Couplets sur un prétendu portrait de moi

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H. Fournier, 1839 (2, pp. 251-252).


COUPLETS


SUR


UN PRÉTENDU PORTRAIT DE MOI f


MIS EN TÊTE
D’UNE ÉDITION DE MES CHANSONS


1826


Air : Je loge au quatrième étage


Petit portrait de fantaisie
Mis en tête de mon recueil,
Penses-tu que par courtoisie
Le monde entier te fasse accueil ? (bis.)
Tu peux te parer, si tu l’oses,
D’un laurier modeste et discret ;

Tu peux te couronner de roses :
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

\Big\} bis.


Jamais je ne me suis fait peindre :
Mais qui donc représentes-tu ?
Peut-être un cafard qui sait feindre
Jusqu’au charme de la vertu ;
Un petit saint pétri de ruse
Qu’à Mont-Rouge on encenserait.

La bonne enseigne pour Ma muse !
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Ou serais-tu l’auteur tragique
Qui calcula, rima, rima
Maint rôle bien académique
Qu’en vain a réchauffé Talma ?
Quoi ! parer d’une noble image
Mes petits vers de cabaret !
Pour l’alexandrin quel outrage !
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Dans ton masque à mine pincée
Est-ce un vil censeur que je vois,
Rat de cave de la pensée
Qu’il confisque au profit des rois.
J’ai de la fraude en pacotille
Qu’à la barrière on saisirait :
Tu me tiendras lieu d’estampille.
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Mais ta laideur serait la mienne,
Que ta gloire y gagnerait peu.
Crains même qu’un prêtre ne vienne
Saintement te livrer au feu.
Dans l’avenir je devrais vivre,
Que de toi l’on se passerait :
Je suis bien mieux peint dans ce livre.
Non, non, tu n’es pas mon portrait.


f. Ce portrait est le même que celui que j’ai rencontré quelquefois chez les marchands de caricatures. Depuis l’époque où cette chanson fut faite, il a été gravé un portrait de moi d’après M. Scheffer.

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