Les Fleurs du mal/1857/Une charogne
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
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- Ce beau matin d’été si doux :
- Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
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- Sur un lit semé de cailloux,
- Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
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- Brûlante et suant les poisons,
- Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
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- Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
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- Comme afin de la cuire à point,
- Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
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- Tout ce qu’ensemble elle avait joint.
- Tout ce qu’ensemble elle avait joint.
Et le ciel regardait la carcasse superbe
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- Comme une fleur s’épanouir ;
- Comme une fleur s’épanouir ;
— La puanteur était si forte que sur l’herbe
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- Vous crûtes vous évanouir ; —
- Vous crûtes vous évanouir ; —
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
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- D’où sortaient de noirs bataillons
- D’où sortaient de noirs bataillons
De larves qui coulaient comme un épais liquide
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- Le long de ces vivants haillons.
- Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,
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- Où s’élançait en pétillant ;
- Où s’élançait en pétillant ;
On eut dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
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- Vivait en se multipliant.
- Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique
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- Comme l’eau courante et le vent,
- Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
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- Agite et tourne dans son van.
- Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
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- Une ébauche lente à venir,
- Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
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- Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
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- Nous regardait d’un œil fâché,
- Nous regardait d’un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
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- Le morceau qu’elle avait lâché.
- Le morceau qu’elle avait lâché.
— Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
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- À cette horrible infection,
- À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
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- Vous, mon ange et ma passion !
- Vous, mon ange et ma passion !
Oui, telle vous serez, ô la reine des grâces,
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- Après les derniers sacrements,
- Après les derniers sacrements,
Quand vous irez sous l’herbe et les floraisons grasses
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- Moisir parmi les ossements.
- Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté, dites à la vermine
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- Qui vous mangera de baisers
- Qui vous mangera de baisers
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
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- De mes amours décomposés !
- De mes amours décomposés !