Les Fleurs du mal/1861/L’Invitation au voyage

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Poulet-Malassis et de Broise, 1861 (pp. 121-123).
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LIII


L’INVITATION AU VOYAGE




Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,
Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux
De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ;

Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l’ambre,

Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

Tout y parlerait
À l’âme en secret

Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux

Dont l’humeur est vagabonde ;

C’est pour assouvir
Ton moindre désir

Qu’ils viennent du bout du monde.

— Les soleils couchants
Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort

Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


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