Ode à Jean Moréas (1891)

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Ode à Jean Moréas
s.n., 1891 (pp. 1-4).




ODE

À

JEAN MORÉAS





Tu dis ; — et de ton doigt levé sur les sept cordes,
Ainsi qu’au vent nouveau frémissait la forêt ;
Car tes rythmes, ô Apollon, tu les accordes
Au son de l’Arc.


Porte-Lyre, Devin, Chasseur de Thessalie,
J’éclairerai de fleurs le vert de tes lauriers,
Ta victoire sera de flammes embellie,
Victorieux !



Le somptueux passé qui fut ton héritage,
À tes yeux de verdure et de pourpre lassés,
Est devenu pour toi chaque jour davantage
La visible lueur.


Pour toi s’est élevé de l’ombre environnante
L’avenir au galop des chevaux du Soleil
Levant, comme Vénus de l’écume éclatante
Des tumultes marins.








Près des sources que des Satyres ont troublées,
Tout un silence d’or vibrant s’est abattu,
Claire merveille éclose au profond des vallées,
Si l’oiselet chanteur du bocage s’est tû.



Oubli de flûte, heure de rêves sans alarmes,
Où tu as su trouver pour ton sang amoureux,
La douceur d’habiter un séjour odoreux
De roses, dont les dieux sylvains te font des armes.


Là tu vas composant ces beaux livres, honneur
Du langage français et de la noble Athènes :
Au plus haut bruit chanté de tes strophes hautaines
Quel poète n’a pas tressailli dans son cœur !


Le sénile troupeau qui tremble et les Ménades
Jalouses, en ces lieux de gloire n’entreront,
Ni cet esprit vulgaire, effroi des Oréades,
Ni tous ceux dont les dieux ont détourné leur front.








Mais Claros maintenant prophétise et la Lyre
Résonne comme un fer battant sur le carquois,
Et depuis ton réveil, on entend dans les bois
Cybèle retentir.


La torche d’Héraclès allume une autre aurore ;
Et vois, pour enlacer ta tête, Moréas,
Daphné que poursuivait Apollon Loxias
Au diadème d’or.