Perfide comme l'onde.
Shakespeare.
[modifier] Présentation
La scène se passe à Venise
[modifier] Personnages
- Le prince d'Eysenach
- Le marquis Della Ronda
- Razetta
- Le secrétaire intime Grimm
- Laurette
- Deux jeunes Vénitiens
- Deux jeunes femmes
- Madame Balbi, suivante de Laurette, personnage muet
[modifier] Scène 1
Scène première Une rue. – Au fond, un canal. – Il est nuit. Razetta, descendant d’une gondole, Laurette, paraissant à un balcon. RAZETTA Partez-vous, Laurette ? Est-il vrai que vous partiez ? LAURETTE Je n’ai pu faire autrement. RAZETTA Vous quittez Venise ! LAURETTE Demain matin. RAZETTA Ainsi cette funeste nouvelle qui courait la ville aujourd’hui n’est que trop vraie : on vous vend au prince d’Eysenach. Quelle fête ! votre orgueilleux tuteur n’en mourra-t-il pas de joie ? Lâche et vil courtisan ! LAURETTE Je vous en supplie, Razetta, n’élevez pas la voix ; ma gouvernante est dans la salle voisine ; on m’attend, je ne puis que vous dire adieu. RAZETTA Adieu pour toujours ? LAURETTE Pour toujours ! RAZETTA Je suis assez riche pour vous suivre en Allemagne. LAURETTE Vous ne devez pas le faire. Ne nous opposons pas, mon ami, à la volonté du ciel. RAZETTA La volonté du ciel écoutera celle de l’homme. Bien que j’aie perdu au jeu la moitié de mon bien, je vous répète que j’en ai assez pour vous suivre, et que j’y suis déterminé. LAURETTE Vous nous perdrez tous deux par cette action. RAZETTA La générosité n’est plus de mode sur cette terre. LAURETTE Je le vois ; vous êtes au désespoir. RAZETTA Oui ; et l’on a agi prudemment en ne m’invitant pas à votre noce. LAURETTE Écoutez, Razetta ; vous savez que je vous ai beaucoup aimé. Si mon tuteur y avait consenti, je serais à vous depuis longtemps. Une fille ne dépend pas d’elle ici-bas. Voyez dans quelles mains est ma destinée ; vous-même ne pouvez-vous pas me perdre par le moindre éclat ? Je me suis soumise à mon sort. Je sais qu’il peut vous paraître brillant, heureux... Adieu ! adieu ! je ne puis en dire davantage... Tenez ! voici ma croix d’or que je vous prie de garder. RAZETTA