Le Bon Curé

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Le fossoyeur me dit : « Cert’ ! je n’ suis pas dévot.
Mes sentiments là-d’sus sont quasiment les vôtres,
Ça n’empêch’ que, comm’ vous, j’ai le m’surag’ qu’i’ faut,
Et que j’ sais rend’ justice aux prêtr’ tout comme aux autres.

        On avait d’ la r’ligion naguère !
        La faute à qui si c’est perdu ?
        J’ m’en dout’ ! mais j’ sais q’ pour êtr’ bien vu,
        Comm’ not’ curé, yen n’a pas guère.

        C’est pas un palot d’ presbytère.
        C’est un fort rougeaud qu’ aim’ le vin ;
        C’ qui prouv’ que s’ i’ tient au divin
        I’ n’ mépris’ pas non plus la terre.


        I’ faut deux homm’ dans un’ commune :
        L’ mair’ qui doit toujours, à ses frais,
        Aller, v’nir pour nos intérêts,
        Fair’ les act’ de chacun, d’ chacune.

        Puis un autr’, not’ cœur en plus bon,
        Qui jamais n’accuse et n’ maudisse,
        Ayant plus d’ pardon que d’ justice,
        Et mêm’ plus d’oubli que d’ pardon.

        Eh ben ! lui, sans bruit, sans éclat,
        Doux, simpl’ comm’ l’enfant qui vient d’ naître,
        Not’ curé qui reste homm’ sous l’ prêtre,
        De tous points, c’est c’te conscienc’-là !

        La politique et les familles
        I’ les laiss’ fair’, s’en occup’ pas.
        C’est pas lui qui défend aux gars
        D’ boir’ ni d’ danser avec les filles.

        Ses manièr’ ma foi ! sont les nôtres,
        En plus civilisé, plus doux,
        C’est censément un comm’ nous autres
        Qu’aurait son âm’ meilleur’ que nous.


        Qu’on n’ lui caus’ pas ou qu’on lui cause,
        Croyez pas c’ qui prêch’, croyez-y,
        Il est vot’ ami, sic ainsi,
        I’ vous oblig’ra la mêm’ chose.

        Ni son gest’, ni son œil vous couvent.
        C’est l’homm’ natur’, ni sucr’, ni miel,
        Pas plus qu’i’ n’est vinaigr’, ni fiel,
        C’est toujours simple et net qu’on l’ trouve.

        Démarch’ d’aspic ou d’écrevisse,
        Manèg’ soupl’, finassier, adroit ?
        C’est pas son affaire ! I’ march’ droit
        Et pens’ tout uniment sans vice.

        Il a beau n’ pas fair’ de promesse,
        On peut toujours compter sur lui.
        Pour rend’ service, en plein minuit,
        Toujours prêt, comm’ pour dir’ sa messe.

        I’ dit, pour excuser les hommes,
        Qu’ya des crim’ qui vienn’ de not’ sang,
        Et q’ sans les Esprits malfaisants
        On s’rait pas si mauvais q’ nous sommes.


        C’lui-là ! c’est l’ plus vrai des apôtres :
        Pas seul’ment i’ l’ parle et l’écrit,
        Mais i’ l’ pratiq’ comm’ Jésus-Christ
        Son aimez-vous les uns les autres !

        La ment’rie est pas un’ ressource
        Pour ce cœur qui, n’ pensant pas d’ mal,
        R’luit si clair dans son œil égal,
        Comm’ du sable au carreau d’un’ source.

        Sans jamais rien qui vous accroche
        Dans son air qu’est toujours pareil,
        D’ la main, d’ la bourse, et du conseil,
        I’ vous aide, et jamais d’ reproche !

        I’ nous aim’ ben tous, en ayant
        Pour les pauv’ plus d’ sollicitude,
        Comm’ font les bonn’ mèr’, d’habitude,
        Pour leur petit qu’est l’ moins vaillant.

        L’ méchant journalier qui bricole,
        Pâtr’, braconniers, lui tend’ la main.
        I’ rit, d’vient enfant, par les ch’mins,
        Avec les p’tits garçons d’ l’école.


        À tous ceux passants d’ mauvais’ mine
        I’ caus’, donn’ de bons expédients,
        Trait’ les ch’mineaux, couch’ les mendiants,
        Sans peur du vol et d’ la vermine.

        Au r’bours de ses confrèr’ pat’lins
        I’ n’ dit pas un’ parole amère
        À l’épous’ trompeuse, aux fill’ mères.
        I’ les s’court autant qu’i’ les plaint.

        I’ n’ souhait’ pas du malheur aux riches,
        Mais, chez eux, i’ n’ prend pas d’ repas,
        Avec eux aut’ qu’i’ n’ fréquent’ pas
        D’ ses compliments s’rait plutôt chiche.

        Eux ? n’est-c’ pas ? i’s ont ben d’ quoi faire
        Avec leur science et leur argent !
        Mais l’humb’ méprisé, l’indigent,
        Et l’ simpl’ d’esprit : v’là son affaire !

        Ça fait qu’on a tell’ment l’ désir
        De s’ racquitter, q’ plus d’un qui nie
        Assiste à ses cérémonies,
        Tout bonn’ment pour lui fair’ plaisir.


        I’ sait q’ yen a que l’ destin visse
        Au mal comme au malheur têtu,
        Qu’ vaut mieux trop d’ compassion du vice
        Que trop d’encens’ment d’ la vertu.

        C’est pour ça qu’i’ n’a d’ blâme à dire
        Que cont’ ceux gens secs et railleurs
        Qui, s’ croyant toujours les meilleurs,
        Trouv’ toujours q’ les aut’ sont les pires.

        Un cœur, à la longu’, laisse un’ teinte
        Sus l’ vôt’, soit en mal, soit en bien.
        Ceux qu’ont l’ bonheur d’ battr’ près du sien
        Un jour ou l’aut’ prenn’ son empreinte.

        C’est pas c’ qui nous dit dans son temple
        Qui nous rend plus just’ et moins r’tors.
        C’est l’ brave homm’ qu’il est au dehors
        Qui nous touch’ par son bel exemple.

        C’t homm’ noir qu’ est bâti d’ not’ argile
        I’ nous donn’ plus d’ moralité
        Avec les act’ de sa bonté
        Qu’avec ses lectur’ d’évangile.


        Pour finir, v’lez-vous que j’ vous dise ?
        À partir du jour d’aujourd’hui,
        Q’ tous les curés soient tels que lui...
        Faudra ragrandir les églises ! »

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