Déclaration du général Bonaparte au peuple égyptien

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Déclaration du général Bonaparte au peuple égyptien



1798



"De la part de la nation française, fondée sur la liberté et l'égalité, Bonaparte, le grand général et le chef de l'armée française, fait savoir à tous les habitants de l'Egypte que depuis trop longtemps les sandjaks qui gouvernent le pays insultent à la nation française et couvrent ses négociants de toutes sortes d'avanies; l'heure de leur châtiment est arrivée.


Mais Dieu, maître de l'univers et Tout-puissant, a ordonné que leur empire finît. Peuple de l'Egypte, on vous a dit que je ne suis venu ici que pour détruire votre religion; cela est mensonge; ne le croyez pas; dites à ces diffamateurs que je ne suis venu chez vous que pour arracher vos droits des mains des tyrans et vous les restituer, et que, plus que les mamelouks, j'adore Dieu et respecte Son Prophète et le Coran.

Dites-leur aussi que tous les hommes sont égaux devant Dieu: la sagesse, les vertus et les talents mettent seuls de la différence entre eux. Or, entre les mamelouks, la sagesse et les vertus, il y a une grande distance; qu'est-ce donc qui les distingue des autres pour s'approprier l'Egypte et avoir exclusivement tout ce qui se trouve de mieux parmi les belles esclaves, les beaux chevaux, les maisons somptueuses?

Si la terre d'Egypte est une ferme des mamelouks, qu'ils nous montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais le Maître de l'univers est clément, juste et miséricordieux, et avec Son aide puissante, tous les Egyptiens pourront occuper les plus hautes positions et obtenir les grades les plus élevés. Les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux gouverneront et le peuple sera heureux.

Il y avait jadis en Egypte de grandes villes, de larges canaux, un grand commerce. Qui a tout détruit si ce n'est la tyrannie et l'avidité des mamelouks?

Cheikhs, cadis, imams, chorbadjis et notables de la nation, dites au peuple que nous sommes les vrais amis des musulmans. La preuve en est que nous sommes allés à Rome et avons renversé le gouvernement du pape, qui poussait toujours les chrétiens à faire la guerre aux musulmans.

Nous avons ensuite été à Malte et avons détruit les chevaliers qui prétendaient que Dieu leur ordonnait de faire la guerre aux musulmans.

De tout temps, les Français sont les vrais amis du sultan ottoman (que Dieu éternise son empire!) et les ennemis de ses ennemis.

Les mamelouks au contraire ne sont point soumis au Sultan et se sont révoltés contre son autorité. ils ne suivent que leurs caprices.

Heureux! heureux ceux des habitants de l'Egypte qui se joindront à nous sans retard. Il prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux encore ceux qui resteront dans leur maisons et seront neutres. Ceux-ci, quand ils nous connaîtront, s'empresseront de s'unir à nous de tout cœur.

Mais malheur! malheur à ceux qui s'armeront pour les mamelouks et combattront contre nous ! Il n'y aura pas de porte de salut pour eux, ils périront et leurs traces disparaîtront.

Article 1er[modifier]

Tout village situé à trois heures de distance des lieux du passage de l'armée française doit envoyer au général une délégation pour l'informer que les habitants se sont soumis et ont arboré le drapeau français bleu, blanc et rouge.

Article 2[modifier]

Tout village qui se révoltera sera brûlé.

Article 3[modifier]

Tout village qui se soumettra à l'armée française devra également arborer le drapeau du sultan ottoman (que Dieu éternise sa vie).

Article 4[modifier]

Les cheiks de tous les villages doivent apposer les scellés sur tous les biens de mamelouks et veiller à ce que rien n'en soit perdu.

Article 5[modifier]

Les cheiks, les ulémas, les cadis, les imams conserveront leurs fonctions; chaque habitant rester tranquille chez lui, et les prières continueront dans les mosquées comme à l'ordinaire. Tous les Egyptiens remercieront Dieu de la destruction des mamelouks en criant : Gloire au Sultan ottoman, gloire à l'armée française ! Malédiction aux mamelouks et bonheur au peuple de l'Egypte !


Fait au quartier général à Alexandrie le 13 messidor (6 avril 1798) an VI de la République française, ou fin Moharran, an 1213 de l'Hégire.

Signé Bonaparte.