Ainsi soit-il

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H. Fournier, 1839 (1, pp. 34-35).


AINSI SOIT-IL !


1812


Air : Alleluia


Je suis devin, mes chers amis ;
L’avenir qui nous est promis
Se découvre à mon art subtil.
Ainsi soit-il !


Plus de poëte adulateur ;
Le puissant craindra le flatteur ;
Nul courtisan ne sera vil.
Ainsi soit-il !


Plus d’usuriers, plus de joueurs,
De petits banquiers grands seigneurs,
Et pas un commis incivil.
Ainsi soit-il !


L’amitié, charme de nos jours,
Ne sera plus un froid discours
Dont l’infortune rompt le fil.
Ainsi soit-il !


La fille, novice à quinze ans,
À dix-huit avec ses amants
N’exercera que son babil.
Ainsi soit-il !


Femme fuira les vains atours,
Et son mari pendant huit jours
Pourra s’absenter sans péril.
Ainsi soit-il !


L’on montrera dans chaque écrit
Plus de génie et moins d’esprit,
Laissant tout jargon puéril.
Ainsi soit-il !


L’auteur aura plus de fierté,
L’acteur moins de fatuité ;
Le critique sera civil.
Ainsi soit-il !


On rira des erreurs des grands,
On chansonnera leurs agents,
Sans voir arriver l’alguazil.
Ainsi soit-il !


En France enfin renaît le goût ;
La justice règne par-tout,
Et la vérité sort d’exil.
Ainsi soit-il !


Or, mes amis, bénissons Dieu,
Qui met chaque chose en son lieu :
Celles-ci sont pour l’an trois mil.
Ainsi soit-il !
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