Vers de Noël

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Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 302-306).
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VERS DE NOËL


À Raoul Ponchon.


Au diable la poésie,

Mon ami Ponchon,

Mangeons avec frénésie

Du rose cochon.


Est-ce que Noël, poète,

Ô fleur des couyons,

N’est pas la plus belle fête,

Dis ? que nous ayons ?


En se montrant sur la paille

Tel un fin jambon,

Jésus dit : « Faites ripaille,

Le moment est bon.


Seigneurs ou pauvre canaille,

En ce jour divin

Mangez de la cochonnaille

Et buvez du vin :


Le vin réchauffe et l’eau mouille. »

Il dit, et soudain

Des kilomètres d’andouille

Et de noir boudin


— Ainsi fait la folle vigne —

Fleurissent partout.

Ô spectacle vraiment digne,

Consolant surtout !


Du salon jusqu’à l’office,

En chaque maison

Ce n’est que de la saucisse

Et du saucisson.


Des charcutiers admirables

Le galant métier !

En est-il de plus aimables

Dans le monde entier ?


Maîtres qu’un lard pur enflamme,

Ils font de leurs doigts

Tout ce qu’ils veulent, madame,

Tant ils sont adroits ;


J’en prends à témoin quiconque !

Ces braves gens-là

Prennent un cochon quelconque

Et disent : « Voilà.


Voilà mille bonnes choses,

Pâtés, jambonneaux,

Voici des lis et des roses,

Mes petits agneaux. »


Par la papale fressure !

Avec — (ça c’est beau !)

Du cochon, je vous assure,

Certains font du veau.


À cette époque de joie

Que nous célébrons,

On voit d’elle-même l’oie

Chier des marrons.


La dinde, sombre tartuffe

Ordinairement,

Court au-devant de la truffe

— Fer de cet aimant ! —


Les bouteilles toutes seules

Montent l’escalier,

Ivres de rincer nos gueules

Et notre gosier.


Les rouges rôtisseries

Flambent ; le mois d’août

N’a pas plus de pierreries.

C’est beau comme tout.


Les huîtres — moules du riche —

Jusqu’à cette nuit

Dans le sein de la bourriche

Ont bâillé d’ennui.


Huîtres, ne pleurez pas, folles

Que vous êtes, car

Vous ferez des cabrioles

Ce soir, sur le tard !


De la cave à la cuisine

Je vois tout en l’air,

Les jambes de ma cousine

Tout d’abord, c’est clair.


Ah ! s’il ne faut que bien boire

Et que bien manger

Pour complaire au dieu de gloire,

Je vais y songer.


Pour l’instant je n’ai pas — diable !

Le moindre appétit,

Mais l’appétit vient à table

Petit à petit.


Je veux que ce soir ma bouche

Fatigue ma main.

À Noël je ne me couche

Que le lendemain.
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