Le Poëte au calife
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Les Orientales
- O sultan Noureddin, calife aimé de Dieu !
- Tu gouvernes, seigneur, l'empire du milieu,
- De la mer rouge au fleuve jaune.
- Les rois des nations, vers ta face tournés,
- Pavent, silencieux, de leurs fronts prosternés
- Le chemin qui mène à ton trône.
- Ton sérail est très grand, tes jardins sont très beaux.
- Tes femmes ont des yeux vifs comme des flambeaux,
- Qui pour toi seul percent leurs voiles.
- Lorsque, astre impérial, aux peuples pleins d'effroi
- Tu luis, tes trois cents fils brillent autour de toi
- Comme ton cortège d'étoiles
- Ton front porte une aigrette et ceint le turban vert.
- Tu peux voir folâtrer dans leur bain, entr'ouvert
- Sous la fenêtre où tu te penches,
- Les femmes de Madras plus douces qu'un parfum,
- Et les filles d'Alep qui sur leur beau sein brun
- Ont des colliers de perles blanches.
- Ton sabre large et nu semble en ta main grandir.
- Toujours dans la bataille on le voit resplendir,
- Sans trouver turban qui le rompe,
- Au point où la mêlée a de plus noirs détours,
- Où les grands éléphants, entre-choquant leurs tours,
- Prennent des chevaux dans leur trompe.
- Une fée est cachée en tout ce que tu vois.
- Quand tu parles, calife, on dirait que ta voix
- Descend d'un autre monde au nôtre ;
- Dieu lui-même t'admire, et de félicités
- Emplit la coupe d'or que tes jours enchantés,
- Joyeux, se passent l'un à l'autre.
- Mais souvent dans ton cœur, radieux Noureddin,
- Une triste pensée apparaît, et soudain
- Glace ta grandeur taciturne ;
- Telle en plein jour parfois, sous un soleil de feu,
- La lune, astre des morts, blanche au fond d'un ciel bleu,
- Montre à demi son front nocturne.