Le Baptême (Béranger)
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Perrotin, 1866 (pp. 495-496).
LE BAPTÊME
DIALOGUE
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- premier corse.
- premier corse.
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- Nous voilà sujets de la France,
- Qui nous envoie un gouverneur.
- Y gagnera-t-elle en puissance ?
- Y gagnerons-nous en bonheur ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- De ce toit, vois d’ici le maître,
- Bonaparte, ami des Français :
- Tandis qu’il aide à leurs succès,
- Un second fils lui vient de naître. [1]
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- premier corse.
- premier corse.
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Dans toute l’île une fête a donc lieu ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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D’être à la France on y rend grâce à Dieu.
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- premier corse.
- premier corse.
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- On dispose ainsi de la Corse
- Sans nous dire : Y consentez-vous ?
- La règle des rois, c’est la force ;
- Ont-ils parlé : peuple, à genoux !
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- Dieu le veut, comme il veut la joie
- De ces époux qu’on vient fêter.
- À l’église on va présenter
- L’enfant qu’à leur cœur il envoie.
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- premier corse.
- premier corse.
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Où va la foule, au pied de ce rempart ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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Voir de la France arborer l’étendard.
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- premier corse.
- premier corse.
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- Sur nous, qu’avait opprimés Gênes,
- Un autre joug va donc peser ?
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- Ce n’est pas à changer de chaînes
- Ce n’est pas à changer de chaînes
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Que l’on apprend à les briser.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- Voilà le baptême qu’on sonne ;
- Le cortège part triomphant.
- Ce fils n’est pas leur seul enfant :
- D’où vient tout l’espoir qu’il leur donne ?
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- premier corse.
- premier corse.
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Par le canon, quoi ! ce jour est fêté !
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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Il sera cher à la postérité.
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- premier corse.
- premier corse.
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- La Corse étonnera le monde,
- A dit un ami de nos droits. [2]
- Mais, s’il faut qu’un roi la féconde,
- Qu’enfantera-t-elle ? Des rois.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- La mère, dame sage et bonne,
- Sur son lit, le front incliné,
- Par le jour où son fils est né,
- Le recommande à sa madone.
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- premier corse.
- premier corse.
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Les chants français troublent ville et faubourgs.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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D’exploits futurs ces chants parlent toujours.
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- premier corse.
- premier corse.
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- Pourtant les Corses sont des braves.
- Rome, la Rome des Césars,
- N’osait en prendre pour esclaves :
- Nous avions déjà des poignards.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- On lui donne un patron sans gloire :
- C’est Napoléon, m’a-t-on dit ;
- Mais, si le saint est sans crédit,
- Le nom semble fait pour l’histoire.
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- premier corse.
- premier corse.
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Chaque navire a pavoisé son bord.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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Les Anglais seuls désertent notre port.
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- premier corse.
- premier corse.
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- En quoi l’âpre sol de cette île
- Peut-il tenter un roi puissant ?
- Nos mains, sans le rendre fertile,
- L’ont inondé de bien du sang.
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- Un carillon de bon augure
- Reconduit l’enfant au logis.
- Loin du sein, hélas ! tu vagis,
- Pauvre petite créature !
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- premier corse.
- premier corse.
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Que vois-je au loin sur nos rochers déserts ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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Un jeune aiglon qui plane dans les airs.
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- premier corse.
- premier corse.
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- Quand l’ombre du manteau d’un maître
- Passe entre le soleil et nous,
- Qu’importe un enfant qui peut-être
- Doit traîner sa vie à genoux ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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- Ami, Dieu seul renverse et fonde.
- Ne peut-il, lui qui la défend,
- Donner à la France un enfant,
- À cet enfant donner le monde ?
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- premier corse.
- premier corse.
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Quel bruit soudain se mêle aux cris joyeux ?
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- deuxième corse.
- deuxième corse.
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C’est le tonnerre : il ébranle les cieux !
- ↑ Napoléon Bonaparte est né le 15 août 1769, jour de l’Assomption de la Vierge, peu de mois après le traité qui réunit définitivement la Corse à la France. Son père, Charles Bonaparte, avait d’abord été très-opposé aux Français ; mais M. de Marbeuf finit par l’attacher à leur cause, qui était dans l’intérêt de cette île.
- ↑ J.-J. Rousseau, que les Corses avaient voulu charger de faire une constitution pour leur île.