp.

Le comte Anatole fut bientôt appelé par la confiance de ses concitoyens à la Chambre élective ; nommé députe de la Sarthe en 1834,. 1837, 1839, il se plaça au nombre des défenseurs les plus zélés de la monarchie fondée en 1830 ; lorsque le roi l’eut- élevé à la pairie en 1841, son fils, le comte Léon de Montesquiou, eut l’honneur de le remplacer à la Chambre des Députés.

Le comte Anatole a consacré les loisirs que lui ont laissés les affaires publiques aux beaux-arts, à la poésie. Il a publié, en 1845, une traduction en vers de toutes les poésies italiennes et de beaucoup de poésies latines dePétrarque ; cette œuvre, fruit de longues années de persévérance, a été accueillie par le plus légitime succès. Tous les hommes de goût ont rendu hommage à la supériorité avec laquelle il est venu à faire passer ’dans notre langue la grâce de son divin modèle. Il a publié récemment deux volumes de poésies intitulés : Chants divers. Dans) le cadre le plus varié il a réuni tous les genres : des odes, des morceaux épiques,. des contes, des élégies, des chansons ; il y célèbre les magnificences de l’Empire, les gigantesques combats auxquels il a pris part, il raconte dans un langage vraiment inspiré les effroyables désastres de la Russie, les scènes de douleur et d’angoisses dont il a été témoin ; on sent palpiter dans ces pages l’émotion du citoyen dont l’âme a saigné des blessures faites à la patrie.

On parle avec beaucoup d’éloges de plusieurs tragédies qu’il a récemment composées ; mais, jusqu’à présent, peu d’élus ont été admis aux confidences du poëte dramatique.

On voit que le comte Anatole de Montesquiou a dignement soutenu l’honneur de son nom, et qu’il peut à juste titre joindre à la couronne du soldat le laurier du poëte.

M. de Montesquiou est aujourd’hui grand officier de la Légion-d’Honneur, commandeur des ordres de Léopold de Belgique et de Saint-Grégoire le Grand, chevalier du Mérite militaire de Bavière, de l’épée de Suède, de Léopold d’Autriche, etc.

Il a été admis à la retraite,

M0NTH0L0N ( CHARLES - TRISTAN, comte)[modifier]

né à Paris en 1782 ; son père était colonel des dragons de Penthièvre, et premier veneur de Monsieur (Louis XVIII). Quand il mourut, son fils avait six ans ; il n’en fut pas moins colonel et premier veneur. A onze ans, on l’embarqua sur la frégate la Junon, et il fit, tout enfant, la campagne de Sardaigne. M. de Sémoaville, que la mère de Charles Montholon avait épousé en secondes noces, adopta ce jeune homme, qui garda cependant le nom de son père.

M. de Sémonville était nommé ambassadeur à Constantinople. Les Autrichiens l’arrêtèrent à Vico.Soprano. Le jeune Montholon fut.blessé en défendant son père.

En 1798, M. Montholon entra au service. Il devint bientôt aide-de-camp d’Augereau.

Joubert, ayant épousé mademoiselle Montholon, prit son beau-frère avec lui ; mais, après la mort de Joubert à Novi, M. Montholon retourna près d’Augereau. Détaché à l’armée d’Allemagne, il gagna un sabre d’honneur à la bataille de Ho-henlinden. Depuis, il fit toutes les campagnes à la grande armée. A Iéna, il chargea les carrés prussiens avec la brigade Colbert et fut grièvement blessé. A Elsberg il.se lança sans ordre pour sauver d’une destruction totale quelques bataillons de la division Savary rompus par la cavalerie russe. Murât rendit compte de cette belle action en termes flatteurs ; à Eckmùlh il fut blessé en chargeant à la tête de la cavalerie wurtémbergeoise. Nommé chef d’escadron et colonel sur le champ de bataille, il commandait les marins de la Garde à l’affaire de Madrid et s’empara de l’arsenal, dernière retraite des insurgés. On le fit baron avec 5,000 francs de dotation. Après Wa-gram, l’Empereur le fit comte de l’Empire et l’attacha à sa personne.

En 1810 et 1812 le comte Montholon fut nommé ministre plénipotentiaire près le grand duc de Wurtzbourg. Il fit un rapport pour constater l’existence d’une nouvelle coalition contre la France. Ce rapport est conservé aux archives des affaires étrangères. Successivement il avait reçu, des mains de l’Empereur, les ordres des principales cours de l’Europe. .En 1812, il éprouva la disgrâce de Napoléon et perdit ses emplois.

En 1814, lors de l’invasion, il alla offrir ses services qui furent acceptés, et il fut nommé général de brigade. On lui confia le commandement du département de la Loire. Abandonné par Au-gereau, il se battit depuis le 25 marsjus-qu’au 17 avril contre la division autrichienne du général Hoardeck. Après l’abdication de Napoléon, il remit son commandement au colonel Genty du 8" léger, et se rendit auprès de l’Empereur à Fontainebleau. Il conjura Napoléon de lui permettre de l’enlever dans les montagnes de Tarare. Le général Montholon, avec 8,000 hommes qu’il avait alors dans le département de la Loire, aurait conduit l’Empereur par la rive droite du Rhône aux 24,000 braves que la trahison d’Augereau enchaînait à Valence, et que Napoléon à leur tête se serait facilement réuni aux corps d’ar-

mée de Soult, d’Eugène et de Suchet. Cette réunion de plus dc80,Ô00 soldats dévoués aurait permis d’aller manœuvrer soit derrière la Loire pour’ rallier les troupes de Paris et de Fontainebleau, soit derrière la Saône pour rallier toutes les garnisons de l’Est, et l’ennemi dérouté y aurait trouvé sa perte. L’Empereur refusa par horreur pour la guerre civile.

Montholon déposa son commandement et ne servit pas les Bourbons en 1815 ; il alla au-devant de l’Empereur débarqué au golfe Juan, et le rejoignit dans la forêt de Fontainebleau. Napoléon lui confia le commandement des régiments qui venaient de le rejoindre. Après Waterloo, il s’éleva, avec le général Lallemand, contre l’opinion de se rendre aux Anglais, et suivit Napoléon à Sainte-Hélène. Ce fut lui qui ferma les yeux à l’Empereur. Dans le testament de l’illustre captif on lisait ce qui suit : « Je lègue au comte de Montholon deux millions de francs comme une preuve de ma satisfaction des soins filials qu’il m’a donnés depuis six ans.

« Je lègue au comte Bertrand cinq cent mille francs.

« Je lègue à Marchand, mon premier valet de chambre, quatre cent mille francs. Les services qu’il m’a rendus sont ceux d’un ami. Je désire qu’il épouse une veuve, sœur ou fille d’un officier ou soldat de ma vieille Garde.,

« J’institue les comtes Montholon, Bertrand et Marchand, mes exécuteurs testamentaires, etc., etc. »

De retour en Europe, Montholon a vécu hors de la sphère politique jusqu’à la chute de Charles X. Il était en Allemagne à l’époque de la révolution de Juillet.

Depuis cette époque il mena une vie de luxe et de faste qui finit par engloutir sa fortune. Il accompagna le prince Louis Napoléon lors de l’affaire de Boulogne, et fut déiènu comme lui au château de Ham.

Il est aujourd’hui représentant du peuple à l’Assemblée législative.

En 1823 il avait publié, avec le’général Gourgaud, huit volumes de mémoires pour servir à l’histoire de France sous Napoléon, écrits à Sainte-Hélène sous sa dictée.

MÔNTMARIE (Louis - FRANÇOIS-ÉLIE LE PELLETIER, comte de)[modifier]

né le 12 mars’1771, fit ses premières armes dans la cavalerie, parcourut tous les grades inférieurs et fut nommé en 1804, éhef’d'escadron, aide-de-camp du maréchal Lefebvré et chevalier de la Légion-d’Honneur.

Devenu colonel du 28e dragons, il se signala dans lès divers combats qui précédèrent le siège de Dantzig, et se fit remarquer par des charges brillantes qu’il exécuta contre les Prussiens.

Le 9 mai 1809, il fut élevé au rang de général de brigade. Créé’baron de l’Empire et officier de la Légion-d’Honneur, il se distingua dans la campagne du Tyrol.

En 1810, le général Montmarie passa en Espagne, où il’réussit à débloquer le fort de Morello près Valence. Il fut encore mentionné pour sa bravoure au combat de "Vinaros, aux sièges de Tarra-gone et de Figiiières, et particulièrement à la bataille de Sagonte, à la suite de laquelle il fut créé commandeur de la Légion-d’Honneur.

Pendant la campagne de France, il fut chargé du commandement de Vitry, qu’il évacua le 5 février, à la prise- de Clary (environs de Laon) il fit prisonniers 7 officiers et 2S0 soldats.

Sous la Restauration, M. de Mont-Marie fit partie de la maison militaire du roi, avec le titre de lieutenant des Gardes du corps (compagnie de Wagram) et de chevalier de Saint-Louis ; peu de jours après, il fut créé grand officier.

A la nouvelle du débarquement de Napoléon, il fut promu au grade de lieutenant-général. Il suivit • le duc de Berryet reçut en 1817 letitre de comte ; plus tard il fut nommé inspecteur général d’infanterie et commandeurde Saint-Louis en 1825. Député depuis 1824, il a toujours voté avec le ministère.

Le général Montmarie est sur le cadre • de retraite depuis Ie27 juillet 1835.

MONTMORENCY (ANNE-CHARLES-FRANÇOIS, duc de)[modifier]

pair de France, grand • officier de la Légion-d’Honneur, pre-, mier baron chrétien, chef de l’illustre famille1 de Montmorency ; né le 12juillet 1768 ; entra au service en 1785, au régiment de colonel-général-dragons. Il épousa en 1788 mademoiselle de Matignon. La Révolution le força de s’expatrier, mais il se hâta de rentrer en France dès que le premier Consul en eut ouvert les portes à ceux qui avaient été exilés. En 1813, il fut nommé au commandement de la garde nationale d’Eure-et-Loir ; en 1814 ; lors de l’invasion de nos frontières, l’Empereur l’attacha à l’état-major de la garde nationale de Paris, en qualité d’un des quatre aides-majors généraux, sous les ordres du maréchal Moncey. C’était le moment où les puissances étrangères enveloppaient la capitale avec des forces si supérieures en nombre aux noires. Le maréchal Moncey ayant été rappelé précipitamment auprès de l’Empereur, et les trois autres majors généraux ayant reçu en même temps une autre destination, il se trouva seul investi du com1 • mandement et chargé de défendre la capitale.

A partir de 1815, le duc de Montmorency partagea sa vie entre la ville et la campagne. Il fit partie du conseil général d’Eure-et-Loir en 1822, et il continua d’y siéger jusqu’en 1836.

Mort le 24 mai 18-46.

MONTRICHARD (JOSEPH-ËLIE-DESIRE PERRUQUET)[modifier]

né le 2-4 janvier 1760 à Thoivette (Jura).

Élève surnuméraire d’artillerie à l’École de Metz le 16 août 1781, il passa comme élève d’artillerie à Besançon le 1" septembre 1782.

Nommé lieutenant en second d’artillerie au régiment de Strasbourg le 1" septembre 1783, lieutenant en premier le 11 juin 1786, il entra en qualité dé capitaine en second d’artillerie au régiment de Metz le 1" avril 1791, et y fut fait capitaine-commandant le 1" juin 1792. Il fit dans les armées du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, du Nord et de Rhin-et-Moselle, les premières campagnes de la Révolution, et déploya dans plusieurs affaires une énergie peu commune. ’ Promu chef de bataillon adjudant-général le 30 juillet 1793, il continua à donner des preuves de bravoure et de talent. Toujours aux armées actives, Montrichard. attira l’attention des généraux dans les guerres des ans II et III, et fut créé chef de brigade adjudant-général le 25 prairial de cette dernière année.

En l’an IV, au passage du Rhin, devant Kehl, le 15 thermidor, il s’embarqua avec un petit nombre d’hommes, traversa audacieusement le fleuve sous le canon de l’ennemi, s’empara de vive force de la rive opposée, fit un grand nombre de prisonniers, occupa la position qu’on lui avait ordonné de prendre, et contribua beaucoup au succès de cette brillante journée ; sa belle conduite lui mérita le grade de général de brigade sur le champ de bataille.

Au passage du Lech, effectué le 7 fructidor suivant, il se jeta dans le fleuve à la tête des colonnes qu’il enflamme par son exemple, se précipita sur l’ennemi et le mit en déroute après une vigoureuse résistance. Il reçut dans cette action hardie les félicitations du gouvernement. Si le général Montrichard montra dans ces diverses attaques de l’audace et de l’énergie, il sut aussi faire preuve de talents dans la défense. C’est ainsi qu’il ajouta à sa réputation lors dé la retraite de l’armée de Rhin-et-Moselle à la fin de cette campagne.

Employé en l’an V aux armées du Rhin et d’Allemagne, il fut appelé, le 24 thermidor an VI, aux fonctions de chef d’état-major général à l’armée de Mayence.

Lorsque le Directoire fit choix du général Joubert pour commander l’armée d’Italie, Montrichard l’y suivit, et l’aida dans l’exécution du plan qui avait pour but de s’assurer de l’entière possession du Piémont ; lorsque le roi de Sardaigne signa sa renonciation à la couronne, le 23 vendémiaire an VII, il était chef d’état-major à l’armée d’Italie.

Promu au grade de général de division le 17 pluviôse, il commandait la place de Bologne peu de jours avant que Scherer ne prît le commandement en chef de cette armée. Scherer ayant été défait à Magnano, le 5 floréal, le générai Montrichard se vit chargé de prévenir les suites de cette défaite en couvrant la Toscane et la Ligurie, mission dont il s’acquitta avec un plein succès ; il battit les Impériaux en plusieurs rencontres, et les força d’abandonner le siège du fort Urbino. Ce commandement était d’autant plus difficile que les Autrichiens avaient en Toscane de nombreux partisans et fomentaient des insurrections parmi les habitants ; mais son caractère ferme maintint partout le calme et la tranquillité ; il rétablit la communication de Bologne avec Ferrare que les insurgés avaient momentanément interceptée. Ce fut alors qu’il eut une altercation assez vive avec le général Lahoz, commandant les troupes cisalpines, par suite de laquelle il suspendit cet officier de ses. fonctions, en déliant les troupes sous son commandement de l’obéissance militaire ; cette mesure, peut-être trop rigoureuse, fit oublier à Lahoz ce qu’il devait à la France et le jeta dans les rangs des ennemis.

"Le général Montrichard commandait la division de droite de l’armée à la sanglante bataille de laTrébia, livrée aux Français par les Austro-Russes le 2Q prairial, et qui dura trois jours. Le générai Montrichard fit ensuite lés campagnes des ans VIII et IX à l’armée du Rhin. Il prit la part la plus active aux victoires remportées par le général Mo-reau, et se trouva, à la tête de sa division, aux combats d’Engen, Moîskirch, Hochstedt ; il se distingua surtout dans les affaires de Stockach, Mimmingen et Obërhausen. Il prit ensuite le commandement de l’une des trois divisions chargée de couvrir la haute Souabe, le pays des Grisons- et le Voralberg, et, le 27 brumaire an X, celui des troupes françaises en Helvétie. Au mois de thermidor suivant, il était gouverneur du duché de Lunebourg, lorsqu’il reçut l’ordre de passer en Italie. Le 27 brumaire an XII, Montrichard prit le commandement de la Indivision du corps d’armée employé dans les États de Naples.

Nommé membre de la Légion-d’Hon-neur le i9 frimaire, l’Empereur l’éleva au grade de commandeur de l’Ordre le 25 prairial.

Au mois de brumaire an XIV, ce général était en marche avec sa division, quand deux courriers extraordinaires lui apportèrent des ordres du lieutenant-général Gouvion-Saint-Cyr pour se rendre très-promptement à Ancône, y prendre le commandement supérieur de cette place, faire sans délai occuper militaire-rnent tous les forts et postes qui en dépendaient, former en quinze jours un approvisionnement de siège pour trois mois, en tout genre, relever tous les ouvrages qui avaient été établis dans la dernière guerre, mettre la place dans le meilleur état de défense, et pousser les travaux avec la plus grande activité.

Le général Montrichard ayant frappé une contribution de 100,000 piastres sur la marche d’Ancône. l’Empereur, instruit de cette circonstance, lui fit ordonner, leL16 mars 1806, de cesser ses fonctions et de venir à Paris rendre compte de sa conduite.

Mis en non-activité, cet officier général adressa au comte Dejean, ministre de là guerre, une lettre pour sa justification, dont nous donnons ici quelques fragments :

« Lorsque j’annonçai, dit le général Montrichard, à M. le gouverneur pontifical, que j’allais faire occuper militairement la place d’Ancône et dépendances, en vertu des ordres_de l’Empereur et roi, il me répondit qu’il réclamait contre cette occupation comme contraire à la neutralité, mais que, ne pouvant s’y opposer par la force,.il se bornait à en rendre compte à sa cour par un courrier extraordinaire. Après avoir fait relever les troupes pontificales dans tous leurs postes et prendre possession des magasins du génie et de l’artillerie, je m’empressai d’écrire à M. le délégué apostolique pour l’inviter à me donner connaissance des mesures qu’il avait prises pour la formation de l’approvisionnement de siège que l’ordonnateur Colbert lui avait demandé, d’après les ordres du général en chef. Il me répondit verbalement qu’il n’avait aucune instruction, ni aucun pouvoir de sa cour relativement à cet approvisionnement.

« M. le délégué m’annonça qu’il avait

« Je voulais éviter une réquisition et amener la députation à faire de son propre mouvement l’avance des fonds indispensables pour l’exécution des ordres que j’avais reçus, il me fut impossible de la déterminer ; elle m’écrivit que, devant rendre compte de ses opérations, elle ne pouvait agir que d’après un arrêté de ma part.

a La mesure proposée par M. le gouverneur fut donc arrêtée en présence de M. le commissaire des.relations commerciales de France, avec qui je devais me concerter, et, le 25 brumaire, je requis les receveurs de la Marche d’Ancône et du duché d’Urbin de faire provisoirement une avance de 100,000 écus romains.

« M. le délégué protesta non-seulement contre cette réquisition, mais il en porta plainte à sa cour comme s’il avait été étranger à cette mesure.

« Malgré toutes les entraves que la députation apportait, cette réquisition s’effectua néanmoins ; les travaux du génie et de l’artillerie étaient en bon train, les services courants étaient assurés, on commençait l’approvisionnement de siège.

« Les circonstances devenaient plus impérieuses, les. Anglo-Russes étaient débarqués à Naples le 30 brumaire. Je répondais de la sûreté de la place ; il était urgent de travailler à sa défense.

« Je fis donc de nouvelles instances auprès de la députation ; je la sommai, au nom de la nécessité, de subvenir à nos besoins ; quelques menaces, un petit appareil de forces, rien ne put la déterminer. Les autorités municipales ne voulant plus agir, je pris le parti extrême (je n’en avais pas d’autre) de m’adresser directement aux habitants, et par un second arrêté du 5 frimaire, je répartis les 100,000 écus demandés à la Marche d’Ancône et au duché d’Urbin entre les corporations de la seule ville d’Ancône ;

ordre de déclarer, de la manière la plus positive, que Sa Sainteté, déjà étonnée de l’occupation d’Ancône, sans en avoir été prévenue en aucune manière, ne l’était, pas moins des demandes faites.pour un approvisionnement de siège, d’entretien journalier de - troupes, de fournitures d’hôpitaux0, etc.

« Enfin, qu’il ne serait rien fourni aux troupes étrangères restées sur son territoire au delà du 27.brumaire, épo-. que à laquelle le passage de l’armée de Naples, dans ses États, devait être entièrement effectué. Le surintendant pontifical me. fit aussi connaître qu’il avait ordre de cesser toute « spèce de fournitures, à compter du même jour.

« S. E. le cardinal Fesch, ministre de S. M. l’Empereur et roi près le Saint-Siège,.m’écrivit en même temps que le Saint-Père, profondément affligé de l’occupation d’Ancône, était dans l’impossi-lité absolue de se prêter en rien aux besoins des troupes, et qu’il donnait ordre à son gouverneur à Ancône de protester de la manière la plus formelle contre toute réquisition que je serais dans le cas de faire.

« Cependant’il fallait assurer tous les services, commencer les travaux de la place ; l’artillerie était dans le plus mauvais état ; il n’y avait rien dans les magasins du génie : tout était à faire, et je ne pouvais compter sur d’autres moyens que ceux que je prendrais sur les lieux.

« Cependant, sur de nouvelles insistances, M. le délégué apostolique autorisa la’ députation à faire des avances pour subvenir aux dépenses des travaux de la place et des troupes ; il proposa de les faire rembourser au moyen d’une réquisition que j’adresserais aux receveurs de la-Marche d’Ancône et du duché d’Urbin ; il fixa lui-même les sommes à payer par chacun des receveurs et se rendit garant de leur rentrée. quarante-huit particuliers furent désignés pour en faire les avances, et j’ordonnai qu’elles fussent versées dans la caisse du payeur de la division.

« Quant aux paiements nécessités par le service de la’place, ils ont été faits, tant par le payeur de la division que par la députation, sur la démande, des chefs de service, examinés et visés par le commissaire des guerres chargé de l’administration supérieure de la division, et approuvés par moi, à la charge par les parties prenantes d’en rendre compte et de produire les pièces à l’appui.

« Si cette réquisition avait eu, comme le supposait M. le secrétaire d’État, un autre objet que celui d’exécuter prompte-m’ént les ordres de Sa Majesté, je n’y aurais certainement pas donné suite. »

Le général Montrichard avait joint à ce Mémoire justificatif plusieurs pièces^ en sa faveur, et notamment une lettre du cardinal Fesch au ministre de - la guerre, dans laquelle Son Éminence reconnaissait que le gouvernement romain, qui voyait d’un mauvais œil l’occupation d’Ancône, n’avait cessé de dénoncer aux ministres de Sa Majesté le général Montrichdrd. Le cardinal s’empressait de rendre hommage à la vérité, étant bien persuadé que le général avait été plus malheureux que coupable.

Le comte Dejean fit son rapport sur cette affaire, justifia la conduite de l’ex-gouverneur d’Ancône, et mit le tout sous les yeux de Napoléon.

Il paraît que l’Empereur ne conserva aucun doute à cet égard, car il employa le général Montrichard, le 14 janvier •1808, à l’armée de Dalmatie. Le 30 juin 1809, il reçut l’ordre de se rendre au quartier général impérial, et reçut, le 12 novembre, le commandement delà 2’ division du 11’ corps. Disponible par suite de l’organisation de l’armée d’Illvrie en 1810, il fut ap-

pelé en 1812, au commandement de la division qui s’organisait dans le Frioul. Le 3 mars 1813, il servit dans les provinces Illyriennes.

Mis en non-activité à la paix de 18J4, le roi le créa chevalier’de Saint-Louis la même année, et lui confia le commandement de la 6e division militaire (Besançon) en juillet 1815. Le général Montrichard obtint" sa retraite le 4 septembre suivant.

Il mourut le 5 avril 1828.

Son nom est inscrit sur Farc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

MONT-SERRAZ (PIERRE - FRANÇOIS)[modifier]

lieutenant-général, né le 5 février 1758 au bourg de l’Hôpital, ancien départe^ ment du Mont-’Blanc. Entré au service le 21 juillet 1791 dans le 3e bataillon des volontaires de Paris, il fut nommé capitaine à l’élection le 1" août suivant, et quatre jours après il remplissait les fonctions d’adjudant-major.

Redevenu lieutenant le 3 juillet 1792 dans le 12e bataillon de chasseurs, incorporé dans la 16e demi-brigade légère-, il se signala à l’armée du -Nord et fut nommé adjudant-major le 10 mars 1793.

Il se fit remarquer pendant les campagnes de l’armée du Rhin, de l’an II à l’an V, et parvint aux grades de capitaine et de chef de bataillon les 6 frimaire et 20 messidor an II.

Sa conduite aux affaires de Neubourg, de Rottwil, de Biberach, de Riégel et au passage du Rhin, le 1" floréal an V, lui mérita les éloges les plus flatteurs de la part des généraux Michaud, Pichegru et ’ Moreau, sous les ordres desquels il avait combattu.

Passé en l’an VI à l’armée d’Helvétie, il déploya le plus grand courage à la prise de Sion, et reçut à ce sujet, le 9 prairial an Vf, une lettre de félicitations du Directoire. II. fit partie des armées d’Italie et du corps d’observation du

Midi, en l’an VII et en l’an VIII, et fut nommé colonelsur le champ de bataille le 25 prairial an VII.

Chargé de la première expédition de l’île d’Elbe, il s’empara avec 500 hommes, de la ville.de Porto-Ferrajo, mit ensuite le siège devant Porto-Longone, défendu par une garnison napolitaine quatre fois plus nombreuse que les troupes mises à sa disposition, et qui capitula après quarante-cinq jours de bombardement ; il attaqua, peu de jours après, et s’empara de vive force d’un camp retranché de i8,000 hommes, qui furent repoussés avec perte de 18 canons, 6 mortiers, de toutes les munitions de guerre et de quelques centaines de prisonniers.

Il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, officier de cet ordre le 25 prairial suivant, et électeur du département du Léman en l’an XIII.

Le colonel Mont-Serraz, qui avait continué ses services en Italie de l’an X à 1806, entra le 11 juillet de cette dernière année, avec l’agrément de l’Empereur, en qualité de colonel des grenadiers à pied dans la Garde royale de Naples. Il se distingua, en 1808, après la prise de l’île de Capri.  »

Peu de temps après, Murât lui confia le commandement de la place de Naples qu’il conserva jusqu’en 181 k.

Après avoir obtenu, comme rémunération de ses services et de sa fidélité, le grade de lieutenant-général, il rentra en France, où il fut accueilli par Louis XVIII qui le nomma chevalier de Saint-Louis.

Le général Mont-Serraz est mort à Meudon le 27 septembre 1820.

MORAND ( CH&RLES - ANTOINE - LOUIS-ALEXIS, comte)[modifier]

pair de France, commandant en chef de l’un des corps de la grande armée, aide-de-camp de Napoléon, colonel général des chasseurs à pied de la Garde impériale, commandeur de la Couronne de fer et de l’Ordre de Saint-Henri de Saxe ; né le A juin 1771 à Pontarlier.

Il était entré tout jeune dans la carrière du.barreau ; mais en 1794, il changea sa robe d’avocat contre une épée, et il fut nommé d’abord capitaine, puis commandant du 7e bataillon des volontaires du Doubs. Il prit une part glorieuse au siège du Quesnoy, au blocus de Maubeuge, au combat de Wattignies, à la victoire d’Hondscoote. Incorporé avec son bataillon dans-la 88e demi-brigade,Morand fit les campagnes de l’an III et de l’an IV aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, et ensuite en Italie et en Orient.

Le 3 thermidor an VI, il reçut le brevet de chef de brigade de la 88e sur le champ de bataille des Pyramides. Le 21 fructidor an VII, il fut nommé adjudant-général et investi par Rléber du commandement de la province de Djer-jeh. Le 18 fructidor an VIII, il reçut le grade de général de brigade. A son retour en France, il commanda le département du Morbihan, et reçut en l’an XI le commandement d’une brigade d’infanterie à l’armée des côtes de l’Océan. A Austerlrtz, la brigade Morand faisait partie du corps d’armée du maréchal Sùult. Cette brigade et son illustre chef soutinrent leur réputation à Eylau, h Eckmûhl, à Wagram.

En 1810 et 1811, le général Morand commandait à Hambourg. En 1812, il prenait une part active à la bataille de la Moskowa où il fut blessé.à la mâchoire. En 1813, il ajouta encore à sa réputation par sa conduite à Lutzen, à Bautzen, à Leipzig. Enfin il commandait huit bataillons de la Garde à Waterloo.

Après le départ de Napoléon et le licenciement de l’armée de la Loire, le général Morand obtint l’autorisation de se rendre en Pologne où "toute sa famille le suivit.

En 1816, le 20 août, il fut condamné à mort, par contumace, par un conseil de guerre, réuni à La Rochelle ; mais il arriva à l’improviste à Strasbourg, se constitua prisonnier, parut devant le conseil de guerre et fut glorieusement acquitté. Il resta dans la retraite jusqu’au mois d’août 1830. Il reçut alors le grand cordon de la Légion-d’Honneur qui lui avait été accordé en 1815 par l’Empereur et le commandement de la division militaire de Besançon.

Mort au mois de septembre 1845.

MORARD DE GALLES (JUSTIN BONAVEN-TURÏ, comte)[modifier]

issu d’une famille noble du Dauphiné, naquit à’ Goncelin (Isère) le 30 mars 1741. En 1757, il appartenait à la marine royale en qualité de garde de pavillon. Il était entré au service à l’âge de 11 ans, dans les gardes de la maison du roi. Le comte de Grasse était chargé, en 1765, de purger la Méditerranée des pirates barbaresques qui l’infestaient. Le jeune Morard de Galles, enseigne à bord de la frégate l’Hermine, reçut mission de faire sauter l’un des corsaires qui s’était réfugié sous là protection des batteries de la côte. Favorisé par une nuit obscure, il aborda le navire ennemi, et attachalui-même à l’un de ses flancs la chemise soufrée : Une explosion terrible annonça, une demi-heure après, la réussite de cette audacieuse entreprise.

La même année, il prit une part active au bombardement de l’Arache, sur le vaisseau l’Etna, et fit ensuite, avec une égale distinction, d’abord sur la flûte la Normandie, ensuite sur les frégates la Perle et l’Aurore, les campagnes dans les mers de l’Inde.

Revenu en France, il demeura attaché à la direction des constructions navales de Brest jusqu’en 1776. A cette époque, il reprit la mer sur l’escadre de Duchaf-, fault.

Nommé lieutenant de vaisseau en 1777, il se distingua l’année suivante au combat d’Ouessaht, à bord de la Ville de Paris, et dans les affaires des 17 avril, 15 et 19 mai 1780. Mais ce fut sous les ordres du bailli de Suffren, et principalement au combat de la Praya, que Morard acquit la place glorieuse qu’il occupe dans les fastes de notre marine.

Le 16 août 1781, la flotte française rencontra sur les côtes du Sénégal une flotte anglaise que Suffren n’hésita pas à attaquer, quoiqu’il lui fût inférieur en forces. Dès le commencement de l’action, le vaisseau monté par Morard de Galles se trouva entouré par cinq bâtiments ennemis, et son capitaine, de Trémoignon, fut mis hors de combat. Morard, blessé lui-même, se mit néanmoins en possession du commandement et parvint, après une lutte sanglante, à se dégager et à reprendre son rang de bataille.,

Cette brillante conduite lui valut les > éloges de l’armée et de l’amiral, qui le nomma sur-le-champ capitaine de vaisseau et lui confia- le commandement de celui qu’il avait si bien défendu.

La cour ratifia cette promotion, qu’il continua de mériter pendant les campagnes suivantes sur la frégate la Pourvoyeuse et sur l’Annibal, vaisseau capturé sur les Anglais.

Il le commandait aux engagements des 17 février et 13 avril 1784, et des 6 juillet et 3 septembre suivants, où il reçut trois nouvelles blessures qui l’obligèrent à solliciter un congé. Mais à peine arrivé à l’Ile-de-Francé, il dut se rendre à bord de l’Argonaute et rejoindre l’escadre devant Gondelour.

Enfin, après avoir assisté aux divers combats qui couvrirent de gloire notre marine pendant les dernières années de la monarchie, sa santé, affaiblie par ses blessures et par l’insalubrité du. climat de l’Inde, le contraignit, en 1790, à demandera revenir en France ; il y trouva la marine entièrement désorganisée par l’émigration. Loin, d’imiter l’exemple de ses camarades, il offrit ses services au nouveau gouvernement et fut.élevé au grade de contre-amiral, avec le commandement d’une division.

Vice-amiral en -1793, son escadre, composée de trois vaisseaux et de sept frégates, allait mettre à la voile pour Saint-Domingue, lorsqu’il reçut l’ordre de se tenir en croisière entre Groix et Belle-Isle, afin, d’assurer la rentrée des navires du commerce dans nos ports bloqués par les Anglais. Ses équipages, harassés et dénués de tout,, se mutinèrent et menacèrent de mort leurs officiers, si l’escadre ne reprenait la route de Brest.

A son retour, frappé par la loi qui excluait les nobles des emplois crvils et militaires, il fut arrêté et resta prisonnier jusqu’au 9 thermidor. Il ne fut employé de nouveau qu’en l’an V ; alors se préparait àBrest une expédition pour l’Irlande : une escadre de 15 vaisseaux de ligne, 12 frégates, 6 coryettes ou avisos et 9 bâtiments de transport, devait, sous les ordres de Villaret, transporter dans cette île 15,000 hommes de débarquement aux ordres de Hoche.

Au moment de lever l’ancre, Villaret fut rappelé et remplacé par Morard de Galles qui, le 25 frimaire an V, donna le signal du départ.

Cette expédition ne fut pas heureuse ; un de ses vaisseaux, le Séduisant, se perdit en sortant de Brest, dans la passe du Raz, et la flotte, après avoir gagné l’entrée de la baie de Bautry, fut forcée par les vents contraires de rentrer dans Rochefort. Le Consulat et l’Empire le dédommagèrent de la défaveur qui avait été la suite de cet insuccès.

Membre du Sénat à la formation de ce corps (4 nivôse an VIII), de la Légion-d’Honueur le 9 vendémiaire an XII, la même année l’Empereur le décora’ du cordon de grand officier de cet Ordre (25 prairial), le nomma titulaire de la sénatorerie de Limoges (2 prairial), et comte de l’Empire en 1808.

L’amiral Morard de Galles est mort à Guéret le 23 juillet 1809. Le conseil municipal de cette ville vota des fonds pour un monument à sa mémoire.

MOREAU (JEAN-VICTOR)[modifier]

né à Mor-laix le 11 août 1763, fils d’un avocat. Destiné lui-même au barreau, son penchant pour les armes l’entraîna à s’engager à l’âge de 18 ans. Son congé fut aussitôt racheté, et Moreau était Prévôt de droit à Rennes au commencement de la Révolution. Il commanda les attroupements reunois et nantais qui se formèrent en 1789. En 1790, il présida la confédération de la jeunesse bretonne et angevine. Commandant d’un bataillon de volontaires sous Dumouriez ; général de brigade en 1793, et général de division le 12 avril 1794. Commandant de l’aile droite de l’armée de Picbegru, en Hollande ; puis général en chef de l’armée de Rhin-et-Moselle en.1796, il battit Wurmser et le prince Charles. Obligé de prendre sa retraite, lors de l’affaire des papiers de Pichegru, Moreau reçut, en 1798, le titre d’inspecteur général. Général en chef de l’armée d’Italie, à la retraite de Scherer, il sauva l’armée et battit les Russes àBassignano : il avait 20,000 hommes contre 90,000. Général en chef de l’armée du Rhin en 1799.

Commandant de l’armée du Danube après le 18 brumaire, il remporta les grandes victoires de Hochstedt, de Neu-bourg et de Hohenlinden et arriva à 20 lieues de Vienne. Moreau devait alors épouser la sœur du premier Consul, Pauline Bonaparte. Devenu suspect, il fut arrêté et condamné le 10 juin 1804 à deux années d’exil ; il alla se fixer aux États-Unis.

En 1813, Moreau traversa les mers pour venir s’unir aux ennemis de son pays. Le meilleur plan de campagne que, dès l’arrivée de Moreau au quartier général russe, les alliés commencèrent à suivre, révéla la présence de l’habile général français au milieu d’eux ; mais,1e Dieu de la France devait punir cet autre connétable de Bourbon ; le 27 août, frappé devant Dresde d’un boulet qui lui enleva les deux jambes, Moreau mourut ea Bohême le 2 septembre 1813.

« Le général Moreau a fait la campagnes de 1794 et 1795, sous les ordres des généraux Pichegru et \Jourdan, comme Souham,Taponier,Miehaud, etc. Il commanda en chef, pour la première fois, au mois de mai 1796, à l’armée du Rhin ; il passa ce fleuve au mois de juillet : Napoléon était alors maître de toute l’Italie.

« La campagne d’Allemagne en 1796 ne fait honneur ni aux talents militaires de ceux qui ont conçu le plan, ni au général qui en a eu la principale direction et qui a commandé la principale armée : 1° II passa sur la rive droite du Danube et du Lech, après la bataille de Heres-heim, le 11 août, tandis qu’en marchant devant lui sur l’Atmuhl, par la rive gauche du Danube, il se fût joint en trois marches avec l’armée de Sambre-et-Meuse, qui était sur la Redwitz, et eût, par ce mouvement, décidé de la campagne ; 2° il resta inactif six semaines, pendant août et septembre, en Bavière, pendant que l’archiduc battait l’armée de Sambre-et-Meuse et la rejetait au delà du Rhin ; 3° il laissa assiéger Kehl pendant plusieurs mois par une armée inférieure, à la vue de la sienne, et il laissa prendre cette place, il.

« Dans la campagne de 1799, il servit d’abord en Italie, sous Scherer, comme général de division ; il y montra autant de bravoure que d’habileté, à la tête d’une ou deux divisions ; mais appelé au commandement en chef de cette même armée, à la fin "d’avril, par le rappel de Scherer, il ne fit que des fautes, et ne montra pas plus de connaissances du grand art de la guerre, qu’il n’en avait montré en 1796 : 1° II se fit battre à Cas-sano par Suvarow ; il y perdit la plus grande partie de son artillerie et laissa cerner et prendre la division Serrurier ; 2° il fit sa retraite sur le Tésin, tandis qu’il eût dû la faire sur la rive droite du Pô, par le pont de Plaisance, afin de se réunir à l’armée de Naples que commandait Macdonald, et qui était en marche pour s’approcher du Pô : cette réunion faite, il était maître de l’Italie ; 3° du Tésin il fit sa retraite sur Turin, laissant Suvarow maître de se porter sur Gênes et de le couper entièrement de l’armée de Naples. Il s’aperçut à temps de cette faute, revint en toute hâle, par la rive droite du Pô, sur Alexandrie ; mais quelques jours après, il commit la même faute, en marchant sur Coni, en abandonnant entièrement l’armée de Naples et les hauteurs de Gênes ; 4° pendant qu’il marchait à l’Ouest, Macdonald arrivait avec l’armée de Naples sur la Spezzia ; au lieu d’opérer sa jonction avec ce général sur Gênes, derrière l’Apennin, et de déboucher, réunis sur la Bocchetta, pour faire lever le siège de Mantoue, Moreau prescrivit à Macdonald de passer l’Apennin et d’entrer dans la vallée du Pô pour opérer sa jonction sur Tortone ; il arriva ce qui devait arriver : l’armée de Naples seule eut à supporter tous les efforts de l’ennemi sur les champs de la Trébia, et l’Italie alors fut véritablement perdue.

En 1799, Moreau ne jouissait d’aucun crédit, ni dans l’armée, ni dans la nation ; sa conduite, en fructidor 1797. l’avait discrédité dans tous les partis. Il avait gardé pour lui les papiers trouvés dans le fourgon de Klinglin, qui prouvaient les correspondances de Pichegru avec le duc d’Enghien et les Autrichiens, ainsi que les trames des factions de l’intérieur, pendant que Pichegru, masqué par la réputation qu’il avait acquise en Hollande, exerçait une grande influence sur la législature. Moreau trahit son serment, et viola son devoir envers son gouvernement, en lui dérobant la connaissance de papiers d’une si haute importance, et auxquels pouvait être attaché le salut de la République ; si c’était son amitié pour Pichegru qui le portait à ce coupable ménagement, il fallait alors ne pas communiquer ces papiers au moment où leur connaissance n’était plus utile à l’État, puisqu’après la journée du 18 fructidor le parti était abattu et Pichegru dans les fers. La proclamation de Moreau à l’armée et sa lettre à Barthélémy furent un coup mortel qui priva Pichegru et ses malheureux compagnons de la seule consolation qui reste aux malheureux, l’intérêt public.

« Moreau n’avait aucun système, ni sur la politique, ni sur l’art militaire ; il était excellent soldat, brave de sa personne, capable de bien remuer sur un champ de bataille une petite armée, mais absolument étranger aux connaissances de la grande tactique. S’il se fût mêlé dans quelques intrigues pour faire un 18 brumaire, il eût échoué, il se serait perdu, ainsi que le parti qui se serait attaché à lui. Lorsqu’au mois de novembre 1799, le corps législatif donna un dîner à Napoléon, un grand nombre de députés ne voulurent point y assister, parce que Moreau devait y occuper un rang distingué, et qu’ils ne voulaient rendre aucun témoignage de considération au général qui avait trahi la République en Fructidor. Ce fut dans cette circonstance que ces deux généraux se virent pour la première fois. Quelques jours avant le 18 brumaire, pressentant qu’il se.tramait quelques changements, Moreau se mit à la disposition de Napoléon, et lui dit qu’il suffisait de le prévenir une> heure d’avarice, qu’il viendrait à cheval près de lui, avec ses officiers et ses pistolets, sans autre condition. Il ne fut pas dans le secret du 18 Brumaire. Il se rendit le 18, à la pointe du jour, chez Napoléon, comme un grand nombre d’autres généraux et officiers qu’on avait prévenus dans la nuit et sur l’attachement desquels on croyait pouvoir compter.

« Le 18 brumaire à midi, après que Napoléon eut pris le commandement de la 17e division militaire et des troupes qui étaient à Paris, il donna celui des Tuileries à Lannes, celui de Saint-Cloud à Murât, celui de la chaussée de Paris et Saint-Cloud à Serrurier, celui de Versailles à Macdonald et celui du Luxembourg à Moreau. 400 hommes de la 96e furent destinés à marcher sous ses ordres pour garder ce palais ; ils s’y refusèrent ; disant qu’ils ne voulaient pas marcher sous les ordres d’un général qui n’était pas patribte. Napoléon dut s’y rendre lui-même et les haranguer pour lever ces difficultés.

« Après Brumaire, les Jacobins continuèrent à ramener et à chercher des appuis dans les armées de Hollande. Mas-séna était plus propre que personne pour commander dans la rivière de Gênes, où il n’y avait pas un sentier qu’il ne connût. Brune, qui commandait enHollande, fut envoyé dans la Vendée ; on rompit ainsi toutes les trames qui pouvaient exister dans ces armées. D’ailleurs le premier Consul n’eut jamais qu’à se louer de Moreau jusqu’au moment de son mariage qui eut lieu pendant l’armistice de Pahrsdorf, en juillet 1800.

a Ce serait avoir des idées bien fausses de l’état de Tesprit public alors, que de supposer qu’il y eut aucun partage dans l’autorité : la République était une. Napoléon, premier magistrat, était l’homme de la France ; il était tout ; les autorités ; constituées, le Sénat, le Tribunat, le Corps législatif avaient leur influence : tout individu qui n’exerçait pas d’influence sur ces Corps n’était rien. Mo-reau ne commandait pas d’armée ; elles étaient toutes entre les mains d’une faction opposée. Masséna, qui venait de sauver la France à Zurich, Brune qui venait de battre le duc d’York et de sauver la Hollande, jouissaient alors d’une grande réputation. Moreau qui, à la tâche de Fructidor joignait celle des défaites deCassano et deTrébia, auxquelles on attribuaitla perte de l’Italie, était peu en faveur ; mais c’est justement parce qu’il était peu accrédité, que le danger ne pouvait venir, s’il y en avait du côté des armées, que de la part du parti opposé, que le gouvernement consulaire accorda une grande confiance à ce général, et lui confia une armée de 140,000 hommes, dont le commandement s’étendit de la Suisse au bord du Mein.

« Il n’y eut aucune discussion sur le plan de campagne de 1800 entre Moreau et le ministre de la guerre. Napoléon, en considérant la position de la France, reconnut que les deux frontières sur lesquelles on allait se battre, celle d’Allemagne, celle d’Italie : la première était la frontière prédominante ; celle d’Italie était la frontière secondaire ; en effet, si l’armée de la République eût été battue sur le Rhin et victorieuse en Italie, l’armée autrichienne eût pu entrer en Alsace, en Franche-Comté ou en Belgique et-poursuivre ses succès, sans que l’armée française, victorieuse en Italie, pût opérer aucune diversion capable de l’arrêter ; puisque, pour s’asseoir dans la vallée du Pô, il lui fallait prendre Alexandrie, Tortone et Mantoue, ce qui exigeait une campagne entière, toute diversion qu’elle eût voulu opérer sur la Suisse eût été sans effet. Du dernier col des Alpes, on peut entrer en Italie sans obstacle ; mais des plaines d’Italie, on eût trouvé à tous les pas des positions si on eût voulu pénétrer dans la Suisse. Si l’armée française était victorieuse sur la frontière prédominante, tandis que celle sur la frontière secondaire d’Italie serait battue, tout ce qu’on pouvait craindre était la prise de Gênes, une invasion en Provence, ou peut-être le siège de Toulon ; mais un détachement de l’armée d’Allemagne qui descendrait de Suisse dans la vallée du Pô arrêterait l’armée victorieuse en Italie et en Provence. Il conclut de là qu’il ne fallait pas envoyer à l’armée d’Italie au delà de ce qui était nécessaire pour la porter à 40,000 hommes, et qu’il fallait réunir toutes les forces de la République, à partir de la frontière prédominante. « En effet, 140,000hommesfurentréu-, nis depuis la Suisse jusqu’à Mayence, et une deuxième armée, celle de réserve, fut réunie entre la Saône et le Jura, en deuxième ligne. L’intention du premier Consul était de se rendre, au mois de mai, en Allemagne, avec ces deux armées réunies, et de porter d’un trait la guerre sur l’Ems ; mais les événements arrivés à Gênes, au commencement d’avril, le » décidèrent à faire commencer les hostilités sur le Rhin, lorsque l’armée de réserve se réunissait à peine. Le succès sur cette frontière n’était pas douteux ; tous les efforts de l’Autriche avaient été dirigés sur l’Italie. Le maréchal Kray avait une armée très-inférieure en nombre, et surtout en qualité à l’armée française, puisqu’il avait beaucoup de troupes de l’Empire.

a Le plan de campagne que le premier - Consul dicta au ministre de la guerre, et ■ que celui-ci envoya à Moreau, fut le suivant : Réunir les quatre corps d’armée par des mouvements masqués sur la rive gauche du Rhin entre Schaffouse et Stein ; jeter quatre ponts sur le Rhin, et passera la fois, dans le même jour, sur la rive droite, de manière à se mettre en bataille, la galichè au Rhin et la droite au Danube ; acculer le général Kray dans les défilés de la forêt Noire et dans la vallée du Rhin ; saisir tous les magasins ; empêcher les divisions de se rallier ; arriver avant lui sur l’Ulm ; lui couper la retraite sur l’Inn, et ne laisser à ses débris, pour tout refuge, que la Bohême. Ce mouvement eut, en quinze jours, décidé de la campagne. Il ne pouvait y avoir aucune circonstance plus favorable, car il ne faut jamais un meilleur rideau qu’une rivière aussi large que le Rhin pour masquer des mouvements ; le succès était infaillible, Moreau ne le comprit pas. Il voulait que la gauche déboucMt par Mayence, ce à quoi le premie ; Consul ne voulut pas consentir ; mais le. urconstances de la République ne lui ay.tot pas permis de se rendre à l’armée, il dit alors à son ministre qu’il serait impossible d’obliger un général en chef à exécuter un plan qu’il n’entendait pas ; qu’il fallait donc lui laisser-diriger ses colonnes à sa volonté pourvu qu’il n’eût qu’une seule ligne d’opérations et ne manœuvrât que sur la rive droite du Danube.

« Moreau ouvrit la campagne, sa gauche, commandée par Sainte-Suzanne, par le pont de Kehl. Saint-Cyr passa le pont de New-Brisach ; la réserve passa àBâle ; et Lecourbe, cinq jours après, passa à Stein. A peine Sainte-Suzanne eut-il passé, que Moreau s’aperçut que ce corps était compromis. Il le fit repasser à New-Brisach. Cette ouverture de campagne est contraire aux premières notions de la guerre. Il fit manœuvrer son armée dans le cul-de-sac du Rhin, dans le défilé des montagnes Noires, devant une armée qui était en position. Moreau manœuvra comme si la Suisse avait été occupée par l’ennemi ou eût été neutre. Il ne sentit pas le parti que l’on pouvait tirer de cette importante position en débouchant par le lac de Constance. Le général Kray, ainsi prévenu, réunit ses troupes à Stockach et à Engen, avant l’armée française. Il n’éprouva aucun mal ; il eût été perdu sans ressources, si Moreau eût pu comprendre qu’il fallait que toute son armée débouchât par où déboucha Lecourbe. Le détail d’opérations si mal conduites faisait dire souvent au premier Consul : a Que voulez-vous ? ils n’en savaient pas davantage ; ils ne connaissaient pas les secrets de l’art ni les ressources de la grande tactique. »

« Nous n’avons pas besoin de réfuter l’assertion que le premier Consul voulait déboucher des montagnes de la Suisse en Italie, sans prendre l’offensive sur le Rhin ; cela est trop absurde. Bien loin de là, il ne" croyait pas que la diversion par le Saint-Gothard fût possible, si, au préalable, on n’avait battu et rejeté l’armée autrichienne au delà du Lech ; car l’opération de l’armée de réserve eût été une insigne folie, si au moment où elle fut arrivée sur le Pô, l’armée autrichienne d’Allemagne eût pris l’offensive et battu l’armée française. S’il eût voulu à toute force, et conduit par la passion, prendre d’abord l’Italie, qui l’eût empêché de laisser l’armée d’Helvétie dans la situation où elle se trouvait en janvier 1800, et d’envoyer les 40,000 hommes dont il la renforçait à Gênes, ce qui aurait permis à Masséna de s’avancer, sur le Pô ? Napoléon savait bien que l’Italie n’était pas la conséquence.d’une victoire en Allemagne, que c’était le corollaire du succès obtenu sur la frontière prédominante.

« Rewbel ayant eu occasion d’entretenir le premier Consul, en 1800, lui dit : « Vous réunissez une belle armée sur le Rhin ; vous avez là toutes les troupes de la France ; ne craignez-vous pas les inconvénients de mettre tant de troupes dans une seule main ? »

« Cette considération politique m’a toujours fait maintenir les deux armées de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse ; peut-être cet inconvénient est-il moindre vis-à-vis de vous que le soldat regarde comme le premier général. Cependant, croyez-moi, allez à cette armée vous-même ; sans cela vous eh éprouverez de grands inconvénients. Je sais que Moreau n’est pas dangereux ; mais les factieux, les intrigants de ce pays, quand ils s’attachent à un homme, suppléent à tout. »

Pendant l’armistice de Pahrsdorf, Moreau ayant fait un voyage à Paris descendit aux Tuileries ; il n’était pas attendu. Comme il était avec le premier Consul, le ministre de la^guerre, Carnot, arriva avec une paire de pistolets de Versailles, couverts de diamants d’un très-haut prix ; ils étaient destinés pour le premier Consul, qui les prit et les remit à Moreau, en disant : « Ils viennent fort à propos. » Cette scène n’était pas arrangée ; cette générosité frappa lé ministre.

« L’Impératrice Joséphine maria Moreau avec mademoiselle Hulot, créole de l’ile de France. Cette demoiselle avait une mère ambitieuse, elle dominait sa fille et bientôt domina son gendre et changea son caractère. Ce ne fut plus le même homme ; il se mêla dans toutes les intrigues ; sa maison fut le rendez-vous de tous les malveillants ; non-seulement il fit de l’opposition, mais il con^ spira contre le rétablissement du culte et le concordat de 1801 ; il tourna en ridicule la Légion-d’Honneur. Plusieurs fois le premier Consul voulut ignorer ces inadvertances ; mais enfin il dit : « Je m’en lave les mains ; qu’il se casse le nez contre les piliers du palais des Tuileries. » Cette conduite de Moreau. était contraire à son caractère ; il était Breton, détestant les Anglais, avait les chouans en horreur, une grande répugnance pour la noblesse : c’était un homme incapable d’une grande contention de tête ; il était naturellement loyal et bon vivant ; la nature ne l’avait pas fait pour les premiers rôles ; s’il eût fait un autre mariage, il eût été maréchal, duc, eût fait les campagnes de la grande armée, eût acquis une nouvelle gloire ; et si sa destinée était de tomber sur le champ de bataille, il eût été frappé par un boulet russe, prussien ou autrichien ; il ne devait pas mourir par un boulet français. » (NAPOLEON à Sainte-Hélène.)

« Moreau était le point d’attraction et de ralliement qui avait attiré la nuée de conspirateurs qui vint de Londres fondre sur Paris. Moreau ne cessa de leur dire, à leur arrivée, qu’il n’avait personne, pas même son aide-de-camp, mais que, s’ils tuaient le premier Consul, il aurait tout le monde.

« Moreau, livré à lui-même, était un fort bon homme qu’il eût été facile de conduire : c’est ce qui explique ses irrégularités. Il sortait du palais tout enchanté, il y revenait plein de fiel et d’amertume, c’est qu’il avait vu sa belle-mère et sa*femme. » (LAS CAZES.)

« Lors du jugement, la fermeté des complices, le point d’honneur dont ils ennoblirent leur cause, la dénégation absolue, recommandée par l’avocat, sauvèrent Moreau. Interpellé si les confé-


renées, les entrevues qu’on lui reprochait, étaient vraies, il répondit non ; mais le vainqueur de Hohenlinden n’était pas habitué au mensonge ; une rougeur soudaine parcourut tous les traits de sa figure ; aucun des spectateurs ne fut dupe, toutefois il fut absous. »

(Extrait de LAS CAZ.ES.)

« Moreau était un excellent général de division, mais incapable de commander une grande • armée. Avec 100,000 hommes, Moreau aurait divisé son armée sur différentes positions, couvert les routes, et n’aurait pas fait plus que s’il n’eût eu que 30,000 hommes. Il ne savait profiter ni du nombre de ses troupes ni de leur position. Très-calme et très-froid dans le combat, il était plus en état de commander dans la chaleur d’une action, qu’à faire des dispositions préliminaires. On le voyait souvent fumer sa pipe sur le champ de bataille.,

« Moreau n’avait pas naturellement un mauvais cœur, c’était un bon vivant ; mais il avait peu de caractère, il se laissait conduire par sa femme et une autre créole, sa belle-mère. » (O’MEARA.)

« Il ne faisait autre chose dans son quartier général que de s’étendre sur un sopha, ou se promener dehors, la pipe à la bouche ; il lisait peu. Ce fut moi qui engageais Moreau à se marier, sur la prière de Joséphine qui aimait sa femme, parce qu’elle était créole. La conduite de Moreau envers Pichegru lui a fait perdre beaucoup dans l’estime publique. » (O’MEARA.)

« Sa retraite, au lieu d’être une preuve de talents, est la plus grande faute que Moreau ait jamais pu commettre. Si au lieu de se retirer il eût tourné l’ennemi et marché sur les derrières du prince Charles, je pense qu’il aurait écrasé ou pris l’armée autrichienne. Le Directoire me portait envie ; il avait besoin de tout faire pour diminuer la gloire militaire

que j’avais acquise ; ne pouvant accréditer Moreau pour une victoire, il le vanta pour sa retraite et le fit louer dans les termes les plus pompeux, quoique les généraux autrichiens eux-mêmes blâmassent la retraite de Moreau. Au lieu d’éloges Moreau méritait la plus sévère censure et la plus complète disgrâce.

« Comme général, Pichegru avait beaucoup plus de talents que Moreau.

« Moreau se moquait de l’institution de la Légion-d’Honneur. Quelqu’un lui disait qu’on avait dessein de donner la croix, non-seulement à ceux qui se seraient distingués par la gloire des armes, encore à ceux qui se seraient fait remarquer par leur mérite et par leur savoir. Il s’écria : « Eh bien ! je vais demander la croix de commandeur de l’Ordre pour mon cuisinier, car il a un mérite supérieur dans l’art de la cuisine. » (O’MEARA.)

a Moreau était peu de chose dans la première ligne des généraux ; la nature en lui n’avait pas fini sa création ; il avait plus d’instinct que de génie : » (LAS CAZES.)

« La conspiration de Georges me fut révélée par un chouan qui exerçait la profession d’apothicaire. Moreau, Pichegru et Georges avaient eu une entrevue dans une maison du boulevard. Ou convint que Georges m’assassinerait, que Moreau serait premier Consul et Pichegru second Consul ; mais Georges insistait pour être le troisième ; sur quoi les deux autres observèrent que, comme il était connu pour un royaliste, s’ils se l’adjoignaient pour collègue, ils seraient perdus dans l’esprit du peuple ; là-dessus Georges répliqua : Si ce n’est pas pour les Bourbons que je travaille, je veux au moins que ce soit pour moi ; et si ce n’est ni pour eux ni pour moi, bleus pour bleus, j’aime autant Bonaparte que vous. Quand cette conversation fut répétée à Mcreau dans un de ses interrogatoires, il s’évanouit. Si j’avais été sanguinaire, comme on l’a prétendu, j’aurais fait fusiller Moreau, car, après qu’on l’avait convaincu d’avoir communiqué avec Georges, il ne pouvait plus lui rester aucune popularité. » (NAPOLEON à Sainte-Hélène. )

« Au mois d’octobre 1813, lorsque plusieurs corps de l’armée française descendaient de Dresde, vis-à-vis dé Wittenberg et passèrent l’Elbe, un courrier du quartier général de l’armée de Bohême se rendant en Angleterre fut intercepté, et tous les papiers de Moreau furent pris. Le général Rapatel, son aide-de-çamp et son compatriote, renvoyait à M"" Moreau des papiers ; elle était très-bourbonniste ; elle lui reprochait dans toutes ses lettres son éloigneraient pour les Bourbons, son laisser-aller, ses préjugés révolutionnaires, son défaut d’intrigués, et lui donnait des conseils sur les moyens dont il devait se faire valoir à la cour de Russie et d’Autriche. Moreau répondait à toutes : « Vous êtes folle avec vos Bourbons ;… au surplus, vous connaissez mes sentiments ; quant à moi, je ne demande pas mieux de les aider ; mais au fond de mon cœur, je vous assure, je crois cet ordre de choses fini à jamais. »

a La première idée de l’Empereur fut de faire imprimer cette correspondance ; mais il se reprochait d’avoir laissé exister des phrases dans un bulletin relatif à la mort de ce général ; il lui semblait que des mots de regret qu’il avait prononcés, en apprenant cette mort, eussent dû être recueillis de préférence ; il jugea inconvenant de troubler sa cendre, en dévoilant des sentiments secrets, écrits d’abandon à sa femme, et dans une correspondance confidentielle.

« Moreau avait rendu des services et avait de belles pages dans l’histoire de la guerre de la Révolution. Ses opinions politiques avaient toujours été fort sages, et quelquefois Napoléon a laissé percer des regrets de sa fin déplorable… Les femmes l’ont perdu ! (MONTHOLON.)

MORIO (JOSEPH-ANTOINE, comte)[modifier]

général de division au service du roi de Westpbalie, né le 16 janvier 1771jà Chantelle-Chàteau (Allier).

Élève de la marine le 24 mars 1789, il servit pendant seize mois, en 1789 et 1790, dans la Méditerranée et dans l’Archipel grec, et fut admis le 1er septembre 1792, en qualité d’élève sous-lieutenant d’artillerie, à l’école de Chàlons ; il obtint le grade de. lieutenant en second le let juin, 1793 et celui de lieutenant en premier le 30 août suivant. Il fit la campagne de cette année à l’armée du Nord et prit une part glorieuse à l’affaire du camp de César, sous Cambrai, et à la retraite de l’année sur Maubeuge.

Nommé capitaine dans le corps du génie le let vendémiaire an III, il fut envoyé dans la place de Grenoble et désigné, peu de temps après, pour, faire partie de l’armée expéditionnaire des Indes-Orientales ;

Cette expédition ayant été ajournée, le gouvernement désigna le capitaine Mprio pour faire partie de l’armée de l’Ouest et l’envoya à’La Rochelle. Il était passé en l’an IV à l’armée du Rhin, lorsqu’il fut désigné pour accompagner le général Aubert-Dubayet, nommé à l’ambassade à Constantinople.

De retour en France en l’an V, il reçut l’ordre de se rendre à l’armée d’Italie pour, être attaché à la place de Palma-Nova, dont on restaurait les fortifications.

Nommé l’année suivante commandant du génie de l’armée des îles du Levant, il dirigea avec habileté la retraite de Butrolum en Ëpire, et fut ensuite employé au siège de Corfou. Le 1" brumaire an VII, il fut promu extraordinai-rement au grade de chef de bataillon par la commission du gouvernement français des îles du Levant.

Confirmé par arrêté des Consuls du 4 nivôse an VIII, il fut envoyé en mission extraordinaire auprès de l’armée d’observation en Westphalie ; il rejoignit l’armée de réserve en Italie, assista au siège de Peschiera et fut nommé sous-directeur des fortifications le 7 germinal suivant.

Promu au grade de chef de brigade le 9 nivôse an X, il revint dans la Lombar-dieetfut chargé de présenter un projet de travail relatif aux fortifications de la place de Legnano. Le ministre de la guerre lui adressa, le 20 frimaire an XI, le brevet de directeur provisoire.

Il fit ensuite, en qualité de commandant du génie, les guerres de Hanovre de l’an XI à l’an XIII. Les 19 frimaire et 2b prairial an XII, il reçut la décoration de la Légion-d’Honneur et la croix d’officier de cet Ordre, fut nommé élec-teurdudépartementde l’Allier, etpourvu le 13 messidor an XUI du titre de directeur titulaire.

Le colonel Morio fit avec distinction les campagnes de l’an1 XIV et de 1806 à la grande armée’, et reçut, à la fin de cette dernière guerre, la décoration de l’ordre du Lion de Bavière.

Lorsque Napoléon fonda, le 11 août 1807, le royaume de Westphalie en faveur de son frère Jérôme, le colonel Morio le suivit en qualité d’adjudant et devintsuccessivement général de brigade, général de division et grand écuyer au service de ce prince. Le roi l’envoya à Naples en 1808 pour complimenter son beau-frère Joachim Murât sur son avènement au trône.

En 1810, Jérôme le nomma colonel général des chasseurs de la Garde west-phalienneet lui conféra le titre de comte.

On lit dans le Moniteur du 7 janvier 1812, article Westphalie :

« Le général de division comte Morio, grand écuyer de Sa Majesté, a été assassiné le 24 décembre 1811 par le nommé Lesage, maréchal ferrant, qui venait d’être renvoyé des écuries du roi.

« Sa Majesté, qui honorait de son amitié le général Morio, a pris la part la plus vive à ce triste événement. »

MORLOÏ (ANTOINE)[modifier]

naquit à Bousse (Moselle), le 5 mai 1766, et servit dans le corps royal d’artillerie depuis le 7 décembre 1782 jusqu’au 28 septembre 1790.

Élu capitaine au 3e bataillon des volontaires nationaux de la Moselle, et employé à l’armée de ce nom, la valeur et l’intelligence qu’il déploya pendant la campagne de 1792 à 1793, principalement au siège de Thionville, le firent nommer, le 20 septembre de cette dernière année, général de brigade sans avoir passé par les grades intermédiaires.

Ce fut également à sa belle conduite à la bataille de Kaiserslautern et à celle qui décida de la levée du blocus de Landau, qu’il dut, le 9 pluviôse an II, sa promotion au grade de général de division.

A fa première de ces affaires, chargé, au plus fort de l’action, de s’emparer avec cinq bataillons de la position de Morlotte, défendue par 60 pièces de canon et par une infanterie nombreuse, il fut, il est vrai, forcé de battre en retraite devant des forces aussi supérieures ; mais par une manœuvre habilement conçue, il évita d’être enveloppé par la cavalerie ennemie et ramena sa division sur la ligne de bataille où Hoche le combla d’éloges et l’embrassa.

Il combattit avec non moins de distinction, le 26 germinal, à la prise d’Arlon, le S prairial, au passage de la Meuse près de Dinant, et le 28 du même mois à celui de laSambre, près Charleroi, où, contraint d’abandonner le village de Gros-selies, il conserva néanmoins 7 pièces de canon qu’il avait enlevées à l’ennemi.

Le 8 messidor, jour de la bataille de Fleuras, placé en avant de ce village et attaqué par le corps du général autrichien Quasdanovvich, non-seulement il se maintint dans cette position, mais s’apercevant que la division du général Ghampionuet allait être mise en pleine déroute, il la secourut efficacement par une charge à la baïonnette qu’il dirigea en personne. On sait que l’une des particularités de cette célèbre bataille, c’est que le général en chef Jourdan recevait d’un aérostat, élevé de 300 toises, des renseignements sur la situation des deux armées ; mais ce qu’on a jusqu’à ce jour ignoré, c’est que ce fut Morlot qui remplit cette périlleuse mission. Il se distingua de nouveau devant Maëstricht à la bataille d’Aldenhoven, et la campagne de l’an II terminée, il servit, de l’an III à l’an V, aux armées du Nord, de Sambre-et-Meuse et de Hollande. Investi, après la conquête de ce pays, du commandement d’Aix-la-Chapelle et des contrées situées entre Meuse et Rhin, un conflit d’autorité s’éleva entre lui et le directeur général de la police que le Directoire y avait envoyé vers la fin de l’an IV. Cet agent, blessé de l’opposition qu’apportait Morlot à ses empiétements sur les droits et les immunités des généraux en ce qui concernait la police militaire, le dénonça comme concussionnaire, et le Directoire, sans examen, sans enquête préalable, le destitua le 5 brumaire anV.

Morlot, qui se justifia complètement, fut réintégré dans son grade le 5 nivôse de la même année, eut le 1-1 fructidor le commandement de la 10e division militaire, puis, de la 3° le 10 pluviôse an VI, et fit les campagnes des ans VII et VIII en Batavie, dans l’Ouest et dans les Grisons.

En non-activité le 1er vendémiaire an X, membre de la Légion-d’Honneur.le 49 frimaire, en disponibilité le l"nivôse, commandant de l’Ordre le 25 prairial an XII, et de la 16e division militaire le 28 brumaire an XIV, il rejoignit, le 9 novembre 1807, le corps d’observation des côtes de l’Océan.

Morlot ayant sous ses ordres la 3° division du 3e corps de l ! armée d’Espagne* se trouva le 23 novembre 1808 à la bataille de ïudela, et en février 1809 au siège de Saragosse.

Atteint, devant cette place, d’une fièvre cérébrale, il mourut à Bayonne le 23 mars. Son nom est inscrit sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

MORNAY (CHARLES-LEONCE de)[modifier]

issu dé la famille de Duplessis-Mornay d’Arqués et d’Yvry, ce compagnon indépendant du Béarnais, héritier d’un beau nom de guerre, Léonce de Mornay porta la cuirasse comme son aïeul Duplessis l’avait portée. Né en 1792, il sortait en 1812 de l’École militaire de Saint - Germain. Sous-lieutenant au. 8e régiment de hussards, il prenait sa part des dangers et des gloires de la retraite de Russie.

Le 10 octobre 1813 à Duben, l’Empereur nommait de Mornay lieutenant ; bientôt après, à l’affaire de Kùlm, de Mornay était blessé d’un biscaïen à l’épaule. Chevalier de la Légion-d’Honneur enl813, il se distinguait aux batailles de Bautzen, de Dresde et Leipzig. La même année, le général Corbineau appelait de Mornay auprès de lui en qualité d’aide-de-camp. Nous le retrouvons capitaine en 1814 et c’est en cette qualité qu’il est fait prisonnier à l’affaire de Brienne.

Rentré en France à la paix de 1814, Léonce de Mornay fut admis dans la maison du roi et obtint un grade supérieur.

Lieutenant-colonel du 2’ dragons à la fin de 1815, Mornay obtint en 1833 le commandement des dragons de la Manche qui devinrent le 7e régiment de cuirassiers.

Après avoir exercé pendant douze années consécutives les fonctions si importantes de colonel, Léonce de Mornay fut nommé maréchal de camp le 31 décembre 1835.

Dix ans après, en 1845, le grade de lieutenant-général lui fut conféré.

Excellent officier de cavalerie, rapide manœuvrier, versé dans tous les détails du métier, le général de Mornay était naturellement indiqué pour le commandement des camps de manœuvre ; aussi fut-il, à plusieurs reprises, appelé à la tête du camp de Luné ville ; c’est en qualité de commandant en chef du camp que le général de Mornay présida aux essais tentés pour la réforme des manœuvres de la cavalerie. Le général deMornuy est mort en janvier 1849 dans sa 57° année.

MORTIER (EDOUARD-ADOLPHE-CASIMIR-JOSEPH)[modifier]

duc de Trévise, maréchal de France, né à Cambrai (Nord) en 1768, était fils d’Antoine-Charles-Joseph Mortier, député aux États généraux. Il entra comme capitaine dans le 1" bataillon des volontaires du Nord. Il eut un cheval tué sous lui à l’affaire de Quiévrain et donna des preuves de sa valeur aux batailles de Jemmapes, de Nerwinde, à Sellemberg près de Louvain. Pendant le blocus de Valenciennes, il se maintint pendant six heures sur la rivière de Per-sian avec 150 hommes, après l’évacuation du camp de Famars. Il fut nommé adjudant-général à Hondscoote, en octobre 1793. Blessé au moment où il s’emparait du village de Dourlers, il se signala de nouveau à Mons, à Bruxelles, à Louvain, à Fleurus. En 1794, sous le géné-

ral Kléber, il s’empara du fort Saint-Pierre, et se trouva, sous les ordres de Marceau, au passage du Rhin à Neu-wied. En 1796, il eut le commandement des avant-postes de l’armée de Sambre-et-Meuse sous le général Lefebvre. Il se signala à Altenkirchen, à la bataille de Friedberg, enleva les hauteurs de Wil-dendorf et fit 2.000 prisonniers ; s’empara de Grossen, fit capituler Francfort, enleva de vive force Gemmunden, où il fit un grand nombre de prisonniers et prit quinze bateaux chargés de munitions de guerre, et enfin força le général Wartensleben à opérer sa retraite sur Bamberg. Au combat d’Hirschied, à Ehmanstadt, Mortier donna des preuves de la plus grande valeur. Dans le fort de Rotbemberg, dont il s’empara, il trouva 60 pièces de canon. Promu au grade de général de brigade en 1799, il concourut puissamment à la prise de Lieptengen. Général de division le 27 septembre 1799, il alla commander la 4e division à l’armée d’Helvétie. Il combattit avec distinction dans les différentes affaires qui précédèrent et suivirent la prise de Zurich, et seconda Mas-séna à opérer l’entière expulsion de l’ennemi du territoire helvétique. Il participa ensuite aux opérations militaires qui eurent lieu contre les Autrichiens dans le pays des Grisons. Un arrêté du gou- ; vernement consulaire l’appela bientôt au ; commandement des 15e et 16e divisions ’ militaires, dont le chef-lieu était Paris. En 1803, le général Mortier fut chargé par le premier Consul du commandement de l’armée destinée à s’emparer du Hanovre. Il traverse le Waal avec 14,000 hommes, bat les troupes hanovriennes et force le feld-marécal Waldomen à signer, le 3 juin, à Sublingen, une convention qui rendit les Français maîtres de tout l’Électorat. Il reçut du premier

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Consul les éloges les plus flatteurs et devint l’un des quatre commandants de la Garde consulaire. Le commandement de l’artillerie lui fut spécialement confié. En 1804, Mortier fut élevé à la dignité de maréchal ; grand aigle de la Légion-d’Honneur il reçut quelque temps après la croix de l’ordre du Christ du Portugal. En 1805, il commanda un des corps de la grande armée sous les ordres de l’Empereur. Dès l’ouverture de la campagne, le maréchal vint prendre position à la gauche du village de Leoben. 30,000 Russes attendaient qu’il se fût engagé avec sa colonne composée de 4,600 combattants dans l’étroit défilé de Dierns-tein. Le il novembre, à la pointe du jour, les tirailleurs ennemis engagèrent la lutte qui devint bientôt générale. Les troupes russes, dirigées sur le village de Léoben, furent écrasées par les régiments des -4e léger, 100e et 103e de ligne. Six drapeaux, cinq canons, 4,000 prisonniers restèrent au pouvoir des Français. Ce premier succès était brillant, mais les Russes étaient trop nombreux pour désespérer de leur entreprise’. Le maréchal Mortier résolut d’attendre la colonne du général Dupont et le parc de réserve d’artillerie. Vers la nuit, on vit les hauteurs se couvrir de troupes ennemies. Le maréchal était parti avec un petit corps de cavalerie pour se porter au-devant de la division attendue. Prévenu par les ordonnances envoyées à la hâte, il accourt précipitamment et se voit sur le point d’être pris par les Russes qui attaquèrent son escorte àDiernstein ; il trouve les postes français déjà occupés par l’ennemi ; les 4,000 Français qui occupaient le plateau de Leoben se trouvaient dans une position désespérée ; ils avaient devant et derrière eux des masses énormes d’ennemis : à gauche un escarpement inaccessible, et à droite le Danube qui n’offrait aucun moyen de salut. Tandis que le maréchal délibérait avec ses officiers, le brave major Henriot lui fit dire que si on voulait seconder le mouvement qu’il allait faire avec ses bataillons, il répondait de sauver la division. Le plan de Henriot fut communiqué au maréchal qui l’approuva et donna ordre d’attaquer immédiatement. Alors, le major s’ados-sant aux grenadiers qui formaient la tête de sa colonne : « Camarades, leur dit-il, nous sommes enveloppés par 30,000 Russes et nous ne sommes que 4,000, mais les Français ne comptent point leurs ennemis. Nous leur passerons sur le ventre. Grenadiers du 100e régiment, à vous l’honneur de charger les premiers. Souvenez-vous qu’il s’agit de sauver les aigles françaises. « Un cri général répond à cette courte et énergique harangue : « Major, nous sommes tous grenadiers. » Henriot fait alors tirer les six derniers boulets que possédait la division, ordonne la charge, et recommande à ses soldats de crier tous ensemble : « Point de quartier, ce sont les Russes ! » La colonne s’avance impétueusement sous le>feu de la mousqueterie ennemie. La première section se précipite sur les premières files russes, les perce de ses baïonnettes, décharge en même temps l’arme, ce qui produit une sourde détonation qui épouvante les files suivantes. Chaque section opère la même manœuvre et se replie immédiatement sur les côtés pour faire place à celle qui la suit. La tête de la colonne ennemie, pressée, refoulée par nos troupes, écrase son propre centre contenu par la queue. Pour échapper à une mort certaine, le centre franchit ou renverse les murs d’enceinte qui bordent le chemin. La plus grande confusion se met dans les rangs ennemis, la déroute devient générale. Il était nuit. Dans ce désordre épouvantable, quelques soldats russes, pour éclairer leur marche au milieu de l’obscurité, incendient le village de Leoben, et les cris de 500 de leurs blessés qui expirent au milieu des flammes mettent le comble à cette scène d’horreur et de destruction. Les Russes perdirent dans cette journée 6,000 hommes blessés ou tués, trois officiers généraux, des drapeaux, des pièces d’artillerie et des milliers de fusils. Mortier s’étant ensuite porté en avant, osa, avec 4,000 hommes seulement, présenter le combat à l’armée entière commandée par Kutusoff. Malgré l’extrême infériorité de ses forces, le maréchal culbuta les colonnes ennemies. Il fit dans cette occasion des prodiges de valeur.

En 1806, Napoléon confia à Mortier le commandement du 8e corps de la grande armée, composée de troupes gallo-ba-taves. Il s’empara de Cassel le 1" octobre et de Naumbourg en novembre suivant. En 1807, il vainquit les Suédois à An-clam et se signala à la bataille de Fried-land. Nommé duc de Trévise, quelque temps après, il reçut une dotation de 100,000 francs de rente sur les domaiues de l’ancien électoral de Hanovre. En 1808, il commanda le 5° corps de l’armée d’Espagne, prit une part glorieuse au siège de Saragosse, gagna la bataille d’Ocana,’ où plus de 60,000 Espagnols furent écrasés par moins de 30,000 Français, fut chargé du siège de Cadix et battit les Espagnols à la bataille de Ge-bora en 1811.

En 1812, lorsvde la campagne de Russie, le maréchal Mortier reçut le commandement de la jeune Garde impériale. L’Empereur le nomma gouverneur du Kremlin et lui donna, au moment de la retraite, la terrible mission de le faire sauter. Poursuivi par des forces supérieures, le duc de Trévise fut attaqué au passage de la Bérésina et partagea avec le maréchal Ney l’honneur de sauver les débris de la grande armée. Ce fut lui qui réorganisa, à Francfort-sur-le-Mein, la jeune Garde dont il eut le commandement pendant la campagne de 1813. Il combattit à Lutzen, à Baûtzen, à Dresde, à Wachau, à Leipzig et à Hanau.

Pendant la campagne de 1814., le maréchal duc de Trévise prit une part active à toutes les actions qui signalèrent cette immortelle campagne. Ce fut lui qui, dans la défense de Paris, fut chargé de soutenir le choc de l’armée alliée dans la plaine de Saint-Denis. Parvenu au pied de l’enceinte de cette capitale, l’empereur de Russie envoya à Mortier le comte Orlow, son aide-de-camp, pour le sommer de mettre bas les armes ; le maréchal répondit : « Les alliés, pour être au pied de la butte Montmartre, ne sont pas pour cela maîtres de Paris. L’armée s’ensevelirait sous ses ruines plutôt que de souscrire à une capitulation honteuse ; et quand elle ne pourra plus se défendre, elle sait comment et par où effectuer sa retraite devant et malgré l’ennemi. »

• Mortier ne quitta sa position qu’après que le duc de Raguse eut conclu un arrangement pour l’évacuation de la capitale. Le 8 avril il envoya son adhésion aux actes du Gouvernement provisoire. Immédiatement après la rentrée des Bourbons, il fut envoyé à Lille en qualité de commissaire extraordinaire de la 16e division, dont il devint ensuite gouverneur. Le roi le nomma chevalier de Saint-Louis et Pair de France.

A l’époque du 20 mars, le Gouvernement résolut de former à Péronne une armée de réserve dont le maréchal devait avoir le commandement. Arrivé à Lille un peu avant Louis XVIII, le duc de Trévise se hâta de prévenir M. de Blacas que la garnison était prête à se soulever et fit conjurer le roi de partir le plus promptement possible. Le roi ayant approuvé ce conseil, le maréchal l’accompagna jusqu’au bas. des glacis, afin d’imposer aux soldats par sa présence. « Je vous remercie de ce que vous avez fait, monsieur le maréchal, lui dit le roi. Je vous rends vos serments ; servez toujours’ la France et soyez plus heureux que moi. »

Napoléon créa Mortier membre de la nouvelle Chambre des Pairs et le chargea de l’inspection des places frontières de l’Est et du Nord.

Après la seconde Restauration, il fut éliminé de la Chambre des Pairs que le roi venait de reformer. Membre du Conseil de guerre chargé de juger le maréchal Ney il se déclara incompétent. Nommé gouverneur de la 15e division militaire à Rouen, en 1816, il fut élu, la même année, membre de la Chambre des Députés par ie département du Nord, et rétabli, dans les honneurs de la Pairie en mars 1819.

Après la révolution de Juillet, il fut nommé grand chancelier de la Légion-d’-Honneur, et le 10 novembre 1834 ministre de la guerre ; mais il résigna à la première occasion ces dernières fonctions qu’il avait acceptées à regret.

C’est en qualité de grand chancelier de la Légion-d’Honneur qu’il accompagna le roi le jour où une balle est venue Je frapper au milieu d’une fête. Le cortège était parvenu au boulevard du Temple, le maréchal se plaignit de la chaleur qui l’accablait. Quelqu’un l’engagea de se retirer ; mais il n’y voulut pas consentir. « Ma place, dit-il, est auprès du roi, au milieu des maréchaux, mes compagnons d’armes. » A peine avait-il exprimé cette noble résolution/ qu’il tomba foudroyé par la mitraille de la machine infernale que Fieschi avait dirigée contre le roi. Il vivait encore quand on le transporta dans une salle de billard du Jardin-Turc. Il chercha à s’appuyer contre une table ; puis tout à coup, saisi parles dernières convulsions, porta le corps en arrière/ poussa un grand cri et expira.

Ainsi périt sous la balle d’un assassin une de,nos vieilles illustrations, celui que les boulets du champ de bataille avaient respecté pendant trente années de sa glorieuse carrière.

MORVAN (FREDERIC-PIERRE)[modifier]

né à Quimper (Finistère) le 16 septembre 1786 ; il est fils du jeune et infortuné avocat et poëte que moissonna la faux révolutionnaire en 1794. Reçu à l’École. polytechnique, M. Morvan passa en 1807 à l’École d’application à Metz, et, en 1809, à l’état-major du 3e corps de la grande armée en qualité de lieutenant en second de sapeurs à la suite. Il fut chargé de la direction de divers travaux des camps et cantonnements en Moravie, partit pour l’armée d’Aragon, comme lieutenant d’état-major du génie, et prit une part glorieuse au siège de Méqui-nenza.

Nommé capitaine en second de sapeurs, il fut chargé de la construction et de la défense de la tête du pont de Xerta. Il prit part au siège de Tortose, dirigea les retranchements de Perillo et du.Plati et des travaux du col de Bologne, ce qui lui mérita le grade de capitaine en premier de sapeurs le 30 janvier 1811, et celui de capitaine en second à l’état-major du génie le 1" juillet suivant.

M. Morvan se distingua à la défense du fort Saint-Philippe, au siège de Tar-ragone, et à celui de Sagonte il fut blessé en conduisant une sape, le 16 juin 18H, et, le 28 suivant, à l’assaut du corps de la place : ces deux faits d’armes lui méritèrent la décoration de la Légion-d’Honneur. Aux travaux du siège de Valence et de Peniscola, à la défense de Dénia, il déploya beaucoup de zèle et d’habileté. Fait prisonnier en 1813, il fut conduit aux Baléares. Il venait d’être atteint d’une balle dans le corps.

Sorti des prisons de Majorque en 1814, M. Morvan fut mis en cantonnement dans les Pyrénées, et de là envoyé à Concarneau.

En 1815 il se prononça pour le régime impérial et empêcha le commandant d’armes de livrer la place aux chouans. Il fut employé sous les ordres des généraux Lamarque et Travot.

La Restauration le mit en surveillance et en demi-solde.

Rappelé en 1816 comme capitaine du génie, il fut employé à Brest puis à Con-carneau.

Il fit la campagne d’Espagne en 1823, en qualité de chef de bataillon, fut chargé de l’investissement de Saint-Sébastien, du siège de l’île de Léon, comme chef d’attaque de San Pietri, et fut nommé commandant du génie à Cadix.

M. Morvan fut créé, dans cette campagne, chevalier de Saint-Louis et de Saint-Ferdinand d’Espagne. Lors de l’évacuation de la Péninsule, il fut directeur des fortifications à Bayon-ne, à Péronne et à Amiens, comme lieutenant-colonel en 1832. En 1837 il fut nommé colonel du 2e régiment du génie, et, l’année suivante, directeur des fortifications à Saint-Omer.

Il fut enfin promu au grade de général de brigade, et, le 12 juin 1848, nommé général de division.

Aujourd’hui il est commandeur de la Légion-d’Honneur, membre du comité des fortifications et commandant le génie à l’armée des Alpes.

MOULIN (N.)[modifier]

né à Caen en 1752, entra d’abord dans les ponts-et-chaus-sées où il resta jusqu’en 1789, prit à cette époque du service et parvint, dès les premières années de la Révolution, au grade de général de brigade.

Commandant en chef de l’armée des Alpes en 1794, commandant de Paris en 1798 et 1799, membre du Directoire après le 30 prairial. Il proposa l’arrestation du général Bonaparte au 18 brumaire, et voulait le faire fusiller. Arrêté lui-même, il parvint à s’échapper. Quelque temps après il reprit du service et obtint le commandement de la place d’Anvers où il mourut sans fortune en 1810.

« Moulin, général de division, n’avait pas fait la guerre ; il sortait des Gardes françaises, et avait reçu son avancement dans l’armée de l’intérieur. C’était un homme patriote, chaud et droit. » (NAPOLEON, etc.)

MOUTON (maréchal LOBAU)[modifier]

né à Phalsbourg le 21 février 1770, et dans le commerce ; George Mouton, depuis comte et maréchal de Lobau, fut de ce glorieux département de la Meurthe auquel la France doit, entre tant d’autres illustrations, les généraux Klein, Ram-pon, Hugo, Fabvier, et les maréchaux Gérard-et Gouvion-Saint-Cyr. En 1792, quand, au cri de la patrie en danger, s’élança tout ce qu’ilyavait de plus brave et de plus généreux dans notre jeunesse, il fut l’un des premiers qui courut aux armes. Et cet élan fut si soutenu, que, le premier au premier coup de canon de cette guerre de vingt-trois ans, et quoique plusieurs fois abattu, quand le dernier coup retentit, il s’y retrouvait encore. Dès les premières actions il attire tous les regards, de ses camarades. Dans ce compagnon de guerre ils ont remarqué d’abord un guerrier de formes athlétiques, de tête haute, de cœur élevé, et dont l’âme, plus ferme encore que le bras, grandissait en proportion du péril ; le danger l’excite et l’inspire, et déjà il leur commande par l’autorité de l’exemple avant d’y joindre celle du grade.

Les chefs alors manquaient. Tous se cherchaient des appuis et des guides ; on les choisissait à l’épreuve qui ne trompe pas ; et comme dans cette guerre acharnée, nuit comme jour, hiver comme été, l’on était toujours aux prises, les grades ne manquaient pas plus que les occasions de les mériter. C’est pourquoi, de 1792 à 1799, d’abord soldat, bientôt officier, puis aide-de-camp du savant Meusnier et du célèbre Joubert, frappés mortellement à ses côtés, on vit ce jeune guerrier, soit en France, soit aux armées du Rhin et d’Italie, monter rapidement par tous les grades jusqu’à celui de colonel, au choix et aux acclamations de ses chefs et de ses camarades.

Ici, au milieu des montagnes de Gênes et de nos corps battus, abandonnés et découragés, la position est devenue plus élevée, plus difficile,’et plus que jamais cependant le jeune colonel la domine. Il vient d’y prendre le commandement du 3e de ligne, en proie comme toute l’armée au désespoir des revers, et à une misère si affreuse, que tout périssait par la désertion et l’indiscipline- Environné d’ennemis, en butte à tous les feux les plus ardents de la guerre, il relève lous les courages, il rétablit l’ordre et la règle, et, triomphant à la fois de tous les fléaux, parmi les Miollis, les Reille, et Soult, et Masséna, que cette seule défense eût suffi pour rendre célèbres, il se fait distinguer dans une multitude de combats, comme l’un des plus intrépides et des plus fermes soutiens de la gloire des armées françaises.

Il suffira de dire que dans l’une de ces actions, où ce n’était qu’en attaquant que l’on songeait à se défendre, sur sept drapeaux arrachés à l’ennemi, son régiment seul en rapporta six ! Dans la dernière, un bras et le corps percés d’une balle, et laissé pour mort sur le champ de bataille, l’amour et le dévouement des siens nous le conservèrent.

En 1805, sa renommée, toujours croissante en paix comme en guerre, l’éleva au rang de général et d’aide-de-camp de l’Empereur. Et, ce qui est remarquable, c’est que dans cette cour guerrière il apporta et conserva constamment l’austère et simple franchise de ses mœurs jusque-là républicaines ; car jamais il ne flatta, quel que fût le souverain, empereur ou peuple ; jamais sa mâle et quelquefois rude véracité ne se démentit ; je n’en citerai que deux exemples :

A Austerlitz, au milieu des acclamations enivrantes de cent mille soldats, quand celui qu’elles transportaient s’écria : « Qu’avec de tels hommes on ferait le tour du monde ; » et que Dotre jeune ardeur s’enflammait à ces paroles, on l’entendit répondre : « Oui, sans doute, « mais ne vous y méprenez pas ; la « France est trop belle pour qu’on aime « à s’en éloigner autant, et à rester si « longtemps séparé d’elle. Dans cette joie « de la bataille de demain, il y a l’espoir « d’en finir. »

A notre entrée victorieuse dans Smolensk, au milieu de l’ivresse de cet autre triomphe, une voix s’élevant tenta d’en arrêter l’entraînement ; c’était la sienne ! Il se retourna vers l’Empereur qu’il précédait, et s’arrêtant : a Voilà une belle tête dé cantonnement ! » s’écria-t-il. IJ déplut, mais il fut écouté ; et sans le glorieux, mais trop sanglant combat du surlendemain, peut-être eussions-nous dû à sa ferme franchise d’autres destinées plus heureuses.

A la fin de 1807, sur cet amas de lauriers d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, de Pultusk, d’Eylau et de Friedland, que son sang vient de teindre encore, son habile valeur, dont l’Empereur lui-même venait d’être témoin dans quatre campagnes, dans une fouie de combats et dans six grandes batailles, fat récompensée par le grade de général de division et le rang d’inspecteur général. Cependant, dès d808, la guerre encore et toujours lui, grandissant ensemble, ’ont passé du Nord au Midi de l’Europe. Aussitôt deux batailles nouvelles, celles de Rio-Secco et de Burgos viennent accroître sa renommée. A ces deux journées, aussi rapide dans ses dispositions que prompt dans l’attaque, qu’il dirige toujours droit au cœur de l’ennemi, quels que soient le danger et la supériorité du nombre, c’est la division qu’il commande qui remporte la victoire au pas de charge. Cinquante-neuf canons, douze drapeaux, et jusqu’aux cordes et aux chaînes de fer que les moines de l’armée ennemie avaient apportées pour le supplice de nos soldats, devinrent les trophées de ces deux victoires. Cinquante-neuf canons conquis en deux journées, voilà, avec tant d’autres bronzes russes et allemands pris de sa main, sa part de souscription à l’airain de notre glorieuse colonne ! Mais, en 1809, il en apportera et il en conservera plus encore.

L’Autriche, à ces feux lointains, comme en 1805 à ceux de notre ilottille, rallumant soudainement un nouvel incendie, en embrase, en le remontant, les bords du Danube ! Mais plus soudainement elle y rencontre Napoléon qu’elle croit encore sur le Tage. Dès le premier pas, lui-même applaudit à la manœuvre hardie et savante d’Abensberg, où son aide-de-camp Mouton prépara la victoire d’Eckmûhl. Ce coup de foudre annonce à l’ennemi l’Empereur. L’attaque de l’Autriche, surprise à revers, est renversée ; elle est forcée d’aller s’abriter derrière l’Iser. Cependant, à la faveur de cet obstacle, les corps autrichiens dispersés vont se réunir et rendre la victoire incertaine. Déjà le pont de Lànds-hûlt, qu’ils ont franchi, brûle aux yeux de l’Empereur ; et Napoléon lui-même s’arrête : il n’ose aventurer ses soldats sur ce brasier suspendu sur un abîme, que défendent de l’autre rive dès mil- : liers d’ennemis retranchés dans une position formidable. Mais, ce qu’il ne doit pas commander, son aide-de-camp l’exécute ! Il s’empare du premier régiment qu’il trouve là ; c’était le 17e ; et, l’entraînant, lui en tête : Marchons, s’écrie-t-il, et ne tirez pas ! Et les flammes qui consument le pont, et les feux autrichiens concentrés sur ce long et périlleux passage, rien ne l’arrête : il aborde, il rompt l’ennemi consterné, et, par ce sublime élan, il change.un combat disputé en une victoire rapide et complète.

L’armée autrichienne, par ce coup de guerre, est tranchée en deux et s’abandonne à une double déroute. Elle laisse entre nos mains trente canons, six cents caissons chargés, trois mille voitures, neuf mille prisonniers, et leur capitale elle-même, qu’il fallut pourtant disputer encore dans Esslingen.

Esslingen ! journée glorieuse et fatale, où la fortune, où les éléments conjurés nous trahirent ; où le fleuve ennemi, s’en-flant et s’interposant tout à, coup, livre à l’archiduc la tête de notre armée séparée du reste. Déjà Lannes a succombé ! Plus le combat devient inégal, plus il redouble d’acharnement.

A la vue de notre situation désespérée, de notre épuisement et de quelques planches fragiles, dernière ressource pour sauver ce qui reste de l’élite de l’armée avec son chef, l’Autriche entière en armes, accourant et se précipitant triomphante, accable et écrase de tous ses feux nos débris poussés et acculés contre le Danube !

Tout semblait perdu ; mais à l’avenir, que nos écolescitoyennes et que nos invo-cations guerrières n’aillent plus chercher dans l’antiquité d’autres exemples ! Désormais pour nous, entre tant d’autres, Esslingen et Lobau suffiront ! Qu’elles rappellent le vainqueur de Zurich, quand Napoléon le fait conjurer d’arrêter l’ennemi dans la plaine deux heures seulement encore. « Dites-lui que j’y resterai deux heures, vingt-quatre heures, toujours, a répondu Masséna, et il tient parole. Montrez au- même moment le vainqueur de Landshûtt couvrant de son corps l’île de Lobau. Ses cartouches sont épuisées, sa main est fracassée, il a déjà repoussé sept fois l’ennemi à la baïonnette ; et Napoléon, qu’il préserve, lui envoie dire de cesser un combat désespéré. Mais le général français montre à l’aide-de-camp le danger, et, calme comme sur un champ de manœuvres ; « Non, répond-il à Rapp, vous savez le « métier ; dites à l’Empereur qu’il achève « sa retraite, et que, quant à moi, je « n’ai d’autre parti à prendre ici que de a me faire tuer sur place ! ’ »

Cependant l’ennemi, étonné de ce double dévouement, s’est arrêté, il n’a osé achever ; la France et son chef ont été sauvés pour trois ans encore, et l’Empereur reconnaissant proclame Masséna prince d’Esslingen ! Quant à Mouton, qu’il appelait son lion : « Sans Masséna, lui a-1—il dit, vous eussiez mérité le nom d’Esslingen ! » et par une même reconnaissance il veut qu’à l’avenir le surnom glorieux de comte de Lobau soit ajouté à ses insignes.

Après Esslingen pourtant, il fallait Wagram ; mais la tige de notre gloire venait d’être héroïquement conservée, et nos lauriers repoussèrent si hâtifs, que la main blessée du comte Lobau saignait encore, lorsqu’elle en cueillit de nouveaux sur cet autre champ de bataille.

Cette fois enfin, la paix et l’archiduchesse sont conquises ; et pendant que la fortune impériale monte à son comble par la naissance du roi de Rome, Napoléon confie secrètement au comte de Lobau la révision du personnel de l’armée entière. Il se"repose en lui ; il juge H.

que nul, autant qu’un chef d’un mérite si reconnu, ne saurait aussi bien reconnaître celui de tous ses compagnons d’armes.

Alors commence, en 1812, cette grande marche, d’abord triomphale et irrésistible, mais contre nature, du Midi contre le Nord, que termine la plus épouvantable des catastrophes. C’est là que, grand officier de l’ordre d’Honneur, le comte de Lobau, comme aide-major général, dirige une infanterie de 500,000 hommes. Mais pour la plupart de tant d’infortunés l’hiver russe sera sans printemps ! Il commence, et bien plus que les flots de ces contrées, ces flots de soldats, naguère si rapides, s’arrêtent et demeurent glacés, d’une glace pour eux étemelle ! Dans cet effroyable naufrage, à peine quelques guerriers épars restent debout, et parmi ceux-là, c’est encore Lobau que Napoléon appelle, quand il en choisit trois seulement pour les ramener en France avec lui, et pour y recréer une armée nouvelle.

En effet, à peine Napoléon a-t-il touché la terre héroïque, que tel que le géant des temps fabuleux, il s’est redressé formidable ! L’Allemagne le croit seul et désarmé, et dès les premiers mois de 1813 elle le voit soudainement reparaître aux champs de Lutzen à la tête de 300 canons et de 300,000 hommes. Le plus célèbre des tombeaux qu’une mort guerrière ait consacré est le rendez-vous qu’il leur donne. Mais là, surprise à son tour dans sa marche rapide, sa jeune armée, frappée subitement dans son flanc droit, chancelle, près de périr, en vue des cendres de Gustave-Adolphe. Pourtant Marmont et toujours Ney, s’appuyant sur nos braves marins, résistent encore ; mais à Raya, une trouée mortelle est ouverte ! Napoléon y place Lobau : à la voix de ce général nos soldats, se rallient, ils se raffermissent, l’ennemi s’arrête, le combat se rétablit, Macdonald a le temps d’accourir, et Napoléon lui-même, celui d’achever la victoire avec l’artillerie de sa garde.

Plus tard, quand les journées de Bautzen et de Wurtzen, lorsque l’armistice même et la grande victoire de Dresde finissent parle désastre de Kulm, l’Empereur le charge d’en recueillir les débris ; il veut que Lobau remplace Vandamme, et c’est ainsi que dans les grands périls c’est toujours lui qu’il appelle et qu’il leur oppose.

A Dresde enfin, où il ne commandait pas en chef, pour la première fois il succombe. Mais là, comme sur tout le cours de l’Elbe, si nos garnisons, brusquement séparées de l’Empereur et successivement prisonnières, sont restées inutiles au salut de la France, c’est qu’on n’a point écouté son inspiration. Il a proposé de les recueillir en descendant le fleuve, mais on a jugé l’effort impossible, et l’Empereur ainsi que la France tombent en 1814, privés de plusieurs de nos chefs les plus habiles et de 100,000 hommes.

Vinrent ensuite neuf mois d’un calme trompeur, puis la réapparition du héros de la France. Dès lors renaît le danger, et reparaît le comte deLobau aux champs de Fleurus et sur celui de "Waterloo, où notre aile droite était sous ses ordres. C’est là que, victorieux tout lejour, quand le soir de l’arrivée d’une seconde armée ennemie nous accable, le dernier à ce dernier coup de canon, il s’obstine à rallier nos débris, et qu’abattu lui-même, il tombe aux mains de l’étranger sur ce déplorable champ de notre dernière bataille.

Le prix de tant de services signalés fut trois ans d’exil, puis suivirent dix ans d’un simple et noble repos, loin des disgrâces et des faveurs de la Restauration, qu’il respecta jusqu’au jour où elle disparut en 1830.

Déjà, depuis deux ans, l’inquiétude générale l’avait placé parmi les défenseurs de nos libertés, à côté des Sébas-tiani, des Foy, et de ce.Périer à jamais célèbre, quand surgit cette révolution^ complément de celle de 1789. Alors le comte de Lobau accepte ce nouveau danger et, comme membre du gouvernement provisoire, il s’y montre en tête de la France nouvelle.

Quand La Fayette mourut, ce fut encore le comte de Lobau qui fut appelé à l’honneur de lui succéder dans le commandement de la garde nationale parisienne.

Le maréchal comte de Lobau est mort à l’âge de 68 ans et 9 mois, dans la nuit du 27 novembre 1838.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

MOUTON DUVERNET (REGIS-BARTHELEMY, baron)[modifier]

né au Puy en 1779, s’engagea à 19 ans dans le régiment de la Guadeloupe j était capitaine adjudant-major au siège de Toulon. Il fit ensuite les campagnes d’Italie et se distingua surtout à Arcole. — Envoyé comme colonel en Espagne,ën 1806, il en revint général de division et fit avec la plus grande distinction les campagnes de 1813 et de 1814. Nommé, pendant les Cent-Jours, membre de la Chambre des représentants, il y appuya toutes les mesures qui avaient pour ha\ de sauver l’indépendance nationale.

Gouverneur de Lyon le 2 juillet 1815, il y montra beaucoup de vigueur, de prudence et de modération. — Compris sur la liste de proscription du 31 juillet, il fut arrêté au mois de mars 1816, condamné à mort par un conseil de guerre et fusillé le 26 juillet suivant.

MURAT (JOACHIM)[modifier]

né à la Bastide-Fortunière, près Cahors (Lot), le 2o mars 1771, fils d’un aubergiste, fit ses études à Toulouse. Il s’y préparait au noviciat sacerdotal et porta le petit collet. Ses camarades de la Bastide l’appehient l’abbé Murât. Le jeune Joachim aimait les plaisirs, il fit des dettes et craignant le courroux paternel il s’enrôla dans un régiment de chasseurs des Ardennes qui passa par Toulouse. Renvoyé pour insubordination, il retourna quelque temps chez son père, et fut admis ensuite dans la garde constitutionnelle de Louis XVI. Sous-lieutenant dans le 11e de chasseurs à cheval. Lieutenant-capitaine et chef d’escadron en 1792. Destitué comme terroriste après le 9 thermidor. Aide-de-camp du général Bonaparte à la première campagne d’Italie. Général de brigade à la même armée.

A la bataille de Roveredo ( 4 septembre 1796), il. fut chargé par Bonaparte de poursuivre l’ennemi qui, en fuyant, cherchait à se rallier ; à la tête d’un escadron de chasseurs du 10e régiment dont chaque cavalier portait un fantassin en croupe / il passa l’Adige à gué, et cette attaque inattendue jeta la confusion dans les rangs de l’ennemi. Au combat de Bassano, livré le 22 du même mois, il commandait un corps de cavalerie dont les charges brillantes contre les carrés de l’infanterie austro-sarde contribuèrent puissamment au succès de la journée.

Le 13 mars 1797 il exécuta avec sa cavalerie le fameux passage du Taglia-mento, fait d’armes qui déconcerta tous les plans de l’archiduc Charles et qui devait forcer l’Autriche à signer les préliminaires d’un traité de paix.

Général de division en Égypte, il déploya la plus grande valeur à la prise d’Alexandrie et à la bataille des Pyramides.

Un jour il fut enveloppé par un grand nombre de Mamelucks ; on le crut tué ; mais quelques cavaliers français parvinrent à le dégager ; il n’avait reçu aucune blessure ; mais son sabre brisé et teint de sang attestait la lutte qu’il venait de soutenir. Quand Bonaparte mit le siège devant Saint-Jean-d’Àcre, l’infériorité de l’artillerie française décida le général en chef à tenter l’assaut de cette place. Murat se présenta pour monter le premier à l’assaut ; Bonaparte lui refusa d’abord ce périlleux honneur ; mais Murât fut si pressant qu’il fallut bien le lui accorder. Sainl-Jean-d’Acre eût été emporté si l’héroïsme avait pu suffire. A cet assaut meurtrier où Murât se distinguait, comme un but aux coups de l’ennemi, par le pa-nadhe qui flottait au-dessus de sa tête, il reçut dans le collet de son habit une balle qui traversa sa cravate et lui effleura le cou ; son panache abattu par une autre balle resta au pouvoir des assiégeants, et le pacha l’ayant réclamé, le montrait toujours comme un glorieux trophée.

Mustapha-Pacha, à la tête de 18,000 Turcs, avait abordé dans la rade d’Abou-kir. Bonaparte ayant ordonné l’attaque du camp des Turcs, ceux-ci se défendaient avec courage et quelque chance de succès, lorsque Murât, commandant de l’avant-garde, détacha un de ses es-, cadrons, en lui ordonnant de charger l’ennemi et de traverser toutes les positions," pendant que le général Lannes se portait à l’attaque d’une redoute jusqu’aux fossés de laquelle l’escadron de Murât devait pénétrer. Ces deux attaques combinées jetèrent le trouble et la confusion dans le camp ennemi. « L’intrépide cavalerie du général Murât, écrivait Bonaparte au Directoire, a résolu d’avoir le principal honneur de cette journée ; elle charge l’ennemi sur sa gauche, se porte sur les derrières de la droite, la surprend à un mauvais passage et en fait une horrible boucherie. Le gain de cette bataille est dû principalement à Murât. Je vous demande pour lui le grade de général de division ; sa brigade de cavalerie a fait l’impossible. » Cette bataille fut la dernière livrée par Bonaparte en Égypte ; rappelé en France par les événements graves qui s’y passaient ; il ne ramena d’Égypte que sept personnes au nombre desquelles se trouvait Murât.

Ce fut lui qui, au 18 brumaire, entra à la tête de 60 grenadiers dans la salle des Ciuq-Cents et prononça la dissolution de ce Conseil.

Commandant de la garde consulaire après cette journée, c’est alors qu’il épousa Caroline Bonaparte, sœur de Napoléon. Commandant la cavalerie de la grande armée dans la campagne de Ma-rengo, il contribua puissamment au succès de cette bataille.

Gouverneur de la République cisalpine en 1802. Gouverneur de Paris et général en chef en 1804. Maréchal d’Empire, prince et grand amiral, commandant la cavalerie de la grande armée dans la campagne d’Austerlitz, il avait porté les premiers coups à l’Autriche et obtenu les premiers succès ; après s’être emparé des débouchés de la forêt Noire, il avait enfoncé et dispersé une forte division autrichienne, lui avait pris son artillerie, ses drapeaux et 4,000 prisonniers. Peu de jours après, il avait forcé le général Wer-neck à capituler, rien ne résistait à cette redoutable cavalerie française commandée par un chef aussi intrépide : 1,500 chariots, 50 pièces de canon, 1,600 prisonniers avaient été les trophées de sa marche victorieusejusqu’àNuremberg.Unnouvel ennemi se présente ; les Russes entrent en ligne. Murât atteint une de ses divisions, lui enlève cinq pièces de canon et 500 hommes, lapoursuit, l’attaque denouveau sur les hauteurs d’Amstetten et lui fait éprouver une nouvelle perte de 1,800 hommes. Murât entre à Vienne à la tête de sa cavalerie ; il avait failli surprendre l’empereur d’Autriche dans l’abbaye de Molk ; il sort de Vienne pour poursuivre l’ennemi, sabre l’arrière-garde à Hollabrûnn, mais trop généreux, lui accorde un armistice que Napoléon blâme vivement. Pour réparer sa faute, il prend aux Russes, à Guntersdorf, 1,800 hommes et 12 pièces de canon et se couvre de gloire à Austerlitz : c’est alors que Napoléon le nomme grand duc de Berg et de Clèyes.

Mais la campagne de Prusse l’arracha aux soins de sa souveraineté ; Murât, toujours à l’avant-garde, traverse la Saale, détruit deux régiments qui Jui disputent le passage, se bat comme un lion à ïéna, force l’importante place d’Erfurth à capituler, harcèle avec une ardeur infatigable les débris de l’armée prussienne, et fait toute une brigade prisonnière dans le faubourg de Prentzlaw. Une capitulation lui livre 64 pièces d’artillerie, 45 drapeaux, six régiments de cavalerie, i,600 hommes d’infanterie et le prince de Hohenlohe qui commandait ces troupes. Attaqué dans Lubeck, Blucher se rend à Murât avec les troupes et le maté-rial qu’il avait cru sauver par un indigne subterfuge. Pendant ce temps, une des divisions de Murât, commandée par le général Lasalle avait fait capituler une garnison nombreuse qui défendait Stet-tin, une des plus fortes places de la Prusse : « Puisque vous prenez des places fortes avec votre cavalerie, écrivait Napoléon à son beau-frère, je pourrai congédier le Génie et faire fondre mes grosses pièces. » Cependant les Russes accourent au secours des Prussiens aux abois. Les Français marchent au-devant d’eux. Murât les attaque, les chasse de Varsovie où il entre le 28 novembre 1806. A Eylau, c’est encore Murât qui force l’ennemi a la retraite, après avoir enfoncé son infanterie : une grande partie de l’artillerie russe tombe au pouvoir du grand duc de Berg.

Élu roi des Deux-Siciles en 1808, il se concilia l’affection de ses sujets par une administration douce et paternelle et par le respect qu’il montra pour les mœurs de ses sujets allemands ou italiens.

Commandant général de la cavalerie française en Russie, il se montra dans cette campagne aussi ardent, aussi impétueux que dans les précédentes : il fut terrible aux ennemis, surtout au combat d’Ostrowno, à la bataille de Smolensk.

Retourné à Naples en janvier 18-13, il’ ne rejoignit l’armée française qu’après les batailles de Lutzen et de Bautzen. L’Empereur lui confia le commandement de l’aile droite à la bataille de Dresde, et Murât eut une belle part à cette victoire. Il se distingua encore à Wachau et à Leipzig, et retourna en Italie.

Bientôt après il traita avec l’Autriche et se joignit aux ennemis de la France en 1814. Battu le 2 mai à la bataille de Tolentino, Murât y fil des prodiges de valeur, et s’y montra même général ha’-bile, homme de grande guerre par les dispositions qu’il prit pour réparer les fautes de ses lieutenants et suppléer à la faiblesse de ses troupes. La jonction des forces du général Neiperg avec celles du général Bianchi détermina la retraite de l’armée napolitaine.

Détrôné le 19 mai 1815, retiré en France durant les Cenl-Jours, et proscrit après, il alla en Corse et organisa une expédition.

Parti d’Ajaccio, le 28 septembre 1815, il arriva le 8 octobre au village de Pizzo, dans les Calabres, où il fut arrêté le même jour et fusillé cinq jours après.

Murât avait gouverné avec bonté et modération les Napolitains qui se montrèrent si ingrats. Il fit pour eux plus que tous les rois ses prédécesseurs et mérita réellement leur amour. Une armée de 15 à 16,000 brigands mal vêtus, mal disciplinés, devint par lui une armée de 70,000 hommes de belles troupes. Il opéra la même révolution dans la marine, dans l’administration civile, dans les lettres et les sciences. On lui a reproché son goût pour la parure qui lui avait fait donner le sobriquet de Roi Franconi, mais c’est par cela seul qu’il plut aux Napolitains et réussit auprès d’eux.

— « Après l’armistice de Cherasque, le général Murât, premier aide-de-camp du général en chef de l’armée d’Italie, fut expédié pour Paris, avec vingt et un drapeaux et la copie de l’armistice. Napoléon avait pris cet officier au 13 vendémiaire ; il était alors chef d’escadron au 21e de chasseurs. Il a été depuis marié à la sœur de l’Empereur, maréchal d’Empire, grand duc de Berg, roi de Naples, etc. —Il a eu une grande part à toutes les opérations militaires du temps ; il a toujours déployé un grand courage et surtout une singulière hardiesse dans les mouvements de cavalerie. » (LAS CAZES.)

— « Il n’y avait pas deux officiers dans le monde pareils à Murât pour la cavalerie, et à Drouot pour l’artillerie : Murât avait un caractère très-singulier. Il y a environ vingt-quatre ans qu’il était capitaine ; je le pris pour mon aide-de-camp ; je l’ai fait tout ce qu’il a été depuis. Il m’aimait ; je peux même dire qu’il m’adorait. Il était, en ma présence, comme frappé de respect et prêt à tomber à mes pieds. J’ai eu ’ tort de l’éloigner de ma personne ; car, sans moi, il n’était rien, et à mes côtés, il était mon bras droit. Si j’ordonnais à Murât d’attaquer et de culbuter 4 ou 5,000 hommes dans une direction donnée, c’était l’affaire d’un moment Je ne puis concevoir comment un homme si brave pouvait être si faible en certaines circonstances ; il n’était brave que devant l’ennemi, et là, c’était peut-être l’homme le plus vaillant du monde, son courage impétueux le portait au milieu du danger ; couvert de plumes qui s’élevaient sur sa tête comme un clocher et tout d’or, c’était un miracle qu’il échappât tant il était facile à reconnaître à son costume. Toujours en butté au feu de tous lés ennemis, les Cosaques eux-mêmes l’admiraient à cause de son étonnante bravoure. Chaque jour, il était engagé dans un combat particulier avec quelques-uns d’entre eux, et ne revenait jamais sans avoir teint son sabre de leur sang. En campagne’, c’était un vériiable paladin ; mais si on : le prenait dans le cabinet, c’était un poltron sans jugement ni décision. Murât et Ney étaient les deux hommes les plus braves que j’aie jamais connus. Le caractère de Murât était cependant plus noble, car il était généreux et franc. Chose étrange ! Murât, malgré l’amitié qu’il me portait, m’a fait plus de mal que qui que ce soit au monde. Quand je quittai l’île d’Elbe, je lui envoyai un courrier pour l’informer de mon départ ; il prétendit qu’il devait attaquer les Autrichiens, le courrier se jeta à jes genoux pour l’en empêcher ; il me jroyait maître de la France, de la Belgique et de la Hollande, et il devait, disait-il, faire sa paix avec moi et ne pas adopter de demi-mesures ; il chargea les Autrichiens comme un fou, avec sa canaille, et ruina mes affaires ; car, dans le même temps, je faisais avec l’Autriche une négociation d’après laquelle je stipulais qu’elle resterait neutre. Ce traité était sur le point d’être conclu, et alors j’aurais régné paisiblement. Mais aussitôt que Murât attaqua les Autrichiens, l’empereur François crut qu’il n’agissait que d’après mes instructions ; et, en effet, il sera difficile de faire croire le contraire à la postérité. Metternich dit : « Oh ! l’Empereur est toujours le même ; c’est un homme de fer. Le séjour qu’il a fait à l’île d’Elbe ne l’a pas changé, rien n’est capable de le guérir : tout ou rien, voilà sa devise ! » — L’Autriche se joignit à la coalition, et ma perte fut consommée.

— « Murât ignoraitque ma conduite fût réglée d’après les.circonstances. Il était comme un homme qui regarde le changement de décorations à l’Opéra, sans jamais penser à la machine qui les met en mouvement : il n’a pas cru me faire un grand tort en se séparant de moi la première fois ; car il ne se serait pas joint aux alliés. Il calcula que je serais obligé de céder l’Italie et quelques autres pays ; mais il n’a jamais envisagé ma ruine entière. » (O’MEARA.)

— « On ne le plaindra pas : c’était un traître. Il ne m’a jamais dit qu’il fût déterminé à défendre son trône ; et jamais je ne lui ai manifesté l’intention de réunir les royaumes d’Italie et de Naples, ni de lui ôter la couronne et de le faire connétable de l’Empire : certainement, je me suis servi de lui comme d’un instrument pour exécuter de grands projets sur l’Italie, et mon intention était de déposséder Murât du trône de Naples ; mais le temps n’était pas venu, et, d’ailleurs, je lui aurais donné une indemnité convenable. Sa lettre à Macirone est d’un ridicule achevé, et son entreprise est celle d’un fou. Quel, motif avait-il de se plaindre de l’empereur d’Autriche qui s’était conduit généreusement, qui lui avait offert un asile partout où il voudrait dans ses États, et qui ne lui imposait d’autre condition que celle de ne pas les quitter sans sa permission : ce qui était très-essentiel. Dans l’état où en étaient les choses, que pouvait-il exiger de plus ? moi-même, je n’aurais jamais demandé davantage à l’Angleterre. C’était un acte de générosité de la part de l’empereur d’Autriche ; il lui rendait le bien pour le mal, car Murât avait fait tous ses efforts pour lui enlever l’Italie. » (O’MÉARA.) a Il était dans la destinée de Murât de nous faire du mal, il nous avait perdus en nous abandonnant, ejt nous perdit en prenant trop chaudement notre parti.

« Murât avait perdu deux fois Napoléon, et cependant c’est à Toulon que Murât accourut chercher un asile. Je l’eusse amené à Waterloo, disait Napoléon, mais l’armée française était si patriotique, si morale, qu’il est douteux qu’elle eût voulu supporter celui qu’elle disait avoir perdu la France. Je ne me crus pas assez puissant pour l’y maintenir, et pourtant, il nous eût valu peut-être la victoire ; car que nous fallût-il dans certains moments de la journée ? enfoncer trois ou quatre carrés anglais : or, Murât était admirable pour une pareille besogne ; il. était précisément l’homme de la chose., Jamais, à la tête d’une cavalerie, on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, d’aussi brillant.

« En fusillant Murât, les Calabrais ont été plus humains, plus généreux que ceux qui m’ont envoyé ici. » (LAS-CASES).

— « Le roi de Naples est un bon militaire ; c’est un des hommes les plus brillants que j’aie jamais vus sur un champ de bataille. Pas d’un talent supérieur, assez timide pour le plan des opérations ; mais au moment où il voit l’ennemi, tout cela disparaît et fait place à une valeur éblouissante. C’est ’ un bel homme, grand, bien mis, avec beaucoup de soin, quoique d’une manière un peu fantasque : enfin un superbe la-zarone. Il fallait le voir à la tête de la cavalerie ; il là menait même trop bien, car il faisait tuer trop de monde ; mais il était toujours en avant : c’était un spectacle magnifique. »

(NAPOLEON à l’île d’Elbe.)

En parlant du roi de Naples l’Empereur avait un ton plus animé que sur tout autre sujet.

MUSNIER DE LA CONVERSERIE (LOUIS-FRANÇOIS-FELIX, comte)[modifier]

né à Longueville (Pas-de-Calais), le 18 janvier 1766, entra, le 22 août 1780, à l’École militaire de Paris en qualité de cadet-genlilhomme, et prit rang de sous-lieutenant le 40 janvier 1781.

Incorporé avec ce grade, le 22 décembre 1782, dans le régiment de Piémont ( 3e infanterie ), il fut nommé lieutenant en second le 10 août 1788, adjudant-major le 15 septembre 1791, capitaine le 1er mars 1792, et, le Ie’ juillet de la même année, le général La-morlière, commandant en chef de l’armée du Rhin, le prit pour l’un de ses aides-de-camp. . .

En 1793, envoyé à l’armée des côtes de Cherbourg, il devint adjoint aux adjudants-généraux le 1" avril, ensuite, passé à l’armée de l’Ouest, il y fut promu, Je 7 germinal an III, chef du 1" bataillon de la 106" demi-brigade de bataille ; puis, le 19 fructidor, chef de brigade de la ’ 187e, et, quelque temps après, de la 60" d’infanterie.

Adjudant-général le 30 messidor an IV, il remplit, jusqu’à la fin de l’an VI, les fonctions de chef d’état-major à l’armée du Nord, en Batavie, et rejoignit, le 27 vendémiaire an VIT, l’armée d’Italie, où, pour la première fois, il se distingua, le 15 frimaire, par la prise de Novare, à l’occasion de laquelle le Directoire lui conféra le grade de général de brigade.

Le 18 prairial an VIII, appartenant à la division du général Boudet, il s’empara de Plaisance et détruisit presque entièrement le régiment autrichien de Klébeck.

Le 25 du même mois, il combattit avec la plus grande valeur à Marengo, et se signala le 4 ventôse an IX à la bataille de Pozzolo.

Mis en non-activité le 1" vendémiaire an X, Musnier, employé de nouveau le 23 brumaire suivant dans la 15° division militaire, en eut le commandement intérimaire le 4e jour complémentaire an XL

Membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, électeur attaché au collège du Pas-de-Calais, à la même époque, l’Empereur l’éleva au grade de général de division le 12 pluviôse an XIII, et le maintint dans son commandement le 11 ventôse.

Le 9 novembre 1807, ayant été employé à l’armée d’observation des côtes de l’Océan, bientôt après 3’ corps de l’armée d’Espagne, il assista, vers la fin de 1808, aux premières opérations du siège’ de Saragosse.

En 1809, il se trouva, le 16 juin,, à la bataille de Maria, contribua, le 18juin, au succès du combat de Belchite par une charge en colonnes’par bataillons qui rompit la ligne ennemie, et, le 6 décembre, guidant le 115* de ligne et le 1" régiment polonais de la Vistule, il chassa les Espagnols de Moelleai et de Batea.

Au mois d’avril 1810, il occupa Flix et Mora, sur les bords de l’Èbre, se battit le lendemain dans la plaine en avant de Lérida, et prit Mequinenza le 8 juin, après huit jours de tranchée ouverte. L’Empereur le récompensa de sa brillante conduite par le titre de comte et par la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur, qu’il lui accorda le, 8 août.

Le 26 novembre, il parvint à attirer 1 sur Uldecona l’armée espagnole, dite de Valence, forte de 12,000 hommes, et quoiqu’il n’eût que 2,000 fantassins, 500 cuirassiers et 9 pièces de canon, il la mit en pleine déroute et la poursuivit jusque sous les murs de Peniscola. Un mois après, Rastobe se rendit.

Nommé gouverneur de cette place, il défit, le 4 avril 1811, un corps ennemi à Benicorlo et fit 2,000 prisonniers.

Enfin, en 1812, il se signala, au mois de novembre, pendant le siège de Valence, et, le 26 décembre, au combat de Manisse ; mais l’état de sa santé, altérée par les fatigues de la guerre, l’obligea à demander un congé le 10 avril 1813. Toutefois, avant de quitter l’Espagne, il repoussa, le 7 juin, l’invasion d’un corps anglo-sicilien débarqué près de Valence, et, le 27 ’du même mois, il se rendit maître du fort de Requena.

Employé pendant son séjour enFrance à l’inspection des places fortes, il reçut le commandement de la réserve de Genève le 23 décembre 1813.

En janvier 1814, après avoir repris Mâcon sur l’armée autrichienne du comte de Bubna, il alla rejoindre à Lyon le duc de Castiglione.

De 6,000 hommes dont il avait disposé, il ne lui en restait plus que 1,200, parmi lesquels on comptait à peine 300 vieux soldats. Néanmoins, avec ce petit nombre, chargé de la défense de la tête du faubourg de la Croix-Rousse, il intimida par d’énergiques dispositions le comte de Bubna, qu’il contraignit à se retirer par le château de la Pape. L’ennemi ayant été poursuivi, il délogea, le 17 février, de Meximieux, les postes du général Klopfstein, qu’il pourchassa jusqu’au village de l’Oye, défit, le 11 mars, les avant-postes autrichiens à Saint-George, près de Villefranche, et il les repoussait vers la Maison-Blanche, quand, arrêté par une batterie de 30 pièces de canon, il lutta plus d’une heure contre le feu de l’artillerie et contre les charges d’une cavalerie nombreuse avant de donner le signal de la retraite.

Le général Musnier, qui adhéra aux actes du Sénat, et que Louis XVIII fit chevalier de Saint-Louis le 27 juin, fut néanmoins désigné par l’Empereur, le 28 mai 1815, pour inspecter les 10e, 11e et 20e divisions militaires.

Mis à la retraite le k septembre suivant, et placé dans le cadre de réserve de l’état-major général de l’armée le 17 février 1831, il prit définitivement sa retraite le 1" mars 1832. Il est mort à Paris le 16 novembre 1837.

Son nom est inscrit sur le côté Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

L Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 N