Or, sachant ces choses, nous venons enseigner aux hommes la crainte de Dieu. II COR., V.
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- I
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- Pourtant je m'étais dit : "Abritons mon navire.
- Ne livrons plus ma voile au vent qui la déchire.
- Cachons ce luth. Mes chants peut-être auraient vécu !
- Soyons comme un soldat qui revient sans murmure
- Suspendre à son chevet un vain reste d'armure,
- Et s'endort, vainqueur ou vaincu !"
- Je ne demandais plus à la muse que j'aime
- Qu'un seul chant pour ma mort, solennel et suprême !
- Le poëte avec joie au tombeau doit s'offrir ;
- S'il ne souriait pas au moment où l'on pleure,
- Chacun lui dirait : "Voici l'heure !
- Pourquoi ne pas chanter, puisque tu vas mourir ?"
- C'est que la mort n'est pas ce que la foule en pense !
- C'est l'instant où notre âme obtient sa récompense,
- Où le fils exilé rentre au sein paternel.
- Quand nous penchons près d'elle une oreille inquiète,
- La voix du trépassé, que nous croyons muette,
- A commencé l'hymne éternel !
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- II
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- Plus tôt que je n'ai dû, je reviens dans la lice ;
- Mais tu le veux, ami ! Ta muse est ma complice ;
- Ton bras m'a réveillé ; c'est toi qui m'as dit : "Va !
- Dans la mêlée encor jetons ensemble un gage ;
- De plus en plus elle s'engage.
- Marchons, et confessons le nom de Jéhova !"
- J'unis donc à tes chants quelques chants téméraires.
- Prends ton luth immortel : nous combattrons en frères
- Pour les mêmes autels et les mêmes foyers.
- Montés au même char, comme un couple homérique,
- Nous tiendrons, pour lutter dans l'arène lyrique,
- Toi la lance, moi les coursiers.
- Puis, pour faire une part à la faiblesse humaine,
- Je ne sais quelle pente au combat me ramène.
- J'ai besoin de revoir ce que j'ai combattu,
- De jeter sur l'impie un dernier anathème,
- De te dire, à toi, que je t'aime,
- Et de chanter encore un hymne à la vertu !
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- III
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- Ah ! nous ne sommes plus au temps où le poëte
- Parlait au ciel en prêtre, à la terre en prophète !
- Que Moïse, Isaïe, apparaisse en nos champs,
- Les peuples qu'ils viendront juger, punir, absoudre,
- Dans leurs yeux pleins d'éclairs méconnaîtront la foudre
- Qui tonne en éclats dans leurs chants.
- Vainement ils iront s'écriant dans les villes :
- "Plus de rébellions ! plus de guerres civiles !
- Aux autels du veau d'or pourquoi danser toujours ?
- Dagon va s'écrouler, Baal va disparaître.
- Le Seigneur a dit à son prêtre :
- Pour faire pénitence ils n'ont que peu de jours !
- "Rois, peuples, couvrez-vous d'un sac souillé de cendre !
- Bientôt sur la nuée un juge doit descendre.
- Vous dormez ! que vos yeux daignent enfin s'ouvrir.
- Tyr appartient aux flots, Gomorrhe à l'incendie.
- Secouez le sommeil de votre âme engourdie,
- Et réveillez-vous pour mourir !
- "Ah ! malheur au puissant qui s'enivre en des fêtes,
- Riant de l'opprimé qui pleure, et des prophètes !
- Ainsi que Balthazar, ignorant ses malheurs,
- Il ne voit pas aux murs de la salle bruyante
- Les mots qu'une main flamboyante
- Trace en lettres de feu parmi les nœuds de fleurs !
- "Il sera rejeté comme ce noir génie,
- Effrayant par sa gloire et par son agonie,
- Qui tomba jeune encor, dont ce siècle est rempli.
- Pourtant Napoléon du monde était le faîte.
- Ses pieds éperonnés des rois pliaient la tête,
- Et leur tête gardait le pli.
- "Malheur donc ! – Malheur même au mendiant qui frappe,
- Hypocrite et jaloux, aux portes du satrape !
- A l'esclave en ses fers ! au maître en son château !
- A qui, voyant marcher l'innocent aux supplices,
- Entre deux meurtriers complices,
- N'étend point sous ses pas son plus riche manteau !
- "Malheur à qui dira : Ma mère est adultère !
- A qui voile un cœur vil sous un langage austère !
- A qui change en blasphème un serment effacé !
- Au flatteur médisant, reptile à deux visages !
- A qui s'annoncera sage entre tous les sages !
- Oui, malheur à cet insensé !
- "Peuples, vous ignorez le Dieu qui vous fit naître !
- Et pourtant vos regards le peuvent reconnaître
- Dans vos biens, dans vos maux, à toute heure, en tout lieu !
- Un Dieu compte vos jours, un Dieu règne en vos fêtes !
- Lorsqu'un chef vous mène aux conquëtes,
- Le bras qui vous entraîne est poussé par un Dieu !
- "A sa voix, en vos temps de folie et de crime,
- Les révolutions ont ouvert leur abîme.
- Les justes ont versé tout leur sang précieux ;
- Et les peuples, troupeau qui dormait sous le glaive,
- Ont vu, comme Jacob, dans un étrange rêve,
- Des anges remonter aux cieux !
- "Frémissez donc ! Bientôt, annonçant sa venue,
- Le clairon de l'archange entr'ouvrira la nue.
- Jour d'éternels tourments ! jour d'éternel bonheur !
- Resplendissant d'éclairs, de rayons, d'auréoles,
- Dieu vous montrera vos idoles,
- Et vous demandera : - Qui donc est le Seigneur ?
- "La trompette, sept fois sonnant dans les nuées,
- Poussera jusqu'à lui, pâles, exténuées,
- Les races, à grands flots se heurtant dans la nuit ;
- Jésus appellera sa mère virginale ;
- Et la porte céleste, et la porte infernale,
- S'ouvriront ensemble avec bruit !
- "Dieu vous dénombrera d'une voix solennelle.
- Les rois se courberont sous le vent de son aile.
- Chacun lui portera son espoir, ses remords.
- Sous les mers, sur les monts, au fond des catacombes,
- A travers le marbre des tombes,
- Son souffle remûra la poussière des morts !
- "O siècle ! arrache-toi de tes pensers frivoles.
- L'air va bientôt manquer dans l'espace où tu voles !
- Mortels ! gloire, plaisirs, biens, tout est vanité !
- A quoi pensez-vous donc, vous qui dans vos demeures
- Voulez voir en riant entrer toutes les heures ?...
- L'Eternité ! L'Eternité !"
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- IV
- IV
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- Nos sages répondront : "Que nous veulent ces hommes ?
- Ils ne sont pas du monde et du temps dont nous sommes.
- Ces poëtes sont-ils nés au sacré vallon ?
- Où donc est leur Olympe où donc est leur Parnasse ?
- Quel est leur Dieu qui nous menace ?
- A-t-il le char de Mars ? A-t-il l'arc d'Apollon ?
- "S'ils veulent emboucher le clairon de Pindare,
- n'ont-ils par Hiéron, la fille de Tyndare,
- Castor, Pollux, l'Elide et les Jeux des vieux temps ;
- L'arène où l'encens roule en longs flots de fumée,
- La roue aux rayons d'or, de clous d'airain semée,
- Et les quadriges éclatants ?
- "Pourquoi nous effrayer de clartés symboliques ?
- Nous aimons qu'on nous charme en des chants bucoliques,
- Qu'on y fasse lutter Ménalque et Palémon.
- Pour dire l'avenir à notre âme débile,
- On a l'écumante Sibylle,
- Que bas à coups pressés l'aile d'un noir démon.
- "Pourquoi dans nos plaisirs nous suivre comme une ombre ?
- Pourquoi nous dévoiler dans sa nudité sombre
- L'affreux sépulcre, ouvert devant nos pas tremblants ?
- Anacréon, chargé du poids des ans moroses,
- Pour songer à la mort se comparait aux roses
- Qui mouraient sur ses cheveux blancs.
- "Virgile n'a jamais laissé fuir de sa lyre
- Des vers qu'à Lycoris son Gallus ne pût lire.
- Toujours l'hymne d'Horace au sein des ris est né ;
- Jamais il n'a versé de larmes immortelles :
- La poussière des cascatelles
- Seule a mouillé son luth, de myrtes couronné !"
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- V
- V
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- Voilà de quels dédains leurs âmes satisfaites
- Accueilleraient, ami, Dieu même et ses prophètes !
- Et puis, tu les verrais, vainement irrité,
- Continuer, joyeux, quelque festin folâtre,
- Ou pour dormir aux sons d'une lyre idolâtre
- Se tourner de l'autre côté.
- Mais qu'importe ! accomplis ta mission sacrée.
- Chante, juge, bénis ; ta bouche est inspirée !
- Le Seigneur en passant t'a touché de sa main ;
- Et, pareil au rocher qu'avait frappé Moïse,
- Pour la foule au désert assise,
- La poésie en flots s'échappe de ton sein !
- Moi, fussé-je vaincu, j'aimerai ta victoire.
- Tu le sais, pour mon cœur ami de toute gloire,
- Les triomphes d'autrui ne sont pas un affront.
- Poëte, j'eus toujours un chant pour les poëtes ;
- Et jamais le laurier qui pare d'autres têtes
- Ne jeta d'ombre sur mon front !
- Souris même à l'envie amère et discordante.
- Elle outrageait Homère, elle attaquait le Dante.
- Sous l'arche triomphale elle insulte au guerrier.
- Il faut bien que ton nom dans ses cris retentisse ;
- Le temps amène la justice :
- Laisse tomber l'orage et grandir ton laurier !
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- VI
- VI
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- Telle est la majesté de tes concerts suprêmes,
- Que tu sembles savoir comment les anges mêmes
- Sur les harpes du ciel laissent errer leurs doigts !
- On dirait que Dieu même, inspirant ton audace,
- Parfois dans le désert t'apparaît face à face,
- Et qu'il te parle avec la voix !
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- 17 octobre 1825