À ceux qui reparlent de fraternité

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Victor HugoL'Année terrible

A ceux qui reparlent de fraternité



                           IV 

Quand nous serons vainqueurs, nous verrons. Montrons-leur, 
Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur. 
L'oeil âprement baissé convient à la défaite. 
Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète ; 
Nous sommes garrottés ! Plus de nations soeurs ! 
Et je prédis l'abîme à nos envahisseurs. 
C'est la fierté de ceux qu'on a mis à la chaîne 
De n'avoir désormais d'autre abri que la haine. 
Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jour 
Où par droit de victoire on aura droit d'amour. 
La déclaration de paix n'est jamais hanche 
De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche ; 
Attendons notre tour de barrer le chemin. 
Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main. 
Je ne puis que saigner tant que la France pleure. 
Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure ; 
Une fraternité bégayée à demi 
Et trop tôt, fait hausser l'épaule à l'ennemi ; 
Et l'offre de donner aux rancunes relâche 
Qui demain sera digne, aujourd'hui serait lâche.
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