Œuvres complètes de Lamartine (1860)/Tome 1/La Providence à l’homme
Quoi ! le fils du néant a maudit l’existence !
Quoi ! tu peux m’accuser de mes propres bienfaits !
Tu peux fermer tes yeux à la magnificence
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- Des dons que je t’ai faits !
- Des dons que je t’ai faits !
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Tu n’étais pas encor, créature insensée,
Déjà de ton bonheur j’enfantais le dessein ;
Déjà, comme son fruit, l’éternelle pensée
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- Te portait dans son sein.
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Oui, ton être futur vivait dans ma mémoire ;
Je préparais les temps selon ma volonté.
Enfin ce jour parut ; je dis : Nais pour ma gloire
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- Et ta félicité !
- Et ta félicité !
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Tu naquis : ma tendresse, invisible et présente,
Ne livra pas mon œuvre aux chances du hasard ;
J’échauffai de tes sens la séve languissante
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- Des feux de mon regard.
- Des feux de mon regard.
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D’un lait mystérieux je remplis la mamelle ;
Tu t’enivras sans peine à ces sources d’amour.
J’affermis les ressorts, j’arrondis la prunelle
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- Où se peignit le jour.
- Où se peignit le jour.
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Ton âme, quelque temps par les sens éclipsée,
Comme tes yeux au jour, s’ouvrit à la raison :
Tu pensas ; la parole acheva ta pensée,
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- Et j’y gravai mon nom.
- Et j’y gravai mon nom.
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- En quel éclatant caractère
- Ce grand nom s’offrit a tes yeux !
- Tu vis ma bonté sur la terre,
- Tu lus ma grandeur dans les cieux !
- L’ordre était mon intelligence ;
- La nature, ma providence ;
- L’espace, mon immensité !
- Et, de mon être ombre altérée,
- Le temps te peignit ma durée,
- Et le destin, ma volonté !
- En quel éclatant caractère
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- Tu m’adoras dans ma puissance,
- Tu me bénis dans ton bonheur,
- Et tu marchas en ma présence
- Dans la simplicité du cœur ;
- Mais aujourd’hui que l’infortune
- A couvert d’une ombre importune
- Ces vives clartés du réveil,
- Ta voix m’interroge et me blâme,
- Le nuage couvre ton âme,
- Et tu ne crois plus au soleil.
- Tu m’adoras dans ma puissance,
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- « Non, tu n’es plus qu’un grand problème
- » Que le sort offre à la raison ;
- » Si ce monde était son emblème,
- » Ce monde serait juste et bon. »
- Arrête, orgueilleuse pensée !
- À la loi que je t’ai tracée
- Tu prétends comparer ma loi ?
- Connais leur différence auguste :
- Tu n’as qu’un jour pour être juste ;
- J’ai l’éternité devant moi !
- « Non, tu n’es plus qu’un grand problème
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- Quand les voiles de ma sagesse
- À tes yeux seront abattus,
- Ces maux dont gémit ta faiblesse
- Seront transformés en vertus.
- De ces obscurités cessantes
- Tu verras sortir triomphantes
- Ma justice et ta liberté :
- C’est la flamme qui purifie
- Le creuset divin où la vie
- Se change en immortalité !
- Quand les voiles de ma sagesse
Mais ton cœur endurci doute et murmure encore :
Ce jour ne suffit pas à tes yeux révoltés,
Et dans la nuit des sens tu voudrais voir éclore
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- De l’éternelle aurore
- Les célestes clartés !
- De l’éternelle aurore
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Attends ; ce demi-jour, mêlé d’une ombre obscure,
Suffit pour te guider en ce terrestre lieu :
Regarde qui je suis, et marche sans murmure,
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- Comme fait la nature
- Sur la foi de son Dieu.
- Comme fait la nature
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La terre ne sait pas la loi qui la féconde :
L’Océan, refoulé sous mon bras tout-puissant,
Sait-il comment, au gré du nocturne croissant,
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- De sa prison profonde
- La mer vomit son onde,
- Et des bords qu’elle inonde
- Recule en mugissant ?
- De sa prison profonde
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Ce soleil éclatant, ombre de la lumière,
Sait-il où le conduit le signe de ma main ?
S’est-il tracé lui-même un glorieux chemin ?
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- Au bout de sa carrière,
- Quand j’éteins sa lumière,
- Promet-il à la terre
- Le soleil de demain ?
- Au bout de sa carrière,
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Cependant tout subsiste et marche en assurance.
Ma voix chaque matin réveille l’univers ;
J’appelle le soleil du fond de ses déserts :
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- Franchissant la distance,
- Il monte en ma présence,
- Me répond, et s’élance
- Sur le trône des airs !
- Franchissant la distance,
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- Et toi, dont mon souffle est la vie,
- Toi, sur qui mes yeux sont ouverts,
- Peux-tu craindre que je t’oublie,
- Homme, roi de cet univers ?
- Crois-tu que ma vertu sommeille ?
- Non, mon regard immense veille
- Sur tous les mondes à la fois !
- La mer qui fuit a ma parole,
- Ou la poussière qui s’envole,
- Suivent et comprennent mes lois.
- Et toi, dont mon souffle est la vie,
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- Marche au flambeau de l’espérance
- Jusque dans l’ombre du trépas,
- Assuré que ma providence
- Ne tend point de piége à tes pas !
- Chaque aurore la justifie,
- L’univers entier s’y confie,
- Et l’homme seul en a douté !
- Mais ma vengeance paternelle
- Confondra ce doute infidèle
- Dans l’abîme de ma bonté.
- Marche au flambeau de l’espérance