Manuel lexique ou Dictionnaire portatif des mots françois - Abbé Prévost - 1750-1788
ou
DICTIONNAIRE
PORTATIF
DES MOTS FRANÇOIS
DONT LA SIGNIFICATION N'EST PAS FAMILIERE
a tout le Monde.
OUVRAGE PORT UTILE A CEUX QUI NE SONT PAS
versés dans les Langues anciennes et modernes,
et dans toutes les connoissances qui s'acquierent
PAR L'ETUDE ET LE TRAVAIL
Pour donner aux Mots leur fens jufte & exact, dans la lecture
dans le langage & dans le style :
[modifier] Sources
Selon le modèle de : A new general english dictionary, de Thomas Dyche [1]
[modifier] 1750
- Manuel lexique ou Dictionnaire portatif des mots françois : dont la signification n'est pas familière à tout le monde... ([Reprod.]) / [abbé Prévost] -Didot (Paris)-1750 : Un seul tome : [2] – [3]
[modifier] 1755
- Supplément à la première édition du Manuel lexique, ou Dictionnaire portatif des mots françois dont la signification n'est pas familière à tout le monde ... [par l'abbé Prévost] -Didot (Paris)-1755 : [6]
- Manuel lexique, ous Dictionnaire portatif des mots françois n'avez La signification n'est Pas familiere a tout Le Monde .. (1755) Auteur: Prévost, abbé, 1697-1763 ; Bibliothèque John Adams (Boston Public Library) Mo (BRL) ; Dyche, Thomas, D. ca. 1733 ; Adams, John, 1735-1826, ancien propriétaire du volume : 2 Editeur: A Paris: Chez Didot, 1755 [7]
- Tome 2 : [8]
- [9] –
- [10]
[modifier] 1767
- Tome 2 : [11]
[modifier] 1788
- Manuel Lexique, ous Dictionnaire Des Mots portatif François, Ne Pas familiale n'est Signification La A Tout Le Monde a poursuivi Ouvrage utile à Qui ne sont versets Pas la DANS ceux les anciennes Langues & modernes, & la DANS Qui Toutes les Connoissance l nominale s'acquierent «Etude & Le Travail ...1788 : [12]
[modifier] AVERTISSEMENT. 1750
Ce petit Dictionnaire doit le jour à l’opinion qu’on a de son utilité. Ce n’étoit, dans son origine, que le Répertoire d’un Homme de Lettres (*), qui fe trouvant engagé par le cours de fes études, à traiter quantité de matières différentes, jettoit par écrit les mots obfcurs ou douteux, à mefure qu’il avoit occafion de les éclaircir, & ne fe propofoit que la facilité de les retrouver au befoin, pour son propre ufage. Ce foin, continué long-tems avec quelque méthode, n’avoit pu manquer de grossir fon Recueil, lorfque le hafard fit tomber entre fes mains le Dictionnairc Anglois de Thomas Dyche. Il fut furpris d’y reconnaître comme l’image du fien, & d’apprendre en même-tems que cet Ouvrage avoit tant de fuccès à Londres, qu’il s’en étoit déjà fait fept Editions. Les Libraires, dont le zèle eft toujours ardent pour la publication des Livres qui fe vendent bien, prirent ce moment pour lui propofer de donner Dyche en François. Il s’y engagea d’autant plus volontiers, qu’il fe trouvait en état de l’enrichir par des Additions confidérables, & de le perfectionner par de nouveaux foins.
Mais il conçut auffi que pour le rendre véritablement utile, il falloit le réduire à de juftes bornes, qui en fiffent un Livre commode & portatif. Le fuccès extraordinaire du petit Dictionnaire Géographique le confirma dans cette idée. Ceft pour la remplir, en lui donhant à peu près la même forme & la même groffeur, qu’il a retranché de l’Ouvrage de Dyche les mots dont le fens n’est véritablement ignoré de perfonne ; & qu’au lieu de s’étendre fur les étymologies des autres mots, la plupart fort incertaines, il s’est réduit à marquer de quelle langue ils font tirés. Ce foin de fupprimer les chofes qui n’appartiennent pas à fort objet 3 lui a facilité le moien de fuppléer aux omiffions de Dyche, par quantité de mots qu’il a recueillis d’ailleurs, & qui occupent avantageufement la place de ceux qu’il a fupprimés.
En un mot, il s’est propofé de donner un Livre dont l’utilité foit toujours prefente : 1°. Par fa forme, qui le rend facile à tranfporter : 2°. Par fon ufage, qui est de tous les lieux & de toutes les occafions, puifqu’en y prenant la véritable idée des mots dont la fignification n’est pas familière à tout le monde, on y apprend à penfer, à entendre, à écrire & à parler jufte, dans
(*) M. l’Abbé PREVOST
AVERTISSEMENT.
les parties du moins que ces expreffions regardent, & qui s’étendent beaucoup plus loin qu’on ne penfe : 3°. Par fon agrément ; car, fans aucun rapport même aux befoins mutuels de la Société, n’eft-il pas agréable de pouvoir fe rendre compte à foi-même, de te qu’on voit, de ce qu’on lit, & de ce qu’on entend ? Ceux à qui l’inftruftion manque, y apprendront des chofes nouvelles. Ceux qui font mieux infruits, y trouveront le moien toujours prêt de rafraîchir, de confirmer, & d’augmenter leurs lumières. Le titre de Manuel Lexique, qui fignifie un Vocabulaire qu’on peut avoir fouvent à la main, a moins été choifi parce qu’il réunit ajfei toutes ces idées, que pour diftinguer l’Ouvrage par un nom qui lui foit propre.
L’Auteur Anglois comprenant qu’une partie des Lecteurs n’a vas eu les principes d’éducation qu’on reçoit au Collège, ou ne les a pas toujours affez préfens pour fe rappeller la fignification de certains termes, qui régnent dans tout le cours d’un Dictionnaire, & qui fervent à exprimer la nature ou la qualité des mots, tels que Subftantif, adjectif, pronom, prépofition, conjonction, adverbe, verbe actif, verbe neutre, verbe paffif, adverbe, &c. a jugé à propos de commencer par une efpece d’introduction, qui contient les Èlémens de la Grammaire. Mais comme ce détail n’ajoute rien aux explications de chacun de ces termes, qui fe trouvent diftribuées dans le corps de l’Ouvrage, on ne l’a cru propre qu’à groffir inutilement un Livre, qu’on s’est efforcé au contraire de referrer pour la commodité du Public. L’excellente Grammaire de M. Reftaut, qui eft entre les mains de tout le monde, eft un guide qu’on peut toujours confulter.
[modifier] DICTIONNAIRE
[modifier] A
[modifier] A
Eft la première lettre de l’alphabeth dans prefque toutes les langues connues, & la première des cinq voyelles. On eft porté à croire que c’eft la plus fimple expreffion de la nature, non-feulement parce qu’il fe prononce par la fimple ouverture des lèvres, mais encore parce que c’eft le premier fon qui fort de la bouche des enfans, & le premier qui échappe à tous les hommes dans les mouvemens foudains de la douleur, de la joie, de la furprife, de l’admiration, &c. C’étoit parmi les anciens Romains une lettre numérale, qui fignifioit 500. Surmontée d’une ligne, dans cette forme, Ā, elle fignifioit 5000. Outre les ufages grammaticaux dans toutes les langues, elle en a d’autres en Europe, tels que de fervir pour abréger Anno Domini, A. D. pour Artium Magifter, A. M. &c. Les Médecins Anglois fe fervenr du mot Ana, abrégé dans cette forme, Ā ou ĀĀ, pour fignifier que les drogues qu’ils prefcrivent doivent être employées en égales quantités.
[modifier] AB, f.
Neuvième mois de l’année civile, fuivant le calcul des Hébreux, & le cinquième de leur année Eccléfiaftique qui commence par Nifan. Le mois Ab répond à notre mois de Juillet. Il eft compofé de trente jours.
[modifier] Ab,
au commencement des noms Anglois-Saxons, eft toujours une contraction d’Abbé ou d’Abbey, deux mots dont l’un fignifie Abbé & l’autre Abbaie ; d’où l’on conclud qu’il y avoir anciennement un Monaftere dans les lieux qui commencent pac cette fyllabe, tels qu’Abington, Abergaveny, Abardeca, &c.
[modifier] ABACOT, f. m.
Nom de l’ancienne parure de tête des Rois d’Angleterre, qui avoit la forme de deux couronnes.
[modifier] ABACUS, f, m.
Mot purement Latin. Les anciens Mathématiciens donnoient ce nom à une certaine table couverte de quelque enduit, fur laquelle ils traçoient leurs figures. Abacus fignifie quelquefois la table de multiplication qu’on appelle Pythagorique, du nom de fon Inventeur. Les Romains donnoient auffi ce nom à leurs buffets.
[modifier] ABADA, f. m.
Animal du Royaume de Benguela, fur la Côte méridionale d’Afrique, armé de deux cornes, l’une fur le front, l’autre fur la nuque du col. Sa groffeur eft celle d’un poulain de deux ans. Il a la queue d’un boeuf, quoique moins longue, & le cria d’un cheval, mais plus épais & plus rude. Il lui reffemble au.Tï par la tête, qui eft feulement plus plate & plus courte. Ses pieds font fendus comme ceux du cerf & beaucoup plus gros. De fes deux cornes, celle du front eft longue de trois ou quatre pieds, mince, de l’épaiffeur de la jambe humaine vers la racine, aiguë par la pointe, & droite dans la jeuneffe de l’animal
A
A B
mais à mefure qu’il croît, elle fe recourbe en devant. Celle de la nuque eft plus courte & plus plate. Les Nègres tuent I’Abada pour lui enlever les cornes, dont on vante la vertu contre plusieurs maladies.
[modifier] ABADDON, f. m.
Nom que St Jean donne dans le Livre de l’Apocal. au Roi des Sauterelles, Efprit infernal qu’il appelle Deftructeur. Ainfi c’eft un des noms de Satan ou du Diable.
[modifier] ABADIR, f. m.
Nom d’une pierre qui fut préfentée à Saturne enveloppée dans des langes, & qu’il avalla dans l’opinion que c’étoit un fils dont Ops fa femme venoit d’accoucher, réfolude ne point élever d’enfans, parce que le Deilin lui avoir annoncé qu’il leroit détrôné par un de fes fils. Cette pierre fe confervoit à Delphes dans le Temple d’Apollon. Quelques Anciens ont cru que cette pierre étoit le Dieu Terme ; & d’autres prétendent qu’Abadir fignifioit autrefois Dieu.
[modifier] ABAISSE, f. f.
Nom de la pâte, dont on fait le fond des pièces de pâtifferie.
[modifier] ABANDONNER, v. act.
Terme de Fauconnerie. Abandonner un oifeau fignifie le lâcher en campagne.
[modifier] ABAQUE, f. f.
Nom formé du Latin. Les Architectes donnent ce nom à la table quarrée qui fait le couronnement du chapiteau des colonnes. Voyez ci-deffus ABACUS.
[modifier] ABASSI, f. m.
Monnoie orientale, de la valeur d’environ deux réales d’Efpagne.
[modifier] ABAT-JOUR, f. m.
Sorte de fenêtre, qui communique un jour d’en-haut, pour éclairer des lieux bas, où l’on ne peut faire de croifées ordinaires. Les Marchands ont auffi des Abat-jours dans leurs Magafins, pour y faire entrer un faux-jour qui eft favorable au débit de leurs marchandifes.
[modifier] ABAT-VENT, f. m.
Charpente ordinairement couverte de plomb ou d’ardoife, qui garantit de la pluie & du vent les ouvertures des édifices, fur-tout des clochers, dans lefquels elle fert auffi à faire defcendre le fon des cloches, pour empêcher qu’il ne fe diffipe en l’air.
[modifier] ABAZE E, f. f.
Fête payenne dont
A B
on attribue l’inftitution à Denys, fils de Caprio, Roi d’Afie. Elle fe nomme auffi SABAZIE. On la célébroit en filence, fuivant la fignification de ce nom, avec de grandes apparences de mélancolie.
[modifier] ABBA, f. f.
Mot Syrien, qui fignifie père dans l’Ecriture. Ab fignifie la même chofe en Hébreu.
[modifier] ABBAIE, f. f.
Maifon de retraite pour la vie religieufe, gouvernée fous une certaine Règle par un Abbé ou une Abbeffe, fuivant le fexe de fes Habitans. La plupart ont de grands privilèges, & jouiffent d’un revenu confidérable, dont elles ont l’obligation à la pieté de leurs Fondateurs. En Angleterre où elles font abolies depuis la réformation, elles étoient exemptes de la Jurifdiction & de la vifite des Evêques Diocefains, libres d’impôts & d’autres charges publiques, impénétrables à la juftice féculiere, & le Roi Henri VIII. endétruifit 190, dont le revenu annuel montoit à 2653000 liv. fterl. Elles n’étoient pas moins favorifées en France ; mais il y eft arrive de grands changement depuis le Concordat du Pape Léon X & de François I, en vertu duquel le Roi y nomme en Commande ; c’eft-à-dire, qu’au lieu des anciennes Elections, qui appartenoient aux Religieux de chaque Abbaie, il donne la qualité d’Abbé à des Eccléfiaftiques féculiers, qui fans aucune autorite fpirituelle jouiffent d’un tiers du revenu, dont les deux autres tiers doivent être partagés entre la Communauté & les réparations des terres ou des édifices. Le gouvernement intérieur demeure aux Religieux, fuivant les Conftitutions de leur ordre ; avec cette différence que les Abbaies qui fe font réunies en Congrégation dépendent d’un Supérieur général du même Ordre, qui doit réfider en France, & que celles qui fe font confervées dans leur ancien état dépendent de l’Evèque Diocef. Il s’en trouve néanmoins quelques-unes de cette dernière efpece qui ne dépendent que du Saint-Siège, & qui font diftinguées par le titre d’Exemptions. On compte en France environ 800 Abbaies.
A B
[modifier] ABBAISSER, v.
Terme de Fauconnerie & de Jardinage. Dans le premier fens, on dit abbaiffer l’oifeau, pour fignifier le faire jeûner ou retrancher quelque chofe de fa nourriture lorfqu’il devient trop gras. Dans le fens du Jardinage, abbaiffer une branche fignifie la couper proche du tronc.
[modifier] ABBAISSE, adj .
Terme de Blazon. On dit Vol abbaiffé lorfque la pointe des aîles d’une aigle ou de tout autre oifeau defcend vers la pointe de l’écu, au lieu qu’elle doit tendre naturellement vers le chef ou les angles. On fe fert du même terme lorfque les aîles font pliées. Pal ahbaiffé, Chevron abbaiffé, Bande abbaiffée, fe difent auffi lorfque la pointe finit au centre ou au-deffous de fa fituation naturelle.
[modifier] ABBAISSEUR, adj.
Terme de Médecine. On appelle Abbaiffeur le fecond mufcle des yeux qui les fait mouvoir en bas.
[modifier] ABBATE’E, f. f.
Terme de Marine, qui fignifie le mouvement d’un vaiffeau en pane, lorfqu’il va de lui-même jufqu’à un certain point avant que de revenir au vent.
[modifier] ABBATIS, f. m.
Mot formé d’abbatre. Outre fa fignification ordinaire, ce mot fignihe, en terme de chaffe, les fentiers que font les jeunes loups en traverfant fouvent l’herbe pour aller aux lieux où ils trouvent leur nourriture. On appelle auffi Abbatis les iffues & petits membres des animaux qu’on tue pour les manger. Un abbatis d’agneau. Un abbatis d’oie ou de poulet d’inde. On dit encore d’un chaffeur, qu’il a fait un grand abbatis de gibier, pour dire qu’il a fait une chaffe abondante.
[modifier] ABBATRE, v. act.
Ce mot a plufieurs fignifications différentes. En terme de Marine, abbatre fignifie dériver, ou fe trouver écarté de fa route par la force des courans ou par celle du vent. On dit, dans ce fens, le vaiffeau abbat. On emploie la même expreffion pour fignifier qu’il arrive au vent, après que l’ancre a quitté le fond. Les pilotes abbatent un vaiffeau d’un quart de rumb, lorfqu’ils veulent changer de courfe ; c’eft à-dire, qu’ils fe gouvernent fous un nouveau rumb.
A B 3
Enfin, abbattre un vaiffeau, c’eft le mettre fur le côté pour le radouber. ABBATTRE un cheval. C’eft le couper. Abbattre un cochon, c’eft le languyer ou le faigner. Abbattre le cuir d’un animal, c’eft l’écorcher.
[modifier] ABBATURES, f. f.
Terme de Vénerie, qui fignifie les défordres ou les foulures qu’un cerf laifte dans les broffailles après y avoir paffé. Les abbatures d’un cerf.
[modifier] ABBE’, f. m.
Chef ou Supérieur : d’une Abbaie d’hommes. Dans les premiers tems de l’Ordre monaftique, les Abbés étoient des laïques, fournis à l’Evêque ou aux Pafteurs ordinaires. Les Monafteres étant bâtis dans des lieux déferts, & fouvent fort écartés, avoient un Prêtre féculier pour l’adminiftration des facremens . Mais par degrés on leur accorda des Prêtres de leur propre corps, qui étoient ordinairement les Abbes. Enfuite quelques-uns firent tant de progrès dans les fciences, qu’ayant rendu de grands fervices à l’Eglife contre les héréfies naiffantes, ils furent invités à s’établir près des Villes ou dans l’intérieur des murs, fous prétexte d’avoir plus de facilité à les confulter. On leut donna des biens, des titres, & jufques aux ornemens épifeopaux, tels que la mître, la crosse, &c. L’ancienne fimplicité difparut bien-tôt, & fit place à la foif de l’autorité & des honneurs.
[modifier] ABDICATION, f. f.
Acte par lequel on renonce à la poffeffion d’un office, pour foi-même & pour fes hétiers. On confond ordinairement ce terme avec celui de Réfignation. Mais à parler exactement, l’abdication eft un renoncement fimple & abfolu ; au lieu que la réfignation fe fait en faveur d’un autre.
[modifier] ABDOMEN, f. m.
En termes d’Anatomie, ce mot, qui eft latin, fignifie la Partie baffe du ventre, entre le nombril & les parties naturelles. Les Médecins s’en fervent pour fignifier la partie intérieure du bas-ventre qui eft depuis les cuiffes jufqu’au diaphragme.
[modifier] ABDUCTEURS, adj.
C’eft un nom commun à tous les mufcles dont l’office eft de tirer, d’ouvrir & de refferrer
Aij
4 A B
les parties auxquelles ils appartiennent. On appelle particulièrement abdutUur le quatrième raufcle des yeux, qui les fait mouvoir en dehors pour regarder de côté.
[modifier] ABECEDAIRE, adj.
Ce nom, qui est formé des quatre premières lettres de l’alphabet, fignifioit anciennement les compofitions dont chaque ftrophe, & quelquefois chaque Vers, commençoit dans l’ordre alphabétique. De ce genre font le Pfeaume 118 & les Lamentations de Jéremie. On croit que les Juifs inventèrent cette forte de poëfie pour aider la mémoire.
[modifier] ABEILLE, f. f.
Nom d’un infefte ailé qui produit la cire & le miel. Les Latins l’ont nommé Apis parce qu’il nait fans pieds. Ceux qui ont écrit fur les opérations & le gouvernement des abeilles, prétendent qu’elles ont un roi femelle, ou fi l’on veut, une reine, qui jette environ 6000 oeufs par an, qui a les jambes courtes, les ailes droites, & qui eft deux fois plus groffe que les autres. On diftingue des abeilles de diverfes efpeces & de didérentes couleurs. Celles d’Ethiopie & des Antilles n’ont pas d’aiguillon ; ce qui fait qu’étant comme désarmées, elles s’obftinent à faire leur miel dans des lieux déferts, fans qu’il foit poffible de les apprivoifer.
[modifier] ABER, f. m.
Mot de l’ancien Breton, qui fignifie la chute d’un ruiffeau dans une Rivière ; d’où font venus les noms de quantité de Confluens de cette nature, & ceux de plufieurs Villes qui y ont été bâties, telles qu’Aberconvvay, Aberdeen, Abergavenny, &c.
[modifier] ABERRATION, f. f.
Terme d’Aftronomie, qui fignifie quelque changement de fituation dans un corps célefte. L’aberration d’une étoile fixe.
[modifier] ABIB, f. m.
Ce mot, qui fignifie en Hébreu des épis de bled verd ou des fruits frais, étoit le nom du premier mois de l’année eccléfiaftique des Juifs, & répondoit a une partie de notre mois de Mars & d’Avril. C’étoit dans ce mois que le bled meuriffoit en Judée. On lui donnoit quelquefois auffi le nom de Nisan, qui avoir eté le feptiéme mois de l’année avant que
A B
les Ifraëlites fuffent fortis de l’Egypte, mais qui fut enfuite compté le premier par un ordre exprès de Dieu, du moins dans le calcul eccléfiaftique, car le premier mois de l’année civile fe nommoit Tizri.
[modifier] ABJECT, adj.
Mot tiré du latin, qui fignifie vil, bas, méprifable.
[modifier] ABJECTION, f. f.
Vivre dans l’abjection, c’eft-à-dire dans la pauvreté, l’abbaiffement & la mifere.
[modifier] ABIENA, f. f.
Nom d’une Déeffe, qui préfidoit parmi les Romains à la bonne ou à la mauvaife fortune.
[modifier] AB-INTESTAT.
Terme de Jurifprudence. On appelle héritier ab-inteftat, l’héritier naturel d’un homme qui eft mort fans avoir pourvu à fa fucceffion par un teftament.
[modifier] ABJURATION, f. f.
Renoncement folemnel à quelqu’opinionou à quelque parti. On applique particulièrement ce mot à ceux qui quittent une religion pour en embraffer une autre. Il a fait fon abjuration. Dans les anciens ufages d’Angleterre, abjuration fignifioit le banniffement volontaire d’un homme qui fortoit de l’Ifle à perpétuité ; ce que la loi permettoit expreffément aux criminels, lorfqu’ils s’étoient retirés dans une Eglife ou un cimetière après un crime qui meritoit la mort. Cette loi dura dans toute fa force depuis le règne d’Edouard le Confeffeur jufqu’à la réformation, c’eft-à-dire, l’efpace d’environ cinq cens ans. Le coupable qui avoir ainfi recours aux aziles eccléfiaftiques, en étoit quitte pour confeffer fon crime aux Juges & pour abjurer le Royaume. On lui donnoit enfuite une croix, qu’il étoit obligé de porter à la main pour fe rendre au port par lequel il devoir fortir des Etats du Roi. Cet abus fut encore porté plus loin ; car l’abjuration du Rovaume fut reftrainte par degrés à l’abjuration civile, qui confiftoit à promettre de demeurer perpétuellement dans le lieu eccléfiaftique ou l’on s’étoit retiré. Quantité de criminels, jouiffant des privilèges de leur azile, en fortoient pour voler & piller, & vivoicm en sûreté lorfqu’ils y pouvoient rentrer avec leur proie.
A B
[modifier] ABJURER, v. act.
C’eft-à-dire, défavouer folemnellement quelque chofe, y renoncer par un ferment. Ce mot vient du latin.
[modifier] ABLAB, f. m.
Arbriffeau d’Egypte, dont les rameaux s’étendent comme la vigne. Il porte deux fois l’année une efpecede fèves d’un noir rougeàtre, dont les Egyptiens fe nourriffent, & dont on vante les propriétés contre la toux & la rétention d’urine. On prétend qu’il fubfifte un fiécle, & que fes feuilles, qui reffemblent à celles de nos fèves de Turquie, font toujours vertes.
[modifier] ABLAIS, f. m.
Mot en ufage dans quelques Provinces de France, pour fignifier la dépouille des bleds. Il paroît venir d’Ablata, mot latin qui fignifie chofes emportées.
[modifier] ABLATIF, f. m.
Sixième cas de la déclinaifon des Noms, dans les Méthodes de Grammaire.
[modifier] ABLE, f. m.
Poiffon de rivière qui s’appelle auffi Ablette, dont l’écaille fert à la composition d’un vernis blanc, avec lequel on contrefait les perles. Il a le ventre blanc & le dos verd. Sa grandeur eft d’environ celle du doigt.
[modifier] ABLERAT, f. m.
Filet de-pêche, qui fert à prendre de petits poiffons, furtout des ables.On l’attache au bout d’une perche, & fa forme eft quarrée.
[modifier] ABLUTION, f. f.
Mot tiré du latin, qui fignifie l’action de laver, de nettoier ou de purifier quelque chofe. Les Juifs & les Mahometans fe purifient le corps par des Ablutions. On appelle Ablution l’eau & le vin. que les Prêtres prennent à la Méfie, pour fe nettoier les doigts après la Communion. Autrefois, dans les grandes cérémonies, le Prélat officiant nommoit des perfonnes de la première dignité pour lui préfenter les Ablutions de la MefTe. En termes de Pharmacie, on appelle Ablution la préparation qui fe fait d’un médicament en le lavant dans l’eau ou dans quelque autre fluide, pour le purger de fes impuretés naturelles.
[modifier] ABNEGATION, f. f.
Mot en ufage dans la vie fpirituelle, pour fignifier le renoncement à quelque chofe
A B
de cher. Abnégation de foi-même & des biens fenfibles. Il vient du latin.
[modifier] ABOLIR, v. act. ABOLITION.
Mots tirés du latin, qui fignifient la celfation de quelque chofe, foit par une deftru-ction violente, foit par l’effet du tems, ou le défaut d’ufage. L’abolition des Loix. Un Temple, un Culte aboli. Abolir une Coutume.
[modifier] ABOMINATION, ABOMINABLE.
Mots qui appartiennent proprement à la Religion, fuivant leur origine latine, pour exprimer quelque chofe de fort criminel ou de fort impur, c’eft-à-dire, extrêmement déteftable.
[modifier] ABONDANCE, f. f.
Terme qui fignifie, dans les Collèges, du vin mêlé de beaucoup d’eau, tel qu’on le donne aux Pensionnaires.
[modifier] ABONNER, v. act.
s’abonner avec un Marchand pour le prix d’une chofe, c’eft convenir d’un prix confiant & indépendant des événemens cafuels. Le Marchand y trouve fon compte par la durée, & l’acheteur par la qualité du prix qui eft ordinairement médiocre. On s’abonne aux Spectacles, & pour toute dépenfe qui fe renouvelle fouvent.
[modifier] ABORDER, v. act.
Terme de Marine & de Fauconnerie. Dans le premier fens, on dit aborder un vaiffeau de bout au corps, pour fignifier mettre l’éperon dans le flanc d’un vaiffeau. Deux vaiffeaux s’abordent de franc étable, c’eft-à-dire, que s’approchant en droite ligne ils s’enferrent par leurs éperons. Aller à l’abordage, fignifie s’approcher d’un vaiffeau ennemi, le heurter, y jetter le grapon pour fe donner le moyen d’y entrer & de l’enlever. En Fauconnerie, on dit aborder la remife fous le vent, lorfqu’on s’approche d’une haie où l’oifeau a forcé une perdrix de fe réfugier.
[modifier] ABORIGENES, f. m.
Terme venu du latin, qui fignifie les premiers habitans, les habitans naturels d’un pays, par opposition aux colonies & aux nouvelles races qui viennent s’y établir. Ce titre étoit fort refpecté parmi les Anciens. C’étoit auffi le nom particulier de certains peuples de
A iij
A B
l’Italie, dont l’origine étoit inconnue, & qui fe prétendoient immédiatement defcendfis des Dieux.
[modifier] ABOUGRI ou RABOUGRI, adj.
On appelle ainfi ce qui n’a pas une forme heureufe dans fon efpece. On dit un petit Rabougri, en parlant d’un petit homme mal fait, un arbre ou d’un bois abougri.
[modifier] ABOUMENT, f. m.
Terme de Menuiferie. L’Affemblage d’aboument eft celui dont la plus grande partie eft quarrée, & le refte à onglet.
[modifier] ABOUQUEMENT, f. m. ABOUQUER.
Termes qu’on employé dans les Salines, & qui fignifient une addition de nouveau fel fur le vieux.
[modifier] ABOUT, f. m.
Les Charpentiers donnent le nom d’About à L’extrémité de toutes les pièces qu’ils ont employées.
[modifier] ABOUTE’, adj.
Terme de Blazon. On dit aboutées en cœur, de quatre hermines, dont les bouts fe répondent & fe joignent en croix.
[modifier] ABOUTIR, v. act.
Ce verbe, outre fa fignification commune, eft employé par les Plombiers dans ce fens : aboutir une corniche ou quelque autre faillie de fculpture, c’eft la revêtir de tables minces de plomb. Quelques- uns difent amboutir. Les Chirurgiens fe fervent d’aboutir, pour fignifier qu’un apoftume ou un abfcès approche de la fuppuration. Il eft prêt d aboutir.
[modifier] ABOYEUR, adj.
Terme de Chaffe. On appelle Aboyeurs une efpece de chiens qui aboient à la vue du fanglier, mais qui n’en approchent point.
[modifier] ABRACADABRA, adj.
Caractère ou charme auquel on attribuoit anciennement des vertus magiques pour guérir diverfes maladies, & particulièrement la fièvre, en les portant autour du cou écrit dans cette forme.
ABRACADABRA
ABRACADABR
ABRACADAB
ABRACADA
ABRACAD
ABRACA
ABRAC
ABRA
ABR
AB
A
A B
[modifier] ABRAHAM, f. m.
Nom d’homme, qui fignifie Père d’une multitude, & nom d’un Patriarche qui s’étoit d’abord nommé Abram, c’eft-à-dire glorieux. L’Hiftorien Jofeph prétend qu’il apprit aux Egyptiens l’arithmétique & l’aftronomie.
[modifier] ABRAXAS, f. m.
Bafilides, qui vivoit au fecond fiecle, du tems de l’Empereur Adrien, prétendoit que ce mot renfermoit de grands myfteres, parce que les fept lettres dont il eft compofé formoient en grec le nombre de trois cens foixante-cinq, qui eft celui des jours de l’année. Il appelloit Dieu de ce nom, & lui attribuoit autant de vertus qu’il y a de jours dans l’an. C’eft apparemment de-là qu’eft venu le mot d’Abracadabra & l’idée que la fuperftition y faifoit attacher. Les Bafilidiens étoient d’ailleurs des hérétiques, qui croyoient que Jefus Chrift n’avoit été qu’un fantôme envoyé fur terre par Abraxas.
[modifier] ABREGE’, f. m.
Terme d’Organifte. C’eft une certaine réduction des touches du clavier, qui fait que chaque touche fe rapporte à chaque foupape des fommiers, quoique la longueur des touches & des fommiers foit fort inégale. Il arrive de-là qu’une marche du clavier fait fouvent parler un tuiau fort éloigné. C’eft une des grandes perfections de l’orgue que les Abregés foient bien faits.
[modifier] ABREVIATION, ABREVIATEUR.
L’écriture par abréviation fe fait communément en retranchant de chaque mot quelques lettres, dont on fe fait une habitude de reconnoitre la fuppreffion. Les Romains avoient un art particulier d’abréviation, par des caractères propies, dont Gruter a publié une grande partic. Les Anglois ont auffi des caractères particuliers pour le même art. Abreviateur fignifie, en terme de Banque, un Officier du fecond Banc de la Chancellerie de Rome, qui dreffe avec des mots abrégés la minute des Bulles, &c.
[modifier] ABREUVER, v. act.
On a tranfporté l’ufage de ce mot, qui fignifie pro-
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prement faire boire, à tout ce qui fe remplie de quelque fluide ; ainfi la terre s’abreuve d’eau par la pluie, le papier s’abreuve d’encre, le bois s’abreuve de vernis, &c.
[modifier] ABREUVOIR, f. m.
Outre les lieux où l’on fait boire les beftiaux, on donne ce nom à certaines ouvertures que les Maçons biffent entre les joints des groffes pierres, pour y faire entrer du mortier.
[modifier] ABRI, f. m.
Terme de Marine, qui fignifie A couvert du vent. On dit auffi, A l’abri du foleil, & de toutes fortes d’incommodités phyfiques & morales. Il vient du latin.
[modifier] ABROGATION, f. f. ABROGER, v. act.
Ces termes qui font latins dans leur origine, s’emploient particulièrement pour les Loix & les ufages. Abroger une loi, c’eft la caffer, lui ôter fa force.
[modifier] ABRUPTO, (ab Abrupto.)
Expreffion latine qui s’eft introduite dans la langue françoife, pour fignifier quelque chofe qui commence brufquement & fans préparation.
[modifier] ABSCISSE, adj.
Ligne géométrique qui eft relative à la ligne ordonnée. Elle fait la partie du diamètre d’une courbe, qui eft comprife entre l’extrémité où ce diamètre coupe la courbe, & une ordonnée à ce même diamètre.
[modifier] ABSINTHE, f. m.
Plante médicinale fi amere, comme fon nom l’exprime en grec, qu’on lui compare tout ce qui eft capable de jetter de l’amertume dans la vie, c’eft-à-dire, de la rendre trifte & fâcheufe. Il y a quatre fortes d’Abfinthes ; le fantonique, le marin ou le fcriphium, le grand & le petit pontique. L’abfinthe a d’excellentes propriétés contre plusieurs maladies.
[modifier] ABSOLU, adj.
Ce mot a diverfes fignifications. Proprement il fignifie ce qui eft libre & indépendant de tout pouvoir & de tout être. Dans cette acception il ne convient qu’à Dieu. Mais il est reftraint à plusieurs autres fens. Une idée abfolue eft celle qui peut être confédérée fans aucune relation, comme celle de l’homme en général, au lieu que celle de créature,
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de père, de fils, &c. font des idées relatives. Un Roi exerce le pouvoir abfolu, lorfqu’il gouverne par fa feule volonté, & qu’il n’a pas pour frein la Conftitution de l’Etat. Absolu, en matière de prédeftination, eft oppofé à conditionel. En Mathématiques, un nombre abfolu eft la quantité connue qui occupe le côté d’une équation, &c qui est le rectangle ou le folide dont il faut trouver la racine. En Agronomie, une équation abfolue eft la fomme des équations optiques & excentriques. En Grammaire, l’ablatif abfolu eft une partie de la phrafe qui ne gouverne rien & qui n’eft pas gouvernée, quoiqu’elle foit neceffaire pour l’intelligence du fens. On comprendra mieux la force du mot abfolu par fon origine : le mot latin fignifie ce qui eft délié & féparé ; de-là vient absolution, qui fignifie l’acte de pardonner, de délier, de difpenfer d’une peine ou d’une loi.
[modifier] ABSOLUTION, f. f.
Outre la fignification commune, qui eft la remiffion des péchés par les Prêtres, ce mot fignifie, dans le Bréviaire, une certaine prière que l’Officiant récite à Matines, & quelques prières qui ne font en ufage que pendant le Carême. On donne le même nom aux cérémonies que l’on fait fur le corps des Princes à leur enterrement, telles que les afperfions d’eau bénite, les encenfemens, &c.
[modifier] ABSORBENT, f. m.
Certains remèdes qui par leur douceur & leur porofité, émouffent la pointe des humeurs aiguës & piquantes. Tels font la poudre de corne de cerf, de pattes d’écreviffe, de corail, &c. On appelle auffi abforbens, certains vaiffeaux par lefquels fe fait la pénétration des liquides au travers de quelque partie folide.
[modifier] ABSTERGER, v. ABSTERSIF, adj.
Les Médecins nomment abfterfive une purgation qui nettoie les inteftins, & les Chirurgiens difent, abfterger une plaie, pour dire la nettoyer.
[modifier] ABSTINENCE, f. f.
En termes Eccléfiaftiques, c’eft la privation de quelque chofe d’agréable, par des vues de religion. En Médecine, c’eft
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l’ufage modéré de quelque liqueur ou de quelque aliment.
[modifier] ABSTINENS, f. m.
Efpece d’Hérétiques rejettons des Gnoftiques & des Manichéens, qui furent ainfi nommés parce qu’ils renonçoient au mariage & à l’ufage des viandes, qu’ils regardoient comme l’ouvrage du diable.
[modifier] ABSTRACT, f. m.
Ce mot, qui eft oppofé à Concret, fignifie quelque qualité ou quelque mode qu’on détache de fon fujet par la penfée. Ainfi la figure d’un corps eft un abftract, quand on la confidere en elle-même fans aucune attention au corps ; les nombres, lorfqu’on recherche leurs propriétés, fans application à l’argent, aux hommes, aux marchandises, &c.
[modifier] ABSTRACTION, f. f.
Eft un mot qui vient de la même fource, & qui s’emploie dans un fens plus étendu pour fignifier l’action de l’efprit qui s’attache fortement à une chofe comme fi elle n’avoir de rapport à rien. De-là vient auffi abfiraii, qui fe dit également des chofes & des perfonnes. Un homme abstrait, eft celui dont l’attention fe fixe fur un objet avec une efpece d’oubli pour tout le refte ; ce qui le rend peu propre au commerce de la fociété. Des matières abftraites font des fujets de méditation qui demandent toute l’attention de l’efprit, parce que les fens n’y ont aucune part.
[modifier] ABSTRUS, adj.
Difficile, obfcur, qui ne fe comprend point aifément.
[modifier] ABSURDE, adj.
Contraire au fens commun, directement oppofé à la vérité. Ce terme eft fort en ufage dans les Mathématiques, où la démonftration fe fait quelquefois en montrant l’abfurdité de la proposition contraire à celle qu’on veut établir.
[modifier] ABSUS, f. m.
Herbe d’Egypte, dont les fleurs font blanches & d’un jaune pâle. Sa hauteur eft d’environ quatre doigts, & fes feuilles reffemblent à celles du triolet.
[modifier] ABUS, f. m.
C’eft le mauvais emploi d’une bonne chofe, ou un emploi contraire à fon ufage naturel.
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L’appel comme ci abus eft un droit établi en France d’appeller des fentences éccéfiaftiques au tribunal féculier, fous prétexte de l’abus que les Supérieurs Eccléfiaftiques ont pu faire de leur autorité.
[modifier] ABYSME ; ABIME, f. m.
Profondeur qui ne peut être mefurée. L’Ecriture fainte donne ce nom à l’enfer, à la mer, & au chaos, qui au commencement du monde étoit couvert de ténèbres fur lefquelles l’Efprit faint fe promenoit. En terme de blazon, l’abîme eft le centre de l’écu ; mais c’eft feulement lorfque l’écu eft rempli de plufieurs pièces ou figures qu’on fuppofe en relief, & au milieu defquelles une plus petite eft abimée, comme le bâton alezé de Bourbon. Abîme eft auffi en ufage parmi les Chandeliers, pour fignifier un vaiffeau en forme de prifme renverfé, dans lequel ils fondent leur fuif & trempent leur mêche.
[modifier] ACABIT, f. m.
Bonne ou mauvaiie nature d’une chofe.
[modifier] ACACALIS, f. m.
Fruit d’Egypte qui reffemble à la graine du Tamaris ; il croit fur un arbriffeau. Entr’autres propriétés, on lui attribue celle d’éclaircir la vue.
[modifier] ACACIA, f. m.
Arbre dont on fait de belles allées dans les jardins. Il eft épineux, fa feuille eft menue, & fes fleurs, qui font blanches, rendenc une odeur fort agréable. On diftingue un autre Acacia, de la femence duquel on tire un fuc, qui porte le nom de fuc d’Acacia, & qui entre dans la compofition de la Thériaque.
[modifier] ACADEMIE, f. f.
Nom du lieu où Platon enfeignoit la Philofophie dans un fauxbourg d’Athènes. On l’a donné depuis à tous les lieux ou les gens de Lettres & les Artiftes s’affemblent pour leurs exercices. Il s’eft formé quantité d’Académies en Europe, furtout en France & en Italie. Celles d’Italie font diftinguées par differens noms.
[modifier] ACAJOU, f. m.
Arbre de l’Amérique, dont la feuille reffemble à celle du chêne, & l’écorce à celle du chêne. Il devient fi haut & fi gros, que de fon tronc on compofe des ca-
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nots tout d’une pièce, longs de quarante pieds fur cinq ou fix de largeur. Il pourrit difficilement dans l’eau, & jamais les vers ne s’y attachent.
Au milieu de fes fleurs, qui forment de grands bouquets, il porte une efpece de gland dont les perroquets fe nourrirent, & qui donne le goût de l’ail à leur chair. Il y a différentes efpeces d’Acajous, les unes qui portent du fruit, d’autres ftériles.
[modifier] ACANACE’, adj.
Toute plante épineufe, eft du genre Acanacé.
[modifier] ACANTHE, f. f.
Plante, à laquelle on donne auffi le nom de Branche urfine. La hauteur de fa tige eft d’environ deux coudées, fa tête fe forme en houpe, & fes feuilles qui font plus larges & plus longues que celles des laitues, diminuent vers fa cime. Elles fervent à divers ufages de la Médecine. En Architecture, on nomme Acanthe, un ornement de la figure de cette plante, qui appartient à l’ordre Corinthien, Un chapiteau taillé a feuilles d Acanthe.
[modifier] ACAPATLI, f. m.
Plante qui produit le poivre long dans la nouvelle Efpagne. Ses feuilles reuemblent à celles dû poivre blanc, mais font plus longues & plus aiguës ; l’odeur en eft forte, & le goût acre & piquant.
[modifier] ACCASTILLAGE, f. m.
Terme de Marine, pour fignifier les châteaux qui font fur l’avant ou fur l’arriére des vaiffeaux. On appelle un vaiffeau accaftillé, celui qui a un château fur fon avant & un autre fur fon arrière.
[modifier] ACCELERATION, f. f. ACCELERER.
Termes de Phyfique qui fignifient des augmentations de viteffe. Ces deux mots ont été reçus dans le langage ordinaire.
[modifier] ACCENT, f. m.
Un ton, une manière de parler ou de lire, qui eft propre à chaque nation, & même à chaque province du même pays. L’accent Normand, l’accent Provençal. En Rhétorique, l’accent ou le ton fignifie une certaine manière de prononcer, qui donne à l’exprelfion un fens tout oppofé â celui qu’elle préfente ; ainfl la manière dont on prononcera,
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cet homme eft fort favant, fera comprendre qu’il eft d’une ignorance extrême, et formera la figure qui s’appelle ironie. Les Grammairiens emploient des accens dans l’écriture, c’eft-à-dire, de petites marques fur les voyelles, qui fervent à faire connoître leur nature. L’accent aigu fignifie qu’il faut lever la voix, & fe marque ainfi (ʹ). L’accent grave marque qu’il faut bailler la voix, & fa figure eft (ˋ). Le circonflexe les réunit tous deux fous cette forme (ˆ). On l’appelle auffi chevron brifé. L’accent long & le bref, appartiennent proprement à la Poëfie, dans les langues où la diftinction des voyelles longues ou brèves établie pour chaque mot, fert à la mefure des pieds. La marque du premier eft (-), & celle du fecond (˞). L’apoftrophe (‘) eft auffi une efpece d’accent qui marque le retranchement d’une voyelle lorfqu’elle en précède une autre. Ainfi l’on écrit l’oifeau, au lieu de le oifeau, pour fignifier que la voyelle e eft retranchée dans l’article le. Accentuer & accentuation expriment l’emploi des accens.
[modifier] ACCEPTION & ACCEPTATION, f. f.
Sont deux mots dont le fens eft différent, quoiqu’ils viennent de la même fource. Acception de perfonne, fignifie grâce, faveur, préférence, accordée à quelqu’un fans qu’il l’ait méritée par fes actions. Dieu ne fait point d’acception de perfonne. Acceptation fignifie fimplement l’action de celui qui accepte quelque chofe. L’acceptation d’un préfent.
[modifier] ACCE’S, f. m.
Liberté ou permiffion d’approcher d’une perfonne ou d’un lieu. Un accès libre. Un accès difficile. Accès fe dit auffi de l’arrivée de quelque maladie fimple ou périodique. Un accès de fièvre, de frénefie, &c.
[modifier] ACCESSION, f. f.
Ce qui furvient de plus, ce qui augmente quelque chofe. Acceffion de droit. Acceffion de richeffe, d’héritage, &c. Acceffion fe dit auffi fimplement pour arrivée : L’acceffion au trône.
[modifier] ACCESSIT.
Terme d’Académie & de Collège, pour exprimer ce qui
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approche du premier degré de la ou de la récompenfe. C’eft un mot latin qui fignifie, il s’est approché. On dit de quelqu’un, il a obtenu le premier, le fécond acceffit.
[modifier] ACCESSOIRE, f. m.
Ce qu’on ajoute ou qu’on joint à quelque chofe, mais qui n’appartient point au fond. On diftingue le principal & l’acceffoire.
[modifier] ACCIDENT, f. m.
Outre la fignification commune de hazard, ou d’événement fâcheux, ce mot fignifie en Médecine, fymptôme, c’eft-à-dire, ce qui furvient de nouveau à l’état d’un malade. En Philofophie, il fignifie les qualités d’un corps qui ne lui font point effentielles, & qui peuvent changer fucceffivement, telles que la forme, la couleur, la faveur, &c.
[modifier] ACCLAMATION, f. f.
Témoignage public de joie ou d’applaudiffement, par des cris & d’autres marques.
[modifier] ACCLAMPER, v. act.
Terme de Marine.
Acclamper un mât, c’eft le fortifier par diverfes pièces de bois.
[modifier] ACCOINTANCE, f. f.
Mot ancien qui fignifie façon familière, & qui eft encore d’ufage dans le ftile badin.
[modifier] ACCOLADE, f. f.
Ancien terme de Chevalerie. Le Prince qui créoit des Chevaliers, leur donnoit l’accolade, c’eft-à-dire, qu’en leur mettant le baudrier & la ceinture dorée, il les fcaifoit à la joue gauche, & prononçait cette bénédiction : Au nom du Père, & du Fils, & du faint Efprit. Enfuite il leur donnoit un petit coup du plat de l’épée fur l’épaule.