L’Enfant (Hugo)
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- Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
- Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
- Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
- Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
- Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
- Un chœur dansant de jeunes filles.
- Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
- Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
- Courbait sa tête humiliée ;
- Il avait pour asile, il avait pour appui
- Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
- Dans le grand ravage oubliée.
- Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
- Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
- Comme le ciel et comme l'onde,
- Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
- Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
- Pour relever ta tête blonde,
- Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
- Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
- En boucles sur ta blanche épaule
- Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
- Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
- Comme les feuilles sur le saule ?
- Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
- Est-ce d'avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
- Qui d'Iran borde le puits sombre ?
- Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
- Qu'un cheval au galop met, toujours en courant,
- Cent ans à sortir de son ombre ?
- Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
- Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
- Plus éclatant que les cymbales ?
- Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- - Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
- Je veux de la poudre et des balles.