Elle feint de m'aimer
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Honoré d'Urfé
- Elle feint de m'aimer, pleine de mignardise,
- Soupirant après moi, me voyant soupirer,
- Et par de feintes pleurs témoigne d'endurer
- L'ardeur que dans mon âme elle connaît éprise.
- Le plus accort amant, lorsqu'elle se déguise,
- De ses trompeurs attraits ne se peut retirer :
- Il faut être sans cœur pour ne point désirer
- D'être si doucement déçu par sa feintise.
- Je me trompe moi-même au faux bien que je vois,
- Et mes contentements conspirent contre moi.
- Traîtres miroirs du cœur, lumières infidèles,
- Je vous reconnais bien et vos trompeurs appas :
- Mais que me sert cela, puisqu'Amour ne veut pas,
- Voyant vos trahisons, que je me garde d'elles ?