À M. le chevalier de Grammont

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher

À M. le chevalier de Grammont


À MONSIEUR LE CHEVALIER DE GRAMMONT.
(1666.)

Il n’est qu’un chevalier au monde ;
Et que ceux de la Table ronde,
Que les plus fameux aux tournois,
Aux aventures, aux exploits,
Me pardonnent, si je les quitte
Pour chanter un nouveau mérite !
C’est celui qu’on vit à la cour,
Jadis si galant sans amour ;
Le même qui sut à Bruxelles,
Comme ici, plaire aux demoiselles,
Gagner tout l’argent des maris,
Et puis revenir à Paris,
Ayant couru toute la terre,
Dans le jeu, l’amour et la guerre ;
Insolent en prospérité,
Fort courtois en nécessité :
L’âme en fortune libérale,
Aux créanciers pas trop loyale :
Qui n’a changé, ni changera,
Et seul au monde qu’on verra
Soutenir la blanche vieillesse
Comme il a passé la jeunesse.
Rare merveille de nos jours !
N’étoient vos trop longues amours ;
N’étoit la sincère tendresse
Dont vous aimez votre princesse1 ;
N’étoit qu’ici les beaux désirs
Vous font pousser de vrais soupirs ;
Et qu’enfin vous quittez pour elle
Votre mérite d’infidèle ;
Cher et parfait original,
Vous n’auriez jamais eu d’égal !
Il est des héros pour la guerre,
Mille grands hommes sur la terre ;
Mais, au sens de Saint-Évremond,
Rien qu’un chevalier de Grammont ;
Et jamais ne sera de vie
Plus admirée et moins suivie.



NOTES DE L’ÉDITEUR

1. La comtesse de Grammont, son épouse, de la maison d’Hamilton en Écosse, qu’on croit d’origine royale.


Outils personnels
Espaces de noms
Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils