La Charité (Lamartine)
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- Dieu dit un jour à son soleil:
- — Toi par qui mon nom luit, toi que ma droite envoie
- Porter à l'univers ma splendeur et ma joie,
- Pour que l'immensité me loue à son réveil;
- De ces dons merveilleux que répand ta lumière,
- De ces pas de géant que tu fais dans les cieux,
- De ces rayons vivants que boit chaque paupière,
- Lequel te rend, dis-moi, dans toute ta carrière,
- Plus semblable à moi-même et plus grand à tes yeux? —
- Le soleil répondit en se voilant la face:
- — Ce n'est point d'éclairer l'immensurable espace,
- De faire étinceler les sables des déserts,
- De fondre du Liban la couronne de glace,
- Ni de me contempler dans le miroir des mers,
- Ni d'écumer de feu sur les vagues des airs:
- Mais c'est de me glisser aux fentes de la pierre
- Du cachot où languit le captif dans sa tour,
- Et d'y sécher des pleurs au bord d'une paupière
- Que réjouit dans l'ombre un seul rayon du jour!
- — Bien! reprit Jéhovah; c'est comme mon amour! —
- Ce que dit le rayon au Bienfaiteur suprême,
- Moi, l'insecte chantant, je le dis à moi-même.
- Ce qui donne à ma lyre un frisson de bonheur,
- Ce n'est point de frémir au vain souffle de la gloire,
- Ni de jeter au temps un nom pour sa mémoire,
- Ni de monter au ciel dans un hymne vainqueur;
- Mais c'est de résonner, dans la nuit du mystère,
- Pour l'âme sans écho d'un pauvre solitaire
- Qui n'a qu'un son lointain pour tout bruit sur la terre,
- Et d'y glisser ma voix par les fentes du cœur.