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Victor HugoL'Année terrible

Par une sérénade on fête ma clémence.



                           III 

Par une sérénade on fête ma clémence. 
A mort ! est le refrain de la douce romance. 
Les journaux prêtres font un vacarme effrayant. 
- Cet homme ose défendre un ennemi fuyant ! 
Quelle audace ! il nous croit honnêtes ! il nous brave ! - 
Les maîtres ont la rage et les valets la bave. 
Meute de sacristains, meute de hobereaux. 
L'encensoir furieux me casse mes carreaux ; 
De tous les goupillons, de toutes les prières, 
L'eau bénite sur moi tombe en grêle de pierres ; 
On m'exorcise tant qu'on m'assassine un peu. 
Bref je suis expulsé par la grâce de Dieu. 
- Va-t'en ! - tous les pavés pleuvent, et tous les styles. 
Je suis presque ébloui de tant de projectiles. 
Au-dessus de mon nom on sonne le tocsin. 
- Brigand ! incendiaire ! assassin ! assassin ! - 
Et nous restons, après cette bataille insigne, 
Eux, blancs comme un corbeau, moi, noir comme le cygne.
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