Improvisée à la Grande-Chartreuse
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Alphonse de Lamartine — Nouvelles méditations poétiques
Méditation vingt-cinquième
Improvisée à la Grande-Chartreuse
Improvisée à la Grande-Chartreuse
- Jéhova de la terre a consacré les cimes ;
- Elles sont de ses pas le divin marchepied,
- C’est là qu’environné de ses foudres sublimes
- Il vole, il descend, il s’assied.
- Il vole, il descend, il s’assied.
- Sina, l’Olympe même, en conservent la trace ;
- L’Oreb, en tressaillant, s’inclina sous ses pas ;
- Thor entendit sa voix, Gelboé vit sa face;
- Golgotha pleura son trépas.
- Golgotha pleura son trépas.
- Dieu que l’Hébron connait, Dieu que Cédar adore,
- Ta gloire à ces rochers jadis se dévoila;
- Sur le sommet des monts nous te cherchons encore;
- Seigneur, réponds-nous ! es-tu là ?
- Seigneur, réponds-nous ! es-tu là ?
- Paisibles habitants de ces saintes retraites,
- Comme l’ont entendu les guides d’Israël,
- Dans le calme des nuits, des hauteurs où vous êtes
- N’entendez-vous donc rien du ciel ?
- N’entendez-vous donc rien du ciel ?
- Ne voyez-vous jamais les divines phalanges
- Sur vos dômes sacrés descendre et se pencher ?
- N’entendez-vous jamais des doux concerts des anges
- Retentir l’écho du rocher ?
- Retentir l’écho du rocher ?
- Quoi ! l’âme en vain regarde, aspire, implore, écoute ;
- Entre le ciel et nous, est-il un mur d’airain ?
- Vos yeux, toujours levés vers la céleste voûte,
- Vos yeux sont-ils levés en vain ?
- Vos yeux sont-ils levés en vain ?
- Pour s’élancer, Seigneur, où ta voix les appelle,
- Les astres de la nuit ont des chars de saphirs,
- Pour s’élever à toi, l’aigle au moins a son aile;
- Nous n’avons rien que nos soupirs !
- Nous n’avons rien que nos soupirs !
- Que la voix de tes saints s’élève et te désarme,
- La prière du juste est l’encens des mortels ;
- Et nous, pêcheurs, passons: nous n’avons qu’une larme
- A répandre sur tes autels.