Œuvres de Vadé/L’enfant et la poupée

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Garnier (p. 127-128).

FABLES

I

L’ENFANT ET LA POUPÉE.

 
Dans une foire un jeune enfant
Promené par sa gouvernante,
Contemplait d’un œil dévorant
Maints beaux colifichets : tout lui plaît, tout le tente ;
Il veut Polichinel, ensuite un porteur d’eau,
Et puis il n’en veut plus. — Voulez-vous une épée ?
— Ah ! oui, mais non ; j’aime mieux ce berceau. »
Il l’eût pris, sans une poupée
Qui le séduisit de nouveau.
On la lui donne ; en sautant il l’emporte,
Chez la maman le voilà de retour :
Aux gens du logis tour à tour
Il fait baiser l’objet qui d’aise le transporte ;
Depuis le matin jusqu’au soir
De chambre en chambre il la promène :
S’il faut aller coucher, il la quitte avec peine.
Et s’endort en pleurant dans les bras de l’espoir ;
En dormant il en rêve, et le jour lui ramène
Sa Mimi ; qu’on l’apporte ; et vite, il veut la voir !
Pendant près de huit jours, avec exactitude

Fanfan joue avec sa catin.
Il paraissait content ; mais le petit coquin
De la possession se fit une habitude.
L’habitude et le froid se tiennent par la main :
Le froid donc s’ensuivit et le dégoût enfin.
Combien de belles sont trompées !
Combien de volages amants !
Hommes, vous êtes des enfants,
Femmes, vous êtes des poupées.