Le Bey outragé

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Le Bey outragé



La Chanson des doreurs de proues





Le vieux bey de la régence
Murmure en baissant le front :
Demain s'appelle vengeance
Quand hier s'appelle affront.

Lui qui creusa tant de fosses
Que, lorsqu'il passe, inclément,
Le ventre des femmes grosses
Tressaille lugubrement,

Il tient nu son cimeterre ;
Pâle, il bâille par instants ;
Puis il regarde la terre
Comme s'il disait : Attends.

Il rêve. On sent qu'il résiste
Comme le pin des forêts,
Et qu'il sera d'abord triste
Pour être terrible après.

Ses regards sont insondables ;
Son glaive dans ses yeux luit ;
Ses paupières formidables,
Où passe un éclair de nuit,

Laissent, sans qu'il les essuie,
Tomber sur son yatagan
Ces larges gouttes de pluie
Qui précèdent l'ouragan.
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