Hymne de l’enfant à son réveil

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Alphonse de LamartineHarmonies poétiques et religieuses

Livre premier
VII . Hymne de l'enfant à son réveil


Ô père qu'adore mon père! 
Toi qu'on ne nomme qu'à genoux! 
Toi, dont le nom terrible et doux 
Fait courber le front de ma mère!

On dit que ce brillant soleil 
N'est qu'un jouet de ta puissance; 
Que sous tes pieds il se balance 
Comme une lampe de vermeil.

On dit que c'est toi qui fais naître 
Les petits oiseaux dans les champs, 
Et qui donne aux petits enfants 
Une âme aussi pour te connaître!

On dit que c'est toi qui produis 
Les fleurs dont le jardin se pare, 
Et que, sans toi, toujours avare, 
Le verger n'aurait point de fruits.

Aux dons que ta bonté mesure 
Tout l'univers est convié; 
Nul insecte n'est oublié 
À ce festin de la nature.

L'agneau broute le serpolet, 
La chèvre s'attache au cytise, 
La mouche au bord du vase puise 
Les blanches gouttes de mon lait!

L'alouette a la graine amère 
Que laisse envoler le glaneur, 
Le passereau suit le vanneur, 
Et l'enfant s'attache à sa mère.

Et, pour obtenir chaque don, 
Que chaque jour tu fais éclore, 
À midi, le soir, à l'aurore, 
Que faut-il? prononcer ton nom!

Ô Dieu! ma bouche balbutie 
Ce nom des anges redouté. 
Un enfant même est écouté 
Dans le choeur qui te glorifie!

On dit qu'il aime à recevoir 
Les voeux présentés par l'enfance, 
À cause de cette innocence 
Que nous avons sans le savoir.

On dit que leurs humbles louanges 
A son oreille montent mieux, 
Que les anges peuplent les cieux, 
Et que nous ressemblons aux anges!

Ah! puisqu'il entend de si loin 
Les voeux que notre bouche adresse, 
Je veux lui demander sans cesse 
Ce dont les autres ont besoin.

Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines, 
Donne la plume aux passereaux, 
Et la laine aux petits agneaux, 
Et l'ombre et la rosée aux plaines.

Donne au malade la santé, 
Au mendiant le pain qu'il pleure, 
À l'orphelin une demeure, 
Au prisonnier la liberté.

Donne une famille nombreuse 
Au père qui craint le Seigneur, 
Donne à moi sagesse et bonheur, 
Pour que ma mère soit heureuse!

Que je sois bon, quoique petit, 
Comme cet enfant dans le temple, 
Que chaque matin je contemple, 
Souriant au pied de mon lit.

Mets dans mon âme la justice, 
Sur mes lèvres la vérité, 
Qu'avec crainte et docilité 
Ta parole en mon coeur mûrisse!

Et que ma voix s'élève à toi 
Comme cette douce fumée 
Que balance l'urne embaumée 
Dans la main d'enfants comme moi!


Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils