De la gestation chez la vache

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De la gestation chez la vache
1870 (pp. 5-31).
ÉCOLE IMPÉRIALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


DE LA


GESTATION


CHEZ LA VACHE


PAR


A.-J. LANARÈS


Médecin vétérinaire


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THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Présentée et soutenue le 23 juillet 1870

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TOULOUSE

IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC

rue des gestes, 6


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1870



A MON PÈRE, A MA MÈRE,


Reconnaissance et tendresse filiale.


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A MES FRÈRES, à MA SOEUR,


Gage d’affection.


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A MES PARENTS


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A MES PROFESSEURS


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A MES AMIS

A.-J. LANARÊS.
DE LA GESTATION


CHEZ LA VACHE.


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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.


La gestation, que l’on désigne encore sous les noms de portée ou de grossesse selon les circonstances, est l’état d’une femelle qui a conçu. Elle commence immédiatement après la fécondation et se termine par la parturition ou la mise-bas. Elle est susceptible de quelques divisions qu’il est bon de faire connaître. Ainsi, en médecine humaine, on la divise en vraie ou fausse ; la vraie, correspondant à la définition donnée plus haut ; la fausse, à un état de l’abdomen ou à une maladie de la matrice simulant plus ou moins bien la vraie gestation. Une hydropisie abdominale, par exemple, peut, par le développement du ventre qu’elle détermine, faire croire jusqu’à un certain point à l’existence d’un fœtus dans l’intérieur de la matrice. Il en est de même d’un vice de sécrétion de la membrane utérine, ainsi qu’on le remarque dans la maladie du coït. Il est évident que cette division n’a pas lieu d’exister, attendu que dans les cas où une maladie se révèle par des signes communs à la gestation, il vaut mieux la désigner par son véritable nom, que d’employer une dénomination sans signification propre. Une division qui a plus sa raison d’être, est celle qui consiste à distinguer la gestation en utérine et en extra-utérine. L’utérine, que l’on peut encore appeler ordinaire, est caractérisée, comme son nom l’indique, par la présence d’un fœtus dans l’intérieur de la matrice.

L’extra-utérine, beaucoup plus rare que la précédente, est caractérisée par la présence d’un ou plusieurs fœtus en dehors de la matrice, soit dans les trompes, les ovaires ou la cavité abdominale.

La gestation peut encore être simple ou multiple. Elle est simple lorsqu’il n’y a qu’un seul fœtus, et multiple lorsqu’il y en a plusieurs. Cette dernière est assez rare chez la vache ; mais elle n’est pas impossible, ainsi que cela résulte des observations de Dupuy, Besnard, Gellé, etc. En effet, Dupuy cite une vache qui donna neuf veaux dans trois portées.

De toutes les variétés de gestation, la plus commune est l’utérine, la seule que nous ayons à envisager. Mais avant de nous livrer à son étude spéciale, nous croyons utile de faire précéder cette dernière de quelques considérations anatomiques et physiologiques de l’organe dans lequel s’effectue la gestation, c’est-à-dire de la matrice.

L’utérus ou matrice, est un sac membraneux dans lequel arrive et se développe l’ovule. Il est situé dans la cavité abdominale dans laquelle il flotte à l’état de vacuité, à la région sous-lombaire, et à l’entrée de la cavité pelvienne. Mais à mesure que la gestation approche du terme, l’utérus descend sur les parois inférieures de l’abdomen, sur lesquelles il s’applique dans les derniers mois. Examiné extérieurement, il présente un corps et deux cornes.

Le corps, de forme cylindrique, légèrement déprimé de dessus en dessous, se trouve à l’entrée du bassin. Il est en rapport, par sa face supérieure, avec le rectum qui s’applique sur lui après avoir passé entre les deux cornes ; par ses faces latérales et inférieure, avec les circonvolutions intestinales.

Son extrémité antérieure se continue avec les cornes et la postérieure est séparée du vagin par un rétrécissement que l’on désigne sous le nom de col de l’utérus. En outre, il reçoit sur les côtés de sa face inférieure, l’insertion des ligaments larges.

Les cornes sont deux espèces de cylindres creux, situées en avant du corps, au milieu des circonvolutions intestinales. Elles offrent deux courbures, dont l’une, la supérieure, la plus grande, est convexe ; l’autre, ou l’inférieure, est concave, et donne attache aux ligaments larges, moyens de fixité de l’utérus.

L’intérieur de la matrice de la vache, présente de petits tubercules arrondis que l’on désigne sous le nom de cotylédons, au nombre de soixante environ, qui, par leur agencement avec les membranes du fœtus, sont destinés à lui fournir les éléments nécessaires à son développement.

Le corps de la matrice se prolonge au fond du vagin et forme une saillie assez prononcée, dans laquelle est percée l’ouverture qui fait communiquer la cavité utérine avec le vagin. C’est autour de cette ouverture que la muqueuse présente des plis transversaux offrant l’aspect d’une fleur radiée. Aussi est-ce pour cela qu’on désigne cette saillie sous le nom de fleur épanouie. Chez la femme, elle porte le nom de museau de tanche.

Les parois de la matrice sont formées de trois membranes : une externe séreuse, fournie par le péritoine, une moyenne charnue, et enfin une interne muqueuse qui, par son épaississement, forme les cotylédons.

L’anatomie de la matrice ayant été sommairement indiquée, voyons quelles en sont les fonctions, Comme nous l’avons déjà dit, l’utérus est un réservoir dans lequel arrive et se développe l’ovule. En effet, lorsqu’à l’époque du rut une vésicule de Graaf se rupture et livre passage à l’ovule, celui-ci s’engage ordinairement dans les trompes et arrive bientôt dans l’intérieur de la matrice, où il rencontre le sperme qui le féconde. Il se greffe ensuite sur la muqueuse utérine et s’y développe. C’est à partir de ce moment que la gestation commence.

Mais, dans quelques circonstances, l’ovule se greffe dans les trompes, sur l’ovaire, ou bien tombe dans le péritoine au lieu d’arriver jusque dans l’utérus. Alors, on a les gestations que l’on désigne sous le nom de tubaires, ovarique ou abdominale, selon les cas.

Ces quelques considérations établies, nous allons nous occuper de la gestation chez la vache, en envisageant : 1° les signes à l’aide desquels on peut reconnaître cet état ; 2° sa durée ; 3° l’hygiène des vaches pleines, et 4° enfin, l’influence de la grossesse sur les maladies et réciproquement.


SIGNES DE LA GESTATION


Les signes à l’aide desquels on peut reconnaître qu’une vache est pleine, sont nombreux et variés ; mais aucun ne peut être considéré comme certain dans tous les cas, car plusieurs fois on a vu des vaches mettre bas, sans avoir présenté des signes suffisants pour permettre d’affirmer la gestation. Il en est un cependant qui, lorsqu’il se manifeste, ne laisse plus de doute : c’est la constatation du fœtus, à l’aide des divers moyens que nous ferons connaître plus loin.

Quelque insuffisants et équivoques que soient ces signes, il n’en est pas moins nécessaire de les connaître et de les étudier, afin d’avoir plus de chance contre l’erreur. La cessation observe après une copulation fructueuse. Il est indiqué par une plus grande tranquillité de la part de la vache. Elle ne cherche plus le taureau, cesse de se tourmenter et de beugler comme elle le faisait les jours précédents. Mais, dans certaines circonstances, il n’en est pas ainsi, et, bien qu’elle ait été fécondée, elle n’en cherche pas moins les approches du mâle, qui ordinairement refuse de la couvrir, ainsi que cela résulte des observations de Parmentier et de Grognier. « Bien plus souvent que la jument et la brebis, dit Grognier, la vache manifeste, quoique pleine, des signes de chaleur ; beaucoup mieux que le cheval et le bélier, le taureau reconnaît la gestation et s’abstient de saillir les femelles en cet état ; il les lèche, il les caresse, les console en quelque sorte, et calme ainsi leur ardeur. » M. Magne, auteur de l’Hygiène vétérinaire appliquée, ajoute que « le mâle habitué avec les vaches, les flaire comme d’autres bêtes qui viendraient à lui, sans être excité par leurs émanations. » De sorte que, dans la majorité des cas, on peut être à peu près certain que les femelles sont pleines, lorsqu’elles manifestent des signes de chaleur et que néanmoins le taureau refuse de les couvrir. Il peut se faire cependant, que le mâle consente à saillir la vache bien que cette dernière soit pleine. C’est ce que l’on remarque pour les taureaux un peu vigoureux qui ne sont pas habitués à vivre au milieu des femelles, et dont l’instinct génésique n’a pas été satisfait depuis un certain temps. Les chaleurs peuvent même disparaître, pour se montrer de nouveau après un temps plus ou moins long, bien qu’en réalité la femelle du bœuf soit pleine. Cette dernière peut encore, dans ces circonstances, recevoir le mâle et être fécondée, ainsi que le démontrent les cas de superfétation insérés dans les annales de la science ; mais, dans la majorité des cas, et surtout lorsque la gestation est un peu avancée, l’avortement se produit à la suite de la nouvelle copulation. De ce qui précède, nous pouvons dire que la cessation des chaleurs indique, d’une manière générale, que la vache est pleine, et que leur persistance ou leur réapparition ne prouve pas, d’une manière absolue, que la copulation a été infructueuse. — Le second signe que l’on constate sur une vache qui a été fécondée, est le radoucissement de son caractère, conséquence naturelle de la cessation du rut, car il est évident que l’orgasme vénérien diminuant, il doit en être de même de la plus ou moins grande irritabilité du sujet. C’est du moins ce que l’on constate dans la plupart des cas. — Un autre signe, non moins certain et moins important à connaître, est la disposition à l’engrais qu’acquièrent les vaches en état de gestation. C’est un fait connu de tout le monde et particulièrement des nourrisseurs, qui ont toujours soin de faire saillir leurs femelles avant de les soumettre à l’engraissement. Mais cette aptitude n’est pas également prononcée pour toutes les périodes de la gestation. C’est principalement dès le début qu’elle existe le plus, tandis qu’à la fin, c’est-à-dire dans les trois derniers mois, la vache a plutôt de la tendance à maigrir qu’à s’engraisser, ainsi que cela résulte de nombreuses observations. Cela se comprend facilement, car, à cette époque, la mère a besoin non-seulement de fournir à son entretien, mais encore au développement de son produit.

On remarque encore chez les vaches que l’on conduit au pâturage, une plus grande tendance au repos et à la tranquillité. Elles se déplacent le moins qu’elles peuvent, et, si on les fait travailler, elles sont plus nonchalantes et moins sensibles à l’aiguillon. On ne les voit plus courir ou se battre comme avant la gestation.

D’après M. Magne, il semble que dans ce cas, leur instinct les avertit qu’elles ont leur progéniture à conserver. Si elles portent pour la première fois, on s’aperçoit que les mamelles augmentent de volume peu après la fécondation. Le pis devient plus saillant et les trayons plus apparents. Cet état ne dure pas longtemps. Il disparaît pour se montrer ensuite plus accusé, disparaître encore et ainsi de suite plusieurs fois, jusqu’à l’accouchement. Ce fait est tellement bien connu des cultivateurs, qu’ils ont l’habitude de dire que les génisses font et défont plusieurs fois leur pis avant de mettre bas. Ce signe, qui à une certaine valeur, est ordinairement accompagné, chez les primipares, de la présence, dans les glandes mammaires, d’un lait visqueux, jaunâtre, que l’on peut extraire facilement. Mais il est moins apparent chez les femelles qui ont déjà porté plusieurs fois. Dans certaines circonstances il manque complètement. Il peut même arriver qu’elles ne mettent le pis qu’au moment de la parturition. De sorte que le proverbe qui dit : « les vieilles vaches mettent le pis en vêlant, » est vrai.

La diminution de la sécrétion lactée chez les nourrices, lorsqu’elle se manifeste, doit être prise en sérieuse considération, car presque toujours elle indique une copulation heureuse. Seulement, ce signe est loin d’être constant, et ordinairement il ne se montre que chez les mauvaises laitières.

À mesure que la gestation approche de son terme, tous les signes que nous venons de passer en revue se manifestent de plus en plus, et en outre on remarque que le ventre augmente progressivement de volume et se développe dans tous les sens. Il s’abaisse et devient plus large vers les parties inférieures. En même temps, le sacrum et les hanches paraissent plus saillants, ce qui provient de l’inflexion des reins et de l’affaissement de la croupe. L’augmentation du volume du ventre est d’autant plus prononcée, que la gestation est elle-même plus avancée. Il ne faudrait pas cependant lui accorder une trop grande confiance et la considérer toujours comme l’expression de la grossesse, car dans certains cas, elle pourrait induire en erreur. Ceci se remarque principalement chez les vieilles vaches, ou chez celles qui ont déjà porté plusieurs fois. En effet, il n’est pas rare de voir ces dernières avoir un ventre volumineux, avalé, le sacrum et les hanches saillants, sans qu’elles soient pleines.

Tous ces signes sont, dans la plupart des cas, plus ou moins incertains ; et si, pour une raison ou pour l’autre, l’on veut acquérir une certitude plus complète sur l’état des vaches, on est obligé d’avoir recours aux divers moyens d’exploration que nous allons faire connaître, tels que le toucher abdominal, ou bien l’exploration soit rectale soit vaginale.

Toucher abdominal. — Ce mode d’exploration fournit, presque toujours, des signes très évidents de la gestation. On peut y avoir recours dès le sixième et même dès le cinquième mois, et constater la présence d’un fœtus dans l’intérieur de la matrice. Pour arriver à ce résultat, voici comment on opère : La vache étant debout, on se place à sa droite, le dos tourné vers la tête. On applique à plat la main gauche au-dessous du flanc, à 20 ou 25 centimètres en avant du grasset, et dans le cas où la vache est pleine, on sent un corps dur, de volume variable, qui est le fœtus. On peut même, par ce moyen, percevoir les mouvements exécutés par ce dernier dans l’intérieur de la matrice. Cependant, il peut se faire qu’on ne sente rien ; alors, au lieu de se borner à appliquer les mains sur les parois abdominales, on exerce une forte pression sur le flanc que l’on laisse revenir tout d’un coup sur lui-même. Dans cette circonstance, la matrice ayant été déplacée, revient à sa position normale dès qu’on a retiré la main. Le fœtus exécute des mouvements, et c’est alors que la main, qui a dû rester appliquée, le perçoit sous la forme d’une masse dure et volumineuse.

Les tumeurs cancéreuses ou squirrheuses que l’on trouve quelquefois dans la cavité abdominale, peuvent souvent induire en erreur. Néanmoins, par un examen attentif, on peut, au moins dans la plupart des cas, sortir de l’incertitude dans laquelle on se trouve. En effet, lorsqu’une tumeur cancéreuse existe dans le ventre, par le toucher abdominal on sent bien une masse dure et résistante comme dans la vraie gestation, mais on ne constate pas de mouvements.

Lorsque la gestation est très avancée, il n’est même plus besoin d’appliquer la main pour s’assurer que la vache est pleine ; car, en regardant le flanc bien attentivement, on voit le fœtus frapper contre les parois du ventre, convulsivement et à de courts intervalles. Ce signe est d’autant plus apparent, que l’appareil digestif de la vache est lui-même mieux rempli. Comme on le voit, le toucher abdominal est d’un grand secours dans le diagnostic de la gestation ; mais ce n’est pas à dire pour cela qu’il soit infaillible.

En effet, dans plusieurs circonstances, on a vu des femelles mettre bas, sans qu’antérieurement on ait pu acquérir la certitude de l’existence du fœtus, alors on est obligé d’avoir recours à l’exploration rectale ou vaginale.

Exploration rectale. — Ce moyen a été considéré pendant longtemps comme dangereux, et pouvant déterminer l’avortement. Ainsi, d’Arboval, dans son Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie, dit à ce sujet : « Beaucoup de femelles ne s’y prêtent pas, et celles qui sont bien portantes s’y refusent toujours. Il ne peut donc être toléré que dans un cas maladif, qui indique un grand intérêt à s’assurer si la gestation est réelle ou non. » Il est évident que cet auteur a beaucoup exagéré les dangers de l’exploration rectale, car d’après les expériences de M. Boiteux, insérées dans le Journal Vétérinaire de Lyon, numéro de février 1858, cette manœuvre a été employée sur plus de cinquante juments, sans qu’il en soit résulté d’inconvénients graves. Si cette pratique a pu être mise à exécution pour les juments, à plus forte raison pourra-t-elle être employée sur les vaches, vu le caractère plus docile et la moindre irritabilité de ces dernières.

Quoique l’exploration rectale ne soit pas aussi dangereuse que le pensait d’Arboval, il ne faut pas croire qu’on ne doive prendre certaines précautions, lorsque ce moyen est le seul dont on puisse disposer pour reconnaître si une vache est pleine ou non.

Ce procédé étant réclamé, voici la manière de l’employer. La vache étant debout, les membres postérieurs entravés ou non, suivant qu’elle se livre plus ou moins à ces manipulations, l’explorateur introduit la main, préalablement enduite d’un corps gras, dans le rectum qu’il vide complètement des matières fécales qu’il pourrait contenir, afin d’apporter un diagnostic plus sûr.

La main, une fois introduite dans le rectum, on la pousse aussi loin que possible, en la dirigeant tantôt à droite, tantôt à gauche, afin de s’assurer si la matrice, qui se trouve placée immédiatement au-dessous, renferme le fœtus. Dans le cas de l’affirmative, l’explorateur sent une masse volumineuse, dure et résistante, qui n’est autre chose que le produit. Lorsque la gestation est avancée, c’est-à-dire vers le huitième ou le commencement du neuvième mois, le fœtus se trouve en partie engagé dans le bassin, et alors il est très facile de constater sa présence ; mais à cette époque, il est rare que l’exploration soit employée, attendu que la gestation a pu être reconnue au moyen des autres signes ou du toucher abdominal, que nous avons précédemment fait connaître. Dans certaines circonstances, cependant, surtout lorsque la vache a le ventre volumineux et avalé, ce procédé seul ne suffit pas. Alors on le complète en mettant la femelle sur un terrain en pente d’arrière en avant, ou bien on fait soulever le ventre par des aides au moyen d’une alèze. À l’aide de ces manœuvres, la matrice se trouve reportée en arrière, et on peut mieux se convaincre de son état de plénitude ou de vacuité.

L’exploration rectale est un moyen très avantageux pour le diagnostic de la gestation ; car, d’après Rainard, on peut reconnaître la présence du fœtus au bout du troisième mois, encore qu’on n’a que des présomptions sur son existence. Ce procédé permet non-seulement de reconnaître la présence du fœtus dans l’intérieur de la matrice, mais encore de s’assurer s’il est vivant ou mort.

Dans tous les cas, cependant, il n’est pas infaillible, car il peut arriver que le fœtus, quoique vivant, n’exécute aucun mouvement, comme, par exemple, lorsqu’il est très faible.

Exploration vaginale. — Ce mode d’exploration peut aussi fournir d’utiles indices pour le diagnostic de la gestation. Il a été, comme le précédent, considéré à tort comme un procédé dangereux, attendu que chez la femme il est pratiqué sans inconvénient. Et ce qui prouve encore plus que ce moyen n’est pas nuisible, c’est que chez la femme, ainsi que le fait très bien observer M. Trasbot dans son article sur la Gestation, on opère non-seulement l’exploration vaginale, mais encore le ballottement, opération qui, sans aucun doute, doit être plus irritante que la simple exploration. Du reste, les précautions à prendre lorsqu’on veut y avoir recours, sont à peu près les mêmes que celles que nous avons indiquées précédemment. Les résultats fournis par ce procédé étant moins concluants que ceux recueillis à l’aide de l’exploration rectale, font qu’on y a rarement recours.

Auscultation. — L’auscultation, dont les avantages sont reconnus de tous les praticiens pour le diagnostic des maladies internes, devrait, ainsi que le recommande M. Trasbot, être plus employée qu’elle ne l’est, dans le cas où il s’agit de déterminer si réellement la vache est pleine. En médecine humaine, on n’a qu’à se louer de ses bons résultats. Elle permet de constater, outre la présence du fœtus, son état de vie ou de mort. En effet, en appliquant l’oreille nue ou armée d’un stéthoscope sur les parois abdominales de la femme grosse, on perçoit deux bruits : l’un, dû aux battements du cœur du fœtus, que l’on désigne sous le nom de double battement ; l’autre, que l’on croit être produit par la circulation utérine, et que l’on nomme son souffle placentaire ou souffle utérin. Ce moyen, qui chez la femme peut être d’un grand secours, n’est pas aussi sur qu’on peut le croire tout d’abord, employé chez la vache. En effet, chez cette dernière, les bruits que nous avons signalés se produisent aussi, seulement ils sont masqués par les borborygmes et les bruits du rumen. M. Trasbot fait remarquer que dans ce cas, on pourrait essayer l’auscultation sur le col de la matrice à l’aide d’un stéthoscope que l’on introduirait dans le vagin. Ce moyen devrait être essayé.

Des considérations dans lesquelles nous sommes entré, à propos des signes de la gestation, il en résulte que, dans bien des cas, le diagnostic en est difficile, malgré un examen attentif. Cependant, les difficultés ne sont pas égales à toutes les périodes. Dans la première moitié de la durée de la grossesse, on ne peut presque jamais en affirmer l’existence. La cessation des chaleurs, les modifications dans le caractère et les aptitudes, peuvent bien établir de fortes présomptions, mais jamais une certitude complète. Ce n’est que dans la dernière moitié, alors que tous les signes physiques, tels que l’augmentation du ventre, l’accroissement du pis ont été bien constatés, et qu’à l’aide des différents moyens d’exploration que nous avons passés en revue, on a pour ainsi dire saisi le fœtus au sein de la matrice, qu’on peut affirmer que la vache est pleine.


DURÉE DE LA GESTATION.


La durée de la gestation varie avec chaque femelle. Cependant on peut admettre que la durée moyenne est de 280 à 284 jours. Cela résulte des observations recueillies et publiées par lord Spencer, sur 764 vaches. D’après cet observateur, aucun veau vivant n’est venu avant le 220e jour après la conception, ni après le 313e, et il a été impossible d’en élever avant le 242e. D’après le tableau publié par lord Spencer, on voit que sur les 764 vaches, 514 ont vêlé avant le 284e jour, 66 le même jour, 74 le 285e, et 310 après cette époque.

Des observations faites dans les Pays-Bas, et consignées dans l’ouvrage de M. Magne, la gestation pourrait se prolonger jusqu’au 321e jour.

Des observations faites par M. Trasbot et publiées dans le Dictionnaire de Médecine, il semblerait résulter que la durée de la gestation diminue à mesure que les vaches vieillissent. D’après cet auteur, sur deux vaches qu’il a observées, la gestation, à l’âge de trois ans, a duré pour l’une 294 jours, et pour l’autre 296 ; tandis que huit ans plus tard, la grossesse n’aurait duré que 269 jours pour la première, et 264, pour la seconde. Pendant les huit ans, chaque vache avait donné un veau, et on avait remarqué que la gestation diminuait de trois ou quatre jours toutes les années. De ces deux faits, il n’en faudrait pas conclure une règle générale. C’est à l’observation de les confirmer.


HYGIÈNE DES VACHES PLEINES.


L’hygiène de nos animaux domestiques, ou l’étude des soins propres à les maintenir en santé, est sans contredit la branche la plus importante de l’économie agricole. Quoique depuis quelques années cette partie ait fait de grands progrès, il n’en résulte pas moins qu’il y a encore beaucoup à faire surtout en ce qui concerne l’hygiène de l’espèce bovine, et particulièrement celle des vaches. Aussi, dans le court exposé qui va suivre, ferai-je tout mon possible pour faire ressortir l’insuffisance et les inconvénients des moyens en usage dans la plupart de nos campagnes, en envisageant l’hygiène de la vache au point de vue des habitations, de la nourriture, du pansage, etc.

Considérée au point de vue des habitations, l’hygiène des femelles bovines laisse beaucoup à désirer. En effet, que voyons nous dans la plupart des fermes ? Des étables basses, humides, mal aérées, dans plusieurs circonstances n’ayant pour toute ouverture que la porte destinée à la rentrée et la sortie des animaux. Et si, par exception, elles sont pourvues de fenêtres, ces dernières sont placées à une hauteur insuffisante et en opposition directe avec la porte d’entrée. Il résulte de ces dispositions que l’air de l’étable n’est pas suffisamment renouvelé, et par suite, impropre aux fonctions essentielles de la respiration ou à l’hématose. Le sang n’étant plus complètement ravivifié, à cause du manque d’oxygène, perd de ses propriétés, et ne communique plus aux tissus cette excitabilité indice d’une bonne santé. Les animaux sont nonchalants, impropres à exécuter des travaux soutenus, et plus disposés que les autres à contracter les maladies par altération du sang. Chez la vache portière, cette influence se manifeste non-seulement sur elle-même, mais encore sur son produit, dont le développement peut être retardé et même suspendu. Dans ce dernier cas, la vache avorte.

Par la mauvaise habitude qu’ont les propriétaires, de laisser le fumier s’accumuler sous leurs animaux pendant des huit, quinze jours et même des trois semaines, ils ajoutent encore à l’insuffisance des ouvertures des étables. En effet, par ce procédé, les animaux sont sans cesse exposés aux émanations irritantes provenant de la fermentation du fumier, condition plus que suffisante pour engendrer des maladies graves, telles que les ophthalmies et le coryza gangréneux, maladies d’autant plus redoutables que la cause qui les engendre est elle-même plus persistante.

Les marchepieds que l’on trouve placés en avant des crèches, et qui, au dire des propriétaires, sont destinés à donner plus d’apparence à leurs animaux, devraient être bannis des vacheries. On comprend pourquoi. Les vaches, pour prendre leur nourriture, étant obligées de monter sur ces espèces d’échafaudages, ont le corps très incliné. Les membres postérieurs ont à supporter tout le poids des organes digestifs, qui, par la compression qu’ils exercent sur la matrice, peuvent déterminer l’avortement et le renversement du vagin ou de l’utérus selon les circonstances ; conséquences toujours plus ou moins préjudiciables aux intérêts des propriétaires.

D’après ce qui précède, nous croyons utile d’indiquer d’une manière sommaire les modifications qu’on devrait apporter dans la construction des habitations. Ce que l’on devrait rechercher tout d’abord, ce serait un sol élevé, exempt de toute humidité, et assez éloigné de l’habitation de l’homme, afin que les miasmes qui se dégagent des animaux en santé, comme des animaux malades, n’exercent pas d’action malfaisante.

Sans doute, dans beaucoup de circonstances, on ne trouve pas le sol tel qu’on le désire, mais alors il faut s’attacher à prendre celui qui s’en rapproche le plus. Le sol étant choisi, on construira l’étable spacieuse et bien aérée. Les ouvertures devront être disposées de manière à permettre le renouvellement de l’air, sans exposer les vaches à ces courants dont l’effet est toujours plus ou moins funeste.

C’est pourquoi on évitera de placer les ouvertures sur les murs exposés aux grands vents qui règnent dans la localité. L’exposition à l’est ou à l’ouest est celle qui doit être préférée. Si malgré cela on ne peut éviter les courants d’air, on devra avoir recours aux paillassons que l’on mettra devant les portes ou les fenêtres afin de diminuer la vitesse du courant. L’aire des étables devra avoir une inclinaison suffisante pour permettre le libre écoulement des urines, sans cependant être trop prononcé. On négligera de mettre des marchepieds, qui, ainsi que nous l’avons vu, sont toujours nuisibles.

La nourriture des vaches pleines doit aussi être prise en sérieuse considération. Elle doit être de bonne qualité et en quantité suffisante pour fournir les éléments nutritifs nécessaires à l’entretien de la vache et au développement de son produit. Il vaux mieux qu’elle soit riche en principes alibiles que très abondante, surtout vers la fin de la gestation, car à ce moment là, une nourriture trop volumineuse pourrait occasionner de la gêne dans les mouvements respiratoires, déjà plus ou moins entravés par l’état physiologique existant. On évitera autant que possible de donner des aliments susceptibles de fermenter dans l’intérieur du tube digestif, si l’on ne veut s’exposer à voir survenir des météorisations qui, par leur compression sur les viscères, et notamment sur la matrice, peuvent avoir des conséquences graves, telles que l’avortement. On évitera également de leur donner des fourrages ou des herbes couverts de rosée ou de gelée, qui par leur action sur la muqueuse digestive déterminent souvent des entérites toujours graves, et dans quelques circonstances même la métrite ou la métro-péritonite, ordinairement suivies de la mort du fœtus. De même, lorsqu’on devra conduire les vaches au pâturage, on attendra que la rosée ou la gelée se soit dissipée, ou au moins, on aura le soin de donner aux femelles une certaine quantité, de fourrages secs, avant leur sortie de l’étable.

L’alimentation, ainsi que nous l’avons dit plus haut, doit être assez abondante et nutritive pour entretenir la vache dans un état moyen d’embonpoint, sans pour cela être assez abondante pour produire un engraissement trop prononcé. Cet état, en effet, peut, par l’existence des tumeurs graisseuses dans l’intérieur du bassin, gêner le développement du fœtus et s’opposer à l’exécution de la parturition.

Du reste, l’observation a démontré que les vaches les plus exposées à la fièvre vitulaire, et dont l’accouchement est difficile, sont celles qui sont douées d’un état de graisse très prononcé. En outre, on a remarqué qu’elle donnent des produits moins forts et moins bien conformés que celles qui sont dans un état moyen d’embonpoint. De ce qui précède, il ne faut pas en conclure un état de maigreur trop prononcé ; car, dans ce cas, toute la nourriture que la vache consomme est employée à son entretien, et elle ne possède plus une quantité suffisante de substance formatrice pour fournir à l’accroissement normal du fœtus. L’excès est nuisible en toute chose.

On devra bannir de la nourriture des vaches, les fourrages contenant des substances douées de propriétés spéciales. Ainsi, on évitera de donner des aliments contenant de l’ergot de seigle ou d’autres plantes irritantes, telles que les hellébores, les renoncules, qui par leur action sur la matrice ou les intestins peuvent provoquer l’avortement ou des entérites toujours plus ou moins graves.

D’après M. Delwart, il y a certains aliments, tels que la drèche et les balles de graminées, qui par eux-mêmes n’ont aucune action malfaisante, et qui cependant sont nuisibles pendant la gestation, jusqu’au point de provoquer l’avortement. Jusqu’à ce que l’expérience ait démontré l’action réelle de ces aliments, il est prudent de les donner le moins possible.

Les boissons que l’on donne aux vaches pleines doivent présenter certaines conditions. Elles doivent être de l’eau simple ou additionnée de substances farineuses, ayant toujours une température d’au moins dix à douze degrés centigrades.

Très froides, elles occasionneraient les mêmes accidents que les aliments couverts de rosée ou de gelée blanche. Cependant il est certaines vaches sur lesquelles l’action de l’eau froide est moins prononcée. Ce sont celles qui sont habituées l’été à boire l’eau froide des puits, et l’hiver l’eau glacée des ruisseaux et des mares. J’ai vu plusieurs vaches, nourries l’hiver à l’étable, que l’on menait boire dans des ruisseaux ou dans des mares, où on était quelquefois obligé de casser la glace, sans qu’il en soit résulté d’accidents. Cet exemple n’est pas à suivre, car quoique l’habitude rende les animaux moins sensibles à l’action des causes qui peuvent influer sur l’organisme, et leur donne en quelque sorte une nouvelle constitution, elle ne diminue pas tellement cette sensibilité, que les animaux puissent être considérés comme impropres à ressentir l’influence des agents morbifiques. De sorte que les éleveurs qui ont à cœur de conserver leurs vaches en état de santé, devront éviter de leur donner des boissons trop froides.

Le pansage est cette pratique qui a pour but de débarrasser la peau des animaux des corps étrangers qui, par leur présence, empêchent les fonctions de cet organe et par suite influent d’une manière préjudiciable sur la santé de l’individu.

Les effets du pansage sont locaux ou généraux. Les effets locaux ont pur but de débarrasser la peau des matières étrangères qui peuvent s’y accumuler, et d’éviter ainsi le développement de ces maladies, qui, lorsqu’elles ont pris naissance, résistent toujours plus ou moins aux moyens thérapeutiques que l’on peut employer. La gale est dans ce cas.

Les effets généraux du pansage se manifestent par une excitation de la surface cutanée et des principales fonctions, telles que la circulation, la respiration et la digestion, conditions indispensables à l’entretien de la santé.

Mais cette pratique qui, comme on le voit, est de première nécessité, est beaucoup trop négligée dans nos campagnes. En effet, un grand nombre de propriétaires s’imaginent qu’ils ne doivent s’occuper que de la nourriture de leurs vaches, et que tous les autres moyens d’hygiène doivent être laissés de côté. Ils se trompent ; car, ainsi qu’ils peuvent eux-mêmes s’en convaincre, ils n’ont qu’à comparer leurs animaux à ceux des propriétaires soigneux qui pansent régulièrement, pour voir la différence. Chez les derniers animaux, les poils sont brillants, la peau souple, et la mue s’effectue bien. Ils sont eux-mêmes vifs, alertes et s’engraissent facilement. Les premiers, au contraire, ont les poils hérissés et rudes, la peau épaisse, ils ont peu d’aptitude à l’engrais, et leur mue s’effectue très lentement.

Le travail, même modéré, que l’on a considéré pendant longtemps comme nuisible aux femelles en état de gestation, a été reconnu dans ces dernières années comme indispensable à ces mêmes femelles. En effet par un travail modéré, toutes les fonctions se trouvent surexcitées ; les déperditions se trouvent en rapport avec les assimilations, et il en résulte cet équilibre sans lequel la santé ne peut exister. Si, au contraire, les vaches restent au repos, elles s’engraissent facilement, vu la prédisposition qu’elles ont déjà pour cet état, deviennent pléthoriques, et sont exposées aux maladies inflammatoires, dont la terminaison est presque toujours funeste. Cependant, il ne faut pas croire qu’on puisse faire travailler les vaches pleines dans toutes les circonstances et toujours. Il est évident, en effet, que si on a un travail pénible et nécessitant de grands efforts à faire exécuter, il vaut mieux employer le bœuf que sa femelle, si on ne veut exposer cette dernière à des dangers. Le travail doit encore diminuer à mesure que la gestation approche du terme, et même être complètement suspendue dans les huit ou dix derniers jours. Les vaches devront être conduites par des hommes doux et soigneux, qui ne les excitent pas inutilement par leurs mauvais traitements. Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi ; et beaucoup de propriétaires sont étonnés de voir chaque année des avortements survenir sur leurs vaches sans pouvoir saisir la cause qui les a produits. Si dans ces circonstances ils interrogeaient leurs domestiques, et surtout si ces derniers avaient assez de franchise, il y a beaucoup d’avortements dont la cause ne serait plus inconnue. Aussi, le propriétaire qui a besoin de domestique, doit-il, dans son intérêt, s’informer du caractère de ce dernier, surtout lorsqu’il a des vaches à lui confier.

Comme hygiène de la vache pleine, certains vétérinaires ont recommandé la saignée, qui doit, croyons-nous, être pratiquée avec ménagements. Sans doute, dans certaines circonstances, comme, par exemple, lorsque les vaches sont restées pendant tout le temps de la gestation au repos, et qu’en outre elles ont reçu une nourriture abondante, la saignée est utile. Il en est de même pour celles qui sont pléthoriques.

Dans les autres circonstances, cette opération est plus nuisible qu’utile, car il est incontestable que par la saignée, en enlevant une certaine quantité de sang, on affaiblit l’organisme. Or, si la vache est déjà faible, elle n’aura plus la force nécessaire pour la mise bas, qui sera, plus ou moins entravée, impossible même dans quelques circonstances.

Tous les médicaments, s’ils ne sont pas demandés par un état maladif quelconque, doivent être proscrits de l’hygiène des vaches pleines. Les purgatifs, recommandés par certains auteurs, devront être donnés avec discernement, car rarement ils sont utiles et presque toujours nuisibles. Les purgatifs drastiques, par exemple, par leur action sur les reins, la vessie et l’utérus, peuvent occasionner de graves inconvénients.

Tels sont en peu de mots les moyens hygiéniques propres à la vache pleine. Nous allons maintenant nous occuper d’un sujet non moins intéressant : l’influence de la gestation sur les maladies.


INFLUENCE DE LA GESTATION SUR LES MALADIES
ET RÉCIPROQUEMENT.


Ce sujet est beaucoup moins important dans notre médecine que dans la médecine humaine, pour des raisons faciles à prévoir. Chez la femme, la suppression des menstrues pendant la grossesse, l’expose à la pléthore et aux maladies qui peuvent en résulter ; la position verticale de la matrice, par la pression que cette dernière exerce sur les organes de la cavité pelvienne, provoque des constipations et des rétentions d’urine.

Chez la vache, rien de semblable ne se produit, en raison de l’absence des menstrues et de la position horizontale du corps, qui fait que la matrice repose sur les parois abdominales et non dans le bassin. Quoique cette étude, ainsi que nous l’avons déjà dit, soit pour nous d’une importance secondaire, nous allons néanmoins la poursuivre, en considérant la gestation comme cause des maladies, et son influence sur ces dernières développées accidentellement. Considérée comme cause, la gestation joue un rôle peu important. En effet, chez la vache on ne constate pas la salivation et l’anorexie que l’on remarque chez la femme. Au contraire, la perte de l’appétit accompagnant presque toujours les chaleurs, cesse ordinairement dès qu’apparaît le calme succédant à la fécondation.

Le pica a été considéré comme provoqué par le commencement de la gestation chez la vache. Mais cette habitude vicieuse qui lui fait ronger des étoffes, des cuirs, etc., existe tout aussi bien avant que pendant la gestation.

Comme on le voit, la grossesse n’exerce pas d’action notable sur les fonctions digestives. Cependant, il faut le dire, dans certaines circonstances elle peut aggraver des maladies accidentelles, telles que l’entérite, la péritonite, qui peuvent se compliquer de métrite, et avoir une terminaison fatale.

La gestation peut encore occasionner la pléthore, surtout chez les vaches abondamment nourries, ou les laitières, lorsque, dans les derniers mois de la gestation, la sécrétion lactée se tarit. La pléthore se reconnaît aux symptômes suivants : l’artère est tendue, le pouls est fort et accéléré, les muqueuses sont rouges, la peau est chaude et les veines superficielles gonflées. Outre ces symptômes, on constate que la vache est lourde, nonchalante et qu’elle à la respiration accélérée. Pour remédier à cet état, il suffit, si la vache ne travaille pas habituellement, de la mettre en liberté dans les pâturages, ou de lui donner une nourriture moins abondante et moins nutritive. Cependant, lorsque la pléthore persiste, il est bon de recourir à la saignée.

Pendant les deux premiers tiers de sa durée, la gestation n’exerce pas d’influence sensible sur la respiration ; mais il n’en est pas de même dans la dernière période, où elle provoque une gêne plus ou moins marquée des mouvements respiratoires. Dans ces circonstances, il est bon de recourir à une alimentation moins volumineuse et plus nutritive, pour remédier à la pression exercée par les viscères digestifs sur l’organe essentiel de la respiration ou les poumons.

Lorsque la pneumonie ou la pleurésie se développent pendant la gestation, cette dernière les complique souvent d’une manière grave.

L’influence de la gestation sur les maladies accidentelles et de celles-ci sur celles-là est encore peu connue en médecine vétérinaire. Néanmoins, elle varie selon que les maladies sont aiguës ou chroniques. En effet, les maladies aiguës déterminant des perturbations plus grandes dans les fonctions que les maladies chroniques, il est évident qu’elles doivent entraîner des conséquences qui seront d’autant plus graves que l’organe affecté sera lui-même plus importants. D’après Hippocrate, les maladies aiguës sont mortelles chez les femmes enceintes. Il est probable que ce principe n’est pas exact dans tous les cas. Ce qu’il y a de sûr, c’est que la vache a souvent des maladies aiguës qui ne sont pas toujours mortelles. Il est certaines affections, cependant, telles que les entérites, les pneumonies, etc., qui, par l’abondance du fluxus sanguin dont elles sont le siège, entravent le cours du sang qui doit se porter sur la matrice et déterminent des accidents graves. Les maladies aiguës de peu d’étendue n’ont pas d’influence sensible sur la gestation.

L’action que la plénitude des vaches exerce sur les maladies est encore moins connue que celle exercée par ces dernières. Ce que l’on sait, c’est que les vaches pleines, atteintes d’affections aiguës, si elles ne succombent pas toujours, avortent le plus souvent et restent longtemps chétives.

Des faits recueillis par les médecins, il résulterait que, dans certaines épidémies, les femmes enceintes seraient respectées, tandis que dans d’autres elles seraient plus particulièrement atteintes. Rien de semblable n’a été signalé pour l’espèce bovine.

En résumé, les maladies aiguës sont plus souvent mortelles lorsqu’elles attaquent les vaches pleines que lorsqu’elles affectent d’autres animaux.

Les maladies chroniques ont peu d’influence sur la gestation. Celles qui sont héréditaires se transmettent presque toujours aux produits, ce qui n’empêche pas ceux-ci d’arriver à terme et d’être aussi bons que ceux venant des vaches saines.

La gestation modifie peu les maladies chroniques ; rarement elle les aggrave. Il en est même, telle que la phthisie, qu’elle paraît améliorer. On le remarque principalement pour les vaches épuisées à la suite d’une mauvaise hygiène et d’une lactation trop prolongée. Elles sont sensiblement améliorées par un nouveau vêlage. Il est bien évident que quoique la maladie ne soit plus aussi apparente, elle n’est pas guérie, qu’elle n’est que palliée, et qu’elle n’attend que le moment favorable pour faire une nouvelle apparition.

LANARÈS.