À mes odes
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- I
- Mes odes, c'est l'instant de déployer vos ailes.
- Cherchez d'un même essor les voûtes immortelles ;
- Le moment est propice… Allons !
- La foudre en grondant vous éclaire,
- Et la tempête populaire
- Se livre au vol des aquilons.
- Pour qui rêva longtemps le jour du sacrifice,
- Oui, l'heure où vient l'orage est une heure propice ;
- Mais moi, sous un ciel calme et pur,
- Si j'avais, fortuné génie,
- Dans la lumière et l'harmonie
- Vu flotter vos robes d'azur ;
- Si nul profanateur n'eût touché vos offrandes ;
- Si nul reptile impur sur vos chastes guirlandes
- N'eût traîné ses nœuds flétrissants ;
- Si la terre, à votre passage,
- N'eût exhalé d'autre nuage
- Que la vapeur d'un doux encens ;
- J'aurai béni la muse et chanté ma victoire.
- J'aurais dit au poëte, élancé vers la gloire :
- "O ruisseau ! qui cherches les mers,
- Coule vers l'océan du monde
- Sans craindre d'y mêler ton onde ;
- Car ses flots ne sont pas amers."
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- II
- Heureux qui de l'oubli ne fuit point les ténèbres !
- Heureux qui ne sait pas combien d'échos funèbres
- Le bruit d'un om fait retentir !
- Et si la gloire est inquiète,
- Et si la palme du poëte
- Est une palme de martyr !
- Sans craindre le chasseur, l'orage ou le vertige,
- Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige !
- Heureux qui ne veut rien tenter !
- Heureux qui suit ce qu'il doit suivre !
- Heureux qui ne vit que pour vivre,
- Qui ne chante que pour chanter !
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- III
- Vous, ô mes chants, adieu ! cherchez votre fumée !
- Bientôt, sollicitant ma porte refermée,
- Vous pleurerez, au sein du bruit,
- Ce temps où, cachés sous des voiles
- Vous étiez pareils aux étoiles
- Qui ne brillent que pour la nuit ;
- Quand, tour à tour, prenant et rendant la balance,
- Quelques amis, le soir, vous jugeaient en silence,
- Poëtes, par la lyre émus,
- Qui fuyaient la ville sonore,
- Et transplantaient les fleurs d'Isaure
- Dans les jardins d'Académus.
- Comme un ange porté sur ses ailes dorées,
- Vous veniez, murmurant des paroles sacrées,
- Pour abattre et pour relever,
- Vous disiez, dans votre délire,
- Tout ce que peut chanter la lyre,
- Tout ce que l'âme peut rêver.
- Disputant un prix noble en une sainte arène,
- Vous laissiez tout l'Olympe aux fils de l'Hippocrène,
- Rivaux de votre ardent essor ;
- Ainsi que l'amant d'Atalante.
- Pour rendre leur course plus lente,
- Vous leur jetiez les pommes d'or.
- On vous voyait, suivis de sylphe et de fées,
- Liant d'anciens faisceaux à nos jeunes trophées,
- Chanter les camps et leurs travaux,
- Ou pousser des cris prophétiques,
- Ou demander aux temps gothiques
- Leurs vieux contes, toujours nouveaux.
- Souvent vos luths pieux consolaient les couronnes,
- Et du haut du trépied vous défendiez les trônes ;
- Souvent, appuis de l'innocent,
- Comme un tribut expiatoire,
- Vous mêliez, pour fléchir l'histoire,
- Une larme à des flots de sang.
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- IV
- C'en est fait maintenant, pareils aux hirondelles,
- Partez ; qu'un même but vous retrouve fidèles.
- Et moi, pourvu qu'en vos combats
- De votre foi nul cœur ne doute,
- Et qu'une âme en secret écoute
- Ce que vous lui direz tout bas ;
- Pourvu, quand sur les flots en vingt courants contraires
- L'ouragan chassera vos voiles téméraires,
- Qu'un seul ami, plaignant mon sort,
- Vous voyant battus de l'orage,
- Pose un fanal sur le rivage,
- S'afflige, et vous souhaite un port ;
- D'un œil moins désolé je verrai vos naufrages.
- Mais le temps presse, allez ! rassemblez vos courages ;
- Il faut combattre les méchants.
- C'est un sceptre aussi que la lyre !
- Dieu, dont nos âmes sont l'empire,
- A mis un pouvoir dans les chants.
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- V
- Le poëte, inspiré lorsque la terre ignore,
- Ressemble à ces grands monts que la nouvelle aurore
- Dore avant tous à son réveil,
- Et qui, longtemps vainqueurs de l'ombre,
- Gardent jusque dans la nuit sombre
- Le dernier rayon du soleil.