Poète et laboureur
Un poète, le nez au vent,
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- Musait par la campagne,
- Musait par la campagne,
Enthousiaste, épris, rêvant
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- De rimes… en Espagne.
- De rimes… en Espagne.
Heureux homme sous le ciel bleu
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- Qui, dans son hérésie,
- Qui, dans son hérésie,
Croyait que rien ne mène à Dieu
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- Sinon la Poésie !
Il déclamait, hurlait ses vers,
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- Plein du sacré délire,
- Plein du sacré délire,
Et semblait prendre l’Univers
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- À témoin de sa lyre.
- À témoin de sa lyre.
Que chantait-il ? La Liberté…
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- La divine Eurythmie,
- La divine Eurythmie,
Et la Justice et la Beauté,
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- Et l’amour de sa mie…
- Et l’amour de sa mie…
Il vous avait déjà pondu
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- Cent poèmes de verve,
- Cent poèmes de verve,
Sans compter ceux, bien entendu,
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- Qu’il tenait en réserve,
- Qu’il tenait en réserve,
Tout en regrettant de n’avoir
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- Que les siennes oreilles
- Que les siennes oreilles
À qui dire son gay savoir,
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- Ses rimes non pareilles…
- Ses rimes non pareilles…
Quand au milieu d’un champ, voici
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- Qu’il vit un vieux bonhomme
- Qu’il vit un vieux bonhomme
Labourant et peinant ainsi
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- Qu’une bête de somme.
- Qu’une bête de somme.
« Par les neuf Pucelles ! té vé!
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- Justement sur ma route
- Justement sur ma route
Le Ciel met l’auditeur rêvé !
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- — Dit-il. — Mon brave, écoute :
« Que diable ! tu vas t’essouffler,
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- Laisse un temps la charrue ;
- Laisse un temps la charrue ;
Elle ne va pas s’envoler
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- Telle une jeune grue…
- Telle une jeune grue…
« Je veux te dire une chanson
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- Belle entre les plus belles,
- Belle entre les plus belles,
D’autant qu’elle est de ma façon :
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- M’en diras des nouvelles… »
- M’en diras des nouvelles… »
— Garde-la pour toi, répondit
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- Le vieillard en colère, —
- Le vieillard en colère, —
Hors de ma terre, gueux, bandit
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- Et gibier de galère.
- Et gibier de galère.
« Les poètes et leurs chansons
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- Rendent les champs hostiles ;
- Rendent les champs hostiles ;
Ne font pousser dans les moissons
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- Que des fleurs inutiles.
- Que des fleurs inutiles.
« Va, si tu veux, à d’autres sots
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- Débiter tes sornettes ;
- Débiter tes sornettes ;
Je n’ai que faire de ponceaux
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- Et de casse-lunettes.
- Et de casse-lunettes.
— Oh ! — dit le poète — là… là…
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- Rassure-toi, bonhomme ;
- Rassure-toi, bonhomme ;
Si tu n’as peur que de cela,
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- Tu peux dormir ton somme.
« Ne crains rien pour ton champ, l’ami,
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- Et, pour Dieu ! ne déplore
- Et, pour Dieu ! ne déplore
Ces quelques fleurettes parmi
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- que mes vers font éclore.
- que mes vers font éclore.
« Elles sont dans les épis d’or
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- La grâce qui scintille,
- La grâce qui scintille,
Et tu peux en orner encor
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- Le doux front de ta fille. »
- Le doux front de ta fille. »