Le Tonneau de la haine (Revue des Deux Mondes)

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Revue des Deux Mondes, 1er juin 1855
Charles Baudelaire

LES FLEURS DU MAL
III.
LE TONNEAU DE LA HAINE.


III.

LE TONNEAU DE LA HAINE.


La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes ;
La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts
A beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts,

Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d’efforts,
Quand même elle saurait allonger ses victimes,
Et pour les ressaigner galvaniser leurs corps.

La Haine est un ivrogne au fond d’une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur,
Et se multiplier comme l’hydre de Lerne.

Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur,
Et la Haine est vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais s’endormir sous la table.

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