Le Contrat de Mariage

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H. Fournier, 1839 (2, pp. 189-190).


LE CONTRAT DE MARIAGE


IMITÉ D’UN ANCIEN FABLIAU


Air : Ah ! daignez m’épargner le reste


« Sire, de grâce, écoutez-moi !
(Le prince courait chez sa dame)
« Sire, vous êtes un grand roi ;
« Daignez me venger de ma femme. »
Le roi dit : « Qu’on tienne éloigné
« Ce fou qui m’arrête au passage. »
« Ah ! sire, vous avez signé

« Mon contrat de mariage. »


Ces mots font sourire le roi :
« Gardes, je défends qu’on l’assomme.
« Vilain, dit-il, explique-toi. »
« — Sire, j’ai fait le gentilhomme.
« J’acquis d’un argent bien gagné
« Château, blason, titre, équipage ;
« Et, sire, vous avez signé

« Mon contrat de mariage.


« J’ai pris femme noble aux doux yeux,
« Aux mains blanches, au cou de cygne.
« Son père a dit : « Par mes aïeux !
« Mon gendre, il faut que le roi signe. »

« Votre nom fut accompagné
« D’un pâté de mauvais présage,
« Sire, quand vous avez signé

« Mon contrat de mariage !


« J’étais en habit de gala,
« Sire ; et, pour abréger l’histoire,
« Rappelez-vous que ce jour-là
« Un beau page tint l’écritoire.
« Ma femme ici l’avait lorgné.
« Hier je l’ai surpris… Quel outrage
« Pour vous dont la plume a signé

« Mon contrat de mariage !


Le roi dit : « Je n’ai qualité
« Que pour guérir les écrouelles.
« Un diable, cornard effronté,
« Vilains, ici guette vos belles.
« Sur les rois même il a régné,
« Et met un sceau de vasselage
« À tous les gens dont j’ai signé

« Le contrat de mariage.


Le livre où j’ai puisé ceci
Ajoute que l’époux morose
Faillit mourir de noir souci,
Et que d’un dicton il fut cause :
Dès qu’un mari peu résigné
Prêtait à rire au voisinage,
Le roi, disait-on, a signé

Son contrat de mariage.
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