Mon petit Arlequin
si triste sur le divan
dans la journée molle et que creuse l'orage
aux labours du printemps
tu as chu comme une feuille balancée
pétale détachée qui s'envole
En culotte de soie de toutes couleurs
tes jambes fines en lignes coupées
par les ramages
voyant paysage d'une féerie
de mauvais aloi
où les pommes ont des yeux
et les oiseaux trois pattes
Tu étales dans l'argenterie d'un crépuscule
tout balancé de pluie et d'arrosage
ta souplesse infernale
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- de sauts périlleux et de scandales
- de sauts périlleux et de scandales
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Arlequin mon petit camarade
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- aux gestes de pantin
- aux gestes de pantin
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qui donc aujourd'hui a tenu
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- la ficelle de ta belle âme
- la ficelle de ta belle âme
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qui donc a tiré l'élastique de tes quatre membres
que je te vois si pâle et si défait
dans ce costume
qui appelle la bâtonnade
d'un pierrot ridicule
Les jardins ont versé leurs odeurs
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- sur la route
- sur la route
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toute une procession de marronniers
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- en fleurs
- en fleurs
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de lilas doubles et de tulipes
quelqu'hirondelle basse écorcha ses ailes
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- au rosier
- au rosier
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et l'orage s'est ouvert
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- ronronnant troupeau d'abeilles
- ronronnant troupeau d'abeilles
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au ciel électrique de lumière
Alors
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- abrités par ta maison claire
- et mariés d'avance sous le joug diluvien
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- de l'averse
- de l'averse
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- abrités par ta maison claire
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nous avons cherché
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- toi familier des planches
- et des ramages et des fards
- et moi voyageur prodigue au mouchoir
- à carreaux faisant mon tour de France
- la double douceur de nos chairs nerveuses
- illuminées par la saison nouvelle
- ses aubes claires et ses rossignols
- j'entendais ruisseler les gouttières
- et s'abreuver la terre molle
- où germent les graines potagères
- j'entendais rabattus par le vent
- les volets claquer au balcon
- et ces intermittences de tonnerre
- toi familier des planches
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Longtemps je garderai aux doigts
le souvenir de ta culotte soyeuse
je te cherchais à travers
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- l'arc-en-ciel
- l'arc-en-ciel
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- et l'odeur des géraniums
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mon petit frère perdu dans les mascarades
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- et les confettis
- et les confettis
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- mon petit dévoyé de l'école
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- que faisons-nous
- que faisons-nous
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Et pourquoi pas plutôt l'atlas ouvert
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- sur nos genoux
- ou bien les rois de France
- sur nos genoux
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Apprendre enfin pour devenir des hommes
Ah ! tu es pris sous moi pris
nous nous entrouvrons sur le néant
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- du monde
- du monde
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Voilà que chancelle le masque de tes yeux
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- ta bouche trop rouge
- ta bouche trop rouge
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où j'ai mordu l'admirable forme
sa lampe à la main
Arlequin est à la fenêtre
son profil ausculte la nuit
la douteuse lumière pose
des ronds ensoleillés
Sur ses hanches satinées
de danseur immobile
et je me tourne inquiet
pour mieux voir
Car dans mon rêve
j'avais ôté son masque
son petit masque de velours
Si bien ajusté
Cependant
à ses joues chaudes
et son visage entier
m'était apparu
Arlequin
regarde-moi
du mensonge
dans un arc si pur
Vais-je découvrir enfin le haut de ton visage
car tes pupilles claires
dans l'échancrure noire
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- Arlequin
- Arlequin
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vais-je savoir
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- quel dieu
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- tu es
- tu es
-
-
-
- quel dieu
-
-
-
-
Mais
dans la nuit venue
où se dresse sur un nuage tourmenté
la petite serpe de la lune enchantée
qui servit à trancher
tant de pavots magiques
Dans la nuit où se recomposent
les jardins échevelés par la pluie
et leurs odeurs mêlées
jeu de patience que brouilla l'orage
je m'éveille
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- Aladin
- Aladin
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Surpris par un rêve incroyable
Est-il vrai que c'était mon visage
une telle ressemblance est-elle possible
mon visage sous ton masque
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- que j'embrassai toute une nuit
- que j'embrassai toute une nuit
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Bientôt, dit-il, je te quitterai pour toujours
le jeu a duré bien longtemps pour mon arlequinade
je ne sais vraiment ce qu'il m'a pris
entend les coqs qui ouvrent les routes
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- de l'aurore
- de l'aurore
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- II faut que j'aille réjouir les villes
- leur petit guignol de planches et d'or
- avant que le matin ne ternisse de rosée
- avant que le matin ne ternisse de rosée
- mon brillant costume
- Il faut que j'aille danser
- rejoindre Colombine
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- et tous les autres
- et tous les autres
-
- rejoindre Colombine
- que serait la comédie sans Arlequin
- Vraiment que serait la comédie
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- tu n'y songes pas
- tu n'y songes pas
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Il parlait à demi tourné vers la fenêtre
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- et l'ombre me cachait sa figure
- c'est alors que m'étant levé
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- pour le rejoindre
- d'une jambe souple
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- il sauta
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- dans le vide
- dans le vide
-
- il sauta
-
-
- pour le rejoindre
-
- et l'ombre me cachait sa figure
-
Arlequin
le masque détaché par la chute
vient s'abattre oiseau triste
dans mes mains
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- et je ne vis plus
- sur les routes de l'aurore
- et je ne vis plus
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S'en allant à reculons
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- avec des gestes de parade foraine
- qu'un petit pantin mécanique et bouffon
- dont le visage levé
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- IDENTIQUE AU MIEN
- .....souriait obstinément vers le jour
- IDENTIQUE AU MIEN
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- avec des gestes de parade foraine
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