Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/P

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O Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 Q


PACTHOD (MICHEL-MARIE, comte)[modifier]

né le 16 janvier 1764 à Saint-Julien, ville démembrée du département du Mont-Blanc pour former le département du Léman, et naturalisé français le 14 août 1816, exerçait, dès 1786, la charge de commissaire-auditeur des guerres à Carouges, lorsqu’il fut admis au service militaire en Piémont. Le 15 décembre 1792, il fut nommé, par le représentant du peuple Hérault de Séchelles, capitaine d’une compagnie franche du Mont-Blanc à l’armée des Alpes, et devint chef du 2e bataillon des volontaires nationaux du même département le 1er mai 1793. Il se fit remarquer au siège de Toulon. En récompense de la bravoure et de l’intelligence que Pacthod montra dans toutes les actions qui eurent lieu contre cette ville, et dans l’une desquelles il fut blessé d’un coup de canon, les représentants du peuple, en mission à Toulon, le firent adjudant-général chef de brigade, et lui confièrent le commandement temporaire de Marseille. 5 000 Toulonnais ayant marché contre cette dernière ville, Pacthod se mit à la tête de la garnison, composée de 900 hommes, les repoussa et les poursuivit jusque sous les murs de Toulon, où il entra quelques jours après et rétablit l’ordre. Il revint à Marseille au moment où les égorgeurs s’étaient emparés du fort Jean et massacraient les prisonniers ; il se transporta dans ce fort, arrêta les massacres et fit saisir les principaux assassins. Les représentants du peuple le nommèrent général de brigade le 7 prairial an III.

Dans le mois de vendémiaire an IV, le représentant Fréron lui ôta son commandement et l’envoya à l’armée des Alpes. Le général Pacthod attribua cette mesure arbitraire à une dénonciation adressée à la Convention sur sa conduite contre les révoltés toulonnais, en prairial. À cette occasion, les représentants du peuple dans le département du Mont-Blanc firent le plus grand éloge des qualités morales et des talents de cet officier, noté comme paraissant avoir reçu une éducation distinguée.

En l’an V, le général Kellermann certifia qu’il avait servi sous ses ordres, à l’armée des Alpes, avec beaucoup de zèle et d’activité. En l’an VI, le général Augereau demanda qu’il fût employé et lui confia le commandement de la place de Strasbourg ; réformé par le Directoire, le 5 prairial, par suite des préventions qu’avaient fait naître contre lui les friponneries de son secrétaire qui avait fait de faux bons, le général Pacthod s’en justifia, en faisant observer que le délit avait été commis dans la partie administrative, absolument étrangère à sa surveillance et à sa responsabilité. Les représentants du peuple du Bas-Rhin et l’administration centrale du département certifièrent que personne ne s’était plaint de lui pendant qu’il avait commandé à Strasbourg, et qu’il était généralement aimé et estimé dans cette ville. Mis de nouveau en activité le 15 fructidor an VII, il servit à l’armée de Hollande. Nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, électeur du département du Léman, et commandant de l’Ordre le 25 prairial, il passa au 1er corps de la grande armée en fructidor an XIII. Pacthod fit les campagnes des ans XII et XIII à l’armée de Hanovre et celles de la grande armée jusqu’au milieu de 1808. Le 4 novembre 1806, au combat de Crevismulen, Pacthod culbuta l’arrière-garde des Prussiens, et se distingua, les 6 et 7 du même mois, à la prise de Lubeck. Le prince de Ponte-Corvo, à la suite de ces glorieuses journées, demanda pour Pacthod le grade de général de division. Il se couvrit de gloire et contribua puissamment au gain de la bataille de Mohreingen, le 25 janvier 1807, où il reçut un coup de biscaïen à la hanche gauche. À la bataille de Friedland, le 14 juin, le 1er corps, dont le général Pacthod faisait partie, ayant fortement secondé le succès de cette journée, le duc de Bellune demanda de nouveau de l’avancement pour cet officier général, mais l’Empereur ajourna de faire droit à cette demande jusqu’à la première victoire remportée sur les armées espagnoles. Cette occasion se présenta bientôt. En octobre 1808, ayant passé au 1er corps de l’armée d’Espagne, il enleva, le 16 novembre, la position de l’ennemi à Espinosa, et l’issue de cette glorieuse bataille décida cette promotion méritée et promise. Créé général de division sur le champ de bataille, Pacthod se distingua d’une manière plus brillante encore le 2 décembre suivant, à l’attaque de Madrid, et à Uclès, le 13 janvier 1809, où toute l’infanterie espagnole fut faite prisonnière de guerre. Le 21 mars, il prit le commandement d’une division à l’armée d’Italie. À l’attaque du fort de Malborghetto, il sauta le premier dans les retranchements et s’en empara le 17 mai suivant. Il cueillit de nouveaux lauriers, le 14 juin, à la bataille de Raab et à celle de Wagram, où il reçut une blessure grave. Le 9 mai 1810, Pacthod passa à l’armée de Naples ; mis en disponibilité le 23 décembre 1811, il reçut, le 16 mars 1812, l’ordre de se rendre à l’armée d’Illyrie. Le 18 janvier 1813, il commanda la 1re division du 1er corps de l’armée d’observation d’Italie, et, le 17 mars suivant, la 2e division du même corps. Passé au 12e corps de la grande armée le 24 avril, il fit la campagne de Saxe. Ce général prit une part très-active à la bataille de Bautzen, le 20 mai, et reçut de Napoléon le titre de comte de l’Empire. Le 28 du même mois, Pacthod obligea 8 000 Prussiens à mettre bas les armes à Hoyerswerda, et versa de nouveau son sang pour la patrie à la bataille de Hanau. L’Empereur le créa grand officier de la Légion-d’Honneur le 22 juillet suivant.

Le 31 octobre de la même année, à l’attaque du pont de Saxe-Hausen, à Francfort-sur-le-Mein, il commandait en chef un corps d’armée de deux divisions de la jeune garde, en remplacement du maréchal duc de Reggio, couvert de blessures, lorsqu’il fut lui-même grièvement atteint d’un coup de feu à l’épaule gauche. Le 24 janvier 1814, il commanda les gardes nationales de Sens, Montereau, etc. Dans la campagne de France, le général Pacthod se trouvait placé, le 25 mars, à la tête d’un corps de 8 000 hommes, auxquels il avait fait jurer de vendre chèrement leur vie ; il soutint pendant six heures un combat sanglant à la Fère-Champenoise ; mais, accablé par des forces innombrables, dirigées par l’empereur Alexandre et le roi de Prusse, il se vit forcé de se rendre prisonnier avec ses troupes, dont plus de la moitié était hors de combat. Les deux souverains, témoins de cette défense héroïque, l’accueillirent avec distinction sur le champ de bataille même. Pacthod s’empressa d’adhérer à la déchéance de Napoléon qui eut lieu quelques jours après.

À la suite des événements du 20 mars 1815, Pacthod ayant reçu du gouvernement impérial l’ordre de se rendre à l’armée de Alpes pour y prendre le commandement de la 13e division militaire, n’obéit pas à cette injonction, fut remplacé le 10 mai 1815 et mis en disponibilité. Le 1er juillet 1818, Louis XVIII le nomma inspecteur général d’infanterie dans les 8e et 9e divisions militaires. Le 30 décembre suivant, compris comme inspecteur général d’infanterie dans le cadre d’organisation de l’état-major général, et mis en disponibilité le 30 décembre 1819, le général Pacthod comparut devant le 1er conseil de guerre permanent, séant à Paris, le 21 septembre 1822, comme accusé de s’être porté à des voies de fait envers un adjudant de la ville de Paris, de service au jardin Beaujon. Le conseil de guerre acquitta le comte Pacthod à l’unanimité, le déclarant non coupable d’injures et de voies de fait envers ledit adjudant, et le déchargeant de toute espèce de blâme et de culpabilité dans l’action portée contre lui. Membre de la commission de révision du Code de justice militaire le 15 juin 1822, et remis en disponibilité le 1er mars 1823, le général Pacthod obtint sa retraite en 1827. Il mourut à Paris le 24 mars 1830. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

PAILLHÈS (ANTOINE, baron)[modifier]

né à Béziers (Hérault), le 25 août 1779 ; déserta le collège à 14 ans pour s’engager dans le 83e régiment, compagnie des grenadiers du célèbre Latour-d’Auvergne. Détaché quelque temps pour aller faire la campagne de Savoie, il revint assister à la bataille de la Montagne-Noire, où fut tué Dugommier, et enleva une redoute et six pièces de canon.

À la prise de Roses, il s’empara avec quelques soldats d’un ouvrage important, et y fut blessé. Passé dans la 61e demi-brigade, le jeune Paillhès fut un des quatre sous-officiers qui se précipitèrent dans le marais, à la droite du pont d’Arcole, pour sauver Bonaparte, qui y avait été renversé. Après avoir fait les campagnes d’Italie et d’Égypte, il gagna à Austerlitz le grade de lieutenant et passa dans la Garde impériale. S’étant distingué au combat de Rio-Secco en Espagne, en 1808, il fut fait capitaine sur le champ de bataille, et le 12 mai 1809 chef de bataillon. Il combattit avec ce grade en Allemagne, en Espagne et en Russie.

Sur la route de Kalouga à Smolensk, dans une attaque de nuit, il passa avec 2 600 hommes de la Garde sur le ventre d’un corps russe de 23 000 hommes. Napoléon paya ce trait d’audace et quelques autres qui suivirent du grade de colonel du 2e régiment provisoire, d’où il passa au 7e des tirailleurs-pupilles de la Garde.

En 1814, le colonel Paillhès fut chargé d’organiser le 90e d’infanterie de ligne. Dans une revue que passa le duc de Berry à Thionville, ce prince donna à l’un des majors la croix d’officier, puis la lui retira pour la donner à un émigré qui venait de lui rappeler des services rendus aux Bourbons ; Paillhès est informé de ce fait, à l’instant il aborde vivement le prince et lui reproche avec énergie l’insulte faite à un brave officier. « Si vous aviez eu affaire à moi, ajoute-t-il en s’exaltant, je vous aurais tué. »

Huit jours plus tard, le colonel Paillhès fut renvoyé en demi-solde et mis sous la surveillance de la haute police, ce qui ne l’empêcha pas d’entrer dans la conspiration ourdie par Lefebvre Desnoettes et les frères Lallemand ; cette conspiration avorta par le débarquement de l’Empereur ; Paillhès alla à sa rencontre jusqu’à Sens et revint à Paris avec lui.

Nommé colonel du 3e tirailleurs de la Garde, il combattit à Waterloo, prit et reprit plusieurs fois le village de Planchenois, et abandonna le dernier le champ de bataille. Le colonel Paillhès refusa de signer la capitulation de Paris ; il voulait qu’on arrêtât Fouché, Davoût et qu’on se battît : la majorité s’y opposa.

Derrière la Loire, on prépara une insurrection qui devait être, dirigée par Excelmans, Chastel, etc. ; mais la majorité encore la fit avorter.

Le jour que Ney fut fusillé, Paillhès fut arrêté comme ayant conçu le projet de l’enlever, si on conduisait le marechal à Grenelle. On mit Paillhès en liberté, faute de preuves, mais on l’exila deux ans de Paris. Pendant le règne des princes de la branche aînée des Bourbons, le colonel Paillhès se trouva compromis, à tort ou à raison, dans toutes les conspirations, celle de Béfort surtout ; cette dernière lui valut cinq années de détention.

Après les événements de juillet, auxquels il prit part, il fut nommé au commandement de l’École militaire. Le 2 avril suivant, il fut fait maréchal de camp et appelé au commandement de la subdivision militaire de l’Aube ; il fut, à la même époque, créé commandeur de l’ordre de la Légion-d’Honneur. Il était déjà chevalier de la Couronne de Fer et de Saint-Louis.

PAJOL (CLAUDE-PIERRE, comte)[modifier]

fils d’un avocat de Besançon, né dans cette ville le 3 février 1772, vint à Paris en 1789 pour y faire son droit, et se mêla aux mouvements populaires de l’époque. Sergent d’une compagnie de volontaires patriotes, il assista à la prise de la Bastille et combattit toute la journée à côté et sous les ordres d’Hulin.

De retour dans sa famille, après son cours de droit, il partit le 1er janvier 1791 comme sergent-major du 1er bataillon du Doubs ; mais M. de Narbonne le nomma bientôt sous-lieutenant au régiment de Saintonge. Le 20 septembre il assista à la bataille de Valmy comme lieutenant de ce corps de grenadiers surnommé Colonne Infernale. Le premier il entra dans Spire, fut nommé capitaine, se distingua à la bataille d’Hocheim (1793), s’empara, le 8 avril, dans une sortie de nuit, d’une des redoutes de Bibrich, défendue par 150 Hessois et 3 pièces de canon, fut grièvement blessé et n’en ramena pas moins les 150 Hessois prisonniers.

Aide-de-camp de Kléber en 1794, il combattit à la bataille de Marchiennes, à celle de Fleurus, au combat du mont Patissel, à la prise de la montagne de Feu, aux batailles d’Esnous et de la Roër et au siège de Maëstricht. Il y donna tant de preuves de valeur, qu’il fut chargé de porter à la Convention 36 drapeaux enlevés à l’ennemi. Cela est consigné dans le document suivant :

Extrait du procès-verbal de la Convention nationale, du 22e jour de brumaire, l’an III de la République française une et indivisible.

PAJOL, aide-de-camp du général Kléber, se présente à la barre et dit :
« Je viens déposer au sein de la Convention nationale trente-six drapeaux que l’armée de Sambre-et-Meuse vient tout récemment d’enlever à vos ennemis. Un lui a été enlevé au mont Palissel, quatre au célèbre combat d’Esnous et les trente et un autres ont été déposés sur les glacis de Maëstricht devant les soldats de la liberté. »
La Convention nationale décrète la mention honorable, insertion au Bulletin, et que son président lui donnera l’accolade fraternelle.
Visé par le représentant du Peuple, inspecteur aux procès-verbaux.

JOSEPH BECKER.

Collationné à l’original par nous, représentant du peuple, secrétaire de la Convention, à Paris, le 25 desdits mois et an.

DUVAL-MERLINO.

En 1796 sa belle conduite à Altenkirchen lui mérita le grade de chef d’escadron sur le champ de bataille. Il fit, avec le 4e hussards, la campagne de 1797 et mérita les éloges de Hoche au passage du Rhin à Neuwied. Il se distingua encore à la bataille d’Ostrak et à celle de Liebtingen, où il chargea l’infanterie ennemie et lui fit deux bataillons prisonniers. Le ler hussards passa en Suisse sous les ordres de Masséna. Le chef d’escadron Pajol s’y distingua par son intrépidité réfléchie autant que par son bouillant courage. Ayant eu son cheval tué dans une charge, il tomba au pouvoir de l’ennemi. Son régiment qui s’aperçoit de cette perte, exécute une nouvelle charge et retire son commandant des mains de l’ennemi ; Pajol, que les Autrichiens avaient dépouillé de ses habits, monte en chemise un cheval de prise, redouble la charge, fait un horrible carnage des Autrichiens et ramène bon nombre de prisonniers. Masséna le proclama à l’instant colonel.

Passé au 6e hussards, à l’armée d’Italie, il perdit presque tout son régiment à la bataille de Novi, revint en France pour le remonter, rentra en campagne à l’avant-garde de Lecourbe, se signala dans tous les combats, reçut en 1801 un sabre d’honneur, à la bataille de Neubourg, pour avoir enlevé 200 prisonniers à un régiment de cuirassiers, et mérita les éloges de Moreau à Hohenlinden. Général de brigade à la suite des batailles d’Ulm, de Léoben et d’Austerlitz. Il fit les campagnes de Prusse et de Pologne en 1806 et 1807, et se distingua particulièrement à la Passarge et à Gutstadt. À la bataille d’Heilsberg il soutint, avec trois régiments, la charge de toute la cavalerie ennemie, et donna le temps à la cavalerie française de se rallier. Après la bataille de Friedland il passa le premier la Pregel et entra à Tilsitt avec l’ennemi.

En 1809 il commanda toute la ligne d’avant-postes en Bohême et reçut en 1809 la déclaration de guerre de l’Autriche dont les forces l’assaillirent sur tous les points. Il les contint avec 2 000 hommes jusqu’à l’arrivée de Davoût. Napoléon, témoin de son intrépidité à Eckmühl, le créa commandeur de la Légion-d’Honneur. À la bataille de Wagram, il soutint tous les efforts que fit la cavalerie ennemie pour se porter sur le Danube et la battit. Lors de l’expédition de Russie, il forma l’avant-garde de Davoût, passa le premier le Niémen, le 24 juin, s’empara de Kourno, fit prisonnier, un bataillon russe, prit Eré, Zimori, Wilna, Minski et les immenses magasins de cette ville. Instruit que le grand parc d’artillerie du général Bagration avait choisi une route difficile, il se mit à le poursuivre avec 100 des meilleurs chevaux de son avant-garde. Cette expédition lui valut le grade de général de division le 7 août 1812. Les services qu’il rendit dans cette campagne sont innombrables. À la Moskowa il soutint les plus grands efforts des Russes, vit périr à ses côtés les généraux Montbrun, Caulincourt, Désirat et ses propres aides-de-camp. Enfin débordant avec sa cavalerie la grande redoute des Russes, pendant que l’infanterie l’enlevait, il força l’ennemi à la retraite.

Le 9, ayant occupé Mojaisk, il fit deux bataillons russes prisonniers, eut le bras droit cassé d’un coup de fusil, son cheval tué, et n’en poursuivit pas moins l’ennemi jusqu’à Moscou. Il accompagna l’armée dans sa fatale retraite, et à peine guéri de sa blessure, il combattit en 1813 à Lutzen, à Bautzen, à Buntzlau, à Dresde. Ce fut de l’une de ses pièces que partit le boulet qui emporta les deux jambes à Moreau.

Le général Pajol protégea la retraite du corps de Vandamme dont il reçut les débris et garda les débouchés de la Bohême. Ce fut dans cette position que Napoléon ayant manqué d’être pris par le peu de surveillance des piquets de sa garde, s’écria devant tout son état-major qu’il n’avait plus de généraux de cavalerie que Pajol ; que celui-là savait non-seulement se bien battre, mais ne pas dormir, se bien garder et n’être jamais surpris, et qu’il lui fit expédier l’ordre de se rendre près de lui.

À la tête du 5e corps de cavalerie, Pajol soutint le choc de la cavalerie ennemie réunie contre lui à Wachau. Dans une charge, un obus éclatant contre le poitrail de son cheval, l’enleva, dit-on, à plus de 20 pieds en l’air, lui cassa le bras gauche et lui fractura les côtes. Ce coup extraordinaire, et qui tient du prodige, fit dire à l’Empereur, en voyant les débris du cheval du général Pajol : « Je fais une grande perte que je ne remplacerai pas de sitôt, et si Pajol en revient, il ne doit plus mourir. »

En 1814, et deux mois après ce fait, il vint, le bras en écharpe, offrir ses services à l’Empereur qui lui confia le commandement de l’armée d’observation de la Seine, de l’Yonne et du Loing. Le 17 février, à six heures du matin, il débouchait des bois de Valence, chassant vigoureusement l’ennemi devant lui jusqu’à son corps de bataille qu’il attaqua, croyant être soutenu par Victor qui devait se trouver là à la même heure. Victor ne parut point, et Pajol, luttant seul contre l’armée ennemie, avait perdu 19 pièces sur 24 et beaucoup de monde, et se disposait à la retraite, quand Bertrand accourut à toute bride, lui recommander de tenir, en lui annonçant le général Gérard qui avait succédé à Victor. Pajol fit alors un effort surhumain, chargea de nouveau sur la route de Montereau, culbuta l’ennemi au milieu d’un feu terrible, lui enleva 5 000 hommes, toute son artillerie, et le poursuivit sur les deux rives de l’Yonne jusqu’à la nuit qui le sauva d’une destruction totale.

Cette charge, l’une des plus belles qu’on puisse citer, valut à Pajol la croix de grand officier conférée sur le champ de bataille. Napoléon lui dit en l’embrassant : « Si tous les généraux m’avaient servi comme vous, l’ennemi ne serait point en France. »

Sous la Restauration, Pajol continua à servir, il organisa et commanda les quatre régiments du roi. En 1815, il fit sa soumission à l’Empereur, dès le 21 mars, distribua la cocarde tricolore à ses soldats, et proposa à Napoléon de marcher immédiatement sur Bruxelles avec les 18 000 hommes de l’armée de la Loire.

Nommé Pair de France, et commandant en chef du ler corps de cavalerie, il entra le 15 juin à Charleroi, se mesura le 16 avec des forces supérieures, et le 17 enleva à l’arrière-garde prussienne 10 pièces de canon, tous ses équipages et un grand nombre de prisonniers. Napoléon le décora du grand cordon de la Légion-d’Honneur. Le 18, il prit Namur, et, entendant sur la grande route de Bruxelles une canonnade terrible dans la direction de Waterloo, il se dirigea de ce côté, arriva vers cinq heures sur la Dyle et informa Grouchy de son arrivée. Celui-ci lui fit dire de passer la Dyle ; mais ce mouvement effectué devint inutile, puisque le 19 on connut le désastre de Waterloo. Pajol proposa de tomber sur le flanc gauche des Anglo-Prussiens avec 36 000 hommes réunis sur un seul point ; mais, n’ayant pu se faire écouter, il fit sa retraite en bon ordre jusqu’à Paris, demanda que cette ville se défendît, avec tant de chaleur que Davoût donna à Excelmans, qui refusa, l’ordre de l’arrêter, puis il suivit l’armée derrière la Loire et fut mis à la retraite sur sa demande le 7 août. En 1830 ce fut Pajol qui prit le commandement en chef de toute l’insurrection qu’il encouragea de toutes ses forces ; mais cet honneur lui fut enlevé par La Fayette, puis par Gérard. Il prit alors le commandement en second. Chargé de poursuivre et de détruire l’armée (environ 14 000 hommes qui entouraient Charles X à Rambouillet), il se mit à la tête des Parisiens armés dont on était bien aise de débarrasser la capitale, réunit environ 1 600 omnibus, gondoles, fiacres et cabriolets, partit de Paris le 3 vers trois heures, fit 13 lieues en six heures avec 15 000 hommes armés, sans vivres, sans argent et huit pièces de quatre que M. Degousée, son ami et son aide-de-camp, eut la pensée d’enlever de Saint-Cyr. Dix autres mille hommes, ouvriers, étudiants, volontaires, suivaient ce convoi ridicule. Au reste, Pajol ne se dissimulait pas que si Raguse et Bordesoulle, qui commandaient les troupes royales, n’avaient pas oublié leur métier, son armée serait taillée en pièces. Un seul officier général lui avait offert ses services, c’était Excelmans ; un autre, le brave colonel Beauvais-Poque, commandait une partie de l’expédition. Tout tourna à l’avantage de Pajol, Charles X eut peur et suivit sa route avec précipitation. Pajol entra en vainqueur à Rambouillet, d’où il revint avec les chevaux et les équipages de la cour et un caisson contenant les diamants de la couronne. Le 26 septembre Pajol eut le commandement de la 1er division militaire. Le 19 novembre 1830 il fut appelé à la Chambre des Pairs. Le 29 octobre 1842 il fut remplacé dans sa division par Tiburce Sébastiani et mis en disponibilité.

Le brave et intrépide Pajol est mort le 8 mars 1844. Napoléon n’avait pas eu le temps de le faire maréchal. Les deux gouvernements qui lui ont succédé n’ont pas songé à acquitter cette dette sacrée.

PAMPHILE-LACROIX (FRANÇOIS-JOSEPH, vicomte de)[modifier]

né à Aimargues (Gard), le 1er juin 1774, d’un père, juge au tribunal criminel du département de l’Hérault, reçut une éducation conforme à la position que sa famille avait dans le monde. Le 12 mai 1792, le jeune Pamphile entra dans le 14e régiment d’infanterie, ci-devant Forez, comme sous-lieutenant, et fit en cette qualité les campagnes de la Champagne et de la Belgique. Son courage, ses heureuses dispositions le firent appeler, en avril 1793, à l’état-major de l’armée du Nord, commandée par le général Dampierre. Il se rendit ensuite auprès du général de brigade Macdonald, commandant le régiment de Picardie, et remplissant alors les fonctions d’officier général sur les bords de la Lys. À partir de cette époque, et pendant dix années, ses services se lient intimement à ceux du chef illustre dont il fut avec justice l’officier de prédilection. Il se rendit digne de la confiance de Macdonald, par la valeur qu’il déploya sur les champs de bataille du département du Nord, de la Belgique, de la Hollande, de l’Italie, ainsi qu’à la prise de Terracine, où il eut la cuisse gauche traversée d’une balle. En récompense de sa brillante conduite dans cette journée, ce brave militaire fut élevé au grade de chef de bataillon. Il combattit avec non moins de distinction à l’attaque de Capoue et à la prise de Naples, où ses services lui valurent le rang d’adjudant-général. À la bataille de la Trébia, il prit le commandement de la division de réserve, qui présentait moitié de l’effectif de l’armée, et eut deux chevaux tués sous lui.

À la tête de ce corps il culbuta, aux combats de la Nuza et de la Duchessa, les colonnes ennemies qui voulaient couper la retraite de l’armée, leur enleva de vive force la ville de Reggio, s’empara ensuite, dans une attaque de nuit, de Sassuolo, et rouvrit ainsi à l’armée dé Naples les débouchés par lesquels elle effectua sa retraite par les défilés longs et étroits des Apennins, où elle eût pu trouver ses fourches Caudines. Un an après, l’adjudant-général Lacroix traçait autour de Bard, sur les rochers à pic d’Albaro déclarés impraticables, un sentier par lequel la fortune du premier Consul et des armées françaises redescendait en Italie et venait briller à Marengo d’un si vif éclat. Lorsqu’en l’an IX, le général Macdonald fut appelé au commandement en chef de l’armée des Grisons, il chargea l’adjudant-général Lacroix de commander son avant-garde et d’ouvrir, à travers les neiges et les glaces des Alpes, le fameux passage du Splugen. Enfin, en l’an X, il fit partie de l’expédition de Saint-Domingue, où il enleva de vive force la ville de Port-au-Prince. Atteint d’une balle à la poitrine, il reçut, pour prix de ses nouveaux exploits, le grade de général de brigade, dont il avait depuis trois ans si heureusement rempli les fonctions. Le sort semblait avoir destiné le général Lacroix à avoir des commandements supérieurs aux fonctions de son grade effectif : à peine était-il fait général de brigade à Saint-Domingue, que, le général Boulet ayant été blessé, il prit le commandement de la division et soutint avec elle plusieurs combats glorieux sur l’Artibonite, à la Crête-à-Pierrot, aux Matheux et à l’Arcahaie. Chargé d’organiser la défense du département de Cibao, au moment de la défection générale des noirs, le général Lacroix rouvrit les communications, marcha avec les milices espagnoles au secours de la partie française, escalada avec elles les forts d’Ouanaminthe et de Laxavon, et chassa les noirs insurgés des bords de la rivière du Massacre.

De retour en France en l’an XI, il reçut la décoration de membre de la Légion-d’Honneur, puis celle de commandant de l’Ordre la même année. Il se rendit ensuite en Hollande, s’embarqua sur le Texel avec sa brigade pour l’expédition d’Angleterre, et fit enfin, avec cette même brigade, les campagnes d’Ulm, d’Allemagne et du Frioul. Le 24 juin 1808, l’Empereur le nomma baron de l’Empire avec une dotation de 4 000 francs. Promu chef d’état-major de l’armée de Naples en 1809, il se signala par ses services pour la défense du pays contre l’armée anglo-sicilienne. Après la cessation des hostilités, il purgea le pays des brigands qui l’infestaient, et prit une part active à l’organisation de l’administration du royaume. Ayant obtenu un congé pour rentrer en France, il ne rejoignit point en temps opportun, eut quelques démêlés avec l’autorité impériale, et fut, pendant, quelques jours, enfermé dans la forteresse de Montpellier. Toutefois, il n’avait pas entièrement démérité de la confiance de l’Empereur, puisqu’il en reçut le commandement d’une brigade, et qu’à la première Restauration on le porta au cadre de non-activité. Louis XVIII le créa cependant chevalier de Saint-Louis le 8 juillet 1814. Aux premières nouvelles du débarquement de Napoléon, le général Pamphile Lacroix fut nommé, par ordonnance royale contre-signée du maréchal Soult, lieutenant-général honoraire ; mais les événements et l’enthousiasme national ne permirent point aux Bourbons d’organiser leur défense, et vingt jours plus tard, l’Empereur appelait le général Lacroix aux fonctions de chef de l’état-major du 2e corps et lui conférait le grade de lieutenant-général titulaire. À la suite de nos désastres de Waterloo, Napoléon lui prescrivit de rester le plus longtemps possible à la sortie de Charleroi, pour donner des directions aux hommes des différents corps de l’armée qui se retiraient isolés. Le 30 juin, Laguette-Mornay ayant, dans un rapport à la Chambre des représentants, porté atteinte à l’honneur de la 2e division, en disant qu’elle avait été la plus démoralisée dans la déroute du mont Saint-Jean, le général Lacroix prit hautement la défense de ce corps et adressa au président de la Chambre une réclamation tout à la fois respectueuse et énergique, dont la lecture donna lieu à un vote de remercîments des représentants de la nation à la 2e division. On le porta de nouveau sur le cadre de non-activité. En 1819, il prononça l’oraison funèbre du maréchal Serrurier, dans laquelle il ne craignit pas de payer aussi un tribut d’hommages à la mémoire de Masséna, en rappelant que cet illustre guerrier avait eu le malheur de descendre au tombeau avec la douleur poignante de voir sa patrie envahie par les armées étrangères et ses compagnons d’armes en butte aux outrages et à la persécution. Malgré l’expression de ses sentiments, le général Pamphile Lacroix fut appelé à l’activité en 1820 par l’amitié personnelle du ministre Latour-Maubourg, et chargé du commandement de la 7e division à Grenoble. Placé sur le terrain brûlant des conspirations, il se voua franchement à la défense des Bourbons, mais sans abandonner celle de ses anciens frères d’armes : sentiment qui pouvait n’être pas sans danger pour son ambition personnelle.

Bientôt il se trouva en présence de l’insurrection du 20 mars 1821. Pour la réprimer, il mit un empressement blâmable à proclamer la mise de la ville en état de siège : mais l’on doit toutefois reconnaître qu’il accompagna la publication de cette mesure d’une proclamation bienveillante et paternelle, et que, pendant les sept jours qu’il conserva dans ses mains le pouvoir dictatorial, il ne commit aucun acte arbitraire. Le gouvernement approuva toutes les mesures prises par le général Lacroix, et le cordon de commandeur de l’ordre de Saint-Louis fut, le 7 avril suivant, la récompense de son zèle et de son énergie. Peu après, il passa, au commandement de la 5e division à Strasbourg, et se trouva de nouveau en contact avec les conjurés. Sa conduite dans les affaires de Béfort, de Strasbourg et de Colmar, n’est peut-être pas exempte de blâme.

Créé vicomte le 10 août 1822, il obtint, au mois de janvier 1823, le commandement de la 10e division militaire à Toulouse, ainsi que celui de, la 2e division de l’armée d’observation. Un mois plus tard il fit partie de l’armée des Pyrénées, entra en Espagne à la tête de la 6e division et devint membre de la commission de défense du royaume. Nous ne savons pour quel motif il tomba, au mois d’août 1823, dans la disgrâce du prince généralissime. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il ne conserva plus de sa haute position que le titre de gentilhomme de la chambre, qui lui avait été conféré lors de la création de la maison du roi. Il resta en disponibilité jusqu’au mois d’août 1831, époque à laquelle le gouvernement de Juillet le mit à la retraite.

PANNETIER (CLAUDE-JOSEPH)[modifier]

comte de Valdotte, né à Pont-de-Vaux (Ain) le 28 novembre 1769, partit comme volontaire au 3e bataillon de l’Ain le 12 décembre 1791. Caporal le 1er septembre 1792, sergent-major le 8 octobre, lieutenant le 6 janvier 1793, il fit les campagnes de 1792 à l’an II à l’armée du Rhin. Il assista au combat de Kayserslautern les 8 et 9 frimaire an II, et y reçut un coup de feu au bras gauche. Passé, en l’an III, à l’armée d’Italie, il fixa l’attention du général en chef Joubert en enlevant sous ses yeux, au col de Campion, sept postes autrichiens. Le 12 brumaire an V, au passage du Lavis, il s’empara d’une redoute, et le lendemain du pont de Neumarck. Cet officier se distingua particulièrement à la bataille de Rivoli où il reçut un nouveau coup de feu à la jambe droite, et fut nommé capitaine sur le champ de bataille. Le 16 nivôse suivant, Joubert le choisit pour aide-de-camp. Pannetier continua de servir à l’armée d’Italie, de l’an VI à l’an IX. Nommé chef de bataillon le 13 ventôse an Vl, il donna de nouvelles preuves de bravoure à la bataille de Novi. Créé par Championnet adjudant-général chef de brigade le 21 vendémiaire an VIII, il fit partie de l’armée de réserve dans la même année. Le 1er vendémiaire an X, Pannetier entra comme chef de bureau au ministère de la guerre. Élevé au grade de général de brigade le 11 fructidor an XI, et nommé membre de la Légion-d’Honneur en l’an XII, il obtint le titre de commandeur de l’Ordre. Ce général passa le 14 pluviôse an XII à l’armée des côtes, et fut employé à la grande armée en l’an XIV. Le 25 février 1806, il fut attaché au 7e corps commandé par Augereau, en qualité de chef d’état-major général, et confirmé dans cet emploi le 9 mars suivant. Envoyé au 2e corps d’observation de la Gironde le 3 novembre 1807, il ne tarda pas à entrer en Espagne où sa brigade, dont faisait partie le 2e régiment de la garde de Paris, s’avança la première au pas de charge, le 7 juin 1808, sur les retranchements du village d’Alcolea, défendu par 25 000 Espagnols et 12 pièces d’artillerie, et sans répondre au feu meurtrier de l’ennemi, il escalada l’épaulement malgré la profondeur du fossé, culbuta les Espagnols, les égorgea dans leurs ouvrages et s’empara d’Alcolea. Le 31 mai 1809, il fit partie de l’armée d’Allemagne et passa au 1er corps le 7 août de la même année. Le 19 juillet 1810, il prit le commandement d’une brigade de la 2e division d’arrière-garde à l’armée d’Espagne. Le 3 juillet 1811, il emporta d’assaut Sorlada. Dans la nuit du 1er au 2 janvier 1812, ce général ouvrit la tranchée devant Valence, à 80 toises des ouvrages de San Vicente d’Olivetto. En 1813, il battit constamment les partis qui cherchaient à troubler la tranquillité dans la vieille Castille et à intercepter les communications, et conduisit une colonne de 7 000 prisonniers en France. Il obtint alors un congé et rejoignit, le 2 novembre 1813, l’armée d’Aragon et de Catalogne où il commanda la 2e brigade de la 2e division.

Rentré en France, il combattit avec distinction sous les ordres du maréchal Augereau, commandant l’armée de Lyon. Le maréchal, voulant contraindre l’ennemi à évacuer les départements qu’il avait envahis, donna ordre au général Pannetier de se porter par Villefranche sur Mâcon. Le 17 février 1814, ce général culbuta les avant-postes autrichiens à Villefranche, leur fit une centaine de prisonniers et enleva le lendemain Mâcon au général Scheiter, après un engagement assez vif. Le 17 mars, Pannetier, assailli par des masses formidables, eut d’abord sa position enlevée et fut vivement poursuivi par la tête de colonne du général Bianchi ; mais, bientôt soutenu par la réserve, il rentra dans Lage-Longeart à la tête du 4e hussards, et tailla en pièces une brigade ennemie forte de 4 bataillons et de 4 escadrons. Le 20 mars, il se distingua de nouveau à Lyon dans l’attaque que l’ennemi tenta sur le faubourg de Vaize, Le 8 juillet, le roi le nomma chevalier de Saint-Louis. Mis en non-activité dans le mois de septembre, il fut employé, le 14 avril 1815, à l’organisation des gardes nationales sous les ordres du général Rouyer. Nommé général de division le 16 avril, il commandait aux Échelles à l’époque de la bataille de Waterloo, et il ne fit sa retraite que lorsqu’il se vit pressé de toutes parts par des forces supérieures. Le 10 mai, le général Pannetier passa à l’armée des Alpes et prit le commandement de la 6e division de réserve des gardes nationales. Une ordonnance royale du Ier août annula sa nomination au grade de général de division, et le mit en non-activité le 16 du même mois. Compris, le 30 décembre 1818, dans l’organisation de l’état-major général, il obtint sa retraite le 1er décembre 1824. Remis en activité, il commanda le département de l’Ain le 14 janvier 1831. Compris dans le cadre d’activité de l’état-major général le 22 mars de la même année, le roi le créa lieutenant-général le 18 novembre suivant. Placé, le 20 décembre, dans le cadre de réserve, le général Pannetier fut réadmis à la retraite le 1er décembre 1834. Il est mort à Pont-de-Vaux le 3 décembre 1843. Il avait été fait baron de l’Empire en 1808, comte en 1811, et avait pris le nom de Valdotte après la Restauration.

PAOLI (PASCAL)[modifier]

né en 1726, à Morosaglia (Corse), dans le hameau nommé la Shetta. Son père Hyacinthe, un des chefs de la nation avant et depuis le départ du roi Théodore, fut obligé de se réfugier en 1739 à Naples, dont le roi lui donna un régiment. Pascal fut élevé à l’École militaire, et son père, qui était un poète distingué, prit soin de son éducation littéraire. Il était officier dans le régiment de son père, lorsqu’il revint en Corse visiter les parents qu’il y avait laissés : c’était en 1755. La guerre que la République de Gênes continuait à faire à la Corse était à son plus fort, et les représentants de la nation convoqués à Orezza, allaient délibérer sur les chefs qu’ils devaient nommer pour guider le pays dans cette lutte importante. Paoli se rendit à l’Assemblée comme député de Morosaglia ; la renommée de son père, sa bonne mine, peut-être aussi son uniforme, attirèrent sur lui tous les regards.

On savait qu’il avait reçu une brillante éducation, et quant à son patriotisme on n’en pouvait douter ; il fut donc, d’une voix unanime, nommé général en chef de la nation. Il voulait décliner cet honneur, on insista et il fut forcé d’accepter. Il demanda alors qu’on lui donnât pour collègue Mario Matra, homme dé guerre déjà renommé et qui commandait avant lui les nationaux. On applaudit à ce choix, et les deux généraux prirent ensemble les mesures nécessaires pour continuer la guerre.

Cependant des discussions s’élevèrent bientôt entre eux ; Matra, plus expérimenté, leva un corps de partisans, marcha contre son collègue ; mais la lutte se termina par la mort de ce général qui fut tué au siège du couvent de Bozio. Paoli, resté seul général, combattit d’abord avec avantage les Gênois et les troupes françaises venues à leur secours ; puis, vaincu, en 1769, par les forces supérieures du comte de Vaux, il quitta la Corse avec 5 ou 600 de ses partisans, et se retira en Angleterre, où le gouvernement lui donna une généreuse hospitalité. Enfin, après un exil de vingt ans, Paoli fut rappelé en 1790, dans sa patrie, et son voyage de Paris en Corse fut une véritable marche triomphale. Louis XVI le nomma alors lieutenant-général et commandant de l’île.

Cependant la Révolution marchait à grands pas ; bientôt Paoli s’effraya des progrès de la démocratie. Il était arrivé à un âge où l’ardeur de la jeunesse commençait à se refroidir. Ne sachant où s’arrêterait la Révolution française, il craignait pour s,a patrie les secousses qui pouvaient en résulter, et crut qu’il valait mieux pour elle être soumise à un gouvernement qui avait déjà subi de semblables épreuves ; il s’adressa donc à l’Angleterre dont le gouvernement, saisissant avec empressement une semblable occasion d’augmenter ses possessions, envoya aussitôt dans" la Méditerranée une flotte sous le commandement de l’amiral Hood, avec ordre de s’emparer de la Corse.

Les Français qui se trouvaient dans l’île étaient en trop petit nombre pour résister longtemps. Les villes maritimes eurent beaucoup à souffrir. Calvi surtout se fit remarquer par sou dévouement à la France et fut entièrement ruinée ; mais Paoli parvint à faire consentir la population à passer sous le gouvernement des Anglais. Une Consulte générale fut. tenue à Corté en juin 1794, et les députés jurèrent fidélité au roi d’Angleterre et à la constitution que ce prince avait offerte, et qui établissait un Parlement et un vice-roi.

Cependant Paoli, mécontent de la conduite que tenaient les Anglais, se retira à Monticello ; mais ses ennemis crurent qu’il n’était pas prudent de laisser bouder ainsi un homme dont l’influence était encore assez grande pour faire perdre aux Anglais tout ce qu’il leur avait donné ; et le vice-roi, sir Guillaume Elliot, demanda à son gouvernement de l’appeler en Angleterre. Paoli quitta la Corse avec regret mais résigné. Il se rendit à Londres où il vécut jusqu’en 1807 ; les succès de Napoléon réveillaient chez lui de nobles sentiments, il était heureux des triomphes de celui qu’il appelait son élève, et illuminait son palais à chaque grande victoire du Consul ou de l’Empereur.

Il laissa, par son testament, une somme assez forte pour fonder à Corté une université, et à Morosaglia une École primaire supérieure. Ses vœux ont été accomplis.

PARCHAPPE (CHARLES-JEAN-BAPTISTE)[modifier]

né le 4- avril-1787 à Épernay (Marne), d’une famille anoblie par Henri IV au siège d’Épernay. Entra à l’École mili-’ taire de Fontainebleau le 8 décembre 1804, et y fut nommé sergent-major. Sous-lieutenant en avril 1806 au 56* "de ligne, il rejoignit ce corps en Italie, passa en Allemagne, assista comme commandant des détachements auxiliaires aux sièges de Stralsund et de Colbert, fit partie du corps expéditionnaire qui opéra en Danemark sous les ordres du prince de Ponte-Corvo ; et, après la fuite de la Romana, suivit sa division dirigée sur l’Espagne, s’arrêta à Lyon d’où il partit à marches forcées pour aller se joindre à Augsbourg au A’ corps commandé par Masséna. Nommé lieutenant par l’Empereur après la bataille de Ratisbonne, il assista au combat d’Ebèlsberg, passa le Danube devant Vienne avec quelques hommes, alla s’établir dans une maison de plaisance impériale et s’y défendit toute la nuit, continua à se battre héroïquement les jours suivants, et fut décoré de la main de l’Empereur après la bataille d’Essiing.

Blessé à Wagram par un boulet qui enleva son shako ; il suivit sa division après la campagne de 1809 pour assister en Hollande à l’abdication du roi Louis.

En 1814, ce fut encore l’Empereur qui créa capitaine de voltigeurs le lieutenant Parchappe, en souvenir de sa belle conduite à Ëssling. ; . Le capitaine Parchappe fit la campagne de Russie avec distinction et y fut blessé.

En 4813, faisant partie du 2° corps, division Dubreton, il combattit à Dresde, à Wachau, à Leipzig, à Hanau. Sa conduite, dans ces diverses affaires, fut digne des plus grands éloges. Dans la campagne de France, Parchappe se battit à Ligny, à Saint-Dizier, à Brienne, à Chauménil, à la Rothière," à Troyes, etc., et fut plusieurs fois blessé.

Le 28 janvier 1814, il fut nommé chef de bataillon et officier de la Légion-d’Honneur sur le champ de bataille.

La Restauration le laissa inactif ; mais il fit la campagne de Waterloo et fut de nouveau renvoyé dans ses foyers.

En 1823, le commandant Parchappe fit la campagne d’Espagne ; il était chevalier de Saint-Louis, il obtint la croix de Saint-Ferdinand.

En 1823, on le nomma lieutenant-colonel au moment où son régiment (le 51e) allait s’embarquer pour la Guadeloupe, puis colonel de ce même régiment. La révolution de Juillet l’empêcha d’aller le rejoindre aux colonies.

Le 29 juillet, le colonel Parchappe faisait partie de l’état-major’ du général LaFayette- le 31, il prit possession dé la Bourse qu’il fit évacuer ; le 1er août, il fut envoyé en qualité ( de commissaire provisoire à Saint-Cloud. A son retour, il prit le commandement du 15e de ligne. — Il assista aux troubles de Lyon en 1834.

Maréchal de camp en 1835, après 34 ans de service, commandeur de la Lé-gion-d’Honneur, il a été promu au grade de général de division le 12 juin 1848.

PARTOUNEAUX (Louis, comte)[modifier]

né le 26 septembre 1770 à Romilly-Seine. (Aube), entra au service comme grenadier volontaire au 1" bataillon de Paris le 13 juillet 1791, et passa, le 12 janvier 1792, sous-lieutenant au 50e régiment d’infanterie, ci-devant Hainault, où il fut nommé lieutenant le 11 septembre sui-’ vant. Il fit, aux armées du Nord et d’Italie, les campagnes de 1792, sous les ordres des généraux Anselme, Rochambeau et Biron, et se distingua par sa bravoure en. plusieurs circonstances. Promu au grade de capitaine le 15 avril 1793, il contribua, avec un détachement du 50% au succès du combat de Sospello et à la déroute complète des Piémontais à Utelle et à Levenzo le 8 septembre de la même année. Depuis cette époque jusqu’en l’an VII, il continua de servir à l’armée d’Italie, sous les ordres des généraux Dumerbion, Dugommier, Bonaparte, Scherer, Moreau et Joubert. Il prit une part distinguée aux combats de Gillette les 27 et 28 vendémiaire an IL Le 1" brumaire suivant, à la tête de ses

éclaireurs, il chassa plusieurs milliers de soldats et de paysans piémontais qui s’étaient emparés des hauteurs, qui dominent Utelle. Sa couduite,le 4 frimaire, aux combats de Castel-Genest et de Brec, lui mérita les éloges les plus flatteurs de la part du général Masséna, sous les ordres duquel il se trouvait alors.

Appelé au commandement de l’armée de siège de Toulon, le général Dugommier, qui avait su apprécier les qualités militaires du capitaine Partouneaux,,1e " choisit pour être l’un des six officiers qu’il emmena avec lui.

Le 25 frimaire, à l’attaque de -vive force des ouvrages qui défendaient la place, Partouneaux1, qui montait le second à l’assaut, fut grièvement blessé d’un coup de feu qui lui brisa le genou droit, dans les retranchements de la redoute anglaise dont la prise décida la reddition de Toulon. Sa brillante conduite dans cette journée lui valut le grade d’adjudant-général chef de bataillon, qu’il reçut sur le champ de bataille, et dans lequel le confirmèrent les représentants du peuple par arrêté du 30 du même mois.

Le général Dugommier, en lui transmettant son brevet, lui écrivit ces mots : « Reçois le tribut de la reconnaissance nationale. Je te le fais passer avec autant de plaisir qu’il y a eu de justice à te l’accorder. » Longtemps malade par suite de cette blessure,,dont il resta estropié, et employé sur les côtes, ne pouvant plus l’être activement, il fut promu au grade d’adjudant-général chef de brigade le 29 fructidor an III.

Toujours retenu par sa blessure, mais fatigué de ne prendre qu’une part passive aux grands succès du général Bonaparte, il demanda et obtint d’aller rejoindre l’armée d’Italie, où le général en chef l’employa comme chef d’état-major de la division Rey.

Il se fit remarquer par ses talents et sa valeur au combat de la Corona et à la bataille de Rivoli, les 1", 25 et 26 frimaire an V. Dans cette journée, revenant d’une mission secrète qui lui avait été confiée par le général en chef, il rallia ; unc brigade en désordre, refoulée par des forces supérieures et la ramena au combat. Il sut conquérir l’estime et l’amitié du général Joubert par les services importants qu’il rendit pendant la campagne du Tyrol et la marche de l’armée sur la Carinthie.

Le traité de Campo-Formio ayant mis fin aux hostilités, l’adjudant-général Partouneaux fut chargé de plusieurs missions auprès de la cour de Rome et du gouvernement de Venise, et partout il sut se concilier l’estime et l’affection des autorités et des habitants.

La guerre ayant de nouveau éclaté entre la France et l’Autriche, le Directoire le rappela à l’état-major général de l’armée d’Italie, et à la suite des affaires des 6 et 10 germinal an VII, à Bussolengo et sous Vérone, il reçut le grade de général de brigade par arrêté du Directoire du 4 floréal suivant et une lettre de félicitations du ministre de la guerre. Il se distingua encore par sa bravoure pendant toute la retraite de l’armée d’Italie, et particulièrement aux combats de Vérone et d’Alexandrie. Scherer, en remettant le commandement en chef à Moreau, lui dit : Je te présente Partouneaux qui, dans cette campagne, a fait des miracles.

Le 28 thermidor, à la bataille de Novi, Kray et Bellegarde, qui ^formaient la droite de l’armée austro-russe, furent. repoussés par les troupes du général Pé-rignon qui commandait la ’gauche de l’armée française ; la cavalerie du général Richepanse et l’infanterie de réserve aux ordres du général Partouneaux, complétèrent leur défaite sur ce point. Pour réparer les échecs éprouvés par l’armée impériale, Suwarow ordonna une attaque générale sur le front de Pérignon, que Bellegarde chercha à tourner. La colonne chargée de l’attaque était dirigée, par le général Ott. Le général Lemerin la repoussa, et Partouneaux, jeté sur son flanc, la ramena en désordre au bas de la colline ; mais ce général, emporté par son ardeur, s’étaht trop aventuré dans cette circonstance, reçut un coup de biscaïen dans les reins et tomba au pouvoir de l’ennemi, il resta en captivité jusqu’au mois de brumaire an IX, époque à laquelle son échange eut lieu contre M. de Zach, général major de l’armée autrichienne. Le 29 frimaire suivant, le premier Consul lui confia le. commandement d’Ehrenbreitstein et le chargea de la démolition de cette forteresse.

Mis en disponibilité le 1" floréal de la même année, et employé dans la 19e division militaire, comme commandant auxiliaire de la garde du premier Consul à Lyon, le 18 vendémiaire anX, il passa le 26 pluviôse suivant dans la 8e division.militaire, où il prit le commandement du département des Alpes maritimes.

Nommé général de division le 9 fructidor an XI, il se trouva placé, le 12 du même mois, à la tête d’une division du camp de Compiègne, devenu camp de Montreuil, sous les ordres de Ney.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et commandant de l’Ordre le 23 prairial suivant, l’Empereur le nomma électeur du département des Alpes maritimes, en conformité des dispositions du statut organique des constitutions de l’Empire du 28 floréal même année. Mis en disponibilité le 9 brumaire an XIII, puis en non-activité le 11 ventôse suivant, il alla prendre le commande-dément d’une division de grenadiers à l’armée d’Italie, commandée par le maréchal Masséna,le2 vendémiaire an XIV.

A la tête de cette troupe d’élite, il culbuta l’ennemi, le 7 brumaire, au combat de San Michèle. Le lendemain 8, à la bataille de Caldiéro, il formait la réserve avec ses grenadiers. Vers les quatre heures du soir, les Autrichiens ayant fait avancer la leur, composée de 24 bataillons de grenadiers soutenus par 5 régiments de cavalerie, le maréchal Masséna fit également porter en avant la division Partouneaux forte de 11 bataillons. La cavalerie française culbuta celle des Autrichiens, et les grenadiers de Partouneaux, ayant chargé à la baïonnette, décidèrent la victoire. Il donna de nouvelles preuves de courage au combat et au passage du Tagliamento, le’22 du même mois, et enfin au passage de l’I-sonzo le 24.

Le roi de Naples ayant violé le traité du &’ jour complémentaire an XIII, et reçu dans ses ports les Anglais et les Russes avec lesquels il s’allia contre la France, Napoléon ordonna aussitôt au maréchal Masséna de s’avancer sur le territoire napolitain à la tête des troupes dont,il avait le commandement. Le général Partouneaux suivit le mouvement de cette armée, qui prit le nom d’armée de Naples au mois de février 1806. Il s’empara de Capoue, sans beaucoup de résistance, et entra dans Naples avec la division Duhesme, le 13 du même mois.

Joseph ayant été proclamé roi de Nar pies le 30 mars, nomma grand dignitaire de l’ordre des Deux-Siciles, le 19 mai suivant, le général Partouneaux qui était alors chargé du gouvernement de la ville de Naples, de ses forts et de son golfe. Ce général commanda ensuite successivement les provinces des Abruzzes, de la Pouille et des Calabres, et dans ces postes difficiles il rendit des services importants et fit aimer et respecter le nom H.

français dans ces contrées conquises qu’il pacifia.

Vers la fin du mois de juin 1809, les Anglo-Siciliens vinrent longer les côtes de Calabre, cherchant un point favorable pour le débarquement et épiant les signaux convenus avec les mécontents de l’intérieur -, mais le général Partouneaux avait pris des mesures si sévères et si bien concertées que personne n’osa remuer. Quelques débarquements partiels qui eurent lieu sur différents points furent vigoureusement repoussés par les postes français. A la fin du même mois, le général anglais Stuart, ayant été informé que quelques démonstrations, faites par ses ordres dans le golfe de Poli-castro, avaient attiré sur ce point le général Partouneaux avec une grande partie de ses troupes, se décida à tenter un nouveau débarquement aux environs de Scylla. Les troupes ennemies abordèrent sans résistance, et déjà elles se préparaient à attaquer le fort de Scylla, lorsque le général Partouneaux accourut à marches forcées pour s’opposer à cette entreprise. Les Anglo-Siciliens, en le voyant arriver, se rembarquèrent précipitamment, abandonnant sur le rivage leur artillerie de siège, leurs munitions, leurs bagages, leurs vivres, etc.

Obligé de porter ses troupes loin de Scylla, à l’époque où le roi de Naples voulait tenter la conquête de la Sicile, il fit sauter cette forteresse dont les Anglais auraient pu s’emparer en son absence. Cette opération, peu comprise et d’abord blâmée par le roi Joachim, eut ^approbation de l’Empereur, qui,dij ; en l’apprenant, que c’était la seule opération militaire de la campagne. Il commanda l’année suivante, en Calabre, lai" division de l’armée qui menaça la Sicile, et eut à soutenir fréquemment, des combats fort honorables.

Disponible le 19 juillet 1811, et désigné le 23 janvier 184 2 pour être employé au camp de Boulogne, il prit le commandement de la 12° division d’infanterie du 9e corps de la grande armée le 23 février suivant, et fit partie.de l’expédition de Russie. Ce corps d’armée arriva à Smolensk dans les premiers jours de septembre, et prit ses cantonnements depuis cette ville jusqu’à Orsza.

Pendant la retraite de Moscou, le général Partouneaux reçut, le 26 novembre, l’ordre du maréchal de Bel) une de faire avec sa division l’extrême arrière-garde de l’armée, ce qu’il exécuta jusqu’à Borisow.

Cette division, qui au commencement de la campagne avait un effectif de 12,500 combattants, se trouvait alors réduite à environ 3,000 hommes ; néanmoins, elle remplit dignemeutl’honorable mission qui lui avait été confiée. Les instructions données au général Partouneaux lui enjoignaient de faire évacuer Borisow par la masse des traîneurs et des bagages qui l’obstruaient, d’observer les mouvements du général russe Tchitchagow, qui était en position sur la rive droite de la Bérésina, ainsi que ceux des généraux Wittgenstein et Platow qui suivaient l’armée ; enfin, de se conformer avec sa division au mouvement général de retraite.

Le 27 novembre, dans la matinée, le général Delaître, laissé à Borisow avec deux régiments de cavalerie légère pour se joindre à la 12° division d’infanterie, et former de concert avec elle l’arrière-garde de toute l’armée, fut prévenu d’une tentative que paraissaient vouloir faire sur la ville les troupes ennemies qui occupaient la redoute située au delà du pont brûlé sur la route de Minsk. Il prit aussitôt ses mesures pour repousser l’attaque qui pourrait être faite, et donna avis au général Partouneaux de ce qui se passait. Celui-ci, qui était à plus de quatre werstes d,e Borisow et dont la marche était retardée par une énorme quantité de traîneurs, y envoya la brigade Camus qui, à son arrivée, s’occupa d’observer l’ennemi, de rétablir l’ordre et de faire sortir de la ville les traîneurs qui l’encombraient. Les 2e et 3e brigades restèrent en position sur la route de Smolensk.

Ayant ainsi pourvu à l’exécution des ordres qu’il avait reçus, Je général Partouneaux se disposait à faire opérer le mouvement de retraite des brigades Billard et Blamont sous la protection de celle du général Camus, qui aurait ainsi formé l’arrière-garde, lorsque arriva le colonel d’Ambrugeac, attaché à l’état-major général de l’armée, qui lui apporta l’ordre du prince de Neufchâtel, de prendre position à Borisow et d’y passer la nuit. Cet ordre, qui pouvait avoir pour objet de fixer l’attention de l’ennemi sur Borisow, d’empêcher les communications entre les différents corps russes et de favoriser la retraite de l’armée, exigeait de nouvelles dispositions.

Le général Partouneaux donnait ses ordres en conséquence lorsqu’il entendit le canon résonner sur la route qui le séparait de la grande armée, et vit refluer sur lui la colonne immense des bagages et des traîneurs. Il était à peu près quatre heures du soir, la route n’était plus libre. La position de la division d’arrière-garde devenait inquiétante ; mais le général Partouneaux dut croire que des mesures avaient été prises pour la soutenir et assurer sa retraite. Il se transporta sur la route de Smolensk pour donner des ordres aux troupes qu’il y avait laissées ; mais quelle fut sa surprise en revenant à Borisow d’y trouver les Russes de l’amiral Tchitchagow au lieu de la brigade du général Camus.

Cet officier général avait été obligé d’évacuer ce village pour aller prendre position au delà de Borisow (route de Wjezelowo). Il fallut livrer.un rude combat : le 44’ de ligné, sous les ordres du chef de bataillon Manne.ville, soutenu par le 126e de la brigade Billard, aborde l’ennemi à la baïonnette, le refoule vers le pont et le force à repasser la rivière ; le général Blamont le suit après avoir laissé, d’après les ordres du général Partouneaux, un bataillon d’extrême arrière-garde, chargé de brûler le pont de la Ska. Ce bataillon, qui appartenait au 55e de ligne et qui était sous les ordres du commandant Joyeux, échappa seul, et, par un concours de circonstances aussi heureuses que singulières, parvint à rejoindre le 9e corps.

A trois werstes environ de Borisow, on rencontra l’ennemi en position sur la route, on l’attaqua avec vigueur ; un feu terrible1 et meurtrier s’engagea de part et d’autre. L’artillerie française, réduite à trois pièces, tira 400 coups, dont une grande quantité à mitraille ; pendant près de deux heures. Le chef de bataillon Sibille ■ qui la commandait, fut blessé d’un coup de baïonnette à la main droite, et sur 42 canonniers il n’en resta que 18,après l’affaire, les autres furent blessés ou tués.

Il était nuit close, la division française était pressée, encombrée par de nombreux bagages accumulés et par une masse considérable de traîneurs sans armes et démoralisés ; l’ennemi, avec des forces bien supérieures, l’enveloppait de de toutes parts. Sur ces entrefaites, arrive un parlementaire qui, après avoir éclairé le général Partouneaux sur sa véritable position, le somme de se rendre au nom du général Wittgenstein.

Malgré la situation critique dans laquelle il se trouve, le brave Partouneaux répond au parlementaire : « Je ne « veux point me rendre ; je ne puis vous a renvoyer dans ce moment ; vous serez « témoin des efforts que nous allons faire « pour nous ouvrir un passage. » Cette résolution énergique ne devait point avoir le résultat que s’en promettait le brave général.

Les troupes du général Wittgenstein couronnaient toutes les hauteurs de la droite des Français ; celles de Platow et celles de Tcbitchagow, qui avaient passé la Bérésina aussitôt que Borisow avait été évacué, les resserraient sur leur gauche et sur leur derrière, et le comte Steingell, avec 18,000 hommes et 60 pièces de canon, était établi sur la route entre eux et le reste de l’armée, dont huit werstes les séparaient encore.

Dans ce moment, arrive le capitaine Rocheix, aide-de-camp du général Camus, qui annonce que le pont de Stud-zianka est en feu. C’était une erreur, et l’o,n sut plus tard qu’on avait pris l’incendie d’une ferme pour celui du pont(l). Le général Partouneaux envoie alors au général Camus l’ordre de chercher, à la faveur de la nuit, à passer la Bérésina, soit en la remontant, soit en la descendant à gué ou à la nage, et il le fit prévenir qu’il allait se diriger sur la droite.

A la tête de la brigade Billard, le général Partouneaux gravit la montagne, où bientôt il rencontra l’ennemi. Après avoir erré plusieurs heures dans l’obscurité, à travers des bois, des marais et des lacs ; cette brigade, qui ne comptait plus que 400 combattants, suivie, harcelée par les Cosaques, enveloppée par l’ennemi, exténuée de faim, de fatigue et de froid, et près d’être engloutie par un lac à peine gelée que la neige et la nuit dérobaient à tous les regards, se vit obligée de déposer les armes, après avoir fait tout ce qui était humainement possible pour obtenir un résultat plus heureux ; les deux autres brigades, après avoir passé la nuit à combattre, durent partager le sort de celle du général Billard.

(1 ) Témoin du désespoir qu’il ne put maîtriser quand cette fatale erreur fut reconnue, le général Wittgenstein lui demanda ce qu’il eût pu attendre d’une résistance plus prolongée ?… « Nous auriqns été nous faire tuer plus loin, répondit Partouneaux. »

L’attitude et les efforts du général Partouneaux, dans cette malheureuse circonstance, n’offrait rien que d’honorable pour la gloire de nos armes. II opéra une heureuse diversion et favorisa le passage des restes de la grande armée sur les ponts établis à Studzianka, en empêchant l’ennemi de porter son attention sur ce point.

Le 29’ Bulletin delà grande armée, en rendant compte de cette affaire, s’exprimait ainsi.

« La division Partouneaux partit là nuit de Borisow. Une brigade de cette division, qui formait l’arrière-garde et qui était chargée de brûler les ponts, partit à sept heures du soir ; elle chercha la première brigade et son chef de division qui étaient partis deux heures avant, et qu’elle n’avait pas rencontrés en route. Ses recherches furent vaines. On conçut alors des inquiétudes : tout ce qu’on a pu connaître, c’est que cette première brigade, partie à cinq heures, s’est égarée à six, a pris à droite au lieu de prendre à gauche, et a fait deux ou trois lieues dans cette direction ; que la nuit, et transie de froid, elle s’est ralliée aux feux de l’ennemi, qu’elle a pris pour ceux de l’armée française : entourée ainsi, elle aura été enlevée. Cette cruelle méprise doit nous avoir fait perdre 2,000 hommes d’infanterie, 300chevaux et trois pièces d’artillerie. Des bruits couraient que le général de division n’était pas avec sa colonne et marchait isolément. » D’après ce qui précède, on s’aperçoit facilement que l’Empereur ignorait les obstacles que la division Partouneaux avait rencontrés, les combats Qu’elle avait soutenus, les perles qu’elle avait éprouvées et ses longs efforts pour s’ouvrir un passage. Mieux informé, Napoléon ne tarda pas à rendre justice au brave général, et il lui donna un témoignage d’estime et de satisfaction en accordant, par un traité signé à Dresde, le 19 juillet 1813, trois places gratuites d’élèves au Lycée de Turin, à ses fils.

Rentré de captivité au mois de juillet 1814, le général Partouneaux demeura en non-activité et fut nommé chevalier de Saint-Louis le 13 août de cette année, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 23 du même mois.

Profondément affligé des inculpations contenues dans le 29" Bulletin, et dont il n’eut connaissance qu’à sa rentrée,en France, le général Partouneaux réclama vivement auprès des différents ministres de la guerre qui se succédèrent à cette époque, et leur adressa une relation de ce qui s’était passé à la désastreuse journée de Borisow. Le maréchal duc de Dalmatie l’ayant autorisé, le 6 février 1815, à donner à son Mémoire toute la publicité qu’il jugerait convenable, il s’occupait de recueillir les matériaux et les documents nécessaires pour rédiger un exposé plus complet de sa conduite à l’affaire du 27 novembre 1812, lorsque Napoléon revint de l’île d’Elbe. A peine la nouvelle de cet événement était-elle parvenue à Paris, que par une lettre du S mars, le ministre de la guerre ordonna au général Partouneaux de partir sur-le-champ en poste pour se rendre à Lyon, auprès du comte d’Artois qui devait lui donner de nouveaux ordres.

Malgré les injonctions qui lui furent adressées à plusieurs reprises par If gouvernement impérial, le général Partouneaux ne voulut accepter aucune fonction, et il adressa à l’Empereur lui-même une lettre dont nous extrayons les paragraphes suivants :

« Je n’abandonnerai point un prince malheureux qui n’a à opposer au torrent qu’entraînent et la fortune et le nom de votre Majesté, que des droits et des vertus. ’Votre Majesté a été bien injuste envers moi dans son 29e Bulletin. J’avais fait mon devoir, j’avais fait tout ce qu’on pouvait attendre d’un homme d’honneur dans la situation affreuse où je me suis trouvé, et Votre Majesté me frappe d’un coup’de massue !

« Ceux qui ignorent les ordres que j’avais reçus, ce que j’avais fait, et les obstacles que j’avais rencontrés, m’accusaient, me trouvaient des torts ; les braves qui me connaissaient ne pouvaient m’en supposer, mais ils craignaient pour moi. Je ne me plaignis alors que de l’extrême injustice de Votre Majesté. Chaque jour je suis encore dans la cruelle nécessité d’expliquer cette malheureuse affaire. Humilié, accablé par ce coup, je recueillis des pièces officielles, et je composai une adresse à l’armée. On imprime en ce moment ces pièces à Paris, à moins que mes amis ne soient empêchés de le faire par le retour de Votre Majesté ; quant à moi, je suis sans inquiétude, car ce que j’ai de plus cher, c’est l’honneur !… »

La franchisse avec laquelle le général s’était exprimé dans cette lettre, et son refus constant de prendre du service, n’empêchèrent pourtant point l’Empereur de se montrer bienveillant envers lui. N’apoléon accorda spontanément à ses fils, dans le lycée de Marseille, les trois places gratuites que les événements de 481-4 leur avaient fait perdre à celui de Turin.

Cependant1, le 15 juin, le maréchal prince d’Eckmùhl, alors ministre de la guerre, écrivit au comte Partouneaux : « Général, vous voudrez bien, au reçu de la présente, partir pour vous rendre à Paris et recevoir une destination. Si vous ne vous conformiez pas à cet ordre, je serai dans la nécessité de demander votre destitution ou votre mise en jugement. » Et le Journal de l’Empire le citait nominativement comme l’un des lieutenant-généraux au nombre de quatre auxquels des commandements de corps d’armée étaient destinés. La catastrophe de mont Saint-Jean mit obstacle aux fâcheuses conséquences que pouvait avoir pour le général Partouneaux un nouveau refus de sa part.

Au second retour des Bourbons, d’affligeants désordres eurent lieu dans le Midi de la France. Une populace égarée par des meneurs, que leur position sociale eût dû éloigner de pareils excès, porta le deuil et la désolation dans un grand nombre de familles. La terreur qu’inspiraient-les exploits de ces soi-disant serviteurs de l’autel et du trône, comprimait et paralysait les efforts delà partie saine de la.population ; qui aurait voulu y mettre un terme.

Dans ces circonstances, le gouvernement royal, par décision du 21 juillet, confia au général Partouneaux le commandement de la 8e division militaire. Après avoir fait reconnaître son autorité à Marseille, cet officier général se rendit à Toulon, où le nouveau gouvernement était toujours méconnu. En route, il apprit que le maréchal Brune venait de quitter Toulon avec une escorte de 60’à 80 chasseurs à cheval du 14* régiment, et que des attroupements considérables se mettaient en mouvement pour s’emparer de sa personne. Le général Partouneaux courut sans perdre de temps au cantonnement anglo-sicilien le plus proche et pria l’officier, au nom de l’honneur et de l’humanité, de donner aide et assistance au maréchal, ce qu’on lui accorda.

Arrivé à Toulon, Partouneaux essaya d’abord inutilement de déterminer la garnison à se soumettre, mais il ne se découragea pas. Il tint aux soldats le langage de l’honneur, leur parla des intérêts dé la patrie, du dépôt précieux qui leur était confié, des armées étrangères qui étaient aux portes. Ils étaient Français, ils l’entendirent !…

A cette malheureuse époque, notre territoire était envahi, et plusieurs de nos places fortes se trouvaient au pouvoir des ennemis. La Provence était occupée par 50,000 Autrichiens ou Anglais qui voulaient s’emparer de Toulon et d’Antibes ; mais ces places, quoiqu’elles eussent arboré le drapeau blanc, n’ouvraient pas leurs portes aux alliés, et d’après les instructions qu’il avait reçues, le commandant de la 8e division militaire les maintenait sur un pied de défense respectable.

Le 25 septembre il adressa de son quartier général de Marseille la proclamation suivante, qui fut affichée sur tous les murs de la ville.

o Habitants de Toulon,

« Si, comme j’aime à le croire, vous êtes les vrais amis du roi, conformez-vous donc à ses pensées, imitez ses vertus, oubliez vos maux passés ! Imitez les courageux habitants d’Antibes, qui ne forment plus qu’un faisceau pour se défendre contre toute agression étrangère, si on pouvait la tenter ! Empêchez ces cris, ces vociférations de quelques malintentionnés qui, sous le masque de l’enthousiasmé, cherchent à exaspérer les esprits, à exciter les vengeances, à provoquer le soldat, tandis que celui-ci, soumis aux ordres de ses chefs, ne répond que par le calme et la plus exacte discipline ! Ne voyez dans les braves qui forment Ja garnison que des Français, prêts comme vous, à sacrifier leur vie pour défendre la noble cause de nos rois ! Le véritable ami du roi est l’ami de l’ordre, de la tranquillité, de l’union ; il.ne cherche point à les troubler.

o Gardes nationales, pénétrez-vous de vos devoirs ; soyez étrangères aux partis, et faites tous vos efforts pour le maintien du bon ordre.

« Soldats, auxquels la garde de Toulon est encore confiée, souvenez-vous que vous êtes Français, et que vous devez compte au roi, à la France entière, de votre fidélité. Aussitôt que je le pourrai, je vous donnerai la permission de retourner dans vos foyers ; mais aujourd’hui, j’ai l’ordre précis de conserver à Sa Majesté toutes les places de guerre de la division, et particulièrement Antibes et Toulon.

« Habitants de Toulon, soldats de la garde nationale et de la ligne, n’ayez plus qu’un désir, ne formez plus qu’un vœu, celui de servir le roi, de sauver la patrie ! Après avoir accompli vos devoirs envers eux, vous avez des droits à leur reconnaissance. »

Cette pièce officielle, où se révèlent les bons sentiments qui animaient le général Partouneaux, fut dénoncée le 27 du même mois au ministre de l’intérieur, par le secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône, comme ayant déplu aux alliés et fait de la peine à lord Exmouth !…

Le comte dé Vatiblanc adressa le 6 octobre une copie de la dénonciation au duc de Feltre, qui lui répondit, le 8, qu’il allait proposer au roi de retirer cet officier général de la 8e division et de le faire passer à un autre commandement.

Cependant les prétentions exorbitantes des généraux ennemis avaient donné lieu à une correspondance dont nous devons donner quelques extraits pour faire mieux apprécier la position dans laquelle se trouvait le digne général, et à quels hommes la France était livrée.

« Si vos1 troupes, écrivait-il aux. généraux ennemis, s’approchent trop près des glacis de ces deux places (Toulon et Autibes ), j’ai donné l’Ordre de faire feu sur elles. Un coup de tocsin, et toute la Provence se lèverait comme un seul homme. »

Le 2 octobre, en donnant ses instructions au général Lardenois, commandant de Toulon’, pour maintenir l’ordre et surtout pour conserver cette place, il lui disait : Avant tout, unissons-nous et soyons. Français, et malgré leur maladie morale, j’aime mieux les soldats français que les Autrichiens et autres, car je me plais h penser que tes coups de fusil les ramèneraient à leurs devoirs envers la patrie.

Le même jour, le général Frémont, commandant en chef les troupes autrichiennes, adressait au comte Partouneaux une lettre datée de son quartier général dé Lyon, et ainsi conçue : « Monsieur lé général, le lieutenant-général baron de Bianchi m’a envoyé la lettre que ’vous avez écrite à M. le général comte de Niepperg en date du 26 septembre. Lé contenu de cette lettre est de nature à me forcer à y répondre moi-même, et à vous faire observer que les principes que vous y manifestez ne sont’ conformes ni à vôtre situation ni à la’ nôtre, et sont en opposition formelle aux arrangements passés entre le gouvernement français et les puissances alliées, arrangements d’autant plus importants et essentiels à maintenir, qu’ils ont été, pour ainsi dire, les préliminaires du traité définitif qui se négocie. Le licenciement général de l’armée française a été ordonné par Sa Majesté le roi de France ; cette mesure a été mise à exécution partout.

« Il a été convenu et arrêté que les garnisons de toutes les places seraient également licenciées ; que les gardes urbaines en formeraient seules les garnisons ; que les places qui obtempéreraient à cette disposition seraient respectées par les alliés ; mais qu’ils conserveraient le droit de traiter hostilement celles qui, n’obéissant pas à cette mesure, se déclareraient par là rebelles aux ordres du roi ; tels sont les ordres de Sa Majesté le roi, Monsieur le général, et vous ne pouvez pas en avoir d’autres.

« Par une disposition particulière à Toulon, le seul li’ régiment d’infanterie a été excepté du licenciement et doit continuer seul à former la garnison, composée encore de plusieurs autres régiments.

« En vertu de cette convention, des places ont été prises, tandis que d’autres ont leurs communications libres et sont respectées.

« En vertu de cette convention, vous m’avez laissé jusqu’aujourd’hui le droit dé traiter hostilement Antibes et Toulon, puisque vous n’avez point achevé le licenciement de vos troupes ; et quand j’ai la modération de n’ordonner que des mesures de simple précaution, dictées surtout par la conduite hostile du commandant d’Antibes, c’est vous, Monsieur le général, qui prenez le ton de la menacé et qui parlez d’une guerre terrible. Vous n’avez pas plus le droit d’en parler que de la faire, et pour terminer des discussions oiseuses et si fort en opposition aux relations qui existent entre Sa Majesté le roi de France et les hautes puissances alliées, je dois, en conformité des conventions existantes et des ordres que j’ai reçus, vous déclarer :

« Que je ferai mettre et continuer le blocus devant Toulon jusqu’à l’entier licenciement des troupes de ligne et des gardes’ nationales qui s’y trouvent encore, à l’exception du 14e régiment d’infanterie de ligne. Dès que le licenciement sera achevé, les communications de cette place seront entièrement libres, les troupes qui,l’observent seront éloignées, et les relations amicales qui existent sur tous les autres goints seront rétablies.

o Quant à Antibes, je réclame l’exécution de la convention conclue pour cette place, en vertu de laquelle elle doit être occupée de concert avec la garde urbaine, dont un détachement sera admis à la possession commune du fort Carré ; mais tous les soldats étrangers à la ville d’Antibes, et qui sont enrôlés dans la garde urbaine en sortiront. La dénomination de garde urbaine indique que ce ne sont que les habitants domiciliés qui peuvent en faire partie. Quand tous les articles de cette convention auront reçu leur exécution et que mes troupes jouiront sans obstacle du libre usage de la route de communication qui passe sous Antibes, elles s’éloigneront d’Antibes après y avoir laissé garnison, et les communications de cette place seront libres comme partout ailleurs.

« J’espère, Monsieur le général, que vous verrez dans cette déclaration toutes les sûretés que vous pouvez désirer pour exécuter, sans inquiétude, les ordres de votre souverain, et satisfaire aux engagements qu’il a pris. »

A la réception de cette lettre, le général Partouneaux adressa, le 6 octobre, au général Frémorit, la réponse suivante : « Monsieur le Général,

« Je reçois la lettre du 2 courant, que vous me faites l’honneur de m’adresser. Je vous prie d’être bien persuadé que je ne fais qu’exécuter les instructions que j’ai dans la conduite que je tiens. Si elle est contraire aux conventions établies, veuillez me faire expédier des ordres par mon roi ou son ministre ; vous en avez la facilité, puisque les souverains alliés sont à Paris. Veuillez être assuré que je les exécuterai tels qu’ils seront.

« Je suis loin de prendre le ton de menace duquel vous parlez ; il ne conviendrait pas à la situation dans laquelle se trouve ma malheureuse patrie ; mais, comme moi, étant militaire, si vous avez des ordres vous les exécuterez. Ainsi, estimez-moi assez pour croire que je remplirai mon devoir, si vos instructions oous mettent dans la nécessité de m’y forcer.

« Je ne connais pas la Convention dont vous me parlez relativement à Antibes, puisque celle du 14 août a été désapprouvée par le ministre. J’ai donc besoin de nouvelles instructions de sa part. »

Le même jour, il écrivit au ministre de la guerre :

« Les Autrichiens veulent absolument occuper Antibes. Mes instructions m’enjoignent positivement de conserver cette place au roi : veuillez me donner vos ordres ; je m’empresserai de les exécuter. Votre Excellence observera qu’ils vont cerner Toulon, et que s’ils veulent franchir les avant-postes de cette place, les hostilités vont commencer. Vu les circonstances, je ne puis expédier des troupes en Corse jusqu’à la réception de nouveaux ordres de Votre Excellence. »

Pendant que cela se passait, le duc de Feltre, ainsi qu’il l’avait promis au ministre de l’intérieur, avait soumis au roi un rapport à la suite duquel une ordonnance du 12 octobre envoya le général Partouneaux prendre le commandement de la 10" division militaire, et le remplaça dans celui de la 8* par un officier général dont les actes devaient moins déplaire aux généraux alliés.

Lorsqu’en 1816, des troubles sérieux agitèrent Toulouse, on dut à la noble conduite et à la patiente modération du général Partouneaux de n’avoir point à déplorer une collision imminente. Confirmé le 20 novembre de cette année dans le titre de comte, qui lui avait été précédemment conféré par l’Empereur, on le comprit dans le cadre d’organisation de l’état-major général le 30 décembre 1818, et on le maintint dans son commandement.

Appelé le 6 décembre 1820, au commandement de la 1" division d’infanterie de la Garde royale, il fut nommé commandeur de l’ordre de Saint-Louis le Ie’ mai 1824, grand-croix de la Légion-d’Honneur le U août 1823.

Élu député en mars 1824, et de nouveau en novembre 1827, il vint siéger à la Chambre, aux travaux de laquelle il prit une part assidue.

Le 29 octobre 1828, il fut créé grand-croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Frappé d’apoplexie quelque temps après, il demanda et obtint de permuter avec le lieutenant-général comte Ricard, commandant la 8e division militaire, et reçut ce dernier commandement par ordonnance du Ie’ janvier 1829. C’est sous sa direction qu’eurent lieu les premiers préparatifs de l’expédition d’Afrique, qui vint ajouter à l’importance de son commandement.

Ce n’est que le dimanche, 1er août 1830, à l’arrivée du courrier, qu’on eut connaissance à Marseille des premiers mouvements de Paris. Entre huit et neuf heures, le général Partouneaux reçut une dépêche télégraphique, en date du 31 juillet, qui l’informait que la Révolution était consommée, que le duc d’Orléans avait été proclamé lieutenant-général du royaume, que toutes les troupes de ligne s’étaient réunies aux citoyens. Par cette dépêche, il était rendu responsable du sang qui serait répandu dans sa division..

Le général, craignant que le mauvais état de sa santé ne lui permît pas de soutenir les nouvelles fatigues que les, circonstances exigeraient, demanda le 2 au matin,parle télégraphe, d’être remplacé dans son commandement.

Cependant, plusieurs jours se passèrent, sans1 qu’il eût été donné suite à sa demande, et, lorsque le 5 août, le drapeau tricolore eut été arboré sur les forts de Marseille, il fit publier une proclamation ainsi conçue :

« Bons et braves Provençaux, au milieu des circonstances graves et difficiles dans lesquelles nous nous sommes trouvés, je ne puis qu’admirer votre conduite. L’ordre et la tranquillité n’ont pas cessé de régner dans la 8e division militaire.

« Confondez vos opinions, et sachez faire à l’intérêt public les sacrifices qu’il réclame.

« Je continuerai à veiller, avec sollicitude au maintien de l’ordre et à la tranquillité, et j’ai la ferme confiance qu’ils ne seront point troublés. »

Le même jour, comme- les chefs des différents services publics manifestaient l’intention d’abandonner leur poste, il fit afficher dans tous les quartiers de la ville une note ainsi conçue :

« Opinion du lieutenant-général commandant la 8" division militaire. •

« Mon opinion est que, dans les circonstances graves qui pèsent.sur notre pays, après les scènes sanglantes qui ont eu lieu, on ne peut abandonner précipitamment son poste avant d’avoir été rem-’ placé, parce que, s’il en était autrement, ce serait livrer la France à toutes les horreurs du désordre et de l’anarchie, et que nous nous devons avant tout à sa gloire et à ses intérêts.

« Quand ensuite les postes qu’on occupe auront été remplis, chacun de nous restera libre de faire ce que sa conscience lui dictera.. »

Une dépêche télégraphique du S août, parvenue à Marseille dans la soirée du 7, fit enfin connaître au général Partouneaux qu’il était remplacé dans son commandement par le lieutenant-général Corsin, qui entra en fonctions le 9. Dès ce moment, le comte Partouneaux vécut éloigné des affaires publiques.

Compris dans le cadre de réserve de l’état-major général de l’armée le 7 février 1831, il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite par décision royale du 25 avril 1832, à compter du 1er mai suivant.

Le général Partouneaux était depuis un mois à Marton (principauté de Monaco), lorsque, te 14 janvier 1835, une attaque d’apoplexie vint l’enlever à sa famille, à ses amis et à la France.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

PASKEWISCH (IVAN FEDEROWITSCH)[modifier]

prince de Varsovie, comte d’Érivan, feld-maréchal des armées russes, lieutenant du royaume de Pologne, chevalier de tous les ordres de Russie de 1" classe, de plusieurs ordres étrangers, décoré du portrait de l’empereur de Russie enrichi de diamants et d’une épée ornée de diamants avec l’inscription : Au vainqueur des Persans, à Elisabetvol, naquit à Pultava, le 8 mai 1782, d’une famille noble et riche ; fut placé dans le corps des Pages,’et, à la suite d’un brillant examen, fut nommé lieutenant de la Garde, ayant rang de capitaine, et en même temps aide-de-camp de l’empereur Paul, qui l’employa à des missions de confiance. Paskewisch fit ses premières armes contre les Français en 1805. L’année suivante, il se trouvait à l’armée de Turquie. Présent à presque toutes les batailles et à tous les assauts, il fut blessé dans cette campagne,’ et conquit tous ses grades à la pointe de F épée. Il fut aussi chargé de négociations, importantes à Constantinople, notamment en 1808, à l’époque où Sélim III fut précipité du trône. Soupçonné d’espionnage, les Turcs voulaient le massacrer ; il se sauva sur une barque à quatre rames, et traversa ainsi un littoral de cent lieues de la mer Noire, que l’on sait être si orageuse. Arrivé à Warna, il persuada au pacha que la paix était conclue, et échappa ainsi à une mort certaine.

Dans cette guerre de Turquie, Paskewisch se distingua souvent. A la mort de Sélim, il y eut un armistice ; mais en 1809 les hostilités recommencèrent. Au siégé de la formidable place de Braïloff, il monta à l’assaut comme volontaire et un des premiers ; — une balle le frappa à la iète. A peine convalescent, il se mit à la poursuite de l’ennemi à la tête d’un détachement, l’atteignit et le tailla en pièces.

Le 27 juillet, au passage du Danube, à la prise de l’île de Tchetali, à l’affaire de Kustendji, à la bataille de Razovat, au siège de Silistri, à la bataille de Ta-taritza, partout Paskewisch se couvrit de gloire et fit admirer sa bravoure.

En 1810, nommé commandant du régiment de Wilobsk, il participa au combat de Mangalia, à la prise de Silistri, à l’assaut de l’importante forteresse de Buzardjik, et déploya la plus grande intrépidité. Le 4 juin, il était sous les mûrs de Warna ; il enleva les batteries qui couronnaient le promontoire de Galatera-bourg, assiégea la forteresse sur la rive opposée du lac, et repoussa vigoureusement deux sorties de l’ennemi. Il fut, pour cette conduite, nommé chevalier de Saint-George, 3° classe, décoration qui ne se donne pas aux simples colonels. Le 23 juillet, il assistait à l’attaque de Schoumla, s’empara d’une hauteur et y plaça deux canons qui firent beaucoup de mal aux Turcs.

Le colonel Paskewisch se couvrit encore de gloire au sanglant assaut de Roustchoufk et â l’affaire de Balyne, où il se fit remarquer d’une manière si éclatante qu’il y reçut le grade de général-major. Dans cette bataille qui dura près de deux jours 19,000 Russes taillèrent en pièces 45,000 Turcs. Le pacha y fut tué ; toute l’artillerie, tout le camp) un riche butin et une flottille furent la proie des vainqueurs. En 1812, lors de l’invasion française, Paskewisch reçut le commandement de la 26e division d’infanterie sous les ordres de Bàgration. À la bataille de Smolènsk il commandait le centre et l’aile gauche composée de six régiments avec 45 pièces de canon. Il fut un de- ceux qui déployèrent le plus de valeur. Il enleva et reprit plusieurs fois des batteries françaises, fit prisonnier un général et eut deux chevaux tués sous lui.

A l’affaire de Wiasma, Paskewisch dirigeait le centre et l’aile droite dé l’armée russe ; il fondit sur nos troupes avec une telle vigueur qu’il les força d’abandonner quatre positions avantageuses. Dans ce fait d’armes important qui coûta dix mille hommes aux deux armées, il donna une nouvelle preuve de son intelligence.

Le 3 novembre, sur le chemin de Smolènsk à Krasnoé, il attaqua, avec une brigade, là queue de la première colonne de la garde impériale, fit 600 prisonniers, parmi lesquels un général,’ enleva 4 canons et tous les bagages.

Le 4 du même mois, sa division fut attaquée par le corps d’armée du vice-roi ; il tailla en pièces une forte colonne, lui fit 800 prisonniers, dont un général, et enleva six canons et deux drapeaux. Deux jours après il repoussa le maréchal Ney qui cherchait à-se faire jour à travers les colonnes russes. Pendant le reste dé la campagne, il commanda l’avant-garde et se trouva continuellement au feu.

Investi à Wilna du commandement du 7" corps, il passa le Niémen et se dirigea sur Polotsk. En janvier 1813, il commandait en chef le blocus de Modlin qui dura six mois, parce qu’il lui était expressément défendu de faire de siège en règle. Il utilisa ce temps à organiser un corps magnifique de 30,000 hommes. Pendant l’armistice de 1813, il commandait la 26e division en Bohême ; il se trouva à la bataille de Kulm.

Ayant de nouveau montré sa bravoure et ses talents sous les murs de Leipzig, il obtint le grade de lieutenant-général, — puis fut employé au blocus de Magdebourg, à celui de Hambourg, et commanda en janvier 1814 la 2e division des grenadiers à la tête de laquelle il se distingua à la bataille d’Arcis-sur-Aube^

C’est lui qui, du 47 au 27 mars, refoula jusqu’aux barrières de Paris nos braves qui combattaient à Bondy, à Belle-ville, à Ménilmontant.

En 1815, Paskewisch fit partie de l’armée russe qui vint en France. En 1817, il accompagna dans ses voyages en Europe’ le grand duc Michel et fat nommé à son retour chef d’une division de la Garde impériale en 1823. Alexandre le nomma son aide-de-camp général.

En août 1826, il reçut le commandement des troupes chargées de repousser les Persans qni avaient envahi la Géorgie ; il livra à Elisavetvol une sanglante bataille au prince Abbas-Mirza, le mit en déroute complète, le poursuivit, et l’obligea d’évacuer les provinces envahies.

Investi du commandement en chef en 1827, il passa l’Araxe, battit de nouveau le prince Abbas-Mirza, se porta sur Êrivan qu’il investit le 25 septembre, e( s’en empara après six jours de tranchée. Il fit la conquête de tout l’Aderbidjan. Abbas, effrayé de ces succès rapides,, demanda la paix.- Une trêve fut conclue ; mais la mauvaise foi des Persans amena la rupture des négociations. Le général Paskewisch recommença vigoureusement les hostilités, prit plusieurs places fortes, et n’était guère éloigné de Tchéron, résidence du Shah, lorsque le vieux Felh-Ali, sans même consulter son fils, envoya des plénipotentiaires à Paskewisch, avec des présents magnifiques, parmi lesquels ce fameux diamant qui passe pour le plus gros de l’univers. — La paix fut signée le 10 février 4828. Paskewisch fut créé comte de l’Empire avec le surnom d’Erivan et un présent d’un million de roubles.

A la reprise des hostilités avec la Turquie, le comte Paskewisch, avec des ressources minimes, lutta avec succès contre des forces considérables. 11 s’empara de la forteresse de Kars considérée comme inexpugnable, de plusieurs places également importantes, remporta les brillantes victoires de Kainli et de Milli-Douzé et entra en vainqueur dans Erze-roum, la plus belle, la plus importante de ses conquêtes qui lui valut le titre de l’ordre militaire de Saint-George de i" classe, distinction que personne ne partage avec l’Empereur. Continuant le cours de ses victoires, il marchait déjà sur Trébizonde lorsqu’il reçut la nouvelle de la paix signée à Andrinople. Paskewisch se porta alors sur la ligne du Caucase pour cbâtier les peupladesinsur-gées de la partie septentrionale de ce pays. Cette expédition heureusement terminée, et la Russie asiatique pacifiée, Paskewisch retourna à Tiflis, son quartier général, en décembre 1830. Mais un orage terrible grondait à l’ouest de la Russie d’Europe ; la Pologne était en feu. Le maréchal Diébitch, commandant en chef l’armée russe contre les insurgés, paraissait au-dessous de sa mission. Il mourut tout à coup du choléra, et le comte Paskewisch fut nommé à sa place au grand contentement de tous. Il arriva à Polotsk, le i4-26 juin 1831 et prit le commandement de l’armée qui se composait de 74 bataillons d’infanterie, de 101 escadrons de cavalerie régulière, de 51 compagnies de Cosaques et 318 pièces d’artillerie. En peu de jours il eut tracé son plan de campagne. Les difficultés étaient immenses ; mais grâce à ses habiles manœuvres, et surtout à la conduite plus qu’incertaine de Skryuecki, il parvint à effectuer le passage de la Vistule, puis s’ouvrit un chemin vers Varsovie. Le 23 août le canon gronda sous les murs de cette capitale et l’attaque commença avec impétuosité. Les Polonais défendirent leur dernier boulevard avec un héroïque courage. Le 26, les colonnes russes pénétrèrent dans les faubourgs et dans la ville même et s’y établirent. Paskewisch y fut atteint au bras gauche d’un boulet qui lui fit une forte contusion ; mais il resta sur le champ de bataille. Le 27, Varsovie avait fait sa soumission ; l’armée n’avait pas mis bas les armes : il’se mit à sa poursuite et la dispersa. Le 23 septembre, la Pologne était retombée sous le joug du Czar. Le maréchal comte Paskewisch d’Erivan fut élevé à la dignité de prince de Varsovie avec le titre d’altesse et la transmission de ce titre à la postérité. Il fut, en outre, nommé lieutenant du royaume de Pologne.

PÉCHEUX (MARC-NICOLAS-LOUIS, baron)[modifier]

lieutenant-général, né le 28 janvier 1769 à Bucilly (Aisne), entra, le 17 août 1792. comme capitaine de grenadiers dans le 4" bataillon de volontaires du département de l’Aisne, amalgamé dans la 41e demi-brigade de ligne, laquelle fut incorporée dans la 17e à l’époque de l’embrigadement. En 1792 il servait à l’armée du Nord sous les ordres de Dumouriez, et il y mérita le grade de chef de bataillon le 8 septembre. Employé, de 1793 à l’an VI, aux armées des Ardennes, de Sambre-et-Meuse et de l’intérieur, il passa à celle d’Italie, à laquelle il resta attaché de ’ l’an VII à l’an IX. Joubert, Moreau, Championnat, Brune, eurent plusieurs fois l’occasion de recommander au gouvernement la brillante conduite de cet officier supérieur, conduite qui lui mérita, le 21 fructidor an VII, le brevet de chef de brigade. Après les campagnes des ans X, XI et XII dans la Ligurie, aux armées gallo-batave et de Hanovre, il fut envoyé au camp de Boulogne. C’est là qu’il reçut, le 19 frimaire an XII, la décoration de la Légion-d’Honneur et. celle d’officier du même Ordre le 25 prairial suivant. Peu de temps après, l’Empereur le nomma membre du collège électoral du département de l’Aisne. Il avait pris, le 41 fructidor an XI, le commandement de "la 95° demi-brigade, à la tête de laquelle il se signala à Austerlitz. Pendant cette bataille, il causa une grande perte à la cavalerie de la garde russe, qui ne put entamer ses carrés. Le colonel Pécheux déploya la même valeur et les mêmes talents en Prusse et en Pologne, en 1806 et 1807, à Schleitz, à Iéna, à Halle, où il culbuta la réserve du prince de Wurtemberg, à la prise de Lubeck, au combat de Span-dâu et à la bataille de Friedland, où son régiment faisait partie de la réserve. Envoyé en Espagne en 1808, il se distingua, dès le début de la campagne, par la prise du plateau de Spinoza. Ce brillant fait d’armes, qui appartient entièrement au 95e régiment, lui mérita, le 24 novembre, la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur et le titre de baron de l’Empire. On le retrouve encore à Tudela, à la prise de Madrid, à Velei, en janvier 1809, à Almaras le 18 mars suivant, et à Medelin le 28 du même mois ; il concourut puissamment, dans cette dernière affaire, à la défaite des Espagnols, et se fit remarquer aux brillantes journées de Talavera, Cuenea et d’Ocafia ; enfin, les services qu’il rendit au siège de Cadix lui firent obtenir, le 23 juin 1810, les’ épaulettes de général de brigade. Peu de temps après il fut investi du commandement de la ville de Xérès, qu’il ne quitta qu’à la fin de 1811, pour se rendre au siège de Tarifa. Immédiatement après la reddition de cette place, le général en chef mit sous ses ordres les troupes de l’aile gauche, avec mission de reprendre le siège de Cadix. Pendant la retraite de l’armée du duc de Dalmatie de l’Andalousie, et la poursuite de lord Wellington, le maréchal lui confia la direction de l’avant-garde, avec laquelle il mit en déroute, devant Samrenos, l’arrière-garde ennemie. Nommé général de division le 30 mai 1813, il fut mis, le 9 août suivant, à la disposition du maréchal prince d’Eckmuhl, commandant le 13C_ corps à Hambourg. Le général Pécheux quitta cette ville pour se porter sur Magdebourg avec sa division, forte de 8,000 hommes, dans le dessein de chasser les Prussiens des positions qu’ils occupaient aux environs de la place. Le général comte Walmo-•den, instruit de son projet par des lettres interceptées, déroba aux. Français le nombre de ses troupes, et les attaqua presque à l’improviste avec des forces supérieures. Obligé de battre en retraite, Pécheux opéra ce mouvement rétrograde avec le plus grand ordre, et en disputant pied à pied le terrain à l’ennemi ; il perdit dans.cette retraite tous ses équipages, et deux de ses aides-de-camp furent faits prisonniers. Enfermé dans Magdebourg, à la fin de 1813, il s’y maintint pendant toute la durée de la campagne suivante, et rendit cette place lorsqu’il eut connaissance des événements politiques qui se passaient en France.

Chevalier de Saint-Louis le 20 août 1814, il reçut, le 31 mars 1815, le.commandement d’une division du 4e corps à l’armée du Nord, et après le licenciement de l’armée impériale, il fut mis en non-activité. En 1818 Je roi l’appela au commandement de la 12° division militaire. Inspecteur général d’infanterie en 1820, il fut désigné, le 20 avril de cette année, pour, être employé dans la 16’ division territoriale, et le 4 novembre suivant le ministre de la guerre le chargea de la conversion des légions départementales en régiments. Il était en disponibilité depuis le 1 janvier 1821,. lorsque le duc de Bellune, ministre de la guerre, lui confia, en 1823, le commandement de la 12e division du 5e corps de l’armée d’Espagne, sous les ordres du général Lauriston.

Remis en disponibilité le 8 janvier 1824, il fut nommé grand officier de la. Légion-d’Honneur le 23 mai 1825, et plaeé dans le cadre d’activité par ordonnance du 7 février 1831. Le général Pécheux est mort à Paris le 1" novembre suivant. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

PELLEPORT (PIERRE, vicomte de)[modifier]

né à Montréjeau (Haute-Garonne) le 26 octobre 1773. Il entra au service comme soldat dans la levée en masse de son département et fit dans ce corps les campagnes des Pyrénées-Orientales pendant lesquelles il fut promu au grade de sous-lieutenant. Il passa ensuite dans le 18e de ligne où il devint général de brigade. Il fit les campagnes d’Italie, d’Égypte. Il fut blessé sous les murs de Saint-Jean-d’Acre et fait capitaine à Aboukir.

Il fut de la première promotion de la Légion-d’Honneur, fit les campagnes d’Autriche,de Prusse et de Pologne. Il gagna à Iéna les épaulettes de chef de bataillon et une riche dotation à Eylau où il avait reçu plusieurs blessures.

Colonel à Essling, il se distingua encore à Wagram et à Znaïm et y gagna la croix d’officier et le titre de baron avec une nouvelle dotation.

En Russie, il combattit sous les ordres de Ney et reçut à Valontino la croix de commandeur et dans la même campagne le grade de général de brigade.

En 1813, le général Pelleport se montra glorieusement à Lutzen, à Bautzen, à Leipzig. Blessé dans cette bataille, il reçut la croix de la Couronne de Fer, prit part à la campagne de France et fut de nouveau blessé sous les murs de Paris.

Louis XVIII fit le général Pelleport chevalier de Saint-Louis et commandant d’une brigade de la garnison de Paris. Pendant les Cents-Jours, il passa à l’armée du Midi sous les ordres du général Gilly.

Attaché en 1823 à l’expédition d’Espagne, il reçut du duc d’Angoulème le titre de vicomte, la croix dé grand officier, celle de commandeur de Saint-Louis et celle de l’Ordre de Saint-Ferdinand, 4e classe.

Il fut ensuite attaché au conseil supérieur de la guerre.

Le général de Pelleport ne fut point employé après les événements de 1830. Il ne fut remis en activité qu’en 1834. En 1836, il fut nommé inspecteur général et commandant supérieur du camp de Saint-Omer puis appelé au commandement des 21e et 11e divisions militaires. Il était général de division depuis le 8 août 1823. Il mourut le 7 juillet 1827 à la veille de passer officier général.

PELLETIER (Louis)[modifier]

né à Saint-Lubin (Eure-et-Loir), le 20 mai 1754, entra, au régiment des Lyonnais le 7 janvier 1771, et passa le 15 juin 1775 au régiment du Maine, dédoublement des Lyonnais. Sergent le 25 novembre 1779, sergent-major de grenadiers le 1er février 1786, adjudant-sous-officier le 14 juillet 1791, lieutenant le 26 mai 1792, adjudant-major le 6 juin et capitaine de grenadiers le 6 novembre suivant, Pelletier fit les campagnes de 1792 et 1793 à l’armée d’Italie, et fut blessé le 12 juin de cette dernière année à l’affaire du camp de Raous, d’un coup de feu à la joue droite qui lui emporta la pommette de cette joue. Il assista au siège de Toulon et fit le reste de la campagne à l’armée des Pyrénées-Orientales. Nommé général de brigade le 3 nivôse an II ; il fut mis en non-activité. Rappelé au service, il passa à l’armée des Alpes et d’Italie le 7 thermidor an III. Le 17 du même mois il commandait au camp de Terme ; l’ennemi venait de prendre une position qui ôtait toute espèce.de retraite aux troupes françaises si elles eussent été repoussées. Le général Pelletier s’aperçut du danger et fit avancer contre cette colonne deux pièces de canon soutenues seulement par un corps de 200 hommes, dont il enflamma le courage en l’appelant son intrépide réserve. Cette petite troupe marcha à l’ennemi, l’attaqua en commençant le combat par la décharge de ses deux pièces d’artillerie, parvint à repousser les 2,000 Piémontais et les contraignit à repasser à la hâte la gorge de Lïnferno. Le général Pelletier, dans cette circonstance, fit preuve du plus grand talent. Tourné de tous côtés par un ennemi supérieur, il fit face de toutes parts, car il avait tout prévu avec ce sang froid qui caractérise le vrai général. Bientôt, attaqué dans son camp par les Piémontais, il parvint, malgré la supériorité numérique de l’ennemi, à conserver ce point important.

A la bataille de Castiglione, le 16 thermidor an IV, Pelletier commandait les 45’ et 69e demi-brigades, une partie de la réserve et un escadron du 22’ chasseurs, et rendit les plus grands services dans cette sanglante journée. En l’an V, ce général resta au blocus de Mantoue pendant toute sa durée et passa ensuite à la division Joubert, qui était dans le Tyrol. De l’an VII à l’an XIII, il servit dans la 8° division militaire, et fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et commandant de l’Ordre le 25 prairial. Le 20 octobre 1811, appelé au commandement du département du Gard, il prit plus tard celui du département de l’Hérault. Le- général Pelletier obtint sa retraite le Ie’ octobre 1814.

PELLETIER (JEAN-BAPTISTE)[modifier]

né à Eclaron (Haute-Marne) lé 16 février’ 1777. Nommé élève à l’école d’artillerie de Châlons, le second de la promotion dont le chef était Drouot, il fut immédiatement appelé aux armées comme lieutenant en second au 2e régiment d’artillerie à pied, et fit, à 17 ans, sa première campagne à l’armée du Rhin. Il se distingua -aux combats de Haguenau et de Geisberg pendant le blocus de Landau.

Capitaine à l’armée du Nord en 1794, il fit les- campagnes de l’an II et de l’an III, et ensuite avec l’armée de Paris où il prit part avec sa batterie à la journée du 13 vendémiaire an IV, où les sections de Paris furent vaincues par le général Bonaparte. M. Pelletier fit les campagnes de l’an VIII et de l’an IX à l’armée d’Italie, assista au passage du Mincio, et fut nommé chef de bataillon et membre de la Légion-d’Honneur en 1804. En 1805, il reçut le commandement de la réserve d’artillerie de l’armée du Nord où il fut nommé major le 14 août 1806. En cette qualité il commanda l’artillerie du corps italien qui effectua le blocus de Çolberg ; puis l’artillerie de Ja division Verdres à la grande armée, et prit part au combat de Heilsberg et à la bataillé de Friedland.

Nommé colonel après cette bataille et baron en 1808, il commanda l’artillerie de réserve d’infanterie à la grande armée et fut nommé directeur à Varsovie^ Après la campagne de 1808, il fut nommé le 4 mars 1809, général de brigade par l’Empereur qui lui confia le commandement de l’artillerie et du génie du grand duché de Varsovie. Il assista au combat de Ratzin près de Varsovie, à la prise de’ la tête du pont de Gora, et dirigea lui-même les troupes qui enlevèrent par escalade le plan de Zamosc.

Officier de la Légion-d’Honneur par l’Empereur en 1809, chevalier de l’ordre du mérite militaire de Pologne et général de division par le roi de Saxe en 1811. En 1812, il conserva le commandement de l’artillerie du corps de Ponia-towski (5° corps), et fut nommé commandeur par l’Empereur après l’attaque de Smolensk. Il assista à l’attaque de la redoute de Schwardina (3 septembre) à la bataille de la Moskowa, au combat de Torentino et fut fait prisonnier au combat de Wiasma.

Rentré en France à la paix, il ne fut reconnu que comme maréchal de camp et mis en disponibilité. Rappelé en 4815, il commanda l’artillerie du 2e corps, et combattit aux Quatre-Bras et à Waterloo. Depuis il fut successivement membre du comité de l’artillerie, commandant de l’école d’artillerie de Toulouse, de Metz, de l’école d’application d’artillerie et du génie, grand officier de la Légion-d’Honneur et général de division le 26 novembre 1836, enfin membre du comité d’artillerie et inspecteur général de l’armée en 1837, 1838 et 1839. Le général Pelletier est aujourd’hui en retraite.

PENNE (RAYMOND, baron)[modifier]

naquit le 18 novembre 1770 à (Coarraze (Basses-Pyrénées).

Dragon dans le régiment Colonel-Général (5e) le 23 août 1788, il passa comme lieutenant le 3 septembre 1792 dans le A’ bataillon de volontaires de Paris, où il devint capitaine le 29 novembre suivant.

Il fit les guerres de 1792 à. 1793 à l’armée de Sambre-et-Meuse.

Capitaine de grenadiers le 26 floréal an II dans la 59e demi-brigade de bataille, devenue 102e de ligné le 11 ventôse an IV, il se fit remarquer dans tous les engagements que son corps eut à soutenir, et fut souvent cité à l’ordre de l’armée. On lit le passage suivant dans un rapport officiel adressé au Comité de salut public- par le général Jourdan :

« Dans la nuit du 19 au 20 fructidor an III, les grenadiers réunis de la division Championnet, aux ordres du général Legrand, passèrent le Rhin en présence de l’ennemi. Dès que les Autrichiens aperçurent notre petite flottille, ils dirigèrent sur elle un feu terrible d’artillerie et mousqueterie sans pouvoir arrêter l’audace de nos soldats. Le capitaine Penne, arrivé le premier sur la rive droite avec 15 hommes, se met à leur tête, fait battre la charge, repousse dans le bois, à la baïonnette, la colonne qui lui était opposée, et s’empare d’une batterie armée de 4 pièces de canon. »

Il servit aux armées d’Allemagne et du Danube pendant lès ans VI et VII, et en Italie de l’an VIII à l’an XI. Il y reçut, le 23 pluviôse an IX, les épaulettes de chef de bataillon. Major du 106e régiment Je 30 frimaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal suivant, il commanda, pendant les campagnes de la grande armée, de l’an XIV à 1806, un-régiment de grenadiers réunis faisant partie du 2e corps.

Placé en 1807 à la tête d’un régiment de grenadiers et voltigeurs réunis, il fit la guerre en Pologne, et fut nommé, le 25 décembre de cette année, colonel du 112° régiment.

En 1809, il combattit en Italie et en Allemagne, et Napoléon lui donna la croix d’officier de la Légion-d’Honneur le 27 juillet de la même année, et le titre de baron de l’Empire le 15 août suivant. Général de brigade le 6 août 1811, et employé le 30 du même mois dans la 23e division militaire, il reçut l’ordre, le 26 juin 1812, de rejoindre la 4e division d’infanterie de la grande armée. L’Empereur l’attacha, le 1" août suivant, au grand quartier général.

Commandant de la Légion-d’Honneur le 18 juin 1813, et détaché peu de temps après au corps d’observation de l’Elbe, il reçut, le 21 août, en avant de Lowemberg (Silésie), un coup de feu qui lui fracassa là rotule du genou droit. Il rentra en France pour soigner sa blessure.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 30 août 1814.

Au retour de l’île d’Elbe, il eut le commandement de la 21e brigade d’infanterie, à la tête de laquelle il reçut une mort glorieuse, le 18 juin 1815, à l’attaque dirigée par lui sur les hauteurs de Bierge. Il y fut.tué par un boulet de canon.

Son nom figure sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

PÊRIGNON ( DOMINIQUE-CATHERINE, comte, puis marquis de)[modifier]

Lorsque sortit des États généraux de 1789 cette souveraineté populaire qui jeta le gant à la monarchie de droit divin, Pérignon avait déjà payé la dette que tout citoyen’ doit à son pays. Il était né à Grenade, près Toulouse, le 31 mai 1754, et la position sociale de sa famille lui avait donné une sous-lieutenance dans le corps des grenadiers royaux de Guyenne ; il était devenu ensuite aide-de-camp du comte de Preissac.

Rentré depuis quelque temps déjà dans la vie civile, avec la maturité de l’exercice et des années, il ne tarda pas à s’associer au nouvel ordre de choses, en acceptant les fonctions de juge de paix du canton de Montech.

C’est dans l’exercice de cette magistrature nouvelle et populaire que les électeurs du département de la Haute-Garonne vinrent le prendre pour l’envoyer comme leur représentant à l’Assemblée législative.

Il comptait alors trente-sept ans ; il avait servi comme officier, il avait siégé comme juge ; ces précédents devaient influer sur le reste de sa vie et lui enlever, soit dans les camps, soit dans les affaires, le caractère de la spécialité.

En effet, au premier cri de guerre, le cœur du soldat s’allume sous la toge du législateur, et il va prendre le commandement d’une légion dans l’armée des Pyrénées-Orientales.

Le 17 juillet 1793, au combat de Thuir et "du Mas-de-Serre, son intrépidité eut une grande part aux succès des armes françaises.

Nommé général de division le 3 nivôse an II, il eut la gloire de sauver la place de Perpignan : il reçut dans cette affaire un coup de baïonnette à la cuisse. Vainqueur à la Jonquière, le 19 prairial, suivant, il commandait le centre de l’armée le 28 brumaire an III, à la bataille de. la Montagne-Noire où périt Dugommier. Il lui succéda dans le commandement en chef. La victoire d’Escola, la prise de l’imprenable Bouton-de-Rose et de la ville justifièrent glorieusement le choix qu’on avait fait de lui.

Le 4 messidor an III, le traité de Bâle réconcilia la France et l’Espagne, et Pérignon, ambassadeur a Madrid, fut chargé de cimenter les relations amicales que ses victoires avaient rétablies. Deux ans plus tard, le vice-amiral Truguet le remplaça dans ce poste important, et il alla reprendre son rang de bataille à l’armée d’Italie.

Il commandait l’aile gauche à la bataille de Novi ; ses deux divisions, aux ordres des généraux Grouchyet Lemoine, gardaient les vallées de la Bormida et du Tanaro. Pérignon défendait le village de Pasturana et faisait des prodiges de valeur ; mais, accablé par le nombre, il tomba ; couvert de blessures, au pouvoir de l’ennemi.

Ce ne fut qu’en l’an IX que les Russes le rendirent à la France. Le vainqueur de Marengo accueillit l’intrépide et malheureux soldat de Novi ; mais, âgé déjà de quarante-sept ans, Pérignon ne pouvait pas prendre place dans ce cortège de jeunes capitaines qui se pressaient au tour du jeune héros.

Le 26 ventôse an IX, le sénat conservateur recevait le message suivant :

« Le premier Consul, en exécution de l’article \k de la Constitution, vous présente comme candidat à la place vacante au Sénat, le général Pérignon, qui a signé le traité d’alliance conclu le 26 fructidor an IV entre Ja France et l’Espagne. »

Et le Sénat répondait à ce message par l’arrêté suivant :

Extrait des registres du Sénat conservateur. 8 germinal an IX.

Vu le message du Corps législatif, du 24 ventôse dernier, par lequel il présente le citoyen Grégoire, l’un de ses membres, comme candidat pour une place vacante du Sénat conservateur ;

« Vu pareillement le message du premier Consul, du 26 du même mois, par lequel il présente pour la même place le général Pérignon ;

« Vu enfin le message du Tribunat du 28 ventôse, contenant présentation, pour la même place, du citoyen Démeuniers (-1) l’un de ses membres ;

« Le Sénat, réuni au nombre des membres prescrits par l’article 90 de la (Constitution, procède, en exécution de l’article 16, au choix d’un sénateur en-

(1) C’est donc à tort que tous les biographes ont présenté Pérignon comme le successeur de xOétneuniers au Sénat conservateur.

tre les trois candidats qui ont partagé le vœu des autorités présentantes ;

o La majorité absolue des suffrages recueillis au scrutin individuel se fixe sur le citoyen Pérignon, général de division ;

« Il est proclamé par le président membre du Sénat conservateur.

« Le Sénat arrête que cette nomination sera notifiée, par un message du Corps législatif, au Tribunat et aux consuls de la République. »

Tiré de l’armée active, Pérignon rentrait ainsi dans la carrière législative par la première magistrature de la République. Le premier Consul le jugeait déjà trop mûr pour le champ de bataille. On peut marquer ici, avec vérité, le terme de sa, vie militaire. Lorsque le chef de l’État lui rendit l’épée du commandant, ce fut plutôt pour un service dex représentation que d’activité. Le traité du 26 fructidor an IV avait laissé de l’incertitude relativement aux limites de la France et de l’Espagne du côté des Pyrénées ; Pérignon, qui avait signé ce traité, reçut, le 24 fructidor an X, la mission de régler ces difficultés, en qualité de commissaire extraordinaire.

Président du collège électoral de la Haute-Garonne le 19 ventôse an XII, le 16 floréal suivant il présentait au premier Consul une députation du collège, et terminait ainsi son discours à celui que dix jours plus tard le Sénat allait saluer du titre d’Empereur.

« O Napoléon ! lorsque le monde reste dans le silence de l’admiration en présence de votre renommée, les trente-cinq millions de Français pourraient-ils ne pas consacrer cette si grande prédilection dont le ciel les a favorisés en vous plaçant à leur tête ! Qu’ils vous portent sur le pavois entouré de tous les attributs dignes d’eux et de vous ; qu’en même ternes toute votre famille y soit portée, saisie d’un pacte héréditaire indissoluble, et que la postérité soit ainsi forcée à reconnaître que la génération présente sut tester glorieusement et utilement en faveur des générations futures. »

Pérignon avait été mis en possession de la senatorerie de Bordeaux par disposition consulaire en date du S vendémiaire an XH.

Le lendemain de son élévation à l’Empire, Napoléon rendit un décret (29’ floréal), qui créait quatorze maréchaux de France, auxquels étaient adjoints, avec le même titre, quatre sénateurs, parmi lesquels Pérignon, comme ayant commandé en chef. Nous rapportons le texte même du décret ; les pièces que nous donnons plus loin en feront ressortir l’intérêt.

Décret impérial.

NAPOLEON, empereur des Français, décrète ce qui suit :

Sont nommés maréchaux de l’Empire, les généraux Berthier, — Mural, — Moncey, — Jourdan, —- Masséna, — Augereau, — Bernadotte, — Soult, — Brune, — Lannes, — Mortier,—Ney, — Davoût, — Bessières.

Le titre de maréchal d’Empire est donné aux sénateurs Kellermann,—Le-febvre, r— Pérignon et Serrurier qui ont commandé en chef.

Donné à Saint-Cloud, le 29 floréal an XII.

NAPOLEON. Par l’Empereur,

Le secrétaire d’État, MARET. Le maréchal sénateur devint, le 25 prairial an XIII, grand officier de la Lé-gion-d’Honneur et grand Aigle le 13 pluviôse an XIII.

Gouverneur de Parme et de Plaisance en 1806, il reçut en 1808 l’ordre d’aller prendre le commandement en chef des troupes françaises dans le royaume de Naples en remplacement du général

Jourdan, et la même année il fut créé grand dignitaire de l’ordre des Deux-Siciles. Le titre de comte de l’Empire venait de lui être conféré. Il ne quitta Naples qu’au moment où le roi se déclara contre la France.

Après là restauration du trône des Bourbons, le duc de Valmy, au nom des quatre maréchaux sénateurs, adressa la réclamation suivante.

a A Monsieur, comte d’Artois, lieutenant-général du royaume.

« Paris, 15 avril 1814. « Monseigneur,

« Je viens, au nom de mes collègues, maréchaux-sénateurs, et au mien, comme doyen des maréchaux de France, réclamer près de Votre Altesse Royale contre l’ordre dans lequel on nous a placés par rapport aux autres maréchaux.

« Nous quatre, maréchaux-sénateurs, Kellermann, Lefebvre, Pérignon et Serrurier, avons été nommés des premiers et avant tous les autres, sans doute à cause de l’ancienneté de nos services et de nos grades de généraux en chef ou de division. Les autres maréchaux, même le maréchal Berthier, n’ont été nommés qu’après.

« Nous prions Votre Altesse Royale, lieutenant-général du royaume, d’avoir la bonté de nous faire rétablir dans l’ordre dans lequel nous devons être placés, et qui doit précéder MM. les maréchaux nommés depuis ces sénateurs.

« Entré au service comme cadet au régiment de Lowendal en 1752, chevalier de Saint-Louis avant l’âge prescrit par les règlements, j’ai passé par tous les grades. Nommé par Sa Majesté Louis XVI cordon rouge en 1791, lieutenant-général, général d’armée au commencement de 1792, j’ai commandé en chef les armées actives et de réserve jusqu’à ce jour. Doyen des maréchaux de France, je prie Votre Altesse Royale de me faire jouir des prérogatives attachées à ce titre, comme sousl’ancien ordre de choses.

« Je suis, etc. « Le maréchal-sénateur,

« KELLERMANN, duc de Valmy. »

A cette demande qui paraîtra au moins fort singulière à ceux qui auront lu le décret reproduit plus haut. Monsieur fit répondre :

« A M. le maréchal Kellermann, duc de Valmy.

a Palais des Tuileries, 17 avril 1814. « M. le Maréchal, -

« Son Altesse Royale Monsieur, lieutenant-général du royaume, à qui j’ai eu l’honneur de soumettre votre lettre du 15 de ce mois, me charge de faire connaître que la réclamation qu’elle contient pour vous, Monsieur le Maréchal, et pour MM. les maréchaux Lefebvre, Pêrignon et Serrurier, est d’une trop haute importance pour que Son Altesse Royale puisse prendre une décision avant l’arrivée de Sa Majesté Louis XVIII.

« Aussitôt que Sa Majesté sera arrivée, Son Altesse Royale lui mettra sous les yeux votre réclamation.

« Veuillez agréer, etc. »

Mais il y avait preuve de zèle et de condescendance dans cette démarche empressée, et puis le comte Pêrignon avait adhéré aux actes du Sénat ; aussi le lieutenant-général du royaume le nomma commissaire du roi dans la 1" division militaire, et des ordonnances royales des 31 mai, 1er et 4 juin, le firent successivement chevalier de Saint-Louis, président de la commission chargée de vérifier les titres des anciens officiers de l’armée des émigrés, et enfin pair de France.

Nommé en 1815 gouverneur de la 10" division militaire, il chercha au mois de mars, de concert avec le baron de Vi-trolles, à organiser dans le Midi un plan de résistance contre Napoléon. Il n’y réussit point et resta éloigné des affaires pendant les Cent-Jours.

Le 10 janvier 1816, il passa avec le même titre dans la 1" division militaire, et reçut le 3 mai suivant la croix de commandeur de Saint-Louis.

Le maréchal Pêrignon est mort à Paris, le 25 décembre 1818.

PERNETY (JOSEPH-MARIE, vicomte)[modifier]

né à Lyon (Rhône),le 19mai 1766, entra comme aspirant d’artillerie à l’École de Metz le 1er juin 1781 ; le 1" juin 1782, il était élève à la même École.

Nommé, le 1" septembre 1783, lieutenant à la suite du régiment de La Fère (artillerie), il passa titulaire dans le régiment de Grenoble, devenu A’ le 11 janvier 1784, et lieutenant en premier au même corps le 17 juin 1788.

Capitaine en second au 4e régiment d’artillerie à pied le 1" avril 1791, il fit la campagne de 1792 à l’armée d’Italie, et fut promu le 1er février de cette année au commandement d’une compagnie dans son régiment. Cet officier se distingua par sa bravoure et ses talents à la défense du Belvéder et à la prise de Saorgio le 18 floréal an IL

Pernety prit une part glorieuse aux affaires de Bassano, Arcole et Rivoli ; à cette dernière affaire, il eut un cheval tué sous lui et fut promu chef de bataillon sur le champ de bataille. Confirmé dans ce grade, quoique restant surnuméraire^ il passa, en l’an Vil, au 8e régiment d’artillerie à pied. Il fit partie de la division de Brest qui partit, le 30 fructidor, pour l’expédition d’Irlande, en commanda l’artillerie, sous les ordres du général Hardy, et tomba au pouvoir des Anglais à la suite du glorieux combat du vaisseau le Hoche.

Rentré en France trois mois après, il commanda l’artillerie de la division Va-trin, fit passer les premières pièces de canon au mont Saint-Bernard les 28 et 30 floréal an VIII, et releva avec le lieutenant Marion et 4 canonniers, sous le feu du fort de Bard, un caisson qui obstruait la descente. Pernety assista aux batailles de Casteggio et de Marengo ; à la suite de cette bataille, il reçut des Autrichiens, en qualité de commissaire, l’artillerie d’Alexandrie.

Fait colonel du 1er régiment d’artillerie à pied le dO vendémiaire an XI, il commanda l’artillerie qui entra en Hel-vélie sous les ordres du général Ney, et y servit sans interruption jusqu’à la tin de l’an XII.

Nommé membre de la Légion-d’Honneur le 49 frimaire de cette année, officier de l’Ordre le 25 prairial, Pernety, élevé au grade de général de brigade le 12 pluviôse an XIII, fit à la grande armée les campagnes de l’an XIV à 1807. Il se trouva aux batailles d’Ulm, d’Austerlitz et d’Iéna, et dirigea les travaux du siège de Breslau avec beaucoup de talent et d’activité.

Lorsque le général Vandamme convertit le siège de la ville de Neiss en blocus le H avril 1807, à cause de la nécessité où l’on avait été de diriger sur Dantzig toute l’artillerie disponible en Silésie, Pernety parvint par son zèle à rassembler et à former à Schweidnitz un petit parc de 20 pièces avec lequel les travaux de ce siège purent être repris.

Commandant de la Légion-d’Honneur le 3 mai, et général de division le 11 juillet suivant, il reçut du roi de Bavière la croix de commandeur de l’ordre royal et militaire de Maximilien.

En 1809, il commanda l’artillerie du 4e corps à l’armée d’Allemagne sous les ordres du maréchal Masséna, et fit jeter sur le Danube les ponts de bateaux nécessaires pour s’emparer de l’île de Lo-bau. Après la bataille d’Essling, il prit la direction de l’artillerie dans l’île, qu’il fit entourer de batteries formidables et disposa des pouls de sortie. A la bataille de Wagram, le maréchal Masséna complimenta publiquement le général Pernety, qui fut créé baron de l’Empire et grand officier de la Légion-d’Honneur le 21 juillet de la même année. 1 En 1810, après la paix, il remplit la mission de tracer les limites entre l’Autriche et la Bavière, et reçut, à cette occasion, la grand’eroix de l’ordre de Maximilien de Bavière. Le général Pernety passa ensuite à la grande armée de Russie.

Le 5 septembre 1812, il prit la tête de la division Compans avec 30 pièces de canon et longea un bois en tournant la position de l’ennemi. Il eut l’honneur de commencer la bataille de la Moskowa et de contribuer à la prise des redoutes russes par un feu habilement dirigé.

Le 25 du même mois, ce général prit le commandement de l’artillerie des réserves de cavalerie, et sut la ramener presque entière jusqu’au delà de la Bé-résina ; mais bientôt hommes et chevaux tombèrent victimes d’un froid excessif.

Le 11 mars 1813, Pernety eut le commandement en second de l’artillerie de la grande armée, rendit les plus importants services aux batailles de Lutzen et Bautzen, et reçut le 3 mai, la grand’ croix de l’ordre de la Réunion. Les batailles de Dresde, Leipzig et Hanau lui firent acquérir de nouveaux titres de gloire.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 27 juin 1814, et inspecteur général d’artillerie à Grenoble et à Valence.

Appelé en 1815, comme chef delà division d’artillerie au ministère de la guerre, il opéra avec succès la réorganisation de cette arme, et obtint sa retraite le 1" août suivant.

Le 12 février 1817, le roi le créa vicomte, et membre du comité delà guerre le 9 avril ; l’année suivante, il le fit inspecteur général d’artillerie, président du Comité central d’artillerie comme le plus ancien lieutenant-général, et conseiller d’État attaché au Comité de la guerre.

En 1821, il reçut le grand cordon de la Légion-d’Honneur et fut mis en retraite le 1" décembre -1824.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

PERRON DE SAINT-MARTIN (N.)[modifier]

né en Piémont, général piémontais, président du conseil des ministres. Soldat au sortir de l’enfance, il commença à 46 ans à parcourir tous les., champs de bataille de l’Europe dans les rangs de notre armée. Capitaine dans la Garde impériale et officier de la Légion-d’Honneur à 23 ans, il eut le bonheur de sauver la vie, à la bataille de Ligny, au maréchal Gérard, son ami. Général français, au bruit du canon il quitta sa patrie d’adoption pour aller au secours de l’Italie, son pays natal, et lorsqu’après les désastres de la première campagne, il fut appelé à diriger un instant les conseils du roi de Sardaigne, aucun homme d’État de profession ne fut plus prudent que ce militaire passionné. Il résista avec une constante énergie à la reprise des hostilités, et opposa aux clameurs des factions autant de dédain qu’il était accoutumé à montrer de mépris contre le danger. Une fois l’Italie jetée, malgré ses conseils, dans les hasards d’une guerre nouvelle et inconsidérée, il réclama sa place sur le champ de bataille. A quelques jours de distance, le général Perron mérita ces deux gloires, d’avoir voulu épargner la défaite à son pays par l’énergique prudence de ses conseils, et d’avoir tenté de le sauver par la bouillante ardeur de son courage. On retrouva à l’âge de 60 ans, sur les champs de Novare, le jeune capitaine de la vieille Garde. Il poussait en avant les troupes ennemies par son exemple, lorsqu’une balle ennemie, en le renversant, arrêta l’essor de sa division.

M. de Perron avait connu l’adversité et l’exil. Par suite des événements politiques du Piémont, privé longtemps de sa fortune, il se fit cultivateur et fermier dans le Forez.

Piémorilais par une illustre origine et par une mort glorieuse, le général Perron avait eu une carrière toute française. Ses services lui méritèrent l’honneur de la grande naturalisation. Ses alliances de famille le rattachaient encore à notre pays, et il avait épousé mademoiselle de Latour-Maubourg, petite-fille du général La Fayette.

PETIET (AUGUSTE-LOUIS, baron)[modifier]

fils de Claude Petiet, ancien ministre de la guerre, intendant général, des armées françaises, etc., est né à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 19 juillet 1784. A 15 ans, il avait fini ses études pour entrer à l’École polytechnique et avait été déclaré admissible par Legendre ; mais son père, partant avec le premier Consul pour l’armée de réserve, emmena son fils qui assista encore enfant à la bataille de Marengo. Devenu sous-lieutenant au 10° hussards, il quitta ce régiment en 1804 pour devenir aide-de-camp du maréchal Soult. A Boulogne, à Austerlitz, il chargea trois fois avec une division de dragons, et contribua à la prise de quatre pièces de canon. L’Empereur le décora. A Eylau, il commandait une compagnie du 8* hussards, fit la campagne de Friedland et coopéra à la prise de 300 chevaux de cuirassiers prussiens.

Il fit, en qualité d’aide-de-camp de Soult, les campagnes d’Espagne et celle de 1809 en Portugal. Au siège de Badajoz, il enleva d’assaut le fort de Parva^ leras à la tête de 200 voltigeurs. Quelques jours après, il fut grièvement blessé en chargeant avec deux escadrons. M. Peltiet obtint le grade de chef d’escadron sur le champ de bataille. Rentré en France, il fut nommé lieutenant-colonel du 13e hussards, mais il obtint d’être nommé chef d’escadron de la vieille Garde aux lanciers rouges. Officier de la Légion-d’Honneur à la bataille de Dresde. Napoléon le nomma baron de l’Empire.

Dans la retraite de Saxe, détaché avec deux escadrons à l’arrière-garde du maréchal Mortier, il ne lui restait plus que 55 hommes des 300 qu’il commandait. Il reçut le brevet de colonel en arrivant à Mayenne. Devenu chef d’état-major de la cavalerie légère dû 5e corps, le colonel Petiet fit avec cette division l’immortelle campagne de Baune.

Au combat de Nangis, il eut un cheval tué sous lui et reçût deux coups de feu. Napoléon le nomma alors chevalier de la Couronne de Fer.

A Waterloo, employé comme adjudant-général près le major général de l’armée, il porta les ordres de l’Empereur, eut un cheval tué et fut nommé général de brigade.

Licencié à la Restauration, il accepta en 1823 la place de chef des archives historiques du dépôt de la guerre.

En 1830, il fit partie de l’expédition d’Afrique, et eut pendant le siège un cheval tué devant le fort l’Empereur.

Après les événements de juillet, on lui rendit le grade de maréchal de camp dont les Bourbons l’avaient privé pendant quinze ans.

Dans les années 1831, 1832 et 1833. il commanda le ’département de l’Hérault et y calma plusieurs émeutes.

Il est aujourd’hui grand officier de la Légion-d’Honneur et admis à la retraite.

PETIET (PAUL)[modifier]

Ainsi que Masséna, Paul Petiet avait été destiné à l’état ecclésiastique. Les événements de 1789 lui firent prendre la carrière des armes.

C’est au régiment d’Anjou, devenu le 36e de ligne, qu’il se lia d’amitié avec Bernadotte, auquel de si hautes destinées étaient réservées. L’empereur Napoléon n’aimait pas Bernadotte, et il y a donc lieu de croire que l’intimité de Paul Petiet avec le futur roi de Suède lui fut plus nuisible que profitable ; il en fut de même dé son attachement pour le général Moreau, sous les ordres duquel il servit, en l’an VIII, à l’armée du Rhin.

En effet, adjudant-général dès l’an VII, M. Paul Petiet, qui fit partie de l’é-tat-major du major général prince Berthier, qui fit avec lui les campagnes d’Austerlitz, d’Iéna, d’Eylau, de Fried-land, était resté à la chute de l’Empire le doyen de son grade, n’ayant pu parvenir à celui de général de brigade ; il n’obtint même que le titre de chevalier, tandis que la plupart de ses camarades reçurent celui de baron.

En 1815, l’adjudant-commandant Petiet était chef d’état-major de la 7e division militaire que commandait le général Marchand. Lorsque Napoléon se présenta devant Grenoble, le général et son chef d’état-major furent les seuls qui ne reçurent pas pouvoir de se placer dans les rangs de la petite armée que grossirent tous les corps de la garnison.

Mort à Limoux le 27 septembre 1849.

PETIT (JEAN-MARTIN, baron)[modifier]

né le 22 juillet 1772, s^enrôla dès qu’il eut l’âge requis, et se rendit à la frontière. Colonel en 1806, il se distingua dans tous les combats contre, les Prussiens et les Russes, et particulièrement au combat de Czarnanow. Nommé membre, puis officier de la Légion-d’Honneur, il fut décoré en 1808 de l’ordre de Saint-Henri de Saxe.

Promu au grade de général de brigade le 28 juin 1813 et créé baron de l’Empire, M. Petit prit le commandement de l’un des corps de la Garde impériale, et fit la campagne de France, pendant laquelle il reçut, le 26 février 1814, la croix de commandeur à la suite de brillants faits d’armes. Après les désastres de Paris, Napoléon, ayant abdiqué, harangua les compagnons de sa gloire, et pressant avec émotion l’aigle de la Garde sur son cœur, il ouvrit les bras au commandant de ce corps d’élite ; le général Petit s’y précipita et reçut le baiser d’adieu solennel.

Le général Petit prêta serment à la royauté, et, le 25 juillet suivant, il reçut la croix de Saint-Louis ; mais au retour de Napoléon, le général Petit reprit sa place à ses côtés. 11 se trouva à Waterloo en qualité de major au lep régiment des grenadiers à pied de la Garde. Ce régiment est celui qui résista à l’ennemi pendant la retraite, qui soutint les chocs les plus violents et qui combattit le dernier. Le général Petit se montra brave au milieu de tant de braves.

La Restauration refusa au général Petit le titré de lieutenant-général que Napoléon lui avait donné. Ce titre lui fut restitué le 27 février 1831. Remis en activité à cette époque, il fut chargé du commandement d’une division militaire. Il fut porté sur le cadre de retraite en 18-47. Il était grand officier de la Légion-d’Honneur depuis 1835 et pair de France depuis le 3 octobre 1837.

Il est aujourd’hui commandant de l’Hôtel des Invalides sous les ordres de Jérôme Bonaparte.

PEUGNET (JEAN-BAPTISTE, baron)[modifier]

né le 30 juillet 1764, à Vraucourt (Pas-de-Calais). Entré au service comme volontaire le 26 septembre 1791 dans le 1er bataillon du Pas-de-Calais, il fut fait ser_ gent le même jour et obtint le grade de sous-lieutenant le 12 février 1792.

Il prit part à toutes les guerres de la Révolution et servit successivement, de 1792 à l’an III à l’armée du Nord, en l’an IV à celle de l’Intérieur, de l’an V à l’an VIII à celle d’Italie, et en l’an IX à celle des Grisons.

Lors de la levée du camp de Maulde, il était détaché avec 42 hommes au château de l’Abbaye, où il avait ordre de tenir jusqu’à la dernière extrémité. Assailli le 7 septembre 1792 par de nombreux ennemis, sa résistance fut héroïque, mais il perdit 40 hommes qui tombèrent morts ou grièvement blessés. Atteint lui-même de deux coups de feu à la jambe droite et n’ayant plus avec lui que deux soldats valides, l’intrépide Peu-gnet effectua sa retraite les armes à la main. Les ennemis étaient déjà maîtres d’une partie du château lorsque, accompagné de ses deux soldats, il traverse un jardin et va chercher une issue ; mais quatre grenadiers autrichiens les attendaient au passage : il en tue un avec son sabre, deux autres expirent sous les coups de ses compagnons, le quatrième prend la fuite, et nos trois braves parviennent à rejoindre leur bataillon.

Capitaine le 26 janvier 1793 dans le 10" bataillon du Pas-de-Calais, qui entra dans la formation de la 14’ demi-brigade, devenue 14e régiment d’infanterie de ligne, Peugnet se distingua particulièrement, le 8 pluviôse an V, au combat d’Ario, sur l’Adige, où il reçut l’ordre de s’emparer d’une redoute qui défendait le passage du fleuve.

A la tête d’un détachement de 17 nommes seulement, il se dirigea sur la cat-terie par des sentiers impraticables. Sa marche, favorisée par l’obscurité de la nuit et par une pluie qui tombait à torrent, ne fut point aperçue par l’ennemi, et il parvint au pied des retranchements sans avoir donné l’éveil.

Une fois arrivé, il cherche à réunir son monde pour exécuter son coup de main projeté, mais il s’aperçoit alors qu’il n’a plus auprès de lui que deux des soldats qui devaient le seconder ; les autres se sont égarés dans la route ou n’ont pu surmonter les obstacles qui s’opposaient à leur marche. ^

Dans cette position critique, éloigné de tout secours, il prend le parti de se retirer ; mais, entouré de postes ennemis, il n’a d’autres moyens d’échapper à leur surveillance que de se jeter dans un ruisseau où, dans l’eau jusqu’au cou, il attend que le jour paraisse. Pendant ce temps, les Autrichiens ayant évacué leurs positions, il put se montrer sans danger et rentrer à son corps. Le 28 thermidor an VII, à la bataille de Novi, Peugnet avec sa seule compagnie de grenadiers, culbuta un bataillon russe qui s’était maintenu dans ses positions, malgré le feu de deux demi-brigades et de plusieurs pièces de canon. Atteint, dès le commencement de l’action, d’une balle qui lui avait traversé la caisse droite, il ne voulut quitter le champ de bataille qu’après avoir vu l’ennemi repoussé.

Le 7 brumaire an VIII, commandant le 1" bataillon de sa demi-brigade, il fut chargé par le général Laboissière de débusquer l’ennemi des positions qu’il occupait entre l’Orba et la Bormida, ce qu’il exécuta avec un plein succès, ayant contraint l’ennemi de repasser la Bormida sur plusieurs points.

Le 26 du même mois, à l’affaire de Busaco, il combattit avec une grande valeur, reçut quatre coups de sabre, dont deux à la main droite, un à la main gauche et un autre sur la tête, fut fait prisonnier de guerre et subit une captivité de quinze mois en Autriche. A son retour, il reçut un sabre d’honneur qui lui fut décerné par arrêté du 28 fructidor an X.

Employé en l’an XII et en l’an XIII au camp de Saint-Omer, il fut créé officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial an XII-, et fut nommé membre du collège électoral du département du as-de-Calais.

De l’an XIV à 1807, il fit les campagnes d’Autriche, * de Prusse et de Pologne, et le 30 frimaire an XIV, après la bataille d’Austerlitz, où il commandait le 1" bataillon du 14e, et où il rendit d’importants services, il fut nommé chef de bataillon au 61° régiment d’infanterie de ligne. Le U octobre 1806, à la bataille d’Iéna, il fut grièvement blessé d’un coup de feu à la jambe gauche et eut un cheval tué sous lui. Il ne voulut point quitter le carré de son bataillon qu’après que la victoire se fut décidée en notre faveur.

Peu de temps après, l’Empereur, pour lui témoigner sa satisfaction, lui accorda une dotation de 3,000 fr. de rente.

En 1809 il fit partie de l’armée d’Allemagne.

Dans une affaire qui eut lieu le 19 avril près de Landshut, avec son bataillon il enleva à la baïonnette un village dans lequel les Autrichiens laissèrent un grand nombre de morts, et il eut encore un cheval tué sous lui. Le 21, en avant de cette même ville, avec 400 hommes, il sut, par des démonstrations, tromper l’ennemi et lui persuader qu’il avait devant lui la division Morand tout entière. Coupé de cette division, il contint les Autrichiens par son attitude menaçante, et donna le temps au maréchal Bessières de venir le dégager.

Après avoir reçu les éloges les plus flatteurs de la part du maréchal, le commandant Peugnet remit à la division Le-grand 1,200 prisonniers de la Landwehr et rejoignit le 23, devant Ratisbonne, son régiment qui le croyait tombé au pouvoir de l’ennemi. Le 7 juin suivant, il fut nommé colonel en second, et alla prendre le commandement d’un régiment provisoire dans une division du corps du général Oudinot.

A Wagram, il fit des prodiges de valeur.

Dans la matinée, il déposta l’ennemi qui s’était retranché dans un village en avant de notre ligne, lui tua beaucoup de monde et s’empara ensuite d’un plateau qu’il conserva malgré les efforts réitérés de plusieurs colonnes considérables qui voulaient reprendre cette position. S’étant précipité dans la mêlée le sabre à la main, il tua trois Autrichiens, en blessa quatre autres et fut lui - même grièvement atteint d’un coup de feu qui lui traversa l’avant-bras droit.

Jamais il n’avait couru de plus grands dangers que dans cette journée : ses vêtements furent criblés de balles ; un bis-caïen vint s’amortir sur une des fontes de ses pistolets, et cinq autres percèrent son manteau roulé sur le devant de sa selle.

La blessure qu’il avait reçue lui fit perdre complètement l’usage de son bras. Désormais incapable de continuer son service à l’armée active, il avait droit à une honorable retraite ; mais l’Empereur, voulant utiliser son zèle et son dévouement, le créa baron le 1 5 août 1809, avec une nouvelle dotation de 4,000 francs de rente et le nomma, par décret du 16 du même mois, commandant d’armes de troisième classe dans l’île de Texel, à laquelle on adjoignit celle de Whilande.

Lors de la terrible tempête.qui eut lieu dans la nuit du 23 au 24 décembre 1811 sur la côte Nord de l’île de texel, le colonel Peugnet, au péril de sa vie, coopéra au sauvetage de 31 personnes et de plusieurs bâtiments, et fit retirer des flots 2,932 barils de poudre provenant d’un navire anglais qui S’était jeté a la côte, et dont il fit conduire l’équipage à Amsterdam après l’avoir accueilli et traité avec tous les égards et toute l’humanité que réclamait la circonstance. En 1813, il commandait à Barcelone. Au mois de mai 1814, lorsqu’il fut obligé de rendre cette place à l’Espagne, le conseil municipal de cette ville, voulant donner au colonel Peugnet un témoignage de son estime et de sa gratitude, lui adressa au moment de son départ un certificat dans lequel il donnait de justes éloges à sa modération, à son désintéressement, à son zèle pour le maintien de l’ordre et de la discipline parmi les troupes, ainsi qu’à ses bons et loyaux procédés envers les habitants.

Rentré dans ses foyers, il fut nommé commandant d’armes à La Rochelle le 3 novembre 1814.

Lorsqu’en 1815 cette place fut déclarée en état de siège, il prit les mesures convenables pour la mettre à l’abri de toute insulte de la part de l’ennemi.

Le 22 juin de cette même année, il fut envoyé à l’armée de la Loire pour y commander, dans la division Almeras, une brigade de gardes nationales mobiles. Cette brigade fut licenciée le 29 juillet, et le colonel retourna à La Rochelle ; mais, signalé le 20 septembre 1815, par un des ministres réactionnaires de cette époque, comme l’homme le plus inepte ’ et le plus féroce, il fut immédiatement renvoyé dans ses foyers et admis à la retraite le 7 décembre 1816.

Lors de la révolution de Juillet, le colonel Peugnet demanda à rentrer dans l’armée active et à consacrer ses derniers jours au service du pays ; mais son âge et la calomnieuse dénomination de 1815 s’opposèrent au succès de sa demande.

Il est mort le 28 septembre 1831.

PHlLlPPON (ARMAND, baron)[modifier]

né à Rouen ( Seine - Inférieure ) le 28 août 1761, entra au service comme soldat au régiment de Lorraine, le 15 avril 1778. Devenu caporal le 16 avril 178n, il obtint le grade de sergent le 1" novembre 1786 et celui de sergent-major le 15 avril 1790. Nommé capitaine au 7e bataillon du Bec-d’Ambès le 9 août 1792, Philippon fit la campagne de cette année, ainsi que celle de 1773 à l’armée du Nord, sous les ordres des généraux Servan et Léonard Alulîer. Il se rendit ensuite à l’armée des Pyrénées-Occidentales, commandée par Moncey, où il se fit remarquer par sa bravoure, en enlevant, seulement avec 600 hommes, le poste d’Irur-sum, défendu par 2,300 Espagnols. Il en tua 400, fit prisonnier le lieutenant-colonel, 17 officiers et 37 soldats. Ce beau fait d’armes lui mérita le grade d’adjudant-général provisoire chef de brigade, qui lui fut conféré le 21 prairial an H : Philippon passa plus tard à l’armée de l’Ouest, où on lé mit à la réforme, avec traitement, le 21 fructidor an IV. En l’an VII, il reçut l’ordre d’aller à l’armée du Danube, passa à celle des Alpes, et y devint chef de la 87e demi-brigade le 29 brumaire de la même année. Il fit successivement les campagnes des ans IX, X et XI, dans le pays des Grisons, dans le Valais, en Suisse et en Italie. Il servait à l’armée de Hanovre lorsqu’il fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, puis officier de l’Ordre.le 25 prairial suivant. Créé baron de l’Empire en 1809, la guerre d’Espagne lui fournit de nouvelles occasions de signaler son courage ; il en. donna des preuves éclatantes au siège de Cadix, ce qui lui valut le grade de général de brigade le,23 juin 1810. A la bataille de la Geborà, il combattit de nouveau avec une rare intrépidité. Au siège de Bada-joz, dont il avait été nommé gouverneur,, le général Philippon défendit les approches de la place par de vigoureuses sorties faites à propos et par des retranchements ou contre-approches qui rendaient les progrès des assiégeants à peu près nuls. Le 10, il fit une sortie aveè 1,200 hommes, s’empara de la tranchée^ la détruisit de fond en comble, et ne se retira que devant des forces supérieures. Le 12, le général Beresford, ayant appris que le duc de Dalmatie s’avançait au secours de Badajoz, se décida à lever le siège et à concentrer ses forces pour livrer bataille : il se mit alors en mouvement ; mais au moment où son arrière-garde se retirait, le général Philippon fit encore Une sortie à la tête de la garnison, et tailla en pièces un régiment portugais de troupes légères qui se trouvait en dernière ligne. C’est ainsi qu’avec de faibles moyens il sut, par l’opiniâtreté dé son courage, prolonger assez la défense pour donner le temps au maréchal Soult de venir secourir la place. Le 10 juin, la garnison française eut à soutenir une nouvelle attaqué qu’elle repoussa avec le même succès. Froidement intrépide au milieu des dangers, le premier dans les sorties, le dernier dans la retraite, entreprenant, infatigable, le gouverneur de Badajoz ne cessa de donner aux siens l’exemple du plus entier dévouement. Les assiégeants, désespérant alors de s’emparer de cette ville, brûlèrent, dans la nuit du H juin, leurs approvisionnements de siège, et, le 12 au’ matin, ils disparurent de Badajoz. Élevé au grade de général de division le 9 juillet 1811, en récompense de sa brillante conduite, le général Philippon fut assiégé une dernière fois en mars 1812. Il déploya encore plus de talent et de courage dans cette défense que dans les précédentes 5 mais, trahi par les habitants, attaqué par un ennemi valeureux dont les forces étaient infiniment supérieures à celles qui lui étaient opposées, le général français ? après avoir combattu sur la brèche, dans lés rues, sûr les places publiques, fut contraint de céder au nombre toujours croissant de ses adversaires. Voyant tout espoir perdu, il se renferma avec la poignée d’hommes qui lui restaient dans une église, où il tint encore quelque temps ; mais le manque de munitions le força à se rendre prisonnier ainsi que les débris de sa vaillante garnison. On le transporta en Angleterre, où il parvint à briser ses fers. De retour en France, au mois de juillet -1812, il fut employé à la grande armée au mois d’août de la même année, puis obtint le commandement de la lM division du l"corps le 23 mars l813. Le 7 avril, il passa dans le 11’ corps et suivit Vandamme dans les gorges de la Bohême. Ce fut lui qui, après le désastre de Kulm, sut par d’habiles manœuvre ramener les débris de nos troupes à Dresde, où il fut fait prisonnier avec le corps que le comte Gouvion-Saint-Cyr y commandait. Rentré en France à l’époque de la première Restauration, le général Philippon fut créé chevalier de Saint-Louis, obtint sa retraite le 15 janvier 1814, et mourut le 4 mai 1836. Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

PIAT ( JEAN-PIERRE, baron)[modifier]

Né le 6 juin 1774 à Paris (Seine), entra comme sous-lieutenant le 10 janvier 1792 dans le 2e bataillon du 56° régiment d’infanterie, devenu 112° puis 88° demi-brigade d’infanterie de ligne, et servit à l’armée du Nord en 1792 et 1793. A la bataille de Nerwinde, il reçut un coup de feu à la main droite.

Lieutenant le 10 vendémiaire an II, il fit les guerres de l’an II à l’an IV à l’armée de Sambre-et-Meuse, passa à l’armée d’Italie et fut nommé capitaine de grenadiers sur le champ de bataille le 26 ventôse an V, pour sa conduite au passage du Tagliamento. Sa demi-brigade fit partie de l’armée d’Orient en l’an VI. Il se signala à la bataille de Sedenian (haute Égypte) le 17 vendémiaire an VII, et devint chef de bataillon le 8 frimaire suivant.

Blessé à l’affaire de Bénéhadi, le 19 germinal même année, d’un coup de feu dans les reins, atteint d’une balle à la figure au siège du Caire ; il se trouva encore à la bataille livrée sous les murs d’Alexandrie le 30 ventôse an IX, et y reçut une nouvelle blessure au genou droit. Le général en chef le nomma chef de brigade provisoire le 7 floréal suivant.

Rentré en France au commencement de l’an X, la 88e alla tenir garnison à Phalsbourg. Le 11 brumaire an XII, le chef de brigade Piat, qui n’avait pas été confirmé dans ce dernier grade, fut cependant nommé major du 2e régiment de ligne et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal suivant.

Il fit les campagnes de la grande armée de l’an XIV à 1807, obtint la croix d’officier de la Légion-d’Honneur le 15 décembre 1808 ; et, le 7 avril 1809, le grade de colonel du 85e de ligne qui était alors en Allemagne. Il servit en Russie, où il mérita le titre de baron de l’Empire, et en Saxe en 1813.

Le 3 avril 1813, l’Empereur le nomma général de brigade et l’envoya à l’armée d’Italie.

Revenu en France en 1814, le roi le nomma chevalier de Saint-Louis le 27 novembre de la même année, et il resta en disponibilité jusqu’à son admission à la retraite, qui eut lieu le 5 avril 1824.

Rappelé à l’activité après la Révolution de 1830, il commanda en 1831 et 1832 le département du Var, obtint la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur le 16 novembre 1832, et, en 1833, le commandement des Hautes-Alpes où il resta jusqu’en 1837.

Mis alors en non-activité à cette date, il entra dans la 2° section du cadre de l’état-major général, conformément à l’ordonnance du 28 août 1836, et obtint définitivement sa retraite.

PICHEGRU (CHARLES)[modifier]

né à Arbois en 1761, fit ses premières études au collège d’Arbois, et sa philosophie chez les Minimes. Répétiteur de mathématiques à l’école militaire de Brienne, il donna des leçons à Bonaparte, s’enrôla dans un régiment d’artillerie où il devint sergent. Adjudant sous-officier en 1789, il alla offrir ses services aux émigrés de Coblentz et en fut dédaigné. Alors il se fit républicain et devint commandant d’un bataillon de volontaires du Gard. Employé dans les états-majors en 1792. Général de brigade, général de division et général en chef de l’armée en 1793. Général en chef de l’armée du Nord en 179-4, il la réorganise, bat l’ennemi à Cassel, à Courtrai, à Menin, et s’empare de Bois-le-Duc, de Venloo, de Nimègue, passe le Vahal sur la glace, entre à Amsterdam le 19 janvier 1795, et deux jours après envoie sur le Zuyderzée un escadron de hussards prendre à l’abordage la flotte hollandaise enchaînée par la glace. Après cette campagne, Pichegru quitta le commandement de l’armée du Nord pour aller prendre celui de l’armée du Rhin. Là encore il se couvrit de gloire ; le Rhin fut audacieusement franchi, et la formidable place de Manheim tomba entre ses mains, mais ce fut le terme de ses succès et de sa gloire.

Général en chef des armées de Sam-bre-et-Meuse en 1795, c’est à cette époque que Pichegru entretint des relations amicales avec les ennemis de la France. Il accueille les propositions qui lui sont faites au nom du prince de Condé, chef de l’émigration. Cette même année, il laisse battre ses troupes dans l’espoir d’avancer les officiers de ceux à qui il- s’était vendu. Rappelé par le Directoire, on n’osa le faire arrêter faute de preuves. Il était à cette époque regardé comme une puissance. Il vécut deux ans dans la retraite à Arbois.

Député des Cinq-Cents en 1797. et président de ce corps, Pichegru fut arrêté par la garde même du corps législatif le 4 septembre 1797. Condamné le lendemain à être déporté à Cayenne, il fut conduit dans les déserts de Sinnamari. Au bout de quelque temps il s’évada à Surinam et revint eu Angleterre où il reçut l’accueil le plus distingué, et de là en Allemagne. En 1804., il vint secrètement à Paris où il conspira avec Georges et Moreau. Il fut livré, emprisonné au Temple, et le 4 avril 1804, il s’étrangla avec sa cravate.

— « Pichegru était de la Franche-Comté et d’une famille de cultivateurs.

« Les Minimes de Champagne avaient été chargés de l’école militaire dé Brienne ; leur pauvreté et leur peu de ressources, attirant peu de.sujets parmi eux. faisaient qu’ils n’y pouvaient suffire. Ils eurent recours aux Minimes de Franche-Comté ; le père Patrault fut un de ceux-ci. Une tante de Pichegru, sœur de charité, le suivit pour avoir soin de l’infirmerie, amenant avec elle son neveu, jeune enfant auquel on donna gratuitement l’éducation des élèves. Pichegru, doué d’une grande intelligence, devint, aussitôt que son âge le permit, maître de quartier et répétiteur du père Patrault qui lui avait enseigné les mathématiques. Il songeait à se faire minime ; c’était toute son ambition et les idées de sa tante ; mais le père Patrault l’en dissuada, en leur disant que sa profession n’était plus du siècle, et que Pichegru devait songer à quelque chose de mieux ; il le porta à s’enrôler dans l’artillerie où la Révolution le prit sous-officier. On connaît sa fortune militaire ; c’est le conquérant de la Hollande. Ainsi le Père Patrault a la gloire de compter parmi ses élèves les deux plus grands généraux de la France moderne.

« Quand Pichegru se fut livré au parti royaliste, consulté pour savoir si on ne pourrait pas aller jusqu’au général en chef de l’armée d’Italie : « N’y perdez « pas votre temps, dit-il, je l’ai connu « dans son enfance, ce doit être un ca-« ractère inflexible : s’il a pris un parti, a il n’en changera pas. » (LAS CASES.)

« Pichegru, répétiteur à Brienne, m’apprit les mathématiques lorsque je n’avais que dix ans. Je possédais cette science au plus haut degré. Comme général, Pichegru était un homme d’un talent peu ordinaire, infiniment supérieur à Moreau, bien qu’il n’eût rien fait de véritablement remarquable, le succès des campagnes de Hollande étant, en grande partie, la conséquence de la bataille de Fleurus. » (O’MEARA.)

« Pichegru, disait Napoléon, auquel on parle d’élever une statue, fut pourtant coupable des plus grands crimes que l’on connaisse ; un général qui s’est fait battre exprès, qui a fait tuer ses soldats de connivence avec l’ennemi !

« En 1803, à l’époque de la fameuse conspiration, Pichegru fut victime de la plus infâme trahison : c’est vraiment la dégradation de l’humanité. Il fut vendu par un ami intime, qui vint offrir de le livrer pour cent mille écus. La nuit venue, l’infidèle ami conduisit les agents de la police à la porte de Pichegru, leur détailla la forme de sa chambre, ses moyens de défense. Pichegru avait des pistolets sur sa table de nuit ; la lumière était allumée, il dormait. On ouvrit doucement là porte à l’aide de fausses clefs que l’ami avait fait faire exprès. On renversa la table de nuit, la lumière s’éteignit, et l’on se colleta avec Pichegru, réveillé en sursaut. Il était très-fort, et il fallut le lier et le transporter nu ; il rugissait comme un taureau. » (LAS CASES.)

« Quant à l’inculpation relative à la mort de Pichegru, qu’on assurait avoir été étranglé par les ordres du premier Consul, Napoléon disait qu’il serait honteux de s’en défendre, que c’était par trop absurde. Que pouvais-je y gagner ? faisait-il observer. Un homme de mon caractère n’agit pas sans de grands motifs. M’a-t-on jamais vu verser le sang par caprice ?… Ceux qui me connaissent savent que mon organisation est étrangère au crime

« Tout bonnement, Pichegru se vit dans une situation sans ressources ; son âme forte ne put envisager l’infamie du supplice ; il désespéra de ma clémence ou la dédaigna, et il se donna la mort. » (LAS CASES.)

« Pichegru s’était engagé à réunir son armée à celle des émigrés, à proclamer Louis XVIII et à marcher sur Paris. De son côté, le prince de Condé prenait l’engagement, au nom du prétendant, et par l’intermédiaire de Franche-Boul, Roque de Montgaillard, etc., à donner à Pichegru le gouvernement de l’Alsace, le château de Chambord, 1 million en argent, 200,000 livres de rentes, la terre d’Arbois, qui prendrait le nom de Pichegru ; enfin douze pièces de canon, le grand cordon rouge de Saint-Louis, celui du Saint-Esprit et la dignité de maréchal. »

En attendant la réalisation de ces promesses, on lui envoyait jusqu’à 900 louis à la fois, qui lui étaient fournis par le ministre anglais en Suisse.

PILLE (LOUIS-ANTOINE, comte)[modifier]

naquit à Soissons (Aisne) le 14 juillet 1749. Admis d’abord comme élève commissaire des guerres, il servit, de 1767 à 1776, en qualité de secrétaire des intendances d’Amiens, de Rennes et de Dijon. Employé dans cette dernière ville au moment de la Révolution, il devint sous-lieutenant des chasseurs volontaires à cheval de Dijon le ! " août 1789, chef de bataillon le H novembre suivant, commandant des volontaires de cette ville le 18 avril 1790, et fit partie des fédérés volontaires qui se rendirent à Paris le 14 juillet de la même année.

Nommé le 30 août 1791 lieutenant-colonel du 1er bataillon des volontaires de la Côte-d’Or, il servit à l’armée du centre en 1792.

Adjudant-général provisoire le 19 août même année, il se fit remarquer à l’affaire de Boujon, à la bataille de Jemmapes, aux combats d’Anderlach, de Tirlemont et de Varon.

Passé à l’armée du Nord au commencement de 1793, il assista au bombardement de Maëstricht, à la bataille de Ner-winde et au combat de Pellenbeck, et reçut un coup de feu à la tête. Lors de la retraite du camp de Braille (2 avril), Pilles, livré à l’ennemi par Du-mouriez, était détenu dans la citadelle de Maëstricht ; les Autrichiens le remirent par suite d’échange le 23 mai aux avant-postes français.

Confirmé dans le grade d’adjudant-général le 15 août 1793, il obtint, le 13 frimaire an II, celui de général de brigade ! Il avait obtenu des lettres de service pour passer avec ce grade à l’armée •des Alpes, lorsque, le 1er floréal suivant, le Comité de salut public le désigna à la Convention nationale pour remplir les fonctions de commissaire de l’organisation et ou mouvement des armées de terre. 11 occupa ce poste important jusqu’au 15 brumaire an IV.

Général de division le 16 de ce mois, il eut plusieurs commandements dans l’intérieur. ’ Chargé, en l’an VI, du commandement en chef de douze des départements du Midi de la France, depuis les Alpes et les Pyrénées jusqu’à l’Océan, il reçut du général Bonaparte une lettre dans laquelle on trouve la phrase suivante : « Le gouvernement ne pouvait confier en des mains plus sages des fonctions plus importantes. »

Nommé inspecteur en chef aux revues le 2e jour complémentaire an IX, il s’occupa d’augmenter l’armement des côtes de l’Ouest, notamment celles de la rade et du port de Boulogne, et prit part aux différents engagements qui eurent lieu en vue de cette place.’ Après le traité d’Amiens, le premier Consul l’attacha au comité central des revues et de l’administration des troupes. Le 19 fructidor an XI, envoyé en tournée dans la 27e division militaire (armée d’Italie), il y reçut, le 4 germinal an XII, la décoration de la Légion-d’Honneur, et, le 27 nivôse an XIIL la croix d’officier du même Ordre.

En 1807, il fut chargé de l’inspection générale des troupes d’infanterie stationnées en Italie et dans le royaume de Naples.

Rentré en France, il passa avec les mêmes fonctions, en octobre 1808, dans les 10e et 11* divisions militaires.

Mis en disponibilité le 1" mai 1814, chevalier de Saint-Louis le 19 juillet de la même année, commandeur de la Lé-gion-d’Honneur le 1" novembre suivant, Louis XVIII lui accorda le titre de comte le 23 septembre 1815.

Le 30 décembre 1814, il avait été employé comme inspecteur général d’infanterie dans la 16e division militaire (Lille).

Admis à la retraite le 6 septembre 1815, il mourut à Soissons, le 7 octobre 1828.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

PINO (le comte DOMINIQUE)[modifier]

né à Milan en 1760 d’une famille commerçante. D’un caractère impétueux et déterminé, il embrassa avec ardeur la cause de la Révolution en 96 ; il fut d’abord simple grenadier, et, l’année suivante, chef d’une légion levée à la hâte, qui alla prendre possession de quelques terres du duc de Parme sur les confins du territoire milanais. Il paraît que dès lors le général Pino songeait à profiter des circonstances pour rendre l’Italie indépendante. Il en fut soupçonné dès 1798, lorsqu’il commandait à Pesaro avec le général Lahoz, son ami. Par suite de ce soupçon, le général Montrichard, qui commandait à Bologne, enjoignit à ces deux officiers de quitter leur commandement. Lahoz ne céda point et se mit résolument à la tête d’une insurrection contre les Français. Pino, au contraire, vint trouver le général Monnier qui commandait à Ancône, montra dès lors un dévouement sans bornes à Bonaparte et contribua à la défense d’Ancône. Général de brigade le 16 décembre 1798, lorsque les Austro-Russes envahirent l’Italie en 1799, il se réfugia en France et retourna dans sa patrie quand Bonaparte la conquit en 1800. Il fut alors élevé au grade de général de division. Il avait pris pour aide-de-camp le littérateur Fôscolo, grand partisan de l’indépendance italienne. En 1802, Bonaparte chargea le général Pino du commandement de la Romagne, et, plus tard, il lui confia le ministère de la guerre du royaume d’Italie, et le fit comte. En •1805, Pino fut remplacé au ministère par Caffarelli et retourna commander sa^ division sous les ordres de Napoléon. Il s’y distingua par sa bravoure et son intelligence- Il resta attaché à la grande armée jusqu’à l’automne de 1813. L’Empereur l’envoya en Italie pour soutenir les efforts du vice-roi contre les progrès de l’Autriche. On vit le général Pino manœuvrer à la tête de sa division dès le 15 septembre sur la Lippa, sur Adel-sberg et Fiume. Après avoir recueilli quelques troupes à Bologne, il marcha contre les Autrichiens qui avaient débarqué sur le Pô près de Volano. Alors Murât mettait en mouvement ses Napolitains. On a lieu de croire qu’il pénétra les desseins du roi de Naples, et peut-être soupçonna-t-il le général Pino de vouloir seconder ses entreprises. Toujours est-il que celui-ci, par mécontentement ou par ordre, quitta l’armée et vint à Milan vivre en particulier, dans l’attente des résultats de la campagne. Lorsqu’en 1816, ie Sénat du royaume délibérait pour demander aux souverains alliés Eugène Beauharnais pour roi d’Italie, on croit qu’il n’était pas étranger à l’insurrection du 20 avril qui fit échouer ce sage projet. Les troupes autrichiennes étant entrées dans Milan peu de jours après, et le feld-maréchal de Bellegarde s’étant mis à la tête de la régence, l’influence du général Pino cessa ; il fut mis à la retraite avec une pension de 3,000 florins. Au mois de décembre suivant, le général Bellegarde fit arrêter le général Théodore Lechi et un aide-de-camp du général Pino que celui-ci avait envoyé, dit-on, au roi de Naples pour l’engager à employer ses armées au maintien du royaume d’Italie dont il lui offrait la couronne. 11 est certain que l’indépendance de l’Italie a toujours été la pensée du général Pino, dont l’esprit inconstant et le caractère ambitieux ont balancé les bonnes intentions. Pino, devenu suspect aux autorités autrichiennes, fut mis en surveillance et se condamna à un repos absolu.

Il est mort près de Milan, le 13 juin 1826, âgé de soixante-six ans.

PIRE (HIPPOLYTE-MARC-GUJLLAUME DE ROSNIVINEN de)[modifier]

né à Rennes en 1778, quitta la France avec sa famille au commencement de la Révolution, et servit successivement à l’armée des princes, dans les gardes du corps du roi, puis dans le régiment de Rohan-Soubise, que l’Angleterre entretenait à sa solde en Hollande sous les ordres du duc d’Yorck. Débarqué à Quiberon avec" l’armée royale, le jeûne Pire parvint, quoique blessé d’un coup de feu dans la poitrine, à échapper à ce désastre, et put revenir en Angleterre. L’année suivante, M. de Serent, aide-de-camp du comte d’Artois, l’emmena en Bretagne pour servir auprès du marquis de Puisaye comme aide-de-camp.

Après la pacification de l’Ouest. Pire entra comme soldat dans la légion des hussards volontaires du premier Consul, corps d’élite qui servit à rallier sous le drapeau de la France une partie de la jeune noblese rentrée de l’émigration, et sur l’organisation duquel fut calqué plus tard^celle des gardes d’honneur. 11 y fut fait capitaine pendant la campagne du Rhin.

Officier de l’état-major du prince de Neufchâtel, major général de la grande armée, Pire se distingua à Austerlitz. Escorté de deux cavaliers seulement, il fit mettre bas les armes à un détachement russe de 50 hommes. Avant la bataille d’Iéna, il fit, par ordre du grand duc de Berg, une reconnaissance qu’il conduisit avec une faible escorte à dix lieues en arrière du flanc gauche de l’armée prussienne. Chargé ensuite de reconnaître les abords de Stettin, il entra audacieusement dans la place, et entama sur-le-champ une négociation qui fut suivie d’une capitulation en règle, approuvée le lendemain par le général La-salle.

La conduite de Pire à Eylau lui mérita la décoration de la Légion-d’Honneur. Il fut nommé colonel du T chasseurs après Friedland, le 25 juin 1807.

Passé en Espagne m 1808. il commandait à Sommo-Siérra l’escadron de chevau-légers polonais qui culbuta l’infanterie et l’artillerie espagnole ; il y fit même prisonnier de sa main le colonel du régiment d’infanterie de la Couronne, qu’il conduisit à l’Empereur.

A l’ouverture de la campagne d’Allemagne, en 4809, Napoléon nomma Pire général et’lui confia le commandement d’une brigade de cavalerie légère à la 2e division du 3e corps, avec laquelle il combattit à Thann, à Eckmùhl. à Ratisbonne. Un coup de feu reçu à la tête à Ratisbonne ne l’empêcha point de suivre les opérations de la campagne et de se trouver aux batailles de Raab et de Wagram. En 1812, le général Pire débuta en Russie par le brillant combat d’Ostrowno ; il reçut la croix d’officier à Witepsk, et se fit remarquer pendant toute la retraite par une rare énergie. Chargé l’année suivante, après la bataille de Dresde, de poursuivre le corps d’armée du général saxon Thielmann, l’activité et le talent qu’il déploya lui valurent, les insignes de commandant de la Légion-d’Honneur^ et le. grade de général de division.

A la tête de la cavalerie légère du 5e corps, pendant la campagne dé France, en 1814., Pire culbute à Saint-Dié 2,000 Cosaques qui viennent attaquer les grand’gardes ; . à Brienne ; il forme l’avant-garde et repousse l’ennemi au delà du défilé ; à Nangis et à la Ferté-sur-Aube, il exécute de belles charges, et le 22.mars, en avant de Saint-Dizier, il enlève à l’ennemi un équipage de ponts de 80 voitures.

Mis d’abord en non-activité à la Restauration, puis rappelé au service dans la 13e division, le général Pire eut ordre, après le 20 mars 1815, de marcher contre le corps de l’armée du duc de Bourbon, commandé par le prince de La Trémouille ; ensuite il fut envoyé à Lyon et à Grenoble pour repousser l’armée royale du Gard, marcha sur Avignon et, après quelques engagements de peu d’importance, mit le duc d’Angoulême dans la nécessité de signer la capitulation de La Palud. A son retour à Paris, il eut le commandement de la division de cavalerie légère du 2° corps, sous le général Reille, et combattit aux Quatre-Bras ainsi qu’à Waterloo.

11 opérait sa retraite sur la capitale avec les débris de sa cavalerie, lorsqu’à Roquencourt il rencontra, le 2 juillet, une colonne prussienne chassée de Versailles par le général Excelmans. Ce corps, composé des régiments de hussards de Brandebourg et de Poméranie, les deux plus beaux de l’armée prussienne, attaqué en tête et en queue par le 44° et la cavalerie de Pire, et cerné dans la grande rue du village, fut obligé de mettre bas les armes, depuis le premier jusqu’au dernier homme, après avoir perdu les trois quarts de son monde.

L’ordonnance du 24 juillet obligea le général Pire à quitter la France. Il se retira en Allemagne, puis en Russie, où sa renommée de bravoure lui servit toujours de sauf-conduit. Il ne rentra dans sa patrie qu’à l’amnistie de 1819.

Après 1830, le général Pire occupa plusieurs commandements importants, tels que les 3e et 9e divisions militaires, et obtint la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur en 1834. Admis à la retraite en 1848, par suite de la suppression du cadre de réserve, il retrouva, lors des événements de juin, toute l’ardeur de sa première jeunesse et marcha contre les barricades, revêtu de son uniforme d’officier général et le fusil à la main, dans les rangs des gardes nationaux de la lr0 légion. Le général Pire est décédé à Paris le 20 juillet 1850. Il avait payé de sa personne dans trente-trois batailles rangées et plus de cent cinquante combats d’avant-garde.

Son nom figure sur l’arc de triomphe de l’Étoile.


PIRON (JEAN-ADRIEN) ))[modifier]

né le 22 juin 1790 à Paris, sortit de l’École polytechnique en 1809, pour passer à l’École de Metz, et fut admis dans l’artillerie en octobre 1810.

Constamment employé aux armées jusqu’à la paix, il servit d’abord en Portugal, se trouva aux batailles d’Almeida, de Salamanque et de Vittoria, et fut grièvement blessé dans chacune, de ces deux dernières affaires. Décoré par l’Empereur le 25 février-1814, pour sa belle conduite aux combats de Brienne et de Montereau, il avait, mérité de nouveaux éloges à Craone, à Laon, à Fère-Chàmpenoise et sous les murs de Paris. Déjà capitaine depuis deux ans, lors du retour de Napoléon, il défendit énergiquement la place de Mézières pendant l’invasion de 1815.

Ses connaissances étendues dans la fabrication des armes l’avaient fait maintenir pendant longtemps au dépôt central, où, victime de son zèle, il avait perdu l’œil droit dans des expériences sur la position de la lumière des armes portatives. Promu au grade de lieutenant-colonel en 1837, il fut envoyé en qualité de commandant adjoint à l’École de Metz, devint colonel et directeur des poudres en 1840.

Officier de la Légion-d’Honneur en 1842, Successivement directeur à Montpellier, Saint-Omer et Douai, et inspecteur des manufactures en 1847, il vit récompenser ses quarantes années de service par le grade de général de brigade, le 12 juin 1848, et commanda en dernier lieu l’artillerie de la 3e division militaire. Mis en disponibilité au mois de février dernier, en raison du mauvais état de sa santé, il est mort à Paris le 19 juin 1850.

PLÉVILLE-LE-PELLEY (GEORGES-RENE)[modifier]

né à Granville le 29 juillet 1726. ’ Bercé aux murmures des flots, élevé au bruit de la tempête, la mer fut en quelque sorte son premier élément. Dès sa tendre enfance, son plus grand plaisir était de "voir les bâtiments mouillés dans le port ou de contempler du haut du roc quelque voile au large ; et s’il manquait à la maison paternelle, c’était dans un bateau de pêche ou à bord d’un navire amarré au quai qu’on le retrouvait toujours. Il enviait le sort des enfants de son âge embarqués comme mousses, et demanda bientôt à s’embarquer aussi. Ses parents le destinaient à une autre profession : au lieu de l’enrôler à bord comme il le désirait, ils l’envoyèrent au collège de Coutances. Le jeune Pléville fit usage de tout ce qu’un enfant peut employer pour fléchir son père, les prières et les larmes ; mais la résolution qu’il s’efforçait de combattre était un parti pris en famille ; on fut inexorable. Ne pouvant changer la volonté paternelle, il suivit le penchant irrésistible qui l’entraînait vers la marine, et s’évada du collège pour aller s’embarquer. C’était en 1738, il avait alors douze ans. Il se rendit furtivement au Havre, où il se fit admettre en qualité de mousse, sous le nom de Vivier, à bord d’un navire en partance pour la pêche de la morue. Il avait pris un faux nom pour mieux échapper aux recherches dont son escapade allait le rendre l’objet de la part de sa famille. Ainsi, à l’exemple de tant d’autres personnages célèbres, ce fut donc malgré ses parents et à leur insu que Pléville-le-Pelley embrassa la carrière dans laquelle il s’est illustré si honorablement.

Après six années consécutives de navigation de long cours dans les parages les plus orageux du globe, Pléville, devenu. un marin expérimenté, quoiqu’il n’eût encore que dix-huit ans, passa, en qualité de lieutenant, sur un corsaire du Havre, armé contre les Anglais, à qui Louis XV venait de déclarer la guerre.

Ce fut vers cette époque qu’il retourna à Granville, afin de se réconcilier avec sa famille. Un père est rarement inflexible pour un enfant : qu’il aime. Le jeune Pléville obtint son pardon, et, de plus, la permission de poursuivre la carrière qu’il avait prise.

Il s’embarqua bientôt sur un corsaire de Granville. Ce bâtiment fut rencontré sous l’île de Jersey, quelques heures après sa sortie du port, par deux corvettes anglaises qui l’écrasèrent sous le feu croisé de leurs canons. Pléville-le-Pelley eut la jambe droite emportée par un boulet dans ce malheureux combat, et fut fait prisonnier avec ses compagnons de fortune.

Sa captivité dura peu. De retour en France, il obtint, malgré sa mutilation, le grade de lieutenant de frégate dans la marine royale, et s’embarqua en cette qualité à bord du vaisseau l’Argonaute, commandé par Tilly-le-Pelley, son oncle. Il passa ensuite sur le vaisseau le Mercure, qui faisait partie de l’escadre envoyée en 1746, sous les ordres du duc d’Amoille, pour reprendre le cap Breton. Dans le combat que cette escadre eut avec les Anglais, le Mercure se signala par sa valeur. Pléville-le-Pelley, officier de manœuvre abord, fut mis hors d’action au fort de l’affaire : un boulet lui emporta sa jambe de bois et le renversa du banc de quart sur le pont. « Le boulet s’est trompé, » dit-il en riant à son capitaine, il n’a donné de besogne qu’au charpentier.

Il reçut, en 1748, le commandement de la corvette l’Hirondelle, de quatorze canons de 6, avec laquelle il s’empara de trois bâtiments anglais de la compagnie,des Indes, portant ensemble quarante-quatre bouches à feu. Ces prises n’amenèrent qu’après un combat où le capitaine français, par un hasard remarquable, eut encore sa jambe de bois emportée par un boulet.

Pléville, qui s’était déjà fait une belle réputation par son courage et ses talents, se vit contraint de renoncer pour quelque temps à la navigation, sa santé délabrée ne lui permettant plus de supporter les fatigues de la mer. Il fut alors employé dans les arsenaux. Administrateur habile et probe, fonctionnaire éclairé, homme énergique, travailleur infatigable, les services qu’il rendit dans les ports le firent nommer lieutenant de vaisseau en 1762.

Il occupait le poste alors très-important de lieutenant de port à Marseille, lorsque la frégate anglaise l’Alarme, battue par la tempête dans la soirée du i" mai 1770, s’affala sur la côte de Provence, au milieu des rochers sur lesquels elle courait le danger imminent de se briser. Ce sinistre donna à Pléville l’occasion de déployer ses connaissances nautiques, son sang-froid et son courage. Averti de l’état de détresse du bâtiment étranger, il rassemble à la hâte les pilotes du port, s’entoure des marins les plus intrépides, et à leur tête vole au secours des Anglais, en affrontant au milieu des ténèbres d’une nuit d’orage les périls d’une mer en fureur. Il s’amarre à un grelin, s’affale le long des rochers, et parvient avec sa jambe de bois à bord de la’frégate dont il prend le commandement. Le bâtiment avait déjà donné plusieurs coups de talon, il commençait à toucher. Pléville ordonne une manœuvre qui le remet à flot : son courage surmonte les obstacles, ses connaissances théoriques et pratiques aplanissent les difficultés, et l’Alarme, arrachée aux dangers de la côle, sauvée d’un naufrage certain, est conduite comme par miracle dans le port de Marseille. Cette frégate était commandée par le capitaine John Jervis, mort amiral de la flotte britannique, et connu dans les fastes de la marine sous le nom de lord Saint-Vincent. L’intrépide dévouement du lieutenant du port de Marseille fut dignement apprécié en Angleterre. Les lords de l’amirauté lui donnèrent un éclatant témoignage de la reconnaissance du gouvernement britannique, en chargeant le capitaine Jervis de retourner à Marseille avec la frégate l’Alarme, pour remettre en leur nom à Pléville-le-Pelley un présent fort riche, et une lettre par laquelle ils lui exprimaient les sentiments que sa conduite leur avait inspirés.

La lettre était ainsi conçue :

« Monsieur, la qualité du service que « vous avez rendu à la frégate l’Alarme « fait la noble envie et l’admiration des « Anglais. Votre courage, votre prudence, votre intelligence, vos talents « ont mérité que la Providence couronnât vos efforts. Le succès a fait votre « récompense ; mais nous vous prions d’accepter comme un hommage rendu « à votre mérite et comme un gage de « notre estime et de notre reconnaissance, ce que le capitaine Jervis est « chargé de vous remettre de notre « part.

« Au nom et d’ordre de Milords, « STEPHANS. »

Le présent, d’une magnificence toute royale, consistait en une pièce d’argenterie en forme d’urne, sur laquelle étaient gravés des dauphins et autres attributs maritimes, avec un modèle de la frégate l’Alarme ; le couvercle, richement ciselé, était surmonté d’un triton. Ce vase, remarquable par l’élégance de sa forme et le fini du travail, portait d’un côté les armes d’Angleterre, et de l’autre l’inscription suivante, destinée à conserver le souvenir de l’événement qui avait donné lieu à ce superbe présent :

Georgio-Renato Pleville-le-Pelley, no-bili normano Grandivillensi, navis bellicœ portûsque Massiliensis pro prœfecto, ob navim regiam in litiore gallico pericli-tantem virtute diligentiâque suâ serva-tam. Septem vin reinavalis Britannicœ. M.DCCLXX.

Dix ans après, le dévouement de Plé-ville-le-Pelley pour le salut de l’Alarme trouva une récompense non moins honorable, mais d’un autre genre. Son fils, jeune officier de marine, ayant été pris sur une frégate, à la suite d’un combat, en 1780, et conduit en Angleterre, l’amirauté britannique le fit renvoyer en France, sans échange, après l’avoir autorisé à choisir trois de ses camarades pour les emmener avec lui. Cela n’était sans doute, de la part des Anglais, qu’un, acte de justice ; mais une aussi éclatante marque de reconnaissance pour un service rendu depuis tant d’années est un exemple de gratitude trop rare chez les gouvernements pour que l’histoire n’en garde pas les souvenirs.

En 1778, une escadre, armant à Toulon pour aller soutenir la cause des indépendants américains, Pléville-le-Pelley fut désigné pour faire partie de l’expédition. 11 embarqua comme lieutenant à bord du vaisseau le Languedoc, monté par le comte d’Estaing, amiral de l’escadre. Cette armée navale devait se rendre à l’embouchure de la Delaware afin d’y bloquer l’amiral anglais Howe que Washington aurait attaqué par terre ; mais l’ennemi, pressentant ce projet, se retira à Sandy-Hook ; et il y avait dix jours qu’il était sorti de la Delaware, lorsque le comte d’Estaing arriva à l’entrée du fleuve. La présence de l’escadre française devenant inutile sur la côte de Pensylvanie, l’amiral se porta sur Rhode-Island et prit position devant la ville de New-Port, tandis que le général Sullivan et La Fayette débarquaient dans l’île avec 9,000 hommes. La prise* de Rhode-Island paraissait infaillible, lorsque d’Estaing, quittant sa station pour attaquer la flotte anglaise, fut assailli par une tempête qui le força d’aller se réparer à Boston, et l’expédition manqua son but. Notre escadre se rendit ensuite aux Antilles, s’empara de la Grenade et battit l’amiral Byron. Pléville-le-Pelley, qui réunissait aux qualités de l’excellent marin celles qui font l’honnête homme, s’attira bientôt toute la confiance du comte d’Estaing. L’amiral connaissait sa grande activité ; il le savait administrateur éclairé et d’une probité sûre. Ce fut lui qu’il chargea d’aller vendre à la Nouvelle-Angleterre les nombreuses prises faites par nos vaisseaux. Le compte qu’il en rendit à son retour à bord de l’amiral était si satisfaisant, que le comte d’Estaing voulut le récompenser de son zèle en lui allouant une commission de 2 p. 0/0 sur le produit de la vente, qui s’élevait à environ 1S millions. Pléville refusa ces •100,000 écus de gratification, en disant qu’il était satisfait du salaire que le roi lui donnait pour le servir. L’antiquité ne nous offre pas un plus bel exemple de désintéressement. Cela se passait pourtant il y a soixante ans. Dignement apprécié au Nouveau Monde, Pléville reçut du gouvernement américain la décoration de l’ordre de Cincinnatus.

Rentré en France avec son amiral en’ 1780, il apprit en arrivant à Brest qu’il était nommé capitaine de vaisseau. Ce’ grade lui avait été conféré à la sollicitation du comte d’Estaing, qui l’avait demandé en échange de la gratification de 100,000 écus qu’il n’avait pu lui faire accepter. C’était donc une récompense accordée à la vertu, mais d’autant plus juste qu’elle était en même temps le prix de longs et honorables services.

En 1796, Pléville alla organiser la marine dans les ports d’Italie soumis à nos armes ; et, à son retour en France, il se rendit comme ministre plénipotentiaire au Congrès assemblé à Lille pour y traiter de la paix.

Ce fut pendant son séjour à Lille, le 49 juillet 1797, que le Directoire le nomma ministre de la marine, en remplacement de l’amiral Truguet » Pléville entra aux affaires à une époque difficile. C’est lui qui eut la triste mission de donner les ordres pour l’embarquement des déportés du d8 fructidor, conduits à la Guyane et jetés vivants dans les tombeaux de Sinnamari et de Conanama. L’activité, les talents administratifs qu’il déploya dans toutes les choses de son département, rendirent d’immenses services à la patrie. Il se montra constamment homme d’État intègre, ministre honnête homme. Son austère probité dut plus d’une fois faire rougir les gouvernants d’alors. Voici, entre autres, un fait qui honore et peint son beau caractère. Le Directoire exécutif le chargea de faire une tournée d’inspection sur les côtes de l’Ouest : 40,000 francs lui furent alloués pour cette mission, o Le modeste Plé-ville-le-Pelley, dit François de Neufchâteau, ne prit de cette somme que 12,000 francs, n’en dépensa que 7,000 dans sa tournée, et, à son retour voulut remettre le reste à la trésorerie nationale qui avait porté en compte les 40,000 francs. Le gouvernement ne crut pas de sa dignité de souscrire à l’intention du ministre. Pléville-le-Pelley, ne pouvant insister et ne voulant pas non plus garder une somme à laquelle il ne se croyait aucun droit, voulut au moins qu’elle tournât à l’utilité de l’État, et la consacra à l’érection du télégraphe que l’on voit encore aujourd’hui sur l’hôtel du ministère de la marine, et cependant il était peu riche, et sa famille qu’il soutenait était extrêmement nombreuse. »

Son administration, aussi habile que désintéressée, son dévouement à son pays, ses longs services, lui valurent le grade de contre-amiral en 1797, et celui de vice-amiral en 1798. Au bout de neuf mois de ministère, Pléville-le-Pelley, épuisé par le travail et plus que septuagénaire, se démit de son portefeuille, trop lourd pour ses vieux ans.

Le délabrement de sa santé lui rendait la retraite nécessaire : cependant il fut encore nommé au commandement de l’armée navale de la Méditerranée ; mais, arrivé à Toulon, ses infirmités l’obligèrent de demander son remplacement, tl se retira alors au sein de sa famille pour y terminer dans le repos une vie usée par l’âge et les fatigues. La fortune vint bientôt l’y troubler.

Quelques jours après la révolution du 18 brumaire (le 24 novembre 1799), le.premier Consul l’éleva à la dignité de Sénateur. Enfin il fut fait grand officier de la Légion-d’Honneur à la création de ’ l’ordre. Ces hautes distinctions n’étaient pas des récompenses trop éminentes pour le mérite et la vertu du grand citoyen qui les recevait ; mais c’était beaucoup plus que le modeste amiral n’attendait.

Pléville-le-Pelley, comblé de gloire et d’honneur, mourut à Paris le 2 octobre 1805, dans sa quatre-vingtième année, succombant à une maladie de quelques jours.

PLOMION (LOUIS-ROCH)[modifier]

né le 15 août 1764, dans le département de la Somme, entra au service le 11 novembre 1782 dans le 58° régiment d’infanterie de ligne, et fit les campagnes de 1782 à 1783 en Espagne, celle de 1790 en rade de Brest, et celle de 1791 en Amérique.

Caporal le 1" octobre 1790, il fut fait fourrier le Ie’ janvier 1791, et sergent le 15 mars 1792.

Il servit aux armées des Ardennes, du Nord et de Sambre-et-Meuse depuis 1792 jusqu’à l’an IV, se distingua particulièrement le 8 mai 1793 à l’affaire du bois de Bonne-Espérance, près Valenciennes, où il fut blessé d’un coup de feu à la jambe gauche. Passé à l’armée d’Italie il y. fit la guerre de. l’an V à l’an. VIII inclusivement.

Le 30 prairial an VII, à la bataille de la Trébia, dans le village de Castel-San-Juan, accompagnant lui seul l’adjudant-major Reboul, de son bataillon, ils firent mettre bas les armes à un peloton de 20 soldats Autrichiens embusqués dans un jardin et les emmenèrent prisonniers.

Le 1er messidor, à la même affaire, le 3e bataillon de la 55e se trouvait exposé au feu meurtrier de deux pièces de canon qui portaient le ravage dans ses rangs. Le chef de brigade demande un sous-officier et 30 hommes de bonne volonté pour s’emparer de ces pièces. Le sergent Plomion sort des rangs le premier, il est bientôt suivi par les volontaires demandés. Ces braves soldats, sans s’inquiéter du danger qui les menace, traversent une colonne russe et s’emparent des pièces après avoir tué tous les canonniers qui les servaient ; mais, assaillis par ’des forces considérables, ils sont obligés d’abandonner les pièces après avoir combattu avec la plus rare intrépidité. Dans cette lutte terrible, tous ses compagnons d’armes ont trouvé un glorieux trépas ; il ne lui reste plus qu’un seul des 30 braves qui l’avaient accompagné. Plomion se fait jour, les armes à la main, pour rejoindre son bataillon qui, pendant ce temps, avait été contraint de battre en retraite. Le soldat qui lui restait est grièvement blessé et ne peut plus le suivre ; il est donc forcé de continuer seul son mouvement de retraite, s’arrêtant à chaque pas pour repousser l’ennemi qui le pressait de trop près. 11 allait atteindre son bataillon lorsqu’il s’entend appeler et aperçoit au milieu d’un groupe de Russes le porte-drapeau qui, mortellement blessé, faisait un dernier effort pour reprendre le drapeau qu’on venait de lui enlever. A cette vue l’intrépide Plomion s’élance sur les Russes, il tue et disperse à coups de baïonnette tout ce qui s’oppose à son passage. Arrivé auprès du soldat russe qui s’était emparé du drapeau, il le lui arrache des mains, l’emporte et rejoint son bataillon au milieu d’une grêle de balles que les Russes font pleuvoir autour de lui. Après avoir remis son précieux dépôt entre les mains de son sergent-major, il retourne au combat ; mais, blessé d’un coup de’ feu qui lui traverse le corps et lui brise deux côtes, il fut fait prisonnier et conduit en Hongrie.

Lors de sa rentrée des prisons de l’ennemi, il alla rejoindre à Rouen le dépôt de son régiment. Le premier Consul, traversant cette ville peu de temps après, passa en revue la garnison, et il demanda si parmi les prisonniers rentrants il n’en était pas dont le courage fût resté sans récompense. Plomion lui fut présenté et reçut de lui un sabre d’honneur. Le brevet porte la date du 10 prairial an XI.

Il fit la campagne de l’an IX à l’armée de Batavie.

Sergent-major le 11 thermidor an XI, il fut promu sous-lieutenant le 7 vendémiaire an XII, fut employé à l’armée des côtes de l’Océan pendant les ans XII et XIII, et prit part aux guerres d’Autriche, de Prusse et de Pologne, de l’an XPV à 1807, avec la grande armée.

Lieutenant le 23 février 1807, il servit avec distinction en Espagne de 1808 à 1810, et fut nommé capitaine le 4 mars de cette dernière année.

Adjudant-major, chargé de l’habillement le 1" janvier 1813, il fut élevé au grade de chef de bataillon par décret impérial du 1" mars suivant.

Pendant la campagne de Saxe en 1813, le commandant Plomion donna de nouvelles preuves de son courage et de ses talents militaires, notamment à la bataille de Dresde, où il mérita la croix d’officier de la Légion-d’Honneur, dont le brevet lui fut expédié le 19 septembre 1813.

Prisonnier de guerre à la capitulation de Dresde, le 1er décembre de la même année, il rentra en France le 24 juillet 1814, fut mis en retraite le 1" août suivant, et se retira à Péronne, où il se vit entouré de l’estime et de la considération de ses concitoyens.

Le commandant Plomion compte trente-deux ans de services actifs en vingt-trois campagnes.

POINSOT (PIERRE)[modifier]

baron de Chansac, né à Châlons (Saône-et-Loire) le 7 février 1764, fit ses premières armes au 57e régiment d’infanterie, où il entra en qualité de soldat le 1er avril 1779. Envoyé avec son régiment dans l’île de Corse, commandée par le comte de Mar-bœuf, il y demeura jusqu’en 1784, époque à laquelle il obtint, en récompense de sa bonne conduite, le grade de sous-officier. Après avoir acheté son congé, il rentra dans ses foyers le 31 juillet 1783. Toutefois son penchant pour la carrière des armes le ramena bientôt sous les drapeaux. Il entra dans le 11e régiment de dragons le 20 octobre 1786, y fut nommé brigadier, et puis quelque temps après fourrier. Il servait depuis cinq ans sept mois dans les dragons, lorsqu’il en sortit pour passer dans la cavalerie de la garde du roi, où il resta jusqu’au licenciement de ce corps. Aussitôt que la guerre de la révolution eut commencé, Poinsot demanda du service, et fut nommé, le 31 mai 1792, capitaine de cavalerie dans la légion du Nord. Il combattit sous les ordres du général Du-mouriez, à l’armée du Nord, où son courage et ses talents lui procurèrent un avancement rapide. Devenu adjudant-général le 25 février 1793, il se rendit, le 3 juin, à l’armée des Pyrénées-Orientales, où il donna de nouvelles preuves de sa valeur. Le 17 juillet, il attaqua les’ Espagnols, leur fit 500 prisonniers et s’empara de deux pièces de canon. Promu, le 7 août, au grade de général de brigade, Poinsot se distingua à l’affaire du camp de la Perche, à la reprise de la Cerdagne française, envahit la Cerdagne espagnole, fit 1,500 prisonniers, se rendit maître de huit pièces d’artillerie, d’un camp de 6,000 hommes, tout tendu, ainsi que des vivres, des munitions, des fourrages et de la caisse de tous les corps. Cette belle conquête lui valut le grade de général de division provisoire, le 3 vendémiaire an II. Suspendu de ses fonctions le 7 frimaire suivant, comme ayant été garde du roi, il fut toutefois maintenu en activité par le général Dugommier. Appelé à l’armée de Rhin-et-Moselle le- 15 fructidor an IV, il ne fut employé que dans le grade de général de brigade, par suite du travail d’Aubry, qui vint alors priver les militaires des récompenses que leur avaient acquises leur bravoure et leurs services. Il partit ensuite pour l’armée de Mayence, fut réformé le 4 fructidor an VI, et rentra en activité le 3 thermidor an VII, époque à laquelle il alla rejoindre l’armée d’Italie sous les ordres de Masséna. Le général Poinsot ajouta à sa réputation en coopérant glorieusement à tous les combats qui furent livrés dans la Péninsule. Il se fit plus particulièrement remarquer à la défense de Gênes, où Masséna, pendant soixante jours, résista comme par miracle, avec une poignée de soldats débiles, dénués de tout secours, aux forces infiniment supérieures des coalisés. Le 18 germinal, les divisions de l’armée française furent établies pour la défense de Gênes et de ses environs, de manière à ce que l’ennemi fût obligé de se mprceler pour faire face à toutes les attaques qu’il avait à redouter, et à toutes celles qu’il devait entreprendre. Le général Poinsot, qui commandait une brigade dans la division de Gazan, reçut l’ordre de se porter sur Campo-Freddo, en chassa l’ennemi, et lui fit, avec la 92° et un bataillon de la 78e, 124 prisonniers. Le 20 germinal, il attaqua, à la hauteur de Sasselo, l’arrière-garde autrichienne, qui se dirigeait par là sur la Verréria, la culbuta, la mit en déroute, et emporta la ville au pas de charge. Parvenu à un mille au delà de Sasselo, le général Poinsot, n’ayant avec lui que 15 chasseurs, qui seuls avaient pu le suivre dans la rapidité de sa course, n’hésita pourtant pas à se précipiter à leur tête sur un détachement de 100 hussards qui escortaient plusieurs pièces d’artillerie, et leur enleva trois pièces de canon. Il se signala aussi dans divers autres engagements plus ou moins importants. Lorsque l’armée française, par suite des journées des 28, 29 et 30 germinal, se replia sur Gênes, Masséna confia le commandement de la réserve au général Poinsot. Ce fut lui qui, de concert avec l’adjudant-général Andrieux,. enleva à l’ennemi ses deux dernières redoutes sur le mont Reti, et fit mettre bas les armes à un bataillon ennemi qui tomba en notre pouvoir avec son drapeau. Le général Poinsot se distingua de nouveau, le 21 floréal, dans un combat où plus de 800 Autrichiens furent culbutés et précipités du haut des rochers. La capitulation ayant été signée, il continua à servir à l’armée d’Italie, sous les généraux Brune et Moncey. Rentré dans ses foyers avec traitement d’activité, le 12 messidor an IX, il cessa d’être employé dans son grade le 1" vendémiaire an X. Réintégré le 11 brumaire suivant, on le chargea bientôt du commandement d’une subdivision dans la 18° division militaire. Le 2 ventôse an XI, Poinsot partit pour Saint-Domingue, avec le général Rochambeau, rentra en France le 13 thermidor, puis se rendit le 9 thermidor à l’île de Walcheren, pour prendre le commandement des troupes qui s’y trouvaient stationnées. Créé membre de la Légion-d’Honneur le •19 frimaire an XII, il devint commandant de l’Ordre lé 25 prairial de la même année. Après avoir été admis au traitement de réforme le 2 fructidor an XIII, il fut remis en activité dans la 18e division militaire le 24. mai 1806, et employé au 2e corps d’observation de la Gironde le 15 décembre 1807. Devenu baron de l’Empire en 1808, le général Poinsot alla à l’armée d’Italie le 28 novembre de cette année. De retour à Paris le 13 novembre 1809, il passa à l’armée d’Espagne le 19 décembre, et fit partie du 2e corps de celle de Portugal, le 20 juin 1810. Mis en disponibilité le 2 juillet-1811, il organisa 4 escadrons dans la 6e division militaire le 2 janvier 1812, servit le 11 août dans le 11e corps de la grande-armée, et obtint un commandement dans le 2° corps de cavalerie le 12 avril 1813. Prisonnier de guerre quelque temps après, il revint, au mois de juin 1814, en France, où il cessa d’être en activité le 1er septembre. Admis à la retraite le 24 décembre, il fut mis à la disposition du général Margaron pour être employé au dépôt de cavalerie d’Amiens le 28 mai 1815. Le 1" octobre, le général Poinsot rentra dans l’état de retraite, devint lieutenant-général honoraire le 8 mars 1818, fut compris, comme maréchal de camp, dans le cadre de réserve de l’état-major général le 22 mars 1831, obtint encore une fois sa retraite le 1" mai 1832, et mourut le 30 juillet 1833. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

POISSONNIER-DESPERRIËRES (ADBIEN-MARIE-GABRIEL)[modifier]

né le 12 janvier 1763, entra en 1780, comme aspirant au corps royal d’artillerie. Lieutenant en deuxième. Surnuméraire au régiment de La-Fère, artillerie le 1’’septembre 1782 il passa titulaire au régiment de Toul le 4 mai 1783, et lieutenant en premier au même corps le 1er mai 1789. Aide-de-camp du général La Fayette le 20 juillet 1789, il commanda le 10 août suivant l’artillerie de la garde nationale parisienne soldée. Ayant donné sa démission du corps royal, le 2A décembre, Poissonnier fut nommé, le 16 mars 1791, major de division dans la garde soldée de Paris. Lieutenant-colonel au 10 régiment le 28 octobre suivant, il passa colonel du 8l’régiment le 16 mai 1792, et, le 27 mai, colonel du 49°. Le 20 juin de la même année, il couvrit le roi de son corps, quand le peuple força le château des Tuileries, et tint le Dauphin dans ses bras, lorsque Santerre déEla devant la famille royale à la tête de ses troupes. Employé à l’armée de Nord-et-Moselle le général en chef Kellermann lui confia, à l’avant garde, le commandement de 2,500 grenadiers réunis qui firent des prodiges de valeur à la bataille de Valmy, le 20 septembre, et lui méritèrent le titre de colonne infernale. La conduite de Poissonnier, dans cette glorieuse journée, fut telle, que Kellermann demanda pour lui le grade de maréchal de camp. Aux trois journées de Buzancy, à !a tête des grenadiers réunis, il combattit constamment l’arrière-garde de l’ennemi, et lui prit beaucoup d’équipages. La campagne d’été finie, les représentants du peuple voulurent faire exécuter le décret qui ordonnait l’arrestation de Desperrières mais le général en chef et ses grenadiers refusèrent de le livrer. Dans la campagne d’hiver de la même année, sous le général Beurnonville, entre Saare et Moselle, il passa la Saare avec ce corps, et repoussa les ennemis jusqu’au pont de Kous-Saarbruck ; en trois jours il leur enleva Bilbausen, Vavreen et Pelingen. Cette guerre terminée, et les grenadiers réunis renvoyés à leurs corps respectifs, le décret reçut son exécution ; mais les mentions honorables que cet officier présenta en sa faveur détruisirent les préventions le décret fut rapporté, et Poissonnier, rendu à ses fonctions, revint à l’armée. Il fit la campagne de 1793, sous le général Houchard, et se couvrit de gloire au combat et à la prise d’Arlon le 6 juin. Sa colonne traversa la plaine en bon ordre, sous le feu très-vif des batteries ennemies, et y resta exposé pendant trois quarts d’heure. Poissonnier eut l’honneur d’aborder le premier les retranchements et de mettre les canonniers autrichiens dans le plus grand désordre. Nommé général de brigade le 30 juin, il fut suspendu de ses fonctions le 20 septembre suivant. Destitué comme nob)e vers la fin de cette année, et jeté dans un cachot, au dépôt de la Conciergerie, il y resta cinq mois et demi il n’en sortit qu’après la mort de Robespierre. Réintégré et remis en activité à l’armée de la Moselle le 21 frimaire an 111, il passa, le 5 prairial, à la 17° division militaire. Employé à l’armée des côtes de Cherbourg le 25 du même mois, il revint à l’armée de l’intérieur le 14 fructidor suivant. Le général Poissonnier commandait au camp du Troud’Enfer, près Paris, les troupes que la Convention nationale appela à son secours le 13 vendémiaire an IV, contre les sections de Paris qui refusaient d’obéir au décret par lequel les deux tiers de cette assemblée devaient être admis dans le nouveau corps législatif. Pour ne pas obéir à cette injonction, il feignit d’être malade. De là, sa disgrâce auprès de Bonaparte, qui prit le commandement des troupes conventionnelles dans cette journée. Le général Poissonnier fut destitué ; mais, ayant offert ses services après le 18 brumaire, il obtint par arrêté du premier Consul, du 21 nivôse an VIII, sa réintégration dans son grade à l’armée du Rhin le 29 du même mois. Cet officier général mérita d’être cité honorablement aux affaires d’Engen, Mœrskirch et de Biberach. Le 9 frimaire an IX, il était chargé, à la tête de deux bataillons et de trois escadrons, de la défense d’Aschau, lorsque l’archiduc Jean s’y porta par Craïbourg. Les Autrichiens, qui s’étaient avancés sur Riecherslheim, attaquèrent le général Poissonnier sur le pont d’Aschau avec des efforts incroyables celui-ci fit la plus vive résistance mais à la fin, il se replia, emmenant avec lui plus de 700 prisonniers, dont vingt-deux officiers de tous grades. En arrêtant pendant six heures l’archiduc qui avait 25,000 hommes sous ses ordres, il donna le temps au général Moreau de venir le dégager avec deux divisions, et sauva les équipages, 49 bouches à feu et le trésor. Mis en non-activité le 1" vendémiaire an X, il obtint de l’emploi dans la 6division militaire le 4e jour complémentaire an XI. Il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et commandant de l’Ordre le 25 prairial. Le général Poissonnier a dit dans sa Vie’politique, publiée en 1823 « Lors du procès, je me prononçai pour. Moreau dont je plaignis la destinée ; Bonaparte le sut ; je fus suspendu de mes fonctions, mis à la demi-solde, etc. » Il y a ici une erreur que nous nous contenterons de réfuter par des dates. Moreau, arrêté le 25 pluviôse an XII, fut condamné le 21 prairial suivant ; et M. Poissonnier, employé dans la 6° division militaire le 4e jour complémentaire an XI ; a conservé son commandement jusqu’au 6 mars 1806, époque de sa misè en non activité. Cette décision fut motivée 1° sur la mésintelligence qui régnait entre lui et les autorités civiles du département du Jura, dont il avait le commandement 2° sur les moyens qu’il employait pour soutenir les dépenses excessives auxquelles il se livrait dans ce département. Son admission à la retraite, le 6 août 1811, après cinq ans de non activité, prouva qu’on ne le jugea plus susceptible d’être employé, et le 23 octobre 1812 il reçut, par suite de l’affaire Malet, l’ordre de se retirer à Rouen, disposition contre laquelle il réclama vivement sans succès. Créé chevalier de Saint-Louis le 19 juillet 1814 le roi lui confia, le 31 décembre 1818, le commandement du département de l’Hérault, en récompense, sans doute, du dévouement dont il avait fait preuve en le suivant à Gand. Le 22 juillet 181C, il commanda le département de la Lozère, et, le 2 juillet 1817, celui de l’Aveyron. Remis en non-activité le 1er décembre suivant, il obtint le 18 novembre 1818 la place de lieutenant de roi à Perpignan. Sa conduite dans ce commandement et sa manière de servir donnèrent lieu à des plaintes qui déterminèrent son changement, et il passa à Besançon le 2 août 1820. Sur de nouvelles plaintes, il fut définitivement admis à la retraite le 34 octobre 1821. En janvier 1823, il fit hommage au roi et à chacun des membres de la fa-

POITEVIN DE MAUREILLAN (CASIMIR, baron, puis vicomte)[modifier]

, général de division du génie, né le il juillet 1772 à Montpellier (Hérault). Issu d’une famille noble du Languedoc, il entra comme élève sous-lieutenant à l’école du génie de Mézières le 12 février 1792, et se fit remarquer au siège de Namur et à l’attaque du fort "Villette. Lieutenant le 15 février 1793, et capitaine le 1" juin suivant, il prit une part honorable au bombardement de Maëstricht, après lequel le général en chef le chargea de retrancher la forêt de Marmale. En février 1793, le général Bouchet, en sollicitant du ministre de la guerre le grade de capitaine pour les deux frères Poitevin (Casimir et Victor), s’exprimait ainsi : « D’après la conduite que je leur ai vu tenir aux attaques de Namur et à celles qui ont suivi, je ne crains pas d’assurer que peu de sujets annoncent de plus heureuses dispositions pour être un jour d’excellents officiers. On ne peut rien ajouter à leur zèle, à leur activité, à leur intelligence ; je ne parle pas de leur bravoure dans les occasions : c’est une qualité inhérente à tous les Français. » Le jeune Poitevin (Casimir) se trouva encore à la bataille de Nerwinde, au siège de Menin et à la bataille de Cour-trai, et dirigea les’ouvrages entrepris pour mettre cette place à l’abri d’un coup de main. Plus tard, il alla prendre part au sjége d’Ypres et de Nieuport, à la prise de l’île deCadsand et au siège de l’Écluse, et devint chef de bataillon le 18 fructidor an II. Cette même année il dirigea, en qualité de commandant du génie, le siège de Venloo, se trouva à celui de Nimègue, à la prise de la Hollande et au passage du Rhin devant Dusseldorff. Il faisait partie de l’armée du Rhin, lors du second passage de ce fleuve le 6 messidor an IV, et il reçut à l’occasion de la valeur éclatante qu’il y avait déployée, une lettre de félicitation du Directoire. Il assista à la bataille de Biberach, et se fit particulièrement remarquer pendant la retraite de Moreau, ainsi qu’à la défense de la tête de pont de Huningue, où il commandait le génie. Il contribua, le 1" floréal an V, au nouveau passage du Rhin, et fut nommé chef de brigade le 19 prairial suivant. Le général Moreau écrivit au ministre de la guerre : « Les bons services de eet officier lui ont mérité cet avancement ; il a été employé très-utilement au passage du Rhin en l’an IV, s’est distingué pendant la retraite de l’armée en Bavière. Il a été chargé de retrancher et de défendre la tête de pont de Huningue, et cette opération fait infiniment d’honneur à ses talents et à son courage. » Le colonel Poitevin fut chargé, peu de temps après, de la construction des retranchements du fort de Kehl et du commandement du génie de l’aile droite de l’armée d’Allemagne. Désigné par le général Bonaparte pour faire partie de l’expédition d’Égypte, il se signala à la prise de Malte, aux batailles d’Alexandrie et de Chebreiss. Fait prisonnier parles Turcs au.commencement de l’an VII, il ne fut rendu qu’à la fin de l’an IX ; le premier Consul l’employa immédiatement au comité des fortifications. Il faisait partie des cantonnements de Saintes, lorsqu’il reçut le 19 frimaire an XII l’étoile de la Légion-d’Honneur, et le 25 prairial suivant la décoration d’officier de cet Ordre. L’Empereur le nomma, en l’an XIII, membre du collège électoral du département de l’Hérault.

Désigné, la même année, pour faire partie de l’expédition de l’île de la Dominique, il prit part à l’attaque et à la prise de la ville des Roseaux. De retour en France, il fut appelé au commandement du génie d’un des corps de la grande armée, et sa conduite à la prise d’Ulm, au combat de Hollabrunn et à la bataille d’Austerlitz, lui valut les épaulettes de général de brigade le 4 nivôse an XIV. Employé à l’armée de Dalmatie en 1806 et 1807, il s’est trouvé au combat de Castelnovo, dans lequel il déploya autant d’habileté que de courage ; il reçut vers ce temps la décoration de chevalier de la Couronne de Fer. Chargé de 1808 à 1810 de l’inspection générale des places de la Dalmatie et de l’organisation définitive des directions de Trieste et de Zara, le général Poitevin s’acquitta de ces diverses missions avec beaucoup de zèle et de talent. Napoléon lui conféra, comme témoignage de sa haute satisfaction, le titre de baron de l’Empire. Appelé en 1812 au commandement du génie d’un des corps de la grande armée, il fut chargé en 1813 de la défense de Thorn. Nommé général de division le 26 avril 1814, il reçut, le 8 juillet suivant, la croix du Mérite militaire, et fut fait commandant de la Légion-d’Honneur le 23 août de la même année. Le 18 mars 181b, il reçut l’ordre de se rendre en toute hâte au corps d’armée commandé par le général Maison, chargé de couvrir la capitale à l’approche de Napoléon qui s’avançait à marches forcées. Surpris par les événements, il suivit la fortune de son général et accompagna le roi à Lille. L’Empereur, loin de lui retirer son estime, le désigna le 5 avril pour commander le 5’ corps d’observation, devenu armée du Rhin. Ce fut lui qui négocia, en cette qualité, l’armistice conclu entre les armées française et autrichienne. Au retour de Gand, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, alors ministre de la guerre, le chargea d’opérer le licenciement des troupes du génie réparties sur les divers points du royaume. En 1816, le gouvernement le nomma membre de la commission chargée de la démarcation des frontières du Nord. En 1820, le roi de Hollande le créa, à cette occasion, chevalier de l’Ordre militaire de Guillaume des Pays-Bas. Louis XVIII lui conféra le titre de vicomte par ordonnance du 17’ août 1822, et le roi Charles X le nomma grand officier de la Légion-d’Honneur le 23 mai 1825. Le 20 février 1826, il reçut la croix de commandeur de l’ordre du Mérite civil de Bavière. Le général Maureillan est mort le 19 mai 1829. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

PONIATOWSKI (JOSEPH-CIOLEK)[modifier]

neveu du dernier roi de Pologne, fils du prince André, général au service de l’Autriche, naquit à Vienne le 7 mai 1766, dernier rejeton d’une famille qui avait donné des rois à la Pologne. Dès sa jeunesse, il se montra le défenseur le plus sincère de la liberté de son pays.

Il fit la campagne de 1792, et, après la Confédération de Targowitz, il quitta l’armée suivi des meilleurs officiers.

En 1794, il reparut dans les rangs de ses compatriotes, comme simple volontaire ; mais Kosciusko lui confia le commandement d’une division. Poniatowski refusa ensuite les faveurs de la cour de Vienne et celles de Paul Ier. Ministre de la guerre du grand duché de Varsovie, il défendit les frontières contre les Autrichiens et les repoussa en 1809.

Commandant d’un corps de la grande armée française en Russie, maréchal d’Empire à la bataille de Leipzig, dit bataille des nations. C’était le 19 octobre 1813, troisième jour de la bataille, la nuit avait terminé l’action, le calme avait enfin succédé à cette terrible mêlée, quelques coups de fusil seulement se faisaient entendre de loin en loin. L’Empereur, assis sur un pliant, près du feu de son bivouac, dictait au major général des ordres pour la nuit, lorsque les commandants de l’artillerie vinrent lui dire que les munitions étaient épuisées. On avait tiré dans la journée 95 mille coups de canon ; depuis cinq jours on en avait tiré plus de 220 mille ; les réserves étaient vides : il ne restait pas plus de 16 mille coups, c’est-à-dire de quoi entretenir le feu pendant deux heures à peine. Dans cette position, il ne fallait pas songer à conserver plus longtemps le champ de bataille ; Napoléon se décida à la retraite, et des ordres furent sur-le-champ expédiés. A huit heures, il quitta le bivouac et s’établit dans la ville à l’auberge des Armes de Prusse. La retraite commença par les corps des maréchaux Victor et Augereau ; le maréchal Mar-mont devait se maintenir dans le faubourg de Halle ; la défense du faubourg de Rosenthal avait été confiée au général Régnier ; le maréchal Ney fit replier ses troupes sur les faubourgs de l’Est ; les corps de Poniatowski, de Lauriston et Macdonald, formant l’arrière-garde, rentrèrent en ville et s’établirent derrière les barrières du Midi ; le maréchal prince Poniatowski vient prendre les ordres de l’Empereur : « Prince, lui dit Napoléon, vous défendrez les faubourgs du Midi.— Sire, j’ai bien peu de monde. — Eh bien ! vous vous défendrez avec ce que vous avez. — Nous tiendrons, Sire, nous sommes tous prêts à nous faire tuer pour Votre Majesté. » Le noble Polonais ne devait pas tarder à tenir sou serment.

Cependant, il devenait important de s’assurer du grand pont de l’Elster. Napoléon recommanda ce point essentiel à l’attention des officiers du génie et de l’artillerie. — « On devra, dit-il, le faire sauter quand le dernier peloton sortira de la ville et qu’il ne restera plus que cet obstacle à opposer à l’ennemi. » — A l’instant on commença à miner le pont. Ces ordres donnés, il recommanda au maréchal Macdonald de tenir dans* la vieille ville vingt-quatre heures encore, si faire se pouvait, ou, au moins le reste de la journée. Tout à coup en entendit une explosion terrible : c’était le pont de l’Elster. Cependant les troupes de Macdonald, de Laurislon, de Poniatowski, de Régnier étaient encore dans la ville, avec plus de 200 pièces de canon. Tout moyen de retraite était enlevé ; le désastre était à son comble. On apprit le soir, sur la route d’Erfurth, que Macdonald avait traversé l’Elster à la nage ; quant à Poniatowski, ayant voulu, quoique blessé, franchir le fleuve à la nage, il avait trouvé la mort dans un gouffre.

On apprit bientôt la cause de la catastrophe du pont : les Badois et les Saxons venaient d’abandonner la cause de la France ; du haut des murs de la vieille ville, ils signalaient leur trahison en tirant contre les Français. Trompé par cette double fusillade, le sapeur posté au pont crut que l’ennemi arrivait et que le moment était venu de mettre le feu à la mine. Ainsi fut consommée la perte de tout ce que Leipzig renfermait de Français et de munitions.

Le corps de Poniatowski, retrouvé seulement le 24., fut embaumé et porté par ses compagnons d’armes à Varsovie, puis de là à Cracovie dans le tombeau des rois de Pologne, où il repose à côté de Sobieski et de Kosciusko. Aux funérailles de ce héros célèbre, à Leipzig, les vainqueurs et les vaincus réunis, y représentaient l’Europe entière pleurant sur la tombe du dernier des Polonais.

— o Le vrai roi de Pologne, disait Napoléon, en entendant passer en revue les rois auxquels on l’avait crue destinée, le vrai roi de Pologne, c’était Poniatowski ; il en réunissait tous les titres et en avait tous les talents, » Après avoir prononcé ces mots, Napoléon s’est tu. » (LAS CAZES. )

POUGET (FRANÇOIS-RENE-CAILLOU, baron)[modifier]

fils du chirurgien du roi de Pologne ; il est né à Craon (Meurthe) le 28 juillet 1767. Nommé capitaine au 4° bataillon de volontaires de la Meurthe le 21 août 1791, puis adjudant-général chef de bataillon sur le champ de bataille en 179-1, il servit de 1791 à l’an III aux armées de Flandre, de la Moselle et de Rhin-et-Moselle, prit part au combat de Grisonelle, à l’avant-garde de l’armée de La Fayette, au blocus de Landau, au siège de Thionville, aux prises de Worms, Trêves, Franckendalet Coblenlz,au blocus de Luxembourg, et se signala par son courage au combat de Tribstadt où il s’empara de plusieurs pièces de canon. Réformé en l’an III, il reparut en l’an VII comme chef de bataillon,devint major de création en l’an XII, membre de la Légion-d’Honneur la même année, colonel en l’an XIII, et fit les campagnes de 1805, 1806 et 1807 à la grande armée. A Austerlitz sa conduite fut une des plus brillantes. En récompense des services qu’il rendit dans cette journée, en s’opposant, avec son régiment, à ce que les Russes tournassent, au village de Tel-nitz, l’extrême droite de l’armée française, l’Empereur lui conféra la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur. A la prise de Lubeck, en 1806, il concourut au succès de cette brillante journée, fit preuve du plus grand courage aii combat de Hoffen en i 807 où son régiment fit des prodiges de valeur sous les yeux de l’Empereur, combattit avec la même distinction à Exlau au’il prit le 7 février à huit heures du soir, et le 8e jour de la bataille, à Friedland, il fut créé baron de l’Empire le 19 mai 1808. Le baron Pouget ajouta à sa réputation militaire, par un fait d’armes éclatant à la prise du château d’Ebersberg. A Essling, il eut la moitié du pied gauche coupé par un boulet et fut forcé de quitter son régiment. L’Empereur accorda à ce brave officier le grade de général de brigade, puis une dotation de 4,000 francs en Hanovre, comme amputé, et lui donna le commandement des départements de la Marne et des Vosges.

Le baron Pouget fit partie de l’expédition de Russie en 1812 comme commandant une brigade du corps d’observation de l’Elbe. Après avoir soutenu plusieurs combats glorieux et reçu une blessure fort grave au genou, il fut fait prisonnier pendant la retraite. Rentré en France à la paix de 1814, il resta en non-activité pendant la première Restauration.

L’Empereur, au retour de l’île d’Elbe, lui confia le commandement des Bou-ches-du-Rhône. Rentré en non-activité après les Cent-Jours, il fut appelé, après la Révolution de 1830, au commandement du département de l’Aube, et fut créé par le roi grand officier de la Légion-d’Honneur en 1831.

Cet officier général fut admis définitivement à la retraite en 1832.

Son nom est inscrit sur l’arc de l’Étoile.

PRÉVAL (CLAUDE-ANTOINE, vicomte de)[modifier]

né à Salins (Jura), le 6 novembre 1776, d’une ancienne famille de la Franche-Comté. Son père, ancien capitaine et chevalier de Saint-Louis, était officier général en 1793. Claude de Préval fut reçu sous-lieutenant en 1789, et en 1794 il était capitaine commandant de la compagnie d’artillerie de la 42" demi-brigade : II se distingua en avant de Weingarten, près Spire, et au siège du fort du Rhin, de Manheim, où il fut adjoint à l’arme du génie. Considéré comme suspect, en sa qualité de noble, fils d’officier général, sa carrière fut un moment interrompue ; réintégré dans son grade quelques mois après, il devint adjoint des adjudants-généraux Ducomet et Grandjean. Le général Gouvion-Saint-Cyr lui donna de nombreuses missions de confiance. Au passage du Val-d’Enfer en 1796, le capitaine Préval contribua au succès de la journée par une manœuvre des plus hardies.

Chef de bataillon à l’armée d’Italie en 1799, il rendit, au combat du 6 germinal, de si éminents services que le Directoire lui conféra le grade d’adjudant-général. A la bataille de Magnano, il commandait la brigade de gauche qui eut à lutter contre des forces quadruples, contint, pendant six heures, un corps ennemi considérable, et lui enleva un bataillon de grenadiers et six pièces de canon. A la journée de Novi, chargé de reconnaître la position et les mouvements de l’ennemi, il fit preuve.d’une rare sagacité en annonçant que les mouvements signalés étaient ceux d’une bataille générale ; il se trouvait aux côlés du général Joubert, lorsque ce dernier fut atteint d’un coup mortel, et se porta intrépidement en avant à la tête de quelques tirailleurs. Moreau, ayant repris le commandement en chef, conserva Préval auprès de lui et l’employa à diverses reconnaissances. Vers la fin de 1799, l’adjudant-général Préval exerçait à Nice les fonctions de sous-chef de l’état-major général de l’armée. On sait quelle était alors la déplorable situation de nos armées : les soldats, sans solde et sans pain, se débandaient et menaçaient de rentrer en France. Par sa fermeté et son énergie, Préval retint sous les drapeaux plus de 4,000 soldats exaspérés. Chef d’état-major du général Suchet, il fut du plus utile secours à cet illustre chef dans sa retraite sur Nice et dans sa belle campagne du Var. Suchet demanda pour lui le grade de général de brigade que Masséna s’empressa d’accorder ; ’mais Préval crut devoir refuser cet avancement et sollicita le commandement d’un régiment. Ce ne fut pourtant qu’après la campagne de l’an IX qu’il fut mis à la tête du 3e régiment de cuirassiers, à Pignerol.

Depuis 1802 jusqu’en 1803, le colonel Préval fut employé dans la 1" division. C’est à cette époque qu’il jeta les premiers fondements de sa réputation comme écrivain militaire, en adressant au premier Consul divers mémoires sur la guerre. A Austerlitz, son régiment se conduisit avec une intrépidité qui mérita les éloges des généraux Murât et Nan-souty ; l’Empereur récompensa sa brillante conduite en le nommant commandant de la Légion-d’Honneur. A Iéna, le colonel Préval se distingua de nouveau et fut choisi pour faire capituler la garnison d’Erfurth. Après la bataille de Pultusk (31 décembre 1806), il fut créé général de brigade. En 1809, l’Empereur lui confia la formation et l’inspection des régiments provisoires de cavalerie réunis sur le Rhin, l’appela ensuite au Conseil d’État, et l’employa en 1810 en qualité d’inspecteur général d’armes. L’Empereur qui appréciait son aptitude pour l’organisation militaire, l’employait à ce service et lui refusait l’autorisation de rejoindre l’armée active. Son inspection et son action s’étendaient aux provinces Rhénanes, à la Belgique, à l’Alsace, à la Lorraine et à la Franche-Comté. Les graves événements de 1813 suspendirent sa mission d’organisation, il fut chargé du commandement supérieur du grand duché de Francfort. A la tête de 5,000 hommes d’infanterie et de 1,200 de cavalerie, il parvint, pendant plusieurs jours, à arrêter l’avant-garde de l’armée bavaroise qui s’avançait sur Hanau ; mais forcé, par des ordres réitérés du duc de Valmy, de faire sa retraite sur Mayence, il prit position à Hocheim, dans la nuit qui précéda la bataille de Hanau qu’on était loin de prévoir, et perdit ainsi le fruit de sa brillante conduite en avant de cette ville et dans le commandement de Francfort. Au moment de l’invasion, l’Empereur le chargea d’organiser les forces nationales dans le Jura ; mais la marche rapide de l’ennemi rendit inutile toute organisation de résistance. En février 1814, il fut chargé de la remonte de la cavalerie à Versailles, puis d’organiser la résistance en Normandie. Le 10 mai suivant, Louis XVIII lui conféra le grade de général de division, le nomma membre du Conseil de la guerre, puis chef d’état-major général delà gendarmerie.

Pendant les Cent-Jours, il fut d’abord porté sur une liste d’exil, puis l’Empereur, qui connaissait son étonnante activité, lui confia la haute direction de la réorganisation de la cavalerie, fonctions qu’il conserva jusqu’en septembre. A cette époque, il fut mis en disponibilité, rappelé en 1817 et remplacé en 1819, à la retraite de Gouvion-Saint-Cyr.

Pendant huit années, le général Préval, composa, dans sa retraite près de Blois, plusieurs ouvrages militaires. Le 17 février 1828, il fut appelé à faire partie du Conseil supérieur de la guerre.

En 1830, le maréchal Soult s’associa le général Préval et lui confia en décembre la direction de la cavalerie, et en 1831 la direction de l’infanterie.

Nommé, en 1832, président du Comité d’infanterie et de cavalerie, il se livra à une suite de travaux remarquables, et, à la désorganisation de co Comité, il continua ses fonctions d’inspecteur général de cavalerie pendant les années 1833, 1836 et 1837.

Vers la fin de cette année, il fut élevé à la pairie et nommé président du Co- ~ mité de la guerre au Conseil d’État, en remplacement du savant Mathieu Dumas,

Les ouvrages spéciaux du général Préval lui ont acquis une réputation européenne. Il est grand-croix de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de Fer, grand-croix de Saint-Joachim de Wurtzbourg.

Admis à la retraite.

PREVOST (ANTOINE-CONSTANTIN de)[modifier]

né àLieuvillers (Oise), le 17 juillet 1788, entra à 18 ans dans les Vélites de la Garde impériale avec lesquels il fit la campagne de Prusse, et d’où il passa dans le 15’ régiment de chasseurs avec le grade de sous-lieutenant. Attaché peu de temps après au général Mourier en qualité d’aide-de-camp, il le suivit en Espagne et en Portugal. Il se distingua à l’affaire d’Alba de Tormes (28 novembre 1809), où il fut grièvement blessé, en chargeant un carré d’infanterie enne-, mie, et à celle d’Olta, 7 octobre 1810, où il fut atteint d’un coup de feu qui lui traversa la poitrine, au moment où il renversait, à la tête d’un poloton, un détachement de cavalerie anglaise.

Appelé à l’armée du Nord, M. de Prévost fit la campagne de Russie et mérita la croix d’honneur sur le champ de bataille de Krasnoë ; il fut en outre, l’année suivante, promu au grade de capitaine^ et fit la campagne de France en 1814.

Après les Cent-Jours, M. de Prévost entra dans les lanciers de la Garde royale pour passer successivement dans les dragons de l’Hérault et dans les chasseurs du Morbihan. Il fit la campagne d’Espagne (1823-24) et obtint le grade de lieutenant-colonel, la croix de Saint-Ferdinand et celle de Saint-Louis. Il fut en outre nommé officier de la Légion-d’Honneur.

Mis en solde de congé après les événements de 1830, il fut bientôt rappelé, entra dans le 2e régiment de chasseurs, puis nommé colonel du 1" régiment avec lequel il fit la campagne de Belgique.

M. de Prévost fut créé commandeur en 1838, puis général de brigade, puis enfin promu au grade de général de division le 7 décembre 1848.

PRIVÉ (YTHIER-SILVAIN, baron)[modifier]

maréchal de camp, né le 19 juillet 1762 à Vannes (Loiret), entra au service comme soldat dans le corps des carabiniers, le 15 mai 1779, et obtint son congé le 22 septembre 1781. Le 14 juillet 1787, il s’engagea dans le régiment de Dauphin-Dragons (7° de l’arme), et y servit jusqu’au 15 octobre 1789, époque à laquelle il passa comme soldat dans le bataillon de Sully, incorporé dans le 1" du Loiret. Nommé le 25 janvier 1792 sous-lieutenant au 13e dragons, il rejoignit son régiment à Thionville, et lorsque les Autrichiens vinrent faire le siège de cette place, il se fit remarquer par son courage dans les différentes sorties de la garnison. Dans celle qui eut lieu le 22 septembre 1792, Privé passa la Moselle à la tête de 16 dragons, attaqua un poste ennemi qui gardait un magasin considérable de subsistances, et fit de sa main quatre prisonniers. Dans celle du 16 octobre suivant. il s’empara d’un convoi de grains. Promu lieutenant le 20 avril 1793, il servit pendant cette année et la suivante à l’armée du Nord. Chargé, avec 30 dragons de son régiment, de chasser les Prussiens d’un poste retranché qu’ils occupaient près de l’abbaye d’Anchin, il attaqua l’ennemi avec la plus grande intrépidité, et, quoique blessé d’un coup de feu à la jambe droite, dès le commencement de l’action, il poursuivit l’ennemi avec vigueur et lui fit 10 prisonniers, parmi lesquels se trouvait l’officier qui commandait le poste. Passé comme lieutenant aide-de-camp auprès du général Bonnaud, le 28 thermidor an II, il continua de faire la guerre à l’armée du Nord pendant une partie de l’an III. Son général lui ayant ordonné de faire la reconnaissance des lignes de Breda, il s’acquitta de cette mission en homme d’intelligence et de cœur. Son rapport indiquait avec une grande précision la force et l’emplacement des postes ennemis, ainsi que les points susceptibles d’être attaqués avec quelque chance de succès. Le général en chef Pichegru suivit de point en point les indications que contenait ce rapport ; l’attaque réussit complètement, et l’ennemi perdit toute son artillerie.

Le général en chef, en témoignage de sa satisfaction, chargea le lieutenant Privé de porter à la Convention nationale les 19 drapeaux pris dans cette glorieuse journée. Le 26 nivôse an III, il fut admis à la barre, et s’adressant à l’Assemblée, il s’exprima en ces termes : « Citoyens représentants, l’armée du Nord continue de poursuivre sans relâche les ennemis de la République. Elle ne connaît point d’obstacles quand vous ordonnez au nom de la patrie, et elle est payée de toutes ses fatigues par la perspective de la liberté et du bonheur du pays. La mémorable journée du 7 nous a valu des avantages immenses ; nous nous sommes emparés des positions qu’il importait le plus d’occuper pour porter les plus terribles coups aux armées anglaise et hollandaise. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers, et l’ennemi nous a laissé plus de 300 pièces de canon et une grande quantité de munitions. Enfin, nos braves soldats ont enlevé dans cette journée 19 drapeaux qu’ils m’ont chargé de vous présenter. Citoyens représentants, recevez, au nom de l’armée du Nord, ce gage de son dévouement à la République, à la représentation nationale. C’est à votre voix qu’elle a renversé les hordes innombrables qui menaçaient d’envahir la France. Tout son sang appartient à la patrie ; c’est à vous d’en disposer en son nom. Je vous présente deux braves soldats qui se sont particulièrement distingués dans la journée du 7, Gaignard, brigadier au 13e régiment de dragons, et Babo, grenadier au 2e bataillon de la 27e demi-brigade. Ils ont enlevé chacun un drapeau à l’ennemi. » Le président, Letourneur de la Manche, lui répondit, et il l’invita aux honneurs de la séance, ainsi que Gaignard et Babo, après lui avoir donné l’accolade.

De retour à l’armée, Privé obtint le grade de capitaine le 27 messidor an III, et resta attaché, en qualité d’aide-de-camp, au général Bonnaud qu’il suivit à l’armée des côtes de Cherbourg lorsque cet officier général alla en prendre le commandement en chef. Chargé, avec une colonne de 800 hommes d’infanterie, d’aller chercher un convoi de grains destiné à l’approvisionnement de la ville d’Angers, le capitaine Privé fut attaqué par un corps de 4,000 chouans. Il lé repoussa et lui fit essuyer une défaite complète, à la suite de laquelle il fit arriver son convoi à Angers. Sur le rapport du général Bonnaud, le gouvernement récompensa les services de cet officier en le nommant chef d’escadron aide-de-camp le 13 pluviôse an IV. Son général ayant reçu le commandement de la cavalerie de l’armée de Sambre-et-Meuse, Privé fit avec lui les campagnes des ans IV et V à cette armée. Il montra beaucoup de valeur dans différents combats, et fut frappé à la main droite d’un éclat d’obus pendant qu’il soutenait près d’Amberg, à la tête de la division de cavalerie, la retraite de l’armée de Sambre-et-Meîise. Une quitta son poste, pour aller se faire panser ; que lorsque toutes les troupes furent repassées sur la rive gauche du Rhin. Ayant cessé ses fonctions d’aide-de-camp à la mort du général Bonnaud, il fut placé provisoirement comme chef d’escadron dans le 13e régiment de dragons le 10 germinal an V, et autorisé, lé 3 fructidor suivant, à se retirer dans ses foyers avec traitement de réforme. Il resta dans cette position jusqu’au 19 floréal an VII, époque à laquelle il fut fait commandant du contingent des conscrits du département du Loiret. Élevé au grade de chef de brigade du 21e régiment de cavalerie le 17 fructidor de la même année, il commanda ce corps pendant les guerres d’Italie des ans VIII et IX, et vint tenir garnison à Nevers pendant les ans X et XL Réformé, le 10 nivôse de cette dernière année, par suite de l’incorporation du 21e de cavalerie dans le Ie’ de carabiniers et dans les 24e, 25e et 26e de dragons, il fut désigné, le 3 germinal, pour aller prendre le commandement du S" régiment de dragons en remplacement de Louis Bonaparte, frère du premier Consul ; mais le gouvernement le plaça à la tête du 2e régiment de la même arme le 13 fructidor. Employé à l’armée des côtes de l’Océan en l’an XII et l’an XIII, il devint membre de la Légion-d’Hon-neur les 19 frimaire et 2b prairial an XII, et membre du collège électoral du département du Loiret. Il fit les campagnes de l’an XIV à 1807 avec la 1" division de dragons de la réserve de cavalerie de la grande armée, et combattit à Wertingen, à Langenan, à Neresheim et à Austerlitz. L’Empereur, satisfait de sa conduite pendant cette courte et glorieuse campagne, lui donna la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur le 4 nivôse an XIV. Le 14 octobre 1806, à Iéna, le colonel Privé exécuta trois charges vigoureuses avec un plein succès. Dans cette journée, il fit prisonnier un bataillon prussien tout entier, enleva un drapeau et s’empara de 12 pièces de canon. Vers la fin de la bataille, il chargea, avec le l ? r escadron de son régiment, 200 dragons Saxons qui furent culbutés, sabrés et poursuivis jusqu’à plus d’un kilomètre sur les derrières de l’armée prussienne. Lorsqu’il voulut retourner, il trouva sa retraite coupée par la cavalerie de l’armée ennemie ; prenant alors toutes les dispositions convenables avec un sang-froid admirable, il s’élance sur la ligne prussienne, la renverse et vient reprendre son ordre de bataille sans avoir éprouvé de perte. Le 26 décembre suivant, à Golymin, il exécuta plusieurs charges contre la cavalerie russe, et lui enleva 3 pièces de canon. Le 7 février 1807, au combat en avant d’Eylau, il chargea avec intrépidité contre une colonne d’infanterie russe qui fut sabrée et faite prisonnière, et il eut, dans cette action un cheval tué sous lui. Le lendemain 8, à la bataille d’Eylau, il fut blessé d’un coup de biscaïen au pied gauche. Nommé général de brigade le 14 mai suivant, il fut créé baron de l’Empire, avec dotation, par décret du 19 mars 1808. Employé au corps d’observation de la Gironde sous les ordres du général Dupont, il y commanda la brigade d’avant-garde, et entra en Espagne avec ce corps. Le 7 juin 1808, pendant l’attaque du pont d’Àlcolea, le général Privé, avec sa brigade de dragons, sabra et mit en fuite une colonne de 3,000 Espagnols. Le 19 juillet suivant, à Baylen, le général Dupont ordonna à Privé de se porter avec sa brigade de dragons sur une colline élevée, occupée par deux bataillons ennemis qui menaçaient la droite de l’armée française. Pour y arriver, il fallait traverser un terrain difficile et qui ne permettait aucun ordre de bataille. Le général Privé fait avancer en tirailleurs le 1er régiment provisoire de dragons, et marche ensuite avec le 2°, tandis qu’un escadron de cuirassiers se porte en colonne sur son flanc droit, à la hauteur des tirailleurs. La brigade française gagne bientôt le sommet de la colline ; le général fait sonner la charge ; le 1 "régiment de dragons et l’escadron de cuirassiers s’élancent sur les deux bataillons ennemis, les enfoncent et sabrent tous ceux qui ne cherchent point leur salut dans la fuite. Le général Privé ne pouvant pas conserver cette position à cause du feu violent auquel il se trouvait exposé, ramena sa brigade sur le terrain d’où elle était partie ; mais à peine avait-elle évacué la hauteur que deux autres bataillons ennemis vinrent prendre la place de ceux qui avaient été culbutés. Le général Dupont ordonna aussitôt une seconde attaque, qui fut exécutée de la même manière et avec autant de succès. La brigade française reprit encore sa première position. Privé fit présenter au général Dupont les deux drapeaux que sa troupe avait enlevés, et que le général en chef fit porter sur le front de l’infanterie pour exciter l’ardeur de l’armée. Quand le général Dupont eut pris la résolution d’entrer en pourparlers avec l’ennemi, le général Privé, qui avait combattu avec gloire depuis le commencement de l’action, vint le trouver, lui représenta que rien n’était encore désespéré, et qu’il y avait un moyen de s’ouvrir un passage ; qu’il fallait d’abord abandonner toute espèce de voitures qui pourraient entraver la marche des troupes, et à la garde desquelles étaient employés en ce moment plus de 1,500 hommes, qui devenaient alors disponibles pour le combat ; ensuite réunir toute l’infanterie devant l’aile droite de l’ennemi, et la faire marcher en plusieurs colonnes sur cette même aile en flanquant leur gauche par la cavalerie. Il ajouta que cette droite, ainsi culbutée, l’armée française continuerait sa marche en avant et parviendrait sans doute à se mettre en communication avec le général Vedel, qui ne pouvait pas être très-éloigné de Baylen ; que les dispositions pour cette attaque étaient d’autant plus faciles à faire, qu’elles seraient masquées par le bois qui se trouvait entre la gauche des Espagnols et la droite des Français, accident qui empêcherait les Espagnols d’apercevoir les mouvements de la formation des premières colonnes. Le général Dupont n’accueillit point les judicieuses observations du général Privé qui alla rejoindre sa brigade. Lorsque le général Dupont s’embarqua pour retourner en France, il laissa le général Privé en Andalousie pour veiller aux intérêts des troupes prisonnières, dont il partagea ensuite les infortunes par une monstrueuse violation des droits de la guerre et de l’humanité. Conduit d’abord aux îles Baléares, puis en Angleterre, il rentra en France le Ie’juin 1814 et-fut mis en non-activité. Louis XVIII le créa chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis le 17 janvier 1815, et l’Empereur, après son retour de l’île d’Elbe, lui confia l’organisation des gardes nationales dans la 14" division militaire. Rentré en non-activité après la catastrophe de mont Saint-Jean, il demeura dans cette position jusqu’au 20 mai 1818, époque de son admission à la retraite. Il est mort le 13 février 1831.

PRUÈS (BERNARD)[modifier]

né à la Martinique le 11 juin 1773, entra comme volontaire dans les dragons de la Haute-Garonne en 1792. Dix-huit mois plus tard, il était sous-lieutenant au 24° des chasseurs à cheval. Il fit dans ces deux corps les campagnes d’Espagne et d’Italie, de 1792 à 1806, gagna tous ses grades sur le champ de bataille, se distingua surtout au combat de Casano (Italie) le 8 floréal an VII, où il fut blessé, et à l’attaque des redoutes du Caldiero le 8 brumaire an XIV, où il fut de nouveau blessé. Il mérita et obtint un sabre d’honneur en 1803 et la croix d’officier en 1804. Il n’était encore que capitaine.

Le 17 janvier 1807, il passa chef d’escadron au 16e des chasseurs à cheval. En 1808, il fut attaché en qualité d’aide-de-camp au général Bertrand qu’il suivit jusqu’en 1813.

Le 1" mars de cette année, il fut nommé colonel du 1" régiment des hussards Croates, puis il passa au 3e hussards.

Pendant les Cent-Jours, il fit partie du corps d’observation du Jura, sous les ordres de Lecourbe. M. Pruès fut nommé colonel du 13e de chasseurs à cheval, qui fit dans cette courte campagne des prodiges de valeur et s’immortalisa surtout dans la journée du 4 juillet. 60,000 ennemis, commandés par le prince de Colloredo, avaient débouché par Bâle ; Lecourbe se retira lentement et en bon ordre, disputant avec ses 6,000 hommes le terrain pied à pied. Il arriva intact sous le canon de Béfort, après avoir causé à l’ennemi une perte de plus de 15,000 hommes. Il fallait s’emparer de Béfort pour pénétrer dans l’intérieur, l’ennemi l’essaya et fut repoussé ; un régiment hongrois de la Garde (le Royal-Alexandre) fut chargé par deux escadrons du 13° chasseurs, et fut enfoncé et massacré. Des 630 hommes qui composaient le Roy al-Alexandre, pas un seul n’échappa au sabre des cavaliers. Ce fait d’armes, d’une miraculeuse valeur, a laissé aux lieux où il s’accomplit le nom de champ de la mort.

En 1818 (8 mars), M. Pruès fut nommé chevalier de Saint-Louis. Il prit part en 1823 à la campagne d’Espagne, en qualité de commandant du quartier général du 4e corps de l’armée des Pyrénées. Il fut nommé à cette occasion chevalier de l’ordre d’Espagne de Saint-Ferdinand (2e classe) et admis à la retraite après la campagne avec le grade de maréchal de camp honoraire. Toutefois il a fait en 1831 la campagne de Belgique.

PULLY (CHARLES-JOSEPH, RANDON, comte de)[modifier]

général de division, né le 18 décembre 1751 à Paris (Seine). Le 22 avril 17(38, il entra comme volontaire dans le régiment des hussards de Ber-chiny, et passa, le 2 décembre suivant, avec le grade de lieutenant, dans la 1" compagnie de Mousquetaires de la maison du roi. Le 11 avril 1770, il reçut le brevet de capitaine commandant dans le régiment de dragons de La Rochefoucauld. En 1776, il se rendit au camp de Vaussieux, sous les ordres du maréchal de Broglie, et servit en 1783, sur les côtes de Normandie, avec le maréchal de Vaux.

Nommé chef d’escadron le ! "’ mai 1788, et lieutenant-colonel du 10e régiment de cavalerie (Royal-Cravate) le 17 mai 1789, il développa dès lors des talents militaires que sa bravoure devait bientôt puissamment seconder. Bien qu’appartenant à une famille noble, il se rallia franchement aux principes de notre régénération politique, et rendit d’importants services pendant les troubles qui agitèrent les premières années de la Révolution.

Élevé au grade de colonel le 5 février 1792, il fut immédiatement employé à l’armée de Dumouriez. Il se signala à l’ouverture de la campagne, fut nommé général de brigade le 19 septembre de cette année, et contribua puissamment à la prise des hauteurs de Wavren. Le 15 décembre, la seconde colonne, dirigée par Pully, arrivait au pied de la montagne de Hamm, et l’attaque allait commencer, lorsqu’un Français, déserteur du camp ennemi, se jette à ses pieds, lui demande sa grâce et le conjure de ne point gravir cette position, fortifiée et défendue par un corps trois fois plus nombreux que les assaillants. Pully accorda la liberté au déserteur et lui dit : « Suis-moi, si tu veux la mériter. » En même temps, le signal est donné : les troupes, guidées par leur brave général, s’élancent avec impétuosité vers la montagne, la gravissent à la baïonnette et refoulent l’ennemi vers leurs batteries foudroyées par notre artillerie, habilement placée sur les hauteurs dominantes. Les retranchements sont bientôt enlevés, les canons pris ou démontés, les canon-niers tués sur leurs pièces et 3,000 Autrichiens forcés d’abandonner leurs positions à 1,200 Français. Le général Beurnonville, sous les ordres duquel se trouvait Pully, écrivit à la Convention nationale pour lui rendre compte de la brillante conduite de cet officier général dans cette affaire. Le 8 mars 1793, il reçut le brevet de général de division, comme un témoignage de la satisfaction du gouvernement. Le 17 mai suivant, il coopéra, sous les ordres de Custine, en avant de Hers-cheim et de Rehinzabern, à arrêter un corps prussien de beaucoup supérieur en nombre. Il se distingua d’autant plus particulièrement dans cette journée, qu’il répara en partie, par sa bonne contenance, une faute commise par le général Ferrières et qui pouvait gravement compromettre l’armée. Tandis qu’il était appelé au commandement du corps des Vosges, le général Pully était accusé, au sein même de la Convention, de trahison, et d’avoir abandonné le camp d’Hornebach pour se réunir aux émigrés. Il s’empressa de démentir énergiquement cette nouvelle, et écrivit en même temps au général en chef et au Comité de salut public pour demander une éclatante réparation de cette calomnie. 11 ne fut point écouté et fut suspendu de ses fonctions le. 1er août 1793. Réintégré le 25 germinal an III, il fut autorisé à faire valoir ses droits à la retraite ; il avait été réemployé à l’armée du Nord, lorsqu’un ordre du 4 vendémiaire an IV lui enjoignit de nouveau de cesser ses fonctions. Un arrêté du Directoire, du 23 floréal an IV, l’avait nommé inspecteur général de cavalerie à l’armée de Rhin-et-Moselle ; mais ayant eu avis que Schérer avait commencé cette opération, Pully ne crut pas devoir se rendre à sa destination et resta sans emploi jusqu’au 19 nivôse an VIII, époque à laquelle le premier Consul lui confia le commandement de la 15e division militaire.

Il fut un des premiers qui, au i 8 brumaire, offrit ses services au général Bonaparte. Il concourut ensuite, avec le général Gardanne, au désarmement de la 14e division militaire. Envoyé à l’armée du Rhin le 3 germinal suivant, et à celle des Grisons le 26 brumaire an IX, sous les. ordres du général Macdonald, il franchit le Splugen à la tête d’une division, se signala au passage et à la prise de Saint^Alberto, et contribua, le 17 nivôse, à la reddition de la ville de Trente. Après la suspension des hostilités, il occupa militairement une partie du Tyrol, et fut envoyé le 24 fructidor dans la République cisalpine, pour y commander un corps de cavalerie. Pully y reçut, le 19 frimaire an XII, la décoration de membre de la Légion-d’Honneur, et le 23 prairial même année celle, de commandeur de cet ordre ; il devint membre du collège électoral du département de la Seine, et obtint, peu de temps après, le commandement d’une division de cuirassiers, faisant partie de l’armée du maréchal Masséna. Cette armée, qui se dirigeait vers les États autrichiens par le nord de l’Italie, tandis que la grande armée marchait sur Vienne, obtint partout les plus éclatants succès. Le général Pully prit une part glorieuse à tous les engagements qui eurent lieu pendant cette mémorable campagne, notamment au passage du Tagliamento.

Le 21 brumaire an XIV, la cavalerie des généraux Pully et Mermet engagea, d’une rive à l’autre de ce fleuve, une vive canonnade qui dura toute la journée. Le lendemain, à la pointe du jour, l’armée effectuait sans obstacles le passage de cette rivière et marchait sur l’Isonzo. Le 7 octobre 1809, il fut nommé inspecteur général de cavalerie aux armées de Naples et d’Italie, exerça en 1808 les mêmes fonctions dans les 27° et 28e divisions militaires, et fit avec une grande distinction la campagne de 1809 à la grande armée. Chargé, le 4 septembre de cette année, de la formation et de l’inspection des corps de l’armée du Nord, et, le 20 novembre suivant, de l’organisation de douze régiments de dragons et de leurs dépôts, il s’acquitta de ces deux fonctions avec autant de zèle que de talent. Il fut également chargé en 1810 et 1811 d’inspecter les troupes de cavalerie stationnées en Italie, et d’organiser les dépôts de remonte dans les 6e et 18° divisions militaires.

Nommé gouverneur du palais de Meu-don le 5 janvier 1812, il fut-appelé à organiser, à Versailles, le l°r régiment des Gardes d’honneur, dont Napoléon le nomma colonel le 8 avril 1813. Napoléon lui conféra, la même année, le titre de comte de l’Empire. Lors de la première abdication de l’Empereur, le général Pully envoya sa soumission à Louis XVIII qui le comprit, le 23 août 1814, dans une promotion de douze grands officiers de la Légion-d’Honneur, et lui donna la croix de Saint-Louis.

Après avoir successivement exercé, en 18l4f et 1813, les fonctions d’inspecteur général de cavalerie, il fut admis à la retraite le 4 septembre de cette dernière année.

Il accueillit la révolution de Juillet 1830 avec autant d’enthousiasme que celle de 1789, fut admis, le 7 février 1831, dans le cadre de réserve de l’état-major général, et rentra dans sa position de retraite le 1" mai de la même année. 11 est mort à Paris, le 20 avril 1832.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

PUTHOD (JACQUES-PIERRE - MARIE- JOSEPH, vicomte)[modifier]

né le 28 septembre 1769 à Bagèle-Châtel (Ain), entra comme volontaire, le 26 octobre 1785, au régiment de la Couronne (devenu 45e).

Gendarme (sous-lieutenant), compagnie Dauphin,’ il rejoignit son corps à Luné ville le 17 mars 1787. Ayant été licencié, il passa lieutenant au 3° bataillon de l’Ain le 12 décembre 1791, et au régiment d’infanterie colonel-général le 20 mai 1792. Le 22 août suivant, admis à l’état - major général, il fut nommé, le 13 septembre, capitaine au même corps.

Puthod fut envoyé le 10 mars, par le ministre Beurnonville, en qualité de commissaire supérieur du pouvoir exécutif, près l’armée du Rhin, pour la levée des 300,000 combattants décrétée le 24 janvier 1793. Confirmé dans son grade le 30 juillet, il se trouva à la glorieuse défense de Lille. Le général Renauld, qui commandait dans cette place, le nomma, en récompense de sa belle conduite, lieutenant-colonel le 3 octobre suivant.

Adjudant-général chef de brigade le 25 prairial an III, Puthod fit avec beaucoup de distinction les campagnes de cette année à l’an Vil, aux armées du Rhin et d’Italie. Le général Macdonald l’éleva au grade de général de brigade, sur le champ de bataille de la Trébia, le 28 prairial an VII. Il continua à servir dans les mêmes armées jusqu’à l’an IX. Le 28 prairial an VIII, au passage du Danube, il avait fait 4,500 prisonniers, 28 pièces de canon ; leurs caissons et les bagages de l’ennemi étaient tombés en son pouvoir.

Le 22 messidor, dans une charge à la baïonnette, à la tête de trois bataillons, il emporta d’assaut le débouché du Ty-rol, prit la ville de Fussen, fit 1,000 prisonniers et enleva sept pièces de canon.

Le 8 frimaire an IX, au passage de la Sala, il ramena 900 prisonniers, et s’empara de neuf pièces de canon à l’affaire de Valtz. Le lendemain il se distingua de nouveau devant Salzbourg, où il prit trois pièces d’artillerie.

Mis en non-activité le 1" vendémiaire an X, il obtint de l’emploi dans la 5e division militaire le 1" vendémiaire an XI.

Passé dans la 6° le 6 vendémiaire an XII, le général Puthod fut créé membre de la Légion - d’Honneur le 19 frimaire.

Nommé commandeur de la Légion-d’Honneur le 25 prairial de la même année, il passa en l’an XIV à l’armée du Nord et commanda à Colmar. En 1807, il dirigea l’avant-garde au combat de Dirschaw et s’empara de cette ville. Au siège de Dantzig, son courage et ses talents concoururent puissamment à la prise de cette ville.

En 1808, Pulhod passa en Espagne, y soutint sa brillante réputation, et fut promu le 24 novembre au grade de général de division.

Créé baron de l’Empire, il prit, le 15 octobre 1809, le commandement de.la 4° division d’infanterie du 4’ corps de l’armée d’Allemagne, et celui de la 25e division militaire le 21 avril 1810. Remplacé le 24 août 1811, il reçut l’ordre, le 4 octobre suivant, d’aller prendre le commandement de la 31e division’militaire.

Le 20 janvier 4813, il passa à la 2e division du corps d’observation de l’Elbe. Le 31 mai, il combattit la Garde royale prussienne et la força d’évacuer Breslau.

Les 19, 20, 21 et 22 août, le général Puthod soutint de glorieux combats aux environs de Goldberg ; mais forcé, par suite des mouvements de l’armée, de se retirer sur le Bober, dans la nuit du 26 au 27, il voulut en vain passer ce torrent, accru par des pluies subites.

Quoique Puthod eût en tête un ennemi dix fois plus nombreux que lui, il le combattit pendant deux jours avec un courage inouï. Déterminé à se faire un passage, il gagna les hauteurs de Plag-witz et attendit son salut de sa bravoure et des fautes de l’ennemi.

Sa division, forte d’abord de 9.000 hommes, se trouvait réduite à 3,000. Attaqué par une armée entière, il sentit qu’une plus longue résistance devenait inutile. Il consentit à se, rendre prisonnier de guerre, le 29, àLawem-berg. Le général Puthod ne revint en France qu’après l’abdication de l’Empereur.

Nommé, par le roi, chevalier de Saint-Louis, vicomte et inspecteur général d’infanterie dans le département du Haut-Rhin le 29 juillet 1814, Puthod fut appelé le 9 mai 1815 au commandement des gardes nationales de la 19e division militaire.

Mis en non-activité le 14 août, et compris dans le cadre d’organisation comme disponible le 30 décembre 1818, il reçut le commandement de la 14e division militaire le 30 mars 1820, et le titre de grand officier de la Légion-d’Honneur le 1" mai 1821.

Mis en disponibilité le i" octobre 1829, et compris dans le cadre de réserve le 7 février 1831, il passa dans le cadre d’activité le 12 août suivant.

Admis à la retraite le 1" octobre 1834, le général Puthod mourut le 31 mars 1837. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

O Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 Q