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[modifier] Les Fiançailles, le Mariage, les Coutumes et Usages, les Croyances et Superstitions, les Sorts, les Prières et les Cantiques, l’Assistance publique, les Propos villageois, les Grivoiseries du foyer, Pronostics, Dictons, Proverbes, Devinettes.
[modifier] 1° Les fiançailles
Dans le canton de Pipriac, quand on sait qu’un jeune homme doit se présenter dans une famille pour demander une fille en mariage, et qu’il ne convient pas, on met à brûler dans la cheminée des branches de buis. Le galant qui connaît cette coutume regarde le foyer et, l’oreille basse et le cœur attristé, en raison de l’amour qu’il ressent, décampe au plus vite.
Dans le canton de Bain, comme le buis est rare, on se contente de chômer (mettre debout) les tisons dans les cendres.
Mais si, au contraire, on consent à accepter le prétendant, la fille, d’un air timide, prend le bas de son tablier, le roule entre ses doigts, puis tout à coup, le laisse tomber en disant : « Ce sera comme moman voudra ! » Oh ! alors on peut être certain que les fiançailles et la noce se suivront de près.
Dans quelques communes de l’arrondissement de Redon, lorsqu’un jeune gars va demander en mariage une fille de son village, qu’il connaît intimement, avec laquelle il a été élevé, il porte une pomme avec lui et, lorsqu’il est en présence de celle qu’il désire épouser, il mord dans la pomme en disant :
- « M’aimes-tu ? M’aimes-tu pas ?
- Si tu m’aimes, mords dans mon mias ! »
Si la fille mord dans la pomme, le mariage est décidé. Si, au contraire, elle refuse, tout est rompu.
Dans le canton Sud-Ouest de Rennes, lorsqu’un jeune homme va demander une fille en mariage, il porte avec lui une bouteille de vin, afin de trinquer, si sa demande est agréée, avec sa future et les parents de celle-ci. Cette cérémonie s’appelle les accordailles.
Plus tard, le jour des fiançailles, les jeunes gens accompagnés de leurs familles et du garçon et de la fille d’honneur, s’en vont à Rennes faire leurs emplettes qui consistent en alliances, bague pour la mariée, appelée chevalière, fleurs d’oranger et vêtements de noce.
De retour au village, un repas a lieu le soir chez la mariée.
Autrefois, à Janzé, à Bécherel, à Tinténiac et dans beaucoup d’autres endroits, lorsqu’un jeune homme et une fille avaient l’intention de s’épouser, ils se rendaient au presbytère de leur paroisse où le curé leur faisait subir un examen de catéchisme, et les interrogeait principalement sur le sacrement du mariage.
S’ils répondaient mal, le curé les ajournait ; si, au contraire, il était satisfait de leur instruction, il leur offrait un verre de vin, trinquait avec eux, et les futurs époux étaient considérés comme engagés l’un envers l’autre et fiancés devant l’Église.
Si, pour un motif quelconque, le mariage venait à manquer, les jeunes gens devaient aller en informer le curé qui annulait les fiançailles. S’ils ne le faisaient pas, et si l’un ou l’autre voulait plus tard se marier, son ban ne pouvait être publié à l’église qu’après l’expiration d’une année.
Jadis, dans la commune du Pertre, quand une servante de ferme avait eu des relations intimes avec son maître, et que celui-ci venait à l’épouser, les cultivateurs de la commune, la veille de la noce, s’appelaient de village en village, au moyen d’une corne, et allaient donner un charivari aux futurs mariés.
Pareille farce avait lieu la veille de la noce d’une veuve. Si celle-ci se fâchait, le tapagecontinuait ; si, au contraire, elle riait et invitait ses voisins à entrer boire un coup, la plaisanterie cessait et chacun s’en retournait tranquillement chez soi.
À Bruz, lorsqu’une fille qui a eu des enfants se marie, les jeunes gens de la commune, vont encore, la veille de son mariage, avec des casseroles et des chaudrons, faire un charivari à sa porte.
Quand les fiancés vont inviter les familles qu’ils désirent avoir à leur noce, ils embrassent le père, la mère et les enfants. En leur donnant l’accolade ils répètent à chacun d’eux la formule suivante :
« Je vous prie de bon cœur et de bonne amitié d’assister à mes noces qui auront lieu de mardi en huit. »
Les invitations se font dix jours à l’avance et le mardi est le jour choisi pour les noces dans les campagnes de l’Ille-et-Vilaine.
La fille d’honneur qui accompagne les fiancés embrasse également chaque personne présenteet dit à chacune d’elles : « Vous n’y manquerez pas. »
Dans les communes de Bruz et de Saint-Jacques-de-la-Lande, la veille de la noce, le marié accompagné d’ouvriers s’en va faire dresser le mobilier dans la demeure destinée aux jeunes époux et dans laquelle, lit, armoire, buffet, chaises, etc., ont été amenés par les voisins et gratuitement charroyés par eux.
La jeune femme ne prend pas part à l’arrangement de son ménage et ne le voit qu’après la noce.
En rangeant les meubles les ouvriers chantent la chanson suivante :
- Oh ! sous les ridiaux,
- Jamais j’n’ai ren vu d’si biau,
- Disait la mariée ;
- Jamais j’nai ren vu d’si biau
- Sous les ridiaux.
- Oh ! sous la couverture,
- Jamais j’n’ai vu tant d’aventures,
- Disait la mariée,
- Jamais j’n’ai vu tant d’aventures
- Sous la couverture.
- Oh ! dessur l’oreiller,
- Jamais je n’ai tant vu de jeu,
- Disait la mariée ;
- Jamais je n’ai tant vu de jeu,
- Dessur l’oreiller.
- Oh ! dedans les draps de lit,
- Qu’il fait donc bon faire son nid,
- Disait la mariée ;
- Qu’il fait donc bon faire son nid,
- Dedans les draps de lit.
- Oh ! disait la paillasse,
- Allous bentôt finir vos farces,
- Madam’ la mariée,
- Allous bentôt finir vos farces
- Dessur la paillasse.
- Endurons tout cett’ nuit,
- Geignait le pauvre bois de lit,
- Pas vrai, la mariée ?
- Endurons tout cett’ nuit,
- Geignait le pauvre bois de lit.
- Oh ! disait la gaul’[1] du lit,
- Jouons n’en donc toute la nuit,
- Pas vrai, la mariée ?
- Jouons n’en donc toute la nuit,
- Disait la gaul’ du lit.
- Oh ! disait l’pauvr’ édredon,
- Vous me mettez dans un bouchon,
- Madam’ la mariée,
- Vous me mettez dans un bouchon,
- Disait l’pauvr’ édredon.
Les vêtements du marié sont portés à l’avance chez la future, et le matin de la noce il s’y rend en costume de travail pour faire sa toilette pendant que les couturières et la fille d’honneur habillent la mariée.
Si le repas de noce doit avoir lieu chez celle-ci, le marié en surveille les apprêts.
Tous les invités arrivent prendre les nouveaux époux pour les conduire à l’église.
[modifier] 2° Le mariage
Il n’y a pas beaucoup plus de trente ans, les voies de communication laissaient considérablement à désirer, il était difficile de voyager en charrettes, les paysans n’en avaient guère, et on allait aux noces à cheval.
Les mariés du canton de Pipriac arrivaient de leur village au bourg, le jour de la noce, juchés en croupe derrière d’habiles cavaliers parés de bouquets et de rubans. Les invités suivaient à pied au son des violons. La mariée était mollement assise sur un oreiller attaché sur le penet[2].
La messe terminée, le départ, après maintes libations, avait lieu de la manière suivante :
Les conducteurs montaient seuls à cheval pour faire caracoler leurs bêtes, puis s’arrêtaient devant la noce. Le parrain de la jeune épouse, ou à son défaut, un personnage choisi parmi les invités, prenait la mariée dans ses bras et l’asseyait délicatement derrière son cavalier. Le nouvel époux, montait, lui aussi,derrière son conducteur, et on leur apportait du vin. Les proches parents trinquaient avec eux jusqu’au moment où les chevaux partaient à fond de train pour revenir plusieurs fois vers les invités qui s’alignaient deux par deux, bras dessus, bras dessous, et enfin se décidaient à suivre les mariés en dansant et en chantant au son des violons.
Aujourd’hui que le réseau vicinal étend ses bras nombreux dans toutes les directions du département, tout le monde a des véhicules, et les noces, dans ce même canton de Pipriac, ont changé d’aspect et subi des modifications qu’il importe d’indiquer.
C’est ordinairement le propriétaire de la ferme qui conduit la fille de son métayer à l’église le jour du mariage. Quand il entre dans la maison, la mère de la future se met à pleurer (c’est de rigueur) et dit : « Ce ne sera toujours pas ma qui la mettrai à la porte. » Voyant cela, notre maître, comme onl’appelle encore, prend la fillette par les épaules et la fait sortir.
En signe de deuil la mère reste à la maison, conservant ses vêtements de tous les jours et prépare, en compagnie de vieilles femmes du village, le repas destiné aux gens de la noce.
Le maître fait monter la mariée dans sa voiture, part avec elle, et s’apercevant bientôt que personne ne les suit, revient sur ses pas (c’est l’usage), chercher les invités qui attendent patiemment qu’on vienne les prier de suivre la mariée.
Lorsque l’église est au milieu d’une place, les voitures en font plusieurs fois le tour au galop avant de s’arrêter devant le parvis.
À l’automne de 1896, avait lieu une grande noce à la ferme de Bocadève, dans la commune de Saint-Just.
La table du festin était en plein air, au coin d’un champ, à cause du nombre considérable d’invités.
Jusqu’à ce que tout le monde fût assis, lesviolonneux jouèrent en faisant le tour de la table.
Au milieu du repas, on vit arriver une bande de garçons ayant tous, sous le bras ou à la main, une bouteille de vin, ornée de rubans tricolores. C’étaient les jeunes gens de la même classe que le marié, encore célibataires, qui venaient offrir un verre de vin aux nouveaux époux et à leurs parents. Ils restèrent à la noce pour prendre part aux danses.
Des mendiants venus de très loin étaient assis sur les talus du champ où on leur portait à boire et à manger.
Dans le canton de Bain, voisin de celui de Pipriac, voici la description d’une noce à l’heure actuelle.
On appelle agouvreux, l’installation du ménage et le ménage lui-même. On dit monter l’agouvreux, pour monter les meubles.
Ce sont les tailleuses, qui ont fait le trousseau, qui président à cet arrangement.
Avant d’entrer dans la maison destinée auxjeunes époux, elles s’arrêtent à la porte et chantent :
- — Monsieur le marié,
- Si nous avons tardé,
- N’en soyez pas fâché.
- Nous amenons du bien,
- Mais il vous appartient.
- Nous am’nons lit garni,
- Armoire et table aussi,
- Tous les coffres remplis.
- Monsieur le marié,
- Vous n’voyez pas encore
- Le plus beau des trésors.
- Vous la verrez venir
- Mardi l’après-midi,
- Avèque son mari.
Les tailleuses entrent dans la maison et continuent :
- — Monsieur le marié,
- Vot’ fiancée vous demande
- De placer son ménage
- À son arrangement.
Le futur marié répond :
-
- — Puisque ma mie l’a dit,
- J’irai à sa demande :
- Je lui serai fidèle,
- Fidèle je lui serai,
- Et je lui donnerai
- Les marqu’s de ma fidélité.
En quittant le village pour se rendre à l’église, les amies de la mariée chantent :
-
- — Or, adieu le château,
- La maison d’chez mon père ;
- C’était un si beau lieu
- Qui n’était fait qu’pour plaire
- Aux yeux des amoureux.
Les jeunes gens, amis du marié, répondent par ironie :
-
- — Madam’ la mariée,
- Vous croyez au plaisir ?
- Des peines et des soucis,
- L’embarras du ménage,
- Voilà le plaisir, belle,
- Que vous aurez chez lui.
Après le mariage à l’église, la noce se rend dans une auberge du bourg pour manger une beurrée et boire un coup.
Ensuite les mariés font quelques visites pendant que les gens de la noce vont acheter les cadeaux qu’ils comptent offrir au jeune ménage.
Plus il y a de monde à une noce, plus il y a de profit pour les mariés : Il est d’usage que les invités achètent la batterie de cuisine, la vaisselle et d’autres menus objets. On a soin de ne pas oublier le vase de nuit qui doit jouer, le lendemain matin, un certain rôle dans la cérémonie.
Lorsque les mariés reviennent au village, après la messe, les personnes restées à la maison pour préparer le repas vont au-devant d’eux et leur offrent une beurrée en chantant :
- — Mon père il m’a mis à servi,
- Nouvelle mariée voici,
- De par sous la levrande[3].
- Où sont les gens du marié ?
- On les demande,
- Ah ! les voici, ah ! les voilà,
- Qu’ils s’y présentent.
Les parents et amis du marié répondent :
- — Avous[4] cent écus à leur donner ?
- Ils sont prêts à les prendre.
Les amis du marié ont confectionné à l’avance une quenouillée monstrueuse garnie de fleurs et de rubans qu’ils portent au-devant de la mariée, quand elle revient de l’église, et qu’ils attachent ensuite au pied du lit pour lui faire comprendre qu’une fois en ménage, elle devra filer le lin et le chanvre pour les besoins de la maisonnée.
Avant de se mettre à table, on conduit la mariée voir son ménage et on chante :
- — Entrez, Madam’ la mariée,
- Vous n’avez rien vu de si beau ;
- Vous porterez la bague d’or
- Avec la coiffure à dentelle
- Et vous jouirez de ces trésors.
Sur le milieu de la table du repas de noce est une grosse moche[5] de beurre offerte ordinairement par la marraine de la mariée, et sur laquelle sont représentés quatre personnages, les mariés, le garçon et la fille d’honneur.
Tous les invités, sans exception, vont enfoncer une pièce d’argent dans cette moche. Les parents aisés et les amis intimes mettent jusqu’à cinq francs, les autres, deux francs et même cinquante centimes.
Tout cet argent est pour les époux.
Deux chaises garnies de fleurs, et sur lesquelles sont posés des oreillers indiquent laplace à table du marié et de la mariée. Mais celle-ci doit bien se donner garde de s’asseoir sur l’oreiller, elle doit le faire enlever, ou sinon elle serait qualifiée de paresseuse ou de mauvaise femme de ménage.
Pendant le repas, une personne chante :
- Nous somm’s venus ce jour,
- Du fond de nos villages,
- C’est pour vous annoncer
- La joie du mariage,
- À monsieur votre époux,
- Aussi bien comme à vous ;
- Embrassez-vous tous deux
- Et soyez bien heureux.
- N’avez-vous pas été
- Ce matin à la messe ?
- Avez-vous entendu
- Ce qu’il a dit, le prêtre ?
- Fidèle à votre époux,
- De l’aimer comme vous,
- Fidèle à votre époux,
- Le restant de vos jours.
- L’amant qui vous a pris,
- C’est un garçon bien sage,
- Il a bien le talent
- D’y conduire un ménage.
- Ah ! le joli talent,
- Que le prix en est long ;
- Ah ! le joli talent,
- Que le prix en est grand !
- Quand on dit son époux,
- On dit souvent son maître ;
- Ils ne sont point si doux
- Comme ils ont promis d’être.
- Ont promis d’être doux,
- Le reste de leurs jours ;
- Ont promis d’être doux,
- Ne le sont point du tout.
- Aujourd’hui grand festin,
- Tout le mond’ vous honore ;
- Et peut-être demain,
- Ça dur’ra-t-il encore ?
- Mais au bout de trois jours,
- Vous rest’rez seuls chez vous ;
- Mais au bout de ce temps,
- Vous s’rez seuls à présent.
- Il vous en souviendra,
- Madam’ la mariée,
- D’avoir été liée
- Avec un lien d’or
- Qui dur’ jusqu’à la mort ;
- D’avoir été liée
- Avec un lien d’argent
- Qui dure aussi longtemps.
- Tenez, v’là un bouquet,
- Que ma main vous présente ;
- Prenez-en une fleur,
- Pour vous faire comprendre
- Que tous plaisirs, honneurs,
- S’en vont comme les fleurs.
- Tenez, v’là un gâteau,
- Que ma main vous présente ;
- Prenez-en un morceau
- Pour vous faire comprendre
- Qu’il faut pour vous nourrir,
- Travailler et souffrir.
- Vous n’irez plus au bal,
- Madam’ la mariée ;
- Rest’rez à la maison,
- Tandis qu’les autr’s iront,
- Vous berc’rez les poupons,
- Tandis qu’les autr’s iront.
- Si vous avez chez vous
- Des bœufs, aussi des vaches,
- Des brebis, des moutons,
- L’embarras du ménage,
- Faudra soir et matin
- Veiller à tout ce soin.
- Si vous avez chez vous,
- Enfants et domestiques,
- Faudra faire écouter
- La parole de Dieu,
- Car vous seriez tous deux,
- Coupables devant Dieu.
Au milieu du dîner, c’est-à-dire lorsque la soupe et les nombreux plats de ragoûts ont été mangés, tout le monde de la noce se lève de table et va, avec les violons, chercher les rôtis qui sont à cuire au four.
On range les plats de rôtis par terre et le marié et la mariée dansent autour en disant :
- — Vous faudrait-il du rôti
- Pour vous exciter l’appétit ?
Et l’on retourne se mettre à table pendant que les servants déposent de nouveaux plats devant les invités.
Au Pertre, lorsque la mariée entre pour la première fois chez elle, on la fait passer par une porte de derrière. Son mari, pour aller la rejoindre, est obligé de pénétrer par la porte de devant laquelle est bouchée par un petit arbre orné de rubans et de fausses fleurs qu’on appelle un Mai et qui a été planté là par les servants.
Le marié, pour l’arracher, est souvent obligé de tirer dur et longtemps, car les racines de cet arbre ont été enterrées exprès très profondément.
La veille de la noce, la mariée va se mettre à genoux devant ses parents et leur demande leur bénédiction.
La fille d’honneur qui l’accompagne, chante, pour la mère, la chanson suivante :
- Ô ma fille chérie (bis),
- Pour nous quitter, tu t’es mise à genoux ;
- Tu veux donc laisser ta famille,
- Le foyer paternel pour suivre ton époux ?
- Pour la premier’ fois, ta chambre restera vide,
- J’irai prêter l’oreill’ sans entendre tes pas ;
- Dans les sentiers déserts, dans les jardins arides,
- Pour la première fois, je ne t’y verrai pas.
- Oh ! pourtant, sois heureuse,
- Suis l’époux que ton cœur a choisi ;
- Oh ! pourtant, sois heureuse,
- Va, mon enfant, je te bénis !
- Dieu commande à la femme
- De tout quitter pour suivre son époux ;
- Sois donc sans regret dans ton âme,
- Compagne de celui qui t’éloigne de nous.
- Donne-lui tout ton cœur et ta pensée entière.
- À lui seul maintenant, à lui seul ton amour ;
- Garde bien, cependant, un souv’nir pour ta mère,
- Qui séparée de toi, pleurera plus d’un jour.
- Oh ! pourtant sois heureuse,
- Suis l’époux que ton cœur a choisi ;
- Oh ! pourtant, sois heureuse,
- Va, mon enfant, je te bénis !
- Vous, à qui je confie
- Ce bien si cher, ce bien si précieux,
- Je vous donne plus que ma vie,
- Vingt ans je l’ai nommée le trésor de mes yeux.
- Vous me remplacerez près d’elle sur la terre,
- Vous me l’avez juré, vous me l’jurez encor,
- Si vous aimez ma fill’ comme l’aimait sa mère,
- Vous aurez mérité le prix de vos bienfaits.
- Va, ma fill’, sois heureuse,
- Suis l’époux que ton cœur a choisi ;
- Va, ma fill’, sois heureuse.
- Allez, enfants, je vous bénis !
À la fin de la noce, on assied la mariée dans une chaise, près de son lit.
Une tailleuse détache la couronne et ne laisse qu’une épingle que le mari doit enlever à tâtons.
Pendant cette cérémonie, une jeune fille, ou bien la tailleuse, chante au nom de la mariée :
- Oh ! moment heureux de l’amour,
- Me voici enfin mariée ;
- Mon cher époux, dans ce beau jour,
- Je te confie ma destinée.
- Je t’offre ma main et mon cœur,
- N’pouvant t’en offrir davantage ;
- Mais je veux faire ton bonheur
- Et le charme de ton ménage.
- Et vous, parents de mon époux,
- Me voici enfin votre fille ;
- Daignez m’accepter parmi vous,
- Bonne et honorable famille.
- Comme lui, je dois vous.aimer,
- Être votre sincère amie ;
- Et si ce jour peut vous flatter,
- Ce sera le plus beau d’ma vie.
- À tous mes parents et amis,
- J’offre un hommage bien sincère ;
- Mais avant, qu’il me soit permis
- De l’offrir à ma tendre mère :
- C’est ell’ qui m’a donné le jour,
- C’est ell’ qu’a soigné mon enfance,
- Elle a des droits à mon amour,
- Autant qu’à ma reconnaissance.
- Oh ! je sais bien, mon cher époux,
- Que tu ne seras pas volage ;
- Il est impossibl’ de changer,
- Tu m’as tenu trop doux langage ;
- Mais si tu venais à changer,
- Que tu n’aim’rais plus ton amie,
- Tu verrais bientôt commencer
- Les malheureux jours de ma vie.
- Écoute bien, mon cher époux,
- Ce que ma franchise t’adresse :
- Je veux des plaisirs les plus doux
- Couronner ta vive tendresse ;
- Mais si quelquefois, parmi nous,
- Il s’élève un sombre nuage,
- Je te dirai : « Embrassons-nous,
- Et faisons la paix du ménage ! » (bis).
(Communiqué par Marie Turpin, tailleuse à Bourgbarré.)
Il n’y a pas plus de trente ans, dans la commune de la Boussac, lorsque la mariée sortait de l’église, elle offrait à tous ceux qui venaient la complimenter, des épingles extrêmement petites, appelées épingles de la mariée.
Cette coutume n’existe plus. Le marié offre seulement une prise de tabac à toutes ses connaissances.
Les noces, dans cette commune, comme dans beaucoup d’autres endroits, ont lieu le mardi ; mais à l’époque des épingles de la mariée, l’époux ne couchait avec sa femme que le dimanche suivant. La femme restait dans sa famille.
Ce jour-là, on les obligeait à se mettre au lit dans l’après-midi et on leur portait la rôtie.
Comme les lits sont très élevés, il y a un banc placé devant pour permettre d’y monter.
Pendant que les amis se livraient à des plaisanteries plus ou moins risquées, en regardant les époux mordre dans les morceaux de pain enfilés par une corde et trempés dans le vin, des femmes apportaient sur le banc, un berceau rempli de jouets d’enfants, de petits sabots, de couteaux, de cuillères, de fourchettes, d’assiettes, d’écuelles, etc., et elles berçaient tous ces objets qui en s’entrechoquant produisaient un bruit étourdissant.
(Communiqué par l’Instituteur de la Boussac).
Lorsque la messe est terminée au maître-autel, la fille d’honneur prend la mariée par le bras et, toutes les deux vont prier à l’autel de la Vierge pendant que les gens de la nocese rendent à la sacristie. Le mari, la cérémonie complètement achevée, va chercher sa femme pour l’emmener.
Là, comme ailleurs, avant de quitter le bourg, la noce se rend dans un cabaret pour manger la beurrée qui se compose de pain, de beurre et de cidre.
Le départ a ensuite lieu, deux par deux, violon et mariés en tête ; mais au lieu de remonter dans les voitures qui les ont amenés le matin, tous s’en vont à pied.
Pour égayer la route, ils chantent, accompagnés du crin-crin, ce qu’ils appellent des chansons de marche. Il y en a de deux sortes les unes qui sont des rangaines et les autres de véritables chansons.
Exemples :
1° Rangaine :
- Voici le premier jour du mois d’avril,
- J’entends la caill’, la perderix ;
- J’entends la caill’, les p’tits oiseaux,
- La joli’ tourterell’ dans les ormeaux.
- Voici le second jour du mois d’avril,
- etc.
On peut ainsi chanter autant de couplets que l’on veut.
2° Chansons de marche :
Chaque vers est chanté deux fois par une personne appelée le meneur, puis le couplet entier, c’est-à-dire les deux vers, sont répétés également deux fois par tout le monde.
- Sur le vert joli, entre vous autr’s, les filles (bis),
- Sur le vert joli, qui prenez des maris (bis),
- Sur le vert joli, n’en prenez pas des jeunes (bis),
- Sur le vert joli, ni de trop vieux aussi (bis),
- Sur le vert joli, moi j’en ai pris un jeune (bis),
- Sur le vert joli, je crois qu’y m’f’ra mourri (bis).
- Sur le vert joli, il va-t-à la taverne (bis),
- Sur le vert joli, et revient za minuit (bis).
- Sur le vert joli, frapp’ le pied dans la porte (bis).
- Sur le vert joli, la porte il faut ouvrir (bis).
- Sur le vert joli, prend la barr’ de la porte (bis).
- Sur le vert joli, m’y reconduit au lit (bis),
- Sur le vert joli, il cassera ma table (bis),
- Sur le vert joli, les quenouill’s de mon lit (bis).
- Sur le vert joli, il frappe sur la berne[6] (bis),
- Sur le vert joli, au proch’ de moi aussi (bis).
- Sur le vert joli, voilà comm’ sont les hommes,
- Sur le vert joli, voilà comme est.....
On désigne, pour faire rire, celui des invités qui n’a pas la réputation d’être tendre avec sa femme, ou bien encore un jaloux ou un ivrogne.
Les servants et servantes pris parmi les parents et amis des mariés vont, lorsqu’ils aperçoivent la noce qui revient de la messe, au-devant d’elle à deux ou trois champs avec un pot de cidre et des verres pour offrir à boire aux mariés et aux invités. On boit dans le même verre sans répugnance.
Une fois arrivés au village, les noçous, avant le repas, dansent une ou deux contredanses.
C’est seulement vers trois heures de l’après-midi, qu’on se met à table. Ce festin dureplusieurs heures. Souvent le marié se lève pour aller aider les servants.
Au dessert, la mariée fait le tour de la table en offrant une prise de tabac à chacun.
C’est alors que commencent les chansons, dites chansons de mariage et chansons de table :
- Amusons-nous, fillett’s, profitons des beaux jours,
- Le temps de nos amours ne dur’ra pas toujours.
- Moi qui suis la cadett’, je veux m’y marier,
- Il n’y a que ma mèr’ qui veut m’y empêcher.
- —Vous voulez l’empêcher, mèr’, de s’y marier,
- Vous voulez l’empêcher, ell’ vous en saura gré.
- — Mari’-toi donc, ma fill’, moi je ne t’empêch’ pas,
- Si tu es mal à l’aise, à moi ne t’y plains pas.
- — Me voici mariée, grand Dieu, quel changement.
- Avec mes camarad’s, j’n’irai plus à présent.
- J’ai mon ouvrage à fair’, mes enfants à soigner.
- Mon époux est à boire, à fair’ le débauché.
- Le soir quand il rentr’ bien tard à la maison,
- Tout, comme à l’ordinair’ faut lui donner raison.
- Le soir quand il se couche, it s’y couche en jurant,
- Le matin quand y s’lève, il se lève en grognant.
- L’enfant qu’est au berceau, se réveille en pleurant.
- Bercez, bercez, Madam’, voilà votr’ amus’ment.
- La mèr’ tout en colèr’, s’en va prendr’ son enfant,
- L’arrose de ses larm’s, regrettant son jeune temps.
- — Comm’ j’étais chez mon pèr’, fillette à marier,
- Je dormais bien tranquill’, personn’ n’m’en empêchait.
- Comm’ j’étais chez mon pèr’, fillette à marier,
- Comme j’étais chez ma mèr’, j’allais m’y promener.
- Avec mes camarad’s j’allais m’y promener,
- Personn’ ne m’empêchait, personn’ ne m’empêchait.
- — Tu n’es plus chez ton pèr’, tu n’es plus chez ta mère,
- Entendre les discours et les plaisirs d’amour.
- Comm’ t’étais chez ton pèr’, comm’ t’étais chez ta mère,
- Fillette à marier, fallait donc y rester.
- Parlons du jeu, parlons du mariage,
- Parlons d’amour, mais point d’s’y marier.
- Et point d’s’y marier, ni s’y mettre en ménage,
- Car arriv’ trop souvent du mécontentement.
-
- Parlons du jeu, etc.
- Si par malheur, je prends une femm’ qui soit belle,
- Je vois bien du danger pour m’y rendre jaloux.
-
- Parlons du jeu, etc.
- Elle aura des amants qui s’en viendront la voir,
- Du matin jusqu’au soir, du matin jusqu’au soir.
-
- Parlons du jeu, etc.
- Si par malheur je prends, une femm’ qui soit laide,
- Toujours devant les yeux j’aurai cette laideur.
-
- Parlons du jeu, etc.
- Si par malheur je prends une femm’ qui soit riche,
- Bien du danger pour moi si j’y vas-t-à l’auberge.
-
- Parlons du jeu, etc.
- Ell’ m’appell’ra : « Ivrogn’, tu manges tout mon bien,
- Mes enfants n’auront rien, mes enfants n’auront rien. »
-
- Parlons du jeu, etc.
- Si par malheur je prends une femm’ qui soit pauvre,
- Il me faudra alors tout’ ma vie travailler.
-
- Parlons du jeu, etc.Elle aura des enfants qui me diront : « Papa,
Donne-nous donc du pain que l’on n’meur’ pas de faim. »
Parlons du jeu, parlons du mariage, Parlons d’amour, mais point d’s’y marier.
(Guichen.)
- Comm’ j’étais chez mon père,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Garçon à marier,
- Bell’, mettez là le pied !
- Je n’avais rien à faire,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Qu’une femme à chercher,
- Bell’, mettez là le pied !
- Et maint’nant que j’en ai une,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Ell’ m’y fait enrager,
- Bell’, mettez là le pied !
- Ell’ m’envoi’-t-à la chasse,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Sans boire et sans manger,
- Bell’, mettez là le pied !
- Et quand j’arriv’, le soir,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Elle a toujours’ soupé,
- Bell’, mettez là le pied !
- Je lui demand’ : « Ma femme,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- De quoi as-tu soupé ?
- Bell’, mettez là le pied !
- — D’une bonne poulette,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Et d’un pigeon ramier,
- Bell’, mettez là le pied !
- Les os sont sous la table,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Jean, veux-tu les roucher ?
- Bell’, mettez là le pied !
- Le pauvre Jean s’y couche,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Et se mit à pleurer,
- Bell’, mettez là le pied !
- — Tandis qu’je serai jeune,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Je m’y divertirai,
- Bell’, mettez là le pied !
- Et quand je serai vieille,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Je me retirerai,
- Bell’, mettez là le pied !
- Dans un vieux presbytère,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Avec un bon curé,
- Bell’, mettez là le pied !
- Qu’a du vin dans sa cave,
- Demeurez là, mettez le pied là,
- Du lard, dans son charnier.
- Bell’, mettez là le pied !
Comme on le voit, toutes les chansons de noces, sont contraires au mariage et peu faites pour encourager les jeunes gens à entrer dans les saints liens.
Voici maintenant quelques chansons de table que l’on entend aux noces et dans les réunions de famille.
- Je voudrais bien passer le bois (bis),
- Mais je suis trop petit’, voyez-vous,
- Mais je suis trop petite.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Nous l’passerions bien tous les deux (bis),
- Nous l’passerions sans rir’ voyez-vous,
- Nous l’passerions sans rire.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Quand nous fûm’s au milieu du bois (bis),
- Il me prit une envie, voyez-vous,
- Il me prit une envie.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- C’était de prendre un doux baiser (bis),
- À la mode jolie, voyez-vous,
- À la mode jolie.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- — Prenez-en un, prenez-en deux (bis),
- Mais n’allez pas le dir’, voyez-vous,
- Mais n’allez pas le dire.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Car si mon père le savait (bis),
- Il me battrait sans rir’, voyez-vous,
- Il me battrait sans rire.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Mais si ma mère l’apprenait (bis),
- Ell’ ne ferait qu’en rir’, voyez-vous.
- Ell’ ne ferait qu’en rire.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Ça lui rappell’rait l’temps passé (bis),
- Du temps qu’elle était fill’, voyez-vous,
- Du temps qu’elle était fille.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
- Quand les amants venaient lui dire (bis)
- Qu’elle était bien gentill’, voyez-vous,
- Qu’elle était bien gentille.
- J’aim’ lonla, lanla, derita,
- J’aime le mot à rire.
(Redon.)
- Mon pèr’ m’a donné un mari,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- La premier’ nuit j’couchis d’oli,
- Ma qui voulais rire !
- La premier’ nuit j’couchis d’oli,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Le grand nigaud y s’endormit.
- Ma qui voulais rire !
- Le grand nigaud y s’endormit,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- J’pris une épingle et je l’piquis,
- Ma qui voulais rire !
- J’pris une épingle et je l’piquis,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Le grand béta y s’en sauvit,
- Ma qui voulais rire !
- Le grand béta y s’en sauvit,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- J’pris mes jupons et je l’coursis
- Ma qui voulais rire.
- J’pris mes jupons et je l’coursis,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Et devinez où j’le trouvis ?
- Ma qui voulais rire !
- Et devinez où j’le trouvis ?
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Derrièr’ la grang’, dans les orties,
- Ma qui voulais rire !
- Derrièr’ la grang’, dans les orties,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- J’l’y pris la main et je l’ramenis,
- Ma qui voulais rire !
- J’l’y pris la main et je l’ramenis,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Le grand nigaud y se r’couchit,
- Ma qui voulais rire !
- Le grand nigaud y se r’couchit,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- Aussitôt j’me mis près de li
- Ma qui voulais rire !
- Aussitôt j’me mis près de li,
- Jamais vous n’avez tant ri !
- J’vous dirai point ce qu’il me fit,
- Mais qu’il me fit rire !
- J’vous dirai point ce qu’il me fit,
- Mais qu’il me fit rire !
- Non, jamais vous n’avez tant ri !
- Comme il me fit rire !
(Hédé.)
- Mon pèr’ me donnit un mari ;
- Petit amant, je le nommis.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Dedans mon lit je l’déposis,
- Et dans la paille il se perdit.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Je pris ma fourch’, je l’fourgotis,
- Fourgotis tant que je l’trouis.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Sus mon foyer, je l’ déposis,
- Et dans la cendre il se perdit.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Je l’cherchis tant que je l’trouvis ;
- Mon pauvr’ mari était rôti.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Je pris un drap pour l’ensev’li ;
- L’drap était neuf, je l’décousis.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo !
- Dans le courtil je l’enterris ;
- De gros vers blancs l’ont fricotti.
- La gobi, berni, guernobi,
- Ama la don guerni, guerno,
- Guerno, pinozo.
(Saint-Malo.)
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et dans cette ent’, vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus bell’ branche,
- Comm’ jamais vous n’avez vu branche.
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur cett’ branch’ vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a un beau nid,
- Comm’ jamais vous n’avez vu nid.
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et dans ce nid vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus bel œuf,
- Comm’ jamais vous n’avez vu œuf.
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur cet œuf, vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus bel oiseau,
- Comm’ jamais vous n’avez vu oiseau.
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur cet oiseau, vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus bell’ plume,
- Comm’ jamais vous n’avez vu plume.
- La plume est sur l’oiseau,
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur cett’ plum’ vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus bell’ nonne,
- Comm’ jamais vous n’avez vu nonne.
- La nonne est sur la plume,
- La plume est sur l’oiseau,
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur cett’ nonne vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus beau clocher,
- Comm’ jamais vous n’avez vu clocher.
- Le clocher est sur la nonne,
- La nonne est sur la plume,
- La plume est sur l’oiseau,
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur ce clocher vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- — Il y a plus beau coq,
- Comm’ jamais vous n’avez vu coq.
- Le coq est sur le clocher,
- Le clocher est sur la nonne,
- La nonne est sur la plume,
- La plume est sur l’oiseau,
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
- — Et sur ce coq vous ne savez ce qu’il y a (bis) ?
- Il y a plus beaux rubans,
- Comm’ jamais vous n’avez vu rubans.
- Les rubans sont sur le coq,
- Le coq est sur le clocher,
- Le clocher est sur la nonne,
- La nonne est sur la plume,
- La plume est sur l’oiseau,
- L’oiseau est sur l’œuf,
- L’œuf est dans le nid,
- Le nid est sur la branche,
- La branche est dans l’ente,
- L’ente est dans la haie, dans la haie, dans la haie.
- L’ente est dans la haie du jardin.
À défaut d’instrument, on chante ce qui suit pour danser le quadrille. On appelle cela un quatre :
- Lon lan la, feuille de vigne,
- Lon lan la, tu m’as trompé,
- Tu m’as trompé, tu n’me tromperas plus,
- Car de ton vin, je n’veux plus boire.
- Lon lan la, feuille de vigne,
- Lon lan la, tu m’as trompé.
- Tu m’as trompé, tu n’me tromperas plus,
- Car de ton vin, je n’boirai plus.
Et on recommence : Lon lan la, etc.
Autres chansons à danser :
- — Bonjour, tantine Perrine,
- Comment vous portez-vous ?
- Vous m’avez l’air chagrine,
- Dit’s-moi donc, qu’avez-vous ?
- — Mon bon ami est parti ce matin.
- C’est celui-là qui me fait de la peine.
- Mon bon ami est parti ce matin,
- C’est celui-là qui me fait du chagrin.
- — Bonjour, tantine Perrine,
- Comment s’porte votr’ pourciau ?
- — Il n’est ni gras ni maigre,
- Les os li percent la piau.
- — Perrine, ah ! venez çà,
- J’ai d’la galett’ dans mon bissa.
- Quand Perrine elle fut venue,
- De la galett’ je n’avais plus.
- Perrine ell’ monte à haut,
- Comm’ j’amusais le bégaud,
- Perrine ell’ prend du blé,
- Comm’ j’amusais le meunier.
- — Perrine, ah ! venez çà, etc.
Le soir, après les danses, les tailleuses procèdent au déshabillé de la mariée. L’une d’elles chante :
- — Monsieur le marié,
- On voudrait vous parler ;
- C’est votre mariée,
- Qui est bien désolée.
- Venez la consoler ;
- Apportez-lui à boire,
- Du vin de la bouteille,
- Et venez l’embrasser.
- — Madam’ la mariée,
- Faut vous déshabiller ;
- Faut détacher vos hardes,
- Vos anneaux et vos bagues,
- Pour aller vous coucher.
- — Je n’détach’ point mes hardes,
- Mes anneaux et mes bagues,
- Je veux encor danser.
- — Madam’ la mariée,
- Faut vous déshabiller,
- Détachez vos épilles[7],
- Pour donner à ces filles,
- Qui vous ont assistée.
La mariée se déshabille en pleurant, et donne une épingle, une seule, à chacune des filles présentes. Celles-ci les conservent précieusement et lorsqu’elles en ont neuf, elles sont certaines de trouver un mari à leur tour.
La tailleuse qui a la spécialité des chants continue :
- — Madam’ la mariée,
- Voulez-vous vous en v’nir
- Au logis d’chez votr’ père,
- D’où vous avez quitté ?
- Vous serez ramenée
- De grande compagnie,
- Comme à venir ici.
- — Oh ! non, oh ! non, les filles,
- Je ne m’en irai point ;
- Ménage il me faut prendre,
- Aujourd’hui, sans attendre,
- On me l’a commandé.
- Oh ! non, oh ! non, les filles,
- Je ne m’en irai point.
- S’il faisait clair de lune,
- J’écrirais o ma plume,
- En vous disant adieu.
Le lendemain matin, on porte, dans le pot de chambre neuf qui a été acheté par l’un des invités, et conservé par lui jusqu’à ce moment, la rôtie de la mariée.
Ce sont des morceaux de pain grillé, enfilés les uns aux autres et trempant dans du vin chaud.
Après qu’on a longtemps frappé à la porte des nouveaux époux, le marié se décide à aller ouvrir et la noce fait irruption dans la chambre.
On porte dans le lit des mariés la rôtie qu’ils sont obligés de manger et de boire devant tout le monde, et sans couper le fil qui retient les morceaux de pain.
Cette coutume fort gênante pour la mariée à laquelle on fait toutes sortes de plaisanteries grossières sur sa nuit de noce, disparaît presque partout.
Les invités, parents et amis de la mariée chantent en s’en allant :
- — Quand il faut quitter tout ce qu’on aime,
- Le cœur ne peut jamais y consentir.
- Ah ! Ah ! Ah ? c’est aujourd’hui même.
- Qu’il nous faut partir.
Le marié en riant :
- — Partez quand vous voudrez ;
- Mais pour moi je demeure,
- Ah ! si jamais j’en pleure,
- Sera quand vous reviendrez.
La mariée, paraissant en colère au milieu des siens :
- — Sans dout’ je partirai,
- Sans verser une larme ;
- Croyez-vous que vos charmes
- M’engag’raient à rester ?
Le marié :
- — Partez quand vous voudrez.
Mais il court après elle et la ramène à la maison..
À Bruz, autrefois, lorsqu’une noce durait plusieurs jours, la mariée était emmenée chaque soir coucher chez des parents ou des voisins, et elle n’appartenait réellement à son mari que lorsque la fête était complètement terminée.
Jadis, dans la commune de la Bouëxière, quand une fille-mère venait à se marier, elle ne devait entrer dans l’église que par une petite porte. En outre, le mariage avait lieu à six heures du matin. On tintait seulement avec la plus petite cloche, et la messe était célébrée dans une chapelle des bas-côtés.
Au Pertre et dans beaucoup d’autres communes, si une pauvre fille, ayant eu des malheurs avant son mariage, s’avisait de mettre une couronne de fleurs d’oranger le jour de sa noce, les femmes du pays la lui arrachaient.
[modifier] 3° Coutumes et usages
Le vendredi-saint de chaque année, de nombreux pèlerins se rendent à la chapelle de Saint-Eustache, dans la commune de Saint-Étienne-en-Cogles. Ce pèlerinage est surtout le rendez-vous des femmes stériles qui désirent avoir des enfants.
On rencontre dans la commune de Mernel, au fond d’une vallée, près d’une fontaine, non loin du manoir du Bois-au-Voyer, une antique chapelle connue dans le pays sous le vocable de Notre-Dame-de-Joie.
Les jeunes femmes privées des douceurs de la maternité vont à cette chapelle prier Marie de leur faire la grâce de devenir mères. Les ex-voto déposés sur l’autel prouvent que les vœux pieusement exprimés ont été exaucés.
Voici la légende de Notre-Dame-de-Joie :
En 1644, vivaient au château de la Botheleraye, dans la paroisse de Pipriac, René de Tournemine et Renée Peschart, son épouse. Bien que favorisés par la fortune, ils souffraient de n’avoir pas d’enfants et n’espéraient plus voir leur rêve se réaliser, puisque leur union remontait déjà à plusieurs années.
Or, un jour que Mme de Tournemine se promenait sur ses terres, elle traversa lagrande lande d’Anast et passa près d’une vieille chapelle qui tombait en ruines. Elle y entra et pria dévotement. En levant les yeux sur les murs lézardés du pauvre édicule, elle vit le soleil qui passait à travers le toit et fit vœu, si elle avait un fils, de relever la chapelle.
Dix mois après, le 19 avril 1645, les cloches de Pipriac sonnaient à toute volée pour annoncer le baptême de Jean-Joseph de Tournemine.
Des ouvriers commencèrent immédiatement les travaux de la chapelle qui fut terminée et bénite au mois de septembre 1647.
On dit dans le canton de Bécherel, qu’une femme enceinte ne doit jamais, pendant tout le temps de sa grossesse, être la marraine d’un enfant, ou bien l’enfant qu’elle mettra au monde sera sourd-muet.
Il ne faut rien refuser à une femme enceinte qui a des envies, ou sans cela, l’enfant qu’elle porte dans son sein aurait sur le corps et peut-être même sur la figure des taches ayant rapport avec la chose désirée.
Il ne faut pas non plus lui faire voir des choses qui pourraient l’impressionner.
Ainsi dans un dîner offert par M. de Saint-Germain, ancien officier amputé d’un bras, et nommé receveur des finances à Redon, se trouvait une dame enceinte.
Elle fut tellement émotionnée en voyant la difficulté qu’éprouvait M. de Saint-Germain à manger avec une seule main, que plus tard elle accoucha d’un enfant qui n’avait qu’un bras.
Quand une femme est entre son quatrième et cinquième mois de grossesse, si elle désire savoir de quel sexe sera son enfant, elle a deux moyens à sa disposition.
1° Prier quelqu’un de l’observer sans qu’elle le sache, trois matins de suite, et de remarquer sur quel coude elle s’appuie de préférence en sortant du lit.
Si c’est sur le coude droit, ce sera une fille ; si c’est sur le coude gauche, ce sera un garçon.
2° Dans la journée, lorsqu’elle est assise sur un siège bas, lui faire légèrement peur afin de voir de quel côté elle se penchera.
Si c’est du côté droit, fille ; du côté gauche, garçon.
Si la lune ne change pas dans les trois jours qui suivent la naissance d’un enfant, celui qui naîtra après lui sera du même sexe.
Les mariés de l’année, à Sougéal, ont l’habitude d’offrir, le jour de la fête de Saint-Jean, des épingles dorées à leurs amis et connaissances.
Voici l’origine de cette coutume :
« Jadis, le dit jour Saint-Jean-Baptiste, ilétait dû au seigneur de Tréet par les nouveaux et nouvelles mariés qui épousent en l’église de Sougéal, un devoir de chanson que les dites mariées chantent ou font chanter à haute voix à l’issue de la grand’messe au dit bourg de Sougéal, et après la dite chanson chantée, elles sont tenues de présenter des épingles au seigneur et à ses officiers, et les sergents et les maris sont tenus d’y assister sous peine d’amende. »
(Archives départementales d’Ille-et-Vilaine.)
Dans certaines communes des arrondissements de Rennes et de Fougères, lorsqu’à la suite d’une querelle de ménage une femme battait son mari, les hommes du bourg et des villages voisins s’emparaient de toutes les chèvres du pays, leur pendaient des grelots et des clochettes au cou, leur peignaient les cornes en rouge et les attelaient toutes à une petite charrette à bras. Deux hommes, dont l’un était habillé en femme, montaient dansle véhicule, et l’attelage accompagné de conducteurs, — un par bête, — ayant tous une quenouille au côté, se rendait en chantant au son du violon, de la clarinette et de la feuille de brou[8] devant la maison de l’époux battu. Là, le couple monté dans la charrette se livrait à une scène de pugilat des plus comiques où se mêlaient souvent la quenouille et le balai.
Après cette comédie, il arrivait rarement que la femme contre laquelle cette manifestation était faite, eût envie de recommencer à battre son mari.
Autrefois à Romazy, au moment du carnaval, les jeunes gens promenaient Bidoche de maison en maison. On le faisait danser au son de toutes sortes d’instruments. Voici ce que c’était que Bidoche :
On prenait une échelle de la longueur du corps d’un cheval, on garnissait cette échellede cercles de barriques ; à un bout on figurait le cou et la tête d’un cheval, le tout était recouvert d’une housse richement décorée. Ensuite deux jeunes gens passaient la tête et les épaules dans le corps de Bidoche, ne laissant paraître que les jambes pour imiter les quatre pieds de la bête.
L’homme de devant tenait dans ses mains une ficelle fixée à la mâchoire inférieure du faux animal, lequel avait la bouche garnie de drap ou d’étoffe rouge recouvrant des pointes finement aiguisées. Malheur à celui qui mettait la main dans la bouche de Bidoche, car le premier porteur tirait sur la ficelle, et l’imprudent avait la main serrée de façon à le faire crier.
Il y a une quarantaine d’années, cette coutume existait encore ; mais un jour Bidoche fut conduit chez l’institutrice de Romazy, qui eut une peur effroyable, tomba malade et mourut quelques jours après.
Le maire interdit alors la promenade de l’animal fantastique.
Depuis bien des siècles, il existe dans la commune de Rimou la confrérie des Cornes, dont la fête est célébrée le jour de l’assemblée de l’endroit.
Pour être membre de ladite confrérie ou cornard (on prononce cônard), on paie deux sous seulement, moyennant lesquels chaque souscripteur a droit à sa quote-part des 52 messes qui sont dites chaque année à Rimou à l’intention desdits cônards, et en plus à une corne d’un petit pain à quatre cornes. Quand on est un membre sérieux, on ne laisse pas le bedeau vous détacher une corne du pain ; on paie 30 centimes de supplément pour l’avoir tout entier. Ce pain passe pour se conserver indéfiniment sans moisir ni se putréfier, mais non pas sans durcir.
Un jour un curé de Rimou voulut supprimer la confrérie, mais immédiatement les fabriciens démissionnèrent, et il ne put en trouver d’autres : il fallut bien mettre les pouces et céder ! Du reste les cornes étant offertes gracieusement par les fabriciens, c’est un assez joli bénéfice pour le clergé de la paroisse, car les habitants des communes voisines se font également inscrire comme cônards.
La confrérie comprend 12 à 1500 adeptes.
Il y a environ cent ans, on négligea une année de faire la distribution du pain, et il survint un orage épouvantable qui ravagea toutes les récoltes de la paroisse. Les Rimois supposèrent que c’était une punition du ciel en raison de la suppression des cornes, et ils s’empressèrent de rétablir la confrérie.
Aux Iffs, et même dans tout le canton de Bécherel, les hommes, le dimanche à la vesprée, se livrent à un jeu cruel.
Ils enterrent jusqu’au cou un canard (ou à défaut de canard un lapin), dont on ne voit plus que la tête.
L’un des joueurs placé à cinquante mètres de l’animal est armé d’une faulx et a un bandeau sur les yeux. Il doit ainsi essayer de couper la tête de la pauvre bête.
S’il ne réussit pas, un autre le remplace jusqu’à la mort complète de la victime qui devient alors la propriété de son meurtrier. Celui-ci la met en loterie ou l’emporte chez lui pour la manger en famille.
Chaque individu paie une petite cotisation pour prendre part à ce jeu qui est quelquefois remplacé par un lâcher de poules qu’il faut attraper à la course.
Je me rappelle qu’à la fin du règne de Louis-Philippe, les habitants de la petite ville de Bain organisaient tous les ans, pour le 15 août, un papegai.
C’était une sorte de pigeon de bois, confectionné avec de la racine d’ormeau. Cet oiseau, me suis-je laissé dire, était mis à bouillir dans de l’huile, afin que les balles ne le brisassent pas du premier coup.
Le jour de la fête, tous les tireurs qui s’étaient fait inscrire, et qui avaient souscrit au banquet du soir, se réunissaient sous la halle, au son du tambour. Les gardes nationaux avec leurs fusils à pierre et les chasseurs, les uns avec des canardières, les autres avec des fusils à un ou deux coups venaient s’aligner dans le rang et se dirigeaient ensuite, l’arme sur l’épaule, par le village de Gravot, au bas de la butte de Bertaud.
Le papegai était solidement cloué au haut d’un pieu, bardé de fer, lequel était fiché en terre à mi-côteau, à environ cinquante mètres des tireurs.
Puis le tir commençait.
Tous les habitants venaient assister à cette fête. Des tentes étaient dressées au milieu des bruyères, et l’on vidait force chopines de cidre et bouteilles de bière en mangeant des fruits et des gâteaux.
Chaque fois que le pigeon était atteint d’une balle, un roulement de tambour se faisait entendre en l’honneur de l’adroit tireur.
Enfin, quand le dernier débris de l’oiseau venait à tomber par terre, celui qui l’avait abattu était couronné et amené en triomphe à la place d’honneur du festin.
L’année suivante, c’était lui qui devait fournir le papegai.
Plus tard, quand la garde nationale fut désarmée, on essaya d’un autre jeu qui, fort heureusement, n’eut pas de succès.
C’était une malheureuse oie que l’on pendait par les pattes aux branches d’un pommier. Les joueurs armés d’un sabre, et la vue bandée, étaient placés à une certaine distance de la bête. On leur faisait faire plusieurs tours sur eux-mêmes et on leur disait d’aller. Ils cherchaient avec la lame aiguisée de leur sabre à trancher la tête de l’oie.
L’infortunée bête avait, la plupart du temps, le cou dépouillé avant d’être décapitée complètement. C’était écœurant ! Celui qui achevait de couper la tête de l’oie en était le propriétaire.
Deux fois par an, à Noël et au mardi-gras, chaque famille se réunit chez les grands-parents pour manger l’oie grasse.
À Vitré, le jour de la mi-carême, dans chaque famille, même les plus pauvres, le dîner se compose exclusivement de crêpes de farine de froment. Comme la famille est souvent nombreuse, on commence à faire ces crêpes plusieurs heures avant le repas et on les sert sur la table en piles énormes.
Quand on tue un cochon (sauf votre respect), c’est toute une fête à la campagne. Non seulement on envoie du boudin et de la saucisse aux voisins et aux amis, mais encore on offre à sa famille un dîner qu’on appelle la boudinaille, et qui est un véritable repas de Gargantua.
On n’y mange que du cochon, mais sous les formes les plus diverses : griaux, casse, pâté, boudins, saucisses, gras-double, etc., etc., le tout arrosé de nombreux pichés de cidre.
On s’entr’aide entre voisins à la campagne.
À l’époque de la coupe des foins ou de la récolte du blé, plusieurs cultivateurs s’unissent pour rentrer leur récolte. Un champ qui demanderait un nombre assez considérable de journées à un seul ouvrier est expédié dans un jour.
On travaille ainsi tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. Celui chez lequel on est, doitnourrir tout le monde. Cela s’appelle à Bain : La levée de la Faulx.
Cette coutume est charmante. Le travail se fait avec entrain et rapidement. Les repas ont lieu au milieu d’une franche gaieté.
Quand le paysan vanne son grain dans l’aire à la récolte, et qu’il est aveuglé par la poussière, il ne manque pas de dire : « Il faut avaler sept boisseaux de poussière avant de mourir. »
Les cuisinières, quand elles enlèvent la cendre du foyer, disent, elles aussi : « Il faut avaler deux boisseaux de cendre avant de passer l’arme à gauche. »
Quand un enfant se plaint de la cuisine de sa mère, celle-ci lui répond : « Quand tu seras à ton gueriau bouilli on verra si tu seras mieux. »
Cela veut dire : « Lorsque tu seras chez toi, à ton compte, à ton ménage, à manger, malheureux, du gruau bouilli, on verra bien si ta cuisine sera meilleure que la mienne. »
À Servon, lors de la récolte du chanvre et du lin, les gars et les filles du pays se réunissent pour aller dans les fermes s’offrir à porter le chanvre et le lin à rouir dans les rivières et dans les doués.
Après cela a lieu un repas suivi de danses et de chansons.
Dans le pays du Pertre, sur la limite de l’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne, au commencement de la récolte, les fermiers portent à leurs propriétaires une gerbe de blé ornée de fleurs et de rubans. On s’embrasse, on boit, on trinque à la santé les uns des autres, et plus tard, lorsque la récolte est complètement achevée, le maître réunit dans un dîner tous ceux qui cultivent ses terres.
Dans l’arrondissement de Vitré, on appelle Barbatte la fin de la récolte. Dans l’arrondissement de Fougères, on dit Parbatte.
Lorsqu’on a fini de battre le grain, on met de côté plusieurs gerbes sur lesquelles sont déposés des bouquets.
Les ouvriers vont chercher le fermier, sa femme et ses enfants qu’ils amènent dans l’aire, les femmes conduites par les journaliers, les hommes par les journalières. Le dialogue suivant a lieu :
— Que nous voulez-vous ? disent les fermiers.
— Que vous veniez lever une gerbe trop lourde pour nous.
— Allons-y.
Le fermier et la fermière s’emparent des fleurs en disant : « Voilà de beaux bouquets, il faut les empiéter, » c’est-à-dire se donner un baiser, ce qui est aussitôt fait. Du cidre est apporté, l’on trinque à la santé de tout le monde. Puis les dernières gerbes sont battues, l’on s’en va dîner tous ensemble, l’on boit ferme et l’on chante.
La gerbe se chante depuis un temps immémorial dans la commune de Saint-Brice-en-Cogles. C’est à la Parbatte, c’est-à-dire lorsque le battage des céréales est terminé, que toutes les personnes qui ont aidé à la récolte se réunissent dans l’aire pour la chanter. Les hommes ont des bouquets à leurs chapeaux et les femmes des fleurs à leurs corsages.
- Ah ! salut à la bourgeoise,
- Et le bourgeois en suivant.
- Battu nous avons la gerbe,
- Aujourd’hui, joyeusement. bis
- J’vous saluons, les enfants,
- Les domestiqu’s pareillement.
- Battu, etc.
- Voici la saison qu’arrive,
- Et le mois d’août en suivant.
- Battu, etc.
- Tous les garçons du village,
- S’en vont, la gerbe battant.
- Battu, etc.
- V’là les bouquets qu’on apporte,
- Chacun va, se fleurissant.
- Battu, etc.
- Par un matin, je m’y lève,
- Par un beau soleil levant.
- Battu, etc.
- En entrant dans mon jardin,
- Par une porte d’argent.
- Battu, etc.
- J’aperçois un romarin,
- Qui fleurissait, rouge et blanc.
- Battu, etc.
- J’en ai coupé une branche,
- Avec mes ciseaux d’argent,
- Battu, etc.
- Je l’envoie à ma maîtresse,
- Par l’alouette des champs.
- Battu, etc.
- Ell’ m’y renvoie une lettre,
- Par le rossignol chantant.
- Battu, etc.
- Il n’y a ni prêtr’, ni moine,
- À savoir ce qu’il ya d’dans.
- Battu, etc.
- Et ma qui ne sais pas lire,
- J’vas vous l’dire cependant.
- Battu, etc.
- Il y a dedans la lettre :
- « Mon ami, je vous aim’ tant ! »
- Battu, etc.
- Viendra le jour de la noce,
- Travaillons en attendant.
- Battu, etc.
- Devers la Toussaint prochaine,
- J’aurons tout contentement.
- Battu, etc.
- Nous irons à la grand’messe,
- Les rubans au parvolant[9].
- Battu, etc.
- Nous aurons battu l’avène,
- L’orge, le blé, le froment.
- Battu, etc.
- Nous sommes bien vingt ou trente,
- N’est-c’ pas un beau régiment ?
- Battu, nous avons la gerbe,
- Aujourd’hui, joyeusement. bis.
Quand on arrache le chanvre ou le lin, on le met par bottes et on le grouge, c’est-à-dire qu’on enlève la graine au moyen d’un instrument que les paysans appellent grougeur, mais ils prononcent grugeur.
Le chanvre et le lin sont mis à rouir dans des mares ou des doués, au milieu des champs sans arbres alentour.
On met de grosses pierres dessus pour qu’ils enfoncent dans l’eau. Ils y restent environ quinze jours ; après cela, ils sont étendus sur les prés.
Deux ou trois jours avant le broyage, on les fait passer au four une fois que le pain a été cuit.
Le chanvre et le lin sont d’abord pilés, écrasés avec des mailloches en bois, et ensuite broyés à l’aide de machines également en bois et à traverses creuses. Celle du dessus écrase la plante sans la couper.
Le déchet sert à faire des litières aux bestiaux.
Le broyage se fait généralement en hiver, dans les étables, qui deviennent alors un lieu de rendez-vous pour les gars et les filles. C’est ce qu’on appelle les veillois. On y dit des contes et on chante les vieilles chansons du temps passé.
Lorsque le chanvre et le lin sont réduits en filasse, les femmes les filent. Ce fil est plus tard porté au tisserand qui en fait une toile grossière, mais presque inusable.
Aujourd’hui que la toile est très bon marché, on préfère l’acheter, et la culture du chanvre et du lin a beaucoup diminué.
Par suite, les pauvres tisserands de campagne sont devenus rares. On ne les voit plus confinés dans leurs caves humides et travaillant des pieds et des mains sur leurs métiers où ils ressemblaient à de grandes araignées.
Dans certaines parties de l’arrondissement de Vitré, on ne portait pas le fil au tisserand chez lui. Il y avait des ouvriers qui allaient de ferme en ferme, avec leur métier, fabriquer la toile, et qui étaient la plupart du temps payés en nature.
Les domestiques des deux sexes de la commune du Pertre et des communes environnantes, lorsqu’ils se gagent chez un cultivateur, apportent chez ce dernier, leur armoire au linge.
C’est là l’orgueil des filles de la campagne. On dit qu’elles ne peuvent se marier que lorsqu’elles possèdent six douzaines de chemises et deux douzaines de draps.
Il leur faut, en effet, une certaine quantité de linge, attendu que dans les fermes on ne fait une lessive complète qu’après les grands travaux de la récolte. En temps ordinaire, les ménagères se contentent de passer le linge sale à l’eau froide.
Un domestique porte une chemise huit jours et change les draps de son lit tous les deux mois.
La lessive générale de la fin de l’été est une sorte de fête à la ferme. En raison de la quantité considérable de linge, il faut un grand nombre de femmes pour le laver ; aussi, plusieurs familles se réunissent-elles pour faire le travail en commun.
On mange chez celle pour laquelle on travaille, et quand le linge est sec et rentré, il y a un repas plus copieux que les autres, à la fin duquel on chante la chanson de « La Lessive. »
- — Voici la lessive faite,
- Où la laverons-nous ? bis.
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
- — Là-bas, dans ces vallées,
- Que l’amour est aimée ! bis.
- Le ruisseau coule partout,
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
- — La lessive est lavée,
- Que l’amour est aimée ! bis.
- Où la sècherons-nous ?
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
- — Là-bas, sur ces montagnes,
- Le soleil raye partout. bis.
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
- — La lessive est séchée,
- Que l’amour est aimée !
- Où la ramasserons-nous ?
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
- — Dans les buffets, dans les coffres,
- Dans les armoires estout, bis.
- C’est un plaisir, ma brunette,
- C’est un plaisir que l’amour !
(Chanté par Fine Daniel, de Bruz.)
Un jour, dans une ferme, je dis à une bonne femme :
— Vous avez là, sur le feu, une soupe qui sent très bon.
— Ah ! Monsieur, me répondit-elle, c’est cependant de la soupe des trois vertus.
— Comment ? de la soupe des trois vertus ?
— Mais oui, on l’appelle ainsi, parce qu’elle est si maigre et si claire, qu’elle trempe le pain, passe la soif et lave l’écuelle.
Autrefois, le jour de la Saint-Crespin, les ouvriers cordonniers organisaient une fête. Ils allaient d’abord à la messe, puis ensuite à un banquet par souscription.
Les ouvriers des autres corporations chantaient pour se moquer d’eux :
- C’est à la Saint-Crespin,
- Mon cousin,
- Que les cordonniers se frisent,
- Pour aller voir catin,
- Qu’a fait dans sa chemise.
Ce couplet a bien souvent provoqué des disputes et des rixes.
Les paysans, par les plus grandes chaleurs de l’été, font merienne (lisez méridienne), en plein soleil couchés sur le ventre.
« Ça fait fondre la moelle des os, disent-ils, et c’est nécessaire pour la santé du corps. »
Quant à l’automne, les pauvres enfants de l’Auvergne viennent dans notre pays pour ramoner nos cheminées, les gens de la campagne exigent d’eux qu’ils apparaissent sur le toit de la maison, au haut du tuyau de la cheminée, pour chanter un couplet de chanson.
Ils ont ainsi la certitude que le petit garçon a complètement fait sa besogne.
Ne comprenant pas bien son charabia, ils traduisent ainsi ses paroles :
- C’est Madam’ la cuisinière,
- Qu’a peté dans sa chaudière,
- Et qui a cassé ses plats.
- Lon lon la,
- Ramonez-la,
- La cheminée du haut en bas !
- J’ai de bonnes aiguilles,
- C’est pour les belles filles,
- Les laides n’en auront pas.
- Lon lon la,
- Ramonez-la,
- La cheminée du haut en bas !
- En passant par la cuisine,
- Quelquefois j’embrasse Perrine,
- Quelquefois je ne l’embrasse pas.
- Lon lon la,
- Ramonez-la,
- La cheminée du haut en bas !
- Tout le long du bois,
- J’embrassis Jeannette,
- Tout le long du bois,
- J’l’embrassis trois fois.
- Lon lon la,
- Ramonez-la,
- La cheminée du haut en bas !
Le bedeau de diverses petites communes du département a ordinairement pour tout traitement ce que les habitants lui donnent pour le carillon des baptêmes. Aussi se rend-il après les fêtes de la Toussaint ou en janvier dans chaque maison faire une quête.
Le bedeau de Bruz, lui, s’en va avec un sac sur le dos et on lui remet du froment, du blé noir, de l’orge, etc.
Dans une autre commune, le deuxième vicaire n’étant pas payé par l’État, ce sont les trésoriers de la fabrique qui vont, deux ensemble, à l’époque de Noël, faire une quête à domicile chez tous les habitants.
Presque tout le monde donne, et même offre à boire aux quêteurs qui, le soir, rentrent souvent chez eux dans un état complet d’ébriété.
Si nous quittons un instant les villages et les bourgades, nous verrons que la manière de vivre des citadins a bien changé depuis un demi-siècle.
Nos aïeux avaient, en effet, une existence toute différente de la nôtre.
Ils n’allaient point à Paramé ou à Dinard. Ils ne connaissaient pas le jeu des petits chevaux et ignoraient ce que c’était qu’un casino.
Tout bon petit bourgeois de la cité rennaise avait dans la campagne une ferme plus ou moins importante en raison du plus ou moins de fortune de son propriétaire, et, attenant à cette ferme, un petit manoir avec jardin, orangerie, vivier, etc.
J’aime à errer dans les chemins creux pour découvrir encore, cachés par des haies de buis, et des ifs bizarrement taillés, ces vieux nids d’autrefois que l’on appelait alors des retenues.
Comme la famille y passait toute la belle saison, c’est-à-dire depuis Pâques jusqu’à la Toussaint, et quelquefois même jusqu’à Noël, cette résidence d’été avait tout le confortable désirable. Elle était protégée par des douves larges et profondes, remplies d’eau, dont la terre avait servi à exhausser le jardin qui était lui-même entouré d’une énorme haie de buis ou d’épines ne permettant pas au passant d’en apercevoir l’intérieur.
Ce jardin, toujours très vaste, était l’objet de soins incessants. 11 ne ressemblait en rien, lui non plus, aux jardins de notre époque. Les pelouses y étaient inconnues, mais en revanche les carrés, les losanges, les ovales s’étendaient à perte de vue, et chacun de ces dessins, aux formes variées, était entouré d’une bordure de petits buis qu’on taillait fréquemment.
Un cadran solaire avait sa place marquée au milieu de la grande allée centrale.
En plein midi, était une orangerie dans laquelle, à l’automne, on rentrait les orangers en caisses et diverses plantes craignant le froid.
En face, un pavillon servait d’abri les jours de pluie ou de vent.
Tout au bout du jardin, de grands arbres, chênes, ormeaux et tilleuls projetaient leur ombre sur une charmille dans laquelle le soleil ne pénétrait qu’en hiver et où l’on allait chercher la fraîcheur en été.
La journée presque tout entière se passait au jardin.
Les jeunes filles s’occupaient de travaux de couture ou de broderie ; les mères de famille tricotaient des bas ou des gilets de laine. Beaucoup d’entre elles filaient au rouet.
Le dimanche, après vêpres, on lisait le Musée des Familles, — le seul journal illustré de l’époque, — ou bien les lettres de Mme de Sévigné. Le surmenage intellectuel était inconnu et l’on ne craignait pas les méningites.
Le père, lui, avait sa bibliothèque dans un petit cabinet de travail, dont seul il avait la clef. La composition de cette bibliothèque dépendait de l’esprit du maître de la maison.
Les uns, — ceux que nous appelons aujourd’hui les gens bien pensants, — n’avaient que les œuvres de M. de Buffon ; les Étudesde la Nature, par Bernardin de Saint-Pierre ; les Œuvres de Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier. Et encore souvent, Télémaque était banni comme mauvais livre. On blâmait Fénelon de l’avoir écrit : le fils d’Ulysse aimait trop à flirter avec Calypso.
Chez d’autres, au contraire, — mais ceux-là c’étaient les révoltés, les parpaillots, — on apercevait l’Encyclopédie de Diderot, les ouvrages de M. de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau. Les femmes se signaient en passant devant la bibliothèque et craignaient de voir le feu du ciel tomber sur la maison.
Il y avait un livre qui, lui, traînait partout : on le rencontrait tout aussi bien à la cuisine qu’au salon, dans les chambres comme dans le jardin. C’était la Maison rustique, qui contenait des recettes pour la cuisine et pour la façon de faire la pâtisserie et les confitures, des remèdes pour toutes les maladies, et enfin des articles de pêche, de chasse, de jardinage, de botanique, en un mot tout ce qui peut intéresser la campagne.
Ces gros volumes, — rares aujourd’hui, — qui servaient aussi à exhausser les petits enfants lorsqu’on les mettait à table, étaient consultés toute la journée par tous les membres de la famille.
Il y avait, dans chacun de ces petits manoirs, une pharmacie qui permettait non seulement de se soigner, mais encore de secourir les indigents du voisinage qui tombaient malades. Les dames n’hésitaient jamais à les visiter, à les soigner et à leur porter ce qui manquait chez eux.
À l’automne, la cueillette des fruits était l’une des grandes préoccupations du ménage.
Chaque propriétaire ne plantait dans son jardin que des arbres irréprochables, et leurs fruits, d’une saveur exquise, étaient tous cueillis à la main et transportés délicatement dans le fruitier.
La confection des confitures était chose grave. C’était pour l’hiver le principal dessert et on le voulait succulent.
Lorsqu’on recevait des amis, la table était abondamment servie, les tanches du vivier, les canards et les poulets de la basse-cour étaient sacrifiés ; mais après cela la nourriturehabituelle des hôtes du manoir était des plus simples et des plus frugales.
Lorsqu’une jeune fille était demandée en mariage, la noce n’avait lieu que six mois après les fiançailles.
Il fallait au moins cela pour permettre aux menuisiers, — qui venaient s’installer au domicile des parents, — de fabriquer sur mesure les meubles des jeunes époux.
On descendait des greniers des planches de chêne qui étaient à sécher depuis quinze ou vingt ans. Ce bois, d’une épaisseur extrême, était, en raison de sa vieillesse, dur comme de l’ébène. Des artistes le fouillaient, le travaillaient et fabriquaient ces splendides armoires, ces grands buffets et ces superbes bahuts qui font aujourd’hui l’admiration des amateurs.
Le plus grand luxe du ménage était le linge. Il fallait que les armoires en fussent remplies. Aussi tous les tisserands du voisinage travaillaient nuit et jour, tandis que les couturières taillaient et cousaient les chemises, les draps et les serviettes.
La fiancée, pour faire patienter son futur, ne jouait pas du piano et ne lui récitait pas demonologues ; mais elle chantait Fleur du Tage en s’accompagnant de l’épinette.
[modifier] 4° Croyances et superstitions
Le dimanche de la Chandeleur, dans toutes les églises, le prêtre bénit les cierges.
Les familles chrétiennes ne manquent jamais d’en faire bénir un qu’elles emportent dans leur demeure.
Ce cierge est allumé lorsqu’un malade est mis en extrême-onction.
Dans les campagnes, on allume aussi le cierge de la Chandeleur lorsqu’éclate un orage. Il doit éloigner la foudre de la maison dans laquelle il brûle.
Aux environs de Châteaubriant, une nuit qu’un orage vint à éclater, une fermière dit à son mari : « Lève-toi et allume le cierge de la Chandeleur. » À peine le paysan fut-il hors du lit que la foudre tomba sur la maison, traversa le lit et tua la femme sans qu’elle eût le temps de proférer un cri.
Le mari alluma son cierge et se recoucha sans soupçonner ce qui était arrivé. Ce ne fut que quelques instants après qu’il s’aperçut que sa femme était morte.
Le cierge de la Chandeleur avait sauvé l’homme.
Les feux de joie qu’on allume encore quelquefois la veille de la Saint-Jean, donnaient lieu, jadis à Dol, à une fête spéciale : à la fin des vêpres célébrées à la cathédrale, le chapitre se rendait processionnellement au bûcher et le grand chantre portant le bâton doré, insigne de sa charge, revêtu d’un surplis et d’une étole, allumait très solennellement le feu aux applaudissements de la foule.
Autrefois, sur les bords de la côte, aux environs de Cancale, on mettait un tison du dernier feu de la Saint-Jean, à tremper dans le bénitier accroché au fond du lit.
Ce tison était destiné à protéger de la foudre.
Tout le long de la côte bretonne, on aperçoit de petites chapelles, situées au sommetdes falaises, et qui sont dédiées à Notre-Dame de la Garde. Elles sont remplies d’ex-voto naïfs.
L’on voit, après une tempête ou au retour d’un long voyage, des marins au teint hâlé, la tête découverte et les pieds nus, gravir les sentiers conduisant aux chapelles. Ils vont remercier la Vierge qui les a sauvés du naufrage.
Il existe dans le cimetière de Rennes une humble croix de bois, peinte en rouge, recouverte de nombreux petits sachets de toile. Ces sacs renferment de la terre prise sur la tombe d’une religieuse, Mlle de Coëtlogon, enterrée sous cette croix, et qui guérit toutes sortes de maux, et principalement la fièvre.
Le malade, après avoir rempli le sachet, le porte sur sa poitrine pendant neuf jours et le rapporte sur la tombe de la défunte.
Un fait analogue se passe à Boistrudan, sur la tombe de M. Leroux, ancien curé de cette paroisse, tué dans le cimetière en 1792.
À Vitré, les malades atteints de la fièvrevont prier sur la tombe de M. de la Gueretterie, ancien curé de Saint-Martin. Ils allument de petites lampes qu’ils entretiennent pendant neuf jours et neuf nuits.
Au milieu des ténèbres, on aperçoit, dans le cimetière, jusqu’à sept et huit lumières sur le tombeau du prêtre.
Autrefois dans les paroisses du canton de Saint-Malo, le dimanche des Rameaux, les paysans en sortant de la messe allaient planter au milieu de leurs champs, la branche de laurier bénit, après en avoir détaché quelques feuilles, destinées à leur bénitier. Cet usage est tombé en désuétude.
Jadis, on ne menait aux champs, pour la première fois, les petits agneaux nés au printemps, que le vendredi saint.
On croyait autrefois dans la commune d’Argentré, et beaucoup de paysans le croient encore, que les animaux de ferme s’agenouillent la nuit de Noël, dans les étables à l’heure de minuit.
Quand on charrue le vendredi saint, on fait saigner la terre toute l’année.
(Vitré.)
Dans presque tout le département, on plante les pépins de citrouilles le vendredi saint. Ainsi semées sans bruit, c’est-à-dire en l’absence des cloches de l’église, elles doivent devenir très grosses.
À Bruz, on ne les sème que le samedi saint au moment de la messe, où les cloches reviennent, au Gloria.
Beaucoup de paysans sont encore persuadés qu’en pendant à une poutre de la pièce qu’ilshabitent une sardine grillée le vendredi saint, ils ne seront pas incommodés l’été par les mouches.
Ils croient également qu’en répandant du bouillon de soupe, toujours le vendredi saint, dans les mares qui avoisinent leurs demeures, ils n’entendront pas coasser les grenouilles dans la belle saison.
Les charbons provenant de la bûche de Noël une fois éteints et mis sous un lit préservent du tonnerre.
Il ne faut pas battre (cueillir) ses noix le vendredi qui précède l’Assomption, car en le faisant ce jour-là, les noyers ne donneraient pas de fruits pendant plusieurs années.
(Le Pertre.)
On ne boulange pas le vendredi bénit (vendredi saint), parce que toute l’année le pain moisirait.
On ne doit pas semer le lin pendant la semaine sainte, ou bien la graine sera mangée par les puces.
Il ne faut pas faire non plus la lessive pendant cette semaine, ou bien dans l’année il mourrait quelqu’un de la famille.
Et pourtant c’est pendant la semaine sainte qu’on nettoie toutes les maisons, on les blanchit à la chaux intérieurement, extérieurement et on lave les carreaux des fenêtres.
Le samedi saint le prêtre bénit dans les églises l’eau qui doit être versée toute l’année dans les bénitiers.
Cette eau est ordinairement dans un grand bassin de cuivre placé au milieu de l’église.
À Bain, les bonnes femmes de la campagne attendent avec impatience que la cérémonie soit terminée pour aller remplir les petites bouteilles de verre qu’elles ont dans leurs pochettes.
Quand tout est fini, elles se précipitent, se poussent, se bousculent, se battent même pour arriver les premières, persuadées que celles-ci prenant la crème, seront plus favorisées que les autres, c’est-à-dire que leurs vaches auront un lait qui ne tarira pas et sera plus abondant que celui des vaches des autres femmes qui seront arrivées les dernières.
En rentrant chez elles, elles aspergent leurs troupeaux d’eau bénite.
On ne doit pas entamer le pain sans faire préalablement, sur le dessus, le simulacre d’une croix avec le couteau.
De même lorsque les ménagères cuisent de la galette, elles font, avec la tournette, le simulacre d’une croix sur la première galette.
Dans plusieurs églises du diocèse, notamment à Saint-Sauveur de Rennes et à Saint-Sulpice-de-Fougères, ainsi que le constatent les comptes des trésoriers de cette époque, le jour de la Pentecôte, aux xve et au xvie siècles, on faisait descendre de la voûte du sanctuaire un pigeon sur l’autel, pendant l’office, pour rappeler la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.
Sainte Anne, comme on le sait, apprit à lire à la sainte Vierge.
À Vitré, on conduit les petits enfants des écoles en pèlerinage à la chapelle de sainte Anne, en Sainte-Croix, pour les bien disposer à l’étude.
Cette chapelle est ordinairement fermée et parents et enfants prient sur les marches de la porte.
Ils déposent avant de s’en aller, une offrande dans une espèce de conduit extérieur qui communique à un tronc placé dans la chapelle.
Dans les campagnes de l’arrondissement de Redon, on croit que le prêtre appelé trop tardpour administrer le saint Viatique à un malade qui vient de mourir est, en s’en retournant, accablé par le poids de l’hostie qu’il lui faut reporter à l’église.
Cette hostie, si légère en venant, a atteint un poids excessif par le fait de n’avoir pu être administrée au moribond.
À Bruz, pour ne pas avoir à rapporter l’hostie du fond de la campagne, le clergé recommande à l’avance à quelqu’un de la ferme où se trouve le malade de rester à jeun, pour pouvoir être confessé et communié à la place du défunt.
Lorsqu’on a perdu un objet quelconque il faut, pour le retrouver, invoquer saint Antoine de Padoue, dire un Pater et un Ave, puis ajouter :
- Saint Antoine de Padoue,
- Débouchez tous les petits trous
- Pour que je retrouve ce que j’ai perdu.
- (Désigner l’objet.)
Ou bien encore :
- Saint Antoine de Padoue, ami de Jésus.
- Faites-moi retrouver l’objet que j’ai perdu.
Dans les chapelles où se trouve sa statue on dépose sur l’autel des pieds de cochons. Le propriétaire ou le fermier de la chapelle font leur ronde chaque jour et s’emparent des offrandes.
Depuis peu, sur la demande des habitants de la paroisse de Bruz, on a élevé dans l’église une statue de saint Antoine près de la porte de la sacristie.
Quand on vient à se brûler, il faut immédiatement invoquer saint Laurent, en lui disant : Saint Laurent, je me brûle.
La brûlure doit se guérir sans trop de souffrance.
Une bonne femme, appelée la mère Cohan, qui demeurait au Gué-du-Fond, dans la commune de Chavagne, guérissait les brûlures et d’autres maladies en disant des prières à rebours et en faisant le signe de la croix de la même façon.
Le curé de Bruz défendait à ses paroissiens daller consulter cette sorcière et refusait, à confesse, l’absolution aux personnes qui y allaient malgré sa défense.
À propos de prières à rebours, on raconte qu’un samedi un homme qui revenait tard de sa journée vit dans un pâtis, à la Croix-Madame, en Bruz, des sorciers qui dansaient.
Il fit le signe de croix à rebours et, au même instant, tous les danseurs restèrent dans la position où ils se trouvaient sans pouvoir bouger.
Le journalier continua son chemin, et en arrivant chez lui dit à sa femme : « Faudra me réveiller demain matin de bonne heure. »
La femme oublia la recommandation, et quand son homme se réveilla, il faisait grand jour.
Il se rendit aussitôt à la Croix-Madame où, les sorciers étaient toujours dans la même position que la veille. Il reconnut des gars de Chavagne, des filles de Bruz et d’autres jeunesses de toutes les communes environnantes.
Il fit le signe de la croix comme il doit se faire, et tout le monde se sauva.
On fait quelquefois dire une messe pour la guérison d’un épileptique, mais il faut que l’argent qui paie cette messe soit de l’argent mendié. Aussi voit-on des personnes, dans une grande aisance, mendier ou faire mendier dans cette intention.
D’autres personnes vont pieds nus tendre la main, afin de réaliser une certaine somme pour effectuer pédestrement un pèlerinage promis à Sainte-Anne-d’Auray, et même jusqu’à Lourdes.
Certains maires délivrent des certificats attestant la promesse du pèlerinage, afin qu’on n’arrête pas leurs administrés comme mendiants de profession.
Près de la petite ville de Bain, depuis que l’édifice religieux qui se trouvait à l’endroit où est aujourd’hui le village de la Chapelle a étédétruit, et que la statue de sainte Émerance a été exposée sur le bord de la route de Châteaubriant, il n’est plus possible au fermier de faire de levain pour la fabrication de son pain. Il est obligé de l’aller chercher ailleurs.
Autrefois, les fontaines dans nos campagnes bretonnes étaient dédiées à des saints et leur eau guérissait toutes sortes de maladies.
Nos pères avaient une très grande vénération pour les sources miraculeuses et croyaient fermement à leur efficacité.
Il n’y a pas très longtemps encore que le clergé, pendant les grandes sécheresses de l’été, se rendait processionnellement à ces fontaines dans le but d’obtenir une pluie bienfaisante pour les biens de la terre.
Le clergé de Mauron allait à la fontaine de Baranton, sur la lisière de la forêt de Paimpont.
Celui de Saint-Brieuc-des-Iffs, dans le canton de Bécherel, se rendait à la fontaine deSaint-Fiacre, dans la commune des Iffs, et trempait le pied de la croix jusqu’au tiers dans l’eau de la fontaine. La pluie ne tardait pas à tomber.
Cette fontaine de Saint-Fiacre est encore en renom. Son eau, ainsi que nous l’avons dit au commencement de notre ouvrage, guérit les coliques des petits enfants, aussi y vient-on de très loin en pèlerinage.
Voici comment on raconte dans le pays l’origine de cette source :
Au temps jadis un cultivateur, propriétaire d’un doué, dans une prairie appelée le Pré du Gué, y avait mis du lin à rouir, mais n’avait pas pris la précaution de mettre des pierres dessus pour le faire tremper dans l’eau, de sorte que le lin nageait à la surface de la mare.
Saint Fiacre qui passait par là, eut pitié du pauvre homme qui laissait ainsi sa récolte perdre sous les chauds rayons du soleil, et ne trouvant pas de grosses pierres à la portée de sa main, il s’assit sur le lin pour le faire rouir.
Le cultivateur vint à son tour se promener dans le Pré du Gué et vit le saint qui, pourlui rendre service, avait depuis plusieurs jours la moitié du corps dans l’eau et tremblait la fièvre. Il le chargea sur son dos, afin de le reporter à son ermitage.
En passant à l’endroit où est aujourd’hui la fontaine miraculeuse, le bonhomme qui portait saint Fiacre ayant soif, s’écria ! « O ciel ! comme je boirais bien un coup ! » Le saint lui fit signe de s’arrêter et de le mettre à terre. Puis, de sa bêche qu’il portait avec lui pour arracher les racines des plantes qui lui servaient de nourriture, il frappa le sol et aussitôt une source jaillit à la grande joie du paysan qui put ainsi se désaltérer.
Plus tard, la source continuant de jaillir, on creusa une fontaine qui prit le nom du saint. Presque tous les champs qui l’entourent s’appellent encore aujourd’hui les champs de St-Fiacre.
Une antique statue de ce saint, tenant une bêche à la main, est dans l’église des Iffs. Autrefois, le jour de la fête de saint Fiacre, comme beaucoup de pèlerins se rendaient à la fontaine, on mettait près d’elle, sur une table, la statue qui portait une escarcelle dans laquelle les aumônes étaient déposées.
Un jour que trois gars allaient faire un viage (lisez voyage ou pèlerinage) à Saint-Eugène, ils passèrent près de l’église des Iffs. L’un d’eux dit : « Si nous entrions dans cette église réciter une prière à saint Fiacre ?
— C’est inutile, répondit en riant l’un des deux autres, nous n’avons pas la colique. »
Le malheureux n’eut pas plutôt prononcé ces paroles imprudentes, qu’il fut pris de douleurs de ventre épouvantables, qui ne cessèrent que lorsqu’il eut promis une neuvaine à saint Fiacre.
La chapelle de Saint-Peer, au milieu des bois, dans la commune de la Bouëxière, a été de tout temps et est encore à l’heure actuelle un but de pèlerinages, les uns pour obtenir un temps favorable aux biens de la terre, les autres pour obtenir la guérison de la fièvre intermittente, des douleurs rhumatismales et de la goutte. Aussi voit-on de nombreux sentiers au plus épais des bois, aboutissant tous à l’oratoire.
Pendant les excessives chaleurs de l’été de 1893, les habitants des paroisses environnantes,au nombre de sept à huit cents, venaient à pied, conduits par leurs prêtres, croix et bannières en tête, invoquer saint Peer pour avoir de la pluie.
Peer était le fils d’un seigneur de Vitré qui, pendant la seconde moitié du xve siècle, dit adieu aux plaisirs du monde et se retira dans l’abbaye de Rallion, paroisse de la Bouëxière, où il se fit remarquer par sa piété et son austérité.
Un jour qu’il était en oraison, il eut une vision qui le décida à quitter l’abbaye afin de vivre seul et de passer le reste de ses jours uniquement en prières.
Il se rendit à quatre lieues de là, au pied d’un monticule alors désert, et aujourd’hui occupé par le village de la Butte-aux-Sangliers, non loin de l’étang des Forges dans la partie de la forêt de Chevré qui porte maintenant le nom de Bois-de-Saint-Peer, et qui est situé sur le territoire de la Bouëxière.
Peer construisit un petit ermitage avec un oratoire et entoura le tout de fossés qui existent encore çà et là ; il ne vécut que de légumes qu’il cultivait lui-même, et passa ses jours et ses nuits en prières.
À sa mort, l’ermite fut enterré dans son oratoire, et l’on assure que son tombeau y est encore présentement. Quant à sa demeure, elle a disparu.
D’après la tradition, la statue de ce saint a été volée plusieurs fois ; mais elle est toujours revenue d’elle-même reprendre sa place habituelle. En voici un exemple : Au siècle dernier, des voleurs s’introduisirent dans la chapelle de Saint-Peer et la dévalisèrent complètement. Ils avaient emporté jusqu’à la statue du saint qui, bien qu’étant en bois, pesait tellement qu’on aurait juré qu’elle était de plomb.
Encombrés par cette statue et surtout gênés par sa pesanteur, les voleurs résolurent de s’en défaire : se trouvant près de l’étang des Forges, ils la précipitèrent dans l’eau ; mais dès le lendemain matin, la statue de saint Peer avait repris sa place dans la chapelle.
Une autre fois, un cultivateur étant à labourer son champ, voisin de la chapelle, s’aperçut que sa charrue était mal équilibrée, et ne trouvant rien à sa convenance pour y remédier, il n’hésita pas à entrer dans la chapelle et à s’emparer de saint Peer dont il fit une cale.
La charrue ne marchant pas encore à son gré, le laboureur se mit en colère et, d’un coup de pied, brisa la statue qu’il jeta ensuite dans un fossé.
Le saint fut retrouvé le lendemain dans la chapelle ne portant aucune trace des mutilations dont il avait été l’objet de la part du paysan. Celui-ci mourut subitement quelques mois plus tard et le champ, dans lequel la statue avait été brisée, cessa de produire des récoltes et ressemble aujourd’hui à une lande aride.
À Rennes, dans les grandes sécheresses, les reliques de saint Amand, qui se trouvent dans la cathédrale, sont promenées processionnellement par les rues de la ville pour avoir de la pluie. Elles sont portées parles séminaristes et la procession est dirigée par les chanoines du chapitre.
À la Touche-Saint-Amand, village de la paroisse de Montreuil-le-Gast, se trouve unefontaine dite de Saint-Amand. On s’y rend processionnellement pendant la sécheresse, pour obtenir de la pluie.
D’après une tradition locale, il existait jadis à Clayes (arrondissement de Montfort), dans ce que l’on nomme aujourd’hui le Vieux Cimetière, un oratoire dédié à Messire Yves de Kaumartin, et tout à côté une fontaine portant le même nom. On ajoute même que jusqu’à la fin du siècle dernier on y allait en procession chaque fois que les récoltes étaient compromises par la sécheresse, et l’on était assuré que la pluie tomberait dès le lendemain.
Aujourd’hui, tout cela n’est plus qu’un souvenir : le sanctuaire a disparu, et si la fontaine existe encore, elle ne semble pas inspirer la même confiance. Le clergé ne s’y rend plus et les pèlerins eux-mêmes semblent la délaisser.
Non loin de l’église paroissiale de Saint-Séglin se trouve la fontaine de Sainte-Julitte,ornée naguère de la statue de cette bienheureuse. Une croix remplace aujourd’hui cette statue disparue.
Depuis un temps immémorial l’on vient à cette croix et à cette fontaine demander un temps favorable aux biens de la terre, et on trempe dans l’eau, à plusieurs reprises, le pied de la croix de l’église qui précède la procession.
On va en pèlerinage à Notre-Dame-du-Roc, à Montautour, pour obtenir un temps favorable aux récoltes.
Dans la commune de Pléchâtel on découvre sur la lande de Bagaron, au bord d’un ruisseau, les ruines de la chapelle de Saint-Melaine, curieuse par sa fontaine qui coule dans la muraille du chevet, au-dessous même de l’ancien autel.
Les paysans de la contrée vont en pèlerinage à Saint-Melaine pour avoir de la pluie. Ils y portent comme offrande des pieds de cochon,et l’un des pèlerins asperge, avec l’eau de la fontaine, un morceau de bois, dernier débris du saint, en disant :
- « Saint Melaine, mon bon saint Melaine,
- Arrose-nous comme je t’arrose. »
Les habitants de la commune de Saint-Malo-de-Phily, atteints de la fièvre, vont, pour se guérir, porter de petits balais dans une vieille chapelle en ruine appelée la Renardière.
Aujourd’hui encore, on montre dans le bourg de Comblessac la maison élevée à la place de celle où naquit saint Convoyon et une fontaine portant le nom de ce bienheureux.
Les habitants attribuent un pouvoir miraculeux à l’eau de cette fontaine, notamment en temps d’épidémie.
Vers le milieu de ce siècle on a élevé, près de cette source, une statue en l’honneur de saint Convoyon.
Non loin de l’église de Paimpont est une fontaine appelée fontaine de Notre-Dame-des-Chesnes. On y va se laver le corps, parce que les eaux de cette source ont la puissance, paraît-il, de guérir de nombreuses maladies.
Dans le cimetière de Laignelet se voit encore la tombe de la Sœur de la Nativité, Jeanne Royer, décédée le 15 août 1798, âgée de 67 ans. On va beaucoup prier sur cette tombe pour obtenir la guérison de toutes sortes de maladies et notamment de la fièvre intermittente.
L’église de Bléruais renferme la statue de saint Amateur, qui est l’objet, chaque année, le 15 août, de nombreux pèlerinages pour la guérison des douleurs rhumatismales.
Au village de la Cabochais, dans la commune de Chevaigné, est une fontaine sous l’invocation de saint Morand (saint Maron, disent les paysans). Ses eaux guérissent de la fièvre ; mais on doit s’y rendre à jeun et sans parler.
Il n’y a pas plus de trente ans, on y jetait encore de la menue monnaie, des liards et des centimes.
Aujourd’hui, — car c’est toujours un lieu de pèlerinage pour les fiévreux, — on y a mis un tronc pour recevoir les offrandes.
Dans la commune de Plélan, se trouve la fontaine de Saint-Fiacre, où, tous les ans, les gens du pays se rendent en procession dans le but d’être préservés de la dysenterie.
L’eau d’une fontaine, à Gaël, guérit de la rage. Dans la même commune on va en pèlerinage à la chapelle du Louya, pour la guérison de la fièvre.
La fontaine Saint-Genou, près de l’église de Monterfil, est visitée par des milliers de pèlerins, notamment le 20 juin, jour de la fête patronale.
Les eaux de cette fontaine ont le pouvoir de faire disparaître les courbatures, la goutte et les douleurs rhumatismales.
Une fontaine de la commune de Saint-Uniac, avec bassin et canal en granit, est appelée dans le pays, la fontaine aux Galeux. Son eau, paraît-il, a le privilège de guérir de la gale.
Près de l’abbaye de Saint-Méen, est une fontaine miraculeuse que le bourdon de saint Méen fit jaillir du sol pendant la construction de cet édifice. Son eau guérit certaines maladies cutanées.
On rencontre au village de la Villée, commune de Quédillac, une petite fontaine coulant extérieurement de la vieille muraille dela chapelle de Notre-Dame-de la-Villée. L’eau de cette source a la réputation de guérir du mal Saint-Méen. (L’épilepsie.)
Non loin de l’église paroissiale de Talensac est la fontaine de Saint-Lunaire, fréquentée par les malades menacés de cécité, qui viennent s’y laver les yeux.
On aperçoit sur le versant d’un côteau, à l’endroit appelé le Tertre, dans la commune de Saint-Symphorien, une fontaine désignée autrefois sous le nom de fontaine de l’Écuellée parce que sa forme rustique rappelait celle d’une écuelle.
Ce n’était alors qu’un simple trou, abrité par des arbres et surmonté d’une petite statue de la Vierge.
Un jour, une dame atteinte d’ophtalmie, passa près de cette fontaine, s’agenouilla devant la Vierge, se lava les yeux dans l’eau de la source et fit vœu, si elle guérissait, d’y faire élever une chapelle.
Bientôt la dame en question cessa de souffrir, ses yeux redevinrent aussi clairs que l’eau de la fontaine, et elle songea à son vœu.
Le tertre débarrassé des ronces et des épines fut transformé en jardin, la fontaine fut agrandie, une baignoire y a été placée, mais la chapelle, pour des causes diverses, n’a pas encore été construite.
On voit à la sortie du bourg de Loutehel, une fontaine vénérée dans le pays et ornée d’une statue de saint Armel. Les habitants de la commune assurent qu’il s’agit de leur fontaine dans le paragraphe suivant de la Vie de saint Armel.
« Saint Armel passant par un village où il ne se trouvait point d’eau, enfonça son bâton en terre et, après avoir fait oraison le retira, et incontinent il parut en ce lieu une source de bonne eau, laquelle n’a depuis cessé de couler et s’appelle la fontaine de Saint-Armel. »
À Saint-Armel même, canton de Châteaugiron, du 16 août, jour de la fête paroissiale, jusqu’au 8 septembre, de nombreux pèlerins vont à la fontaine de saint Armel, située près du bourg, pour y boire de l’eau et même en faire couler le long de leur manche, afin de se guérir des maladies dont ils sont atteints.
Non loin de l’église paroissiale de Bovel, à l’entrée du taillis nommé le bois d’Anast, se trouve la fontaine de Notre-Dame-de-Bovel. D’après la tradition locale, cette source jaillit tout à coup près de l’endroit où fut trouvée une vieille statue de la sainte Vierge. Les bœufs attelés au chariot destiné à transporter la statue à l’église, s’arrêtèrent, refusant d’aller plus loin, pour bien faire comprendre que c’était là, et non ailleurs que devait être vénérée la Vierge.
Le jour de la Nativité de Marie, le concours des pèlerins est considérable. On peut les voir se rendre respectueusement à cette fontaine, y puiser et y boire de l’eau, puis y jeter une pièce de monnaie.
Le lendemain, on vide la fontaine pour recueillir les offrandes.
Il existe dans la commune d’Iffendic une dalle en pierre qui semble être un monument mégalithique. Elle a une excavation qui, dit-on, est l’empreinte de l’un des pieds de saint Martin. Pour cette raison, elle est appelée le Pas de Saint-Martin.
On s’y rend pour la guérison de la fièvre et on dépose dans l’excavation des sous et des petites croix de bois.
Sous l’église de Châtillon-sur-Seiche, près Rennes, est une crypte très ancienne dans laquelle on voit la chaîne de saint Léonard scellée au mur.
Trois assemblées ont lieu, chaque été, autour de l’église de Châtillon. On y va de très loin, et quelquefois pieds nus, pour la guérison des douleurs de reins et des rhumatismes. Les pèlerins frottent la partie malade de leur corps à la chaîne de saint Léonard.
On rencontre sur une lande, dans la commune d’Andouillé-Neuville, un tombeau élevé à la mémoire de saint Lénard qui est l’objet de la légende suivante :
Lunaire, ou plus communément Lénard, était, dit-on, un vagabond, un bandit de la pire espèce, ne vivant que de vols, de pillages, tuant par plaisir et étant la terreur de la contrée.
Les rouliers n’osaient s’aventurer sur la grande lande située entre Sens et Andouillé, que lorsqu’ils étaient assez nombreux pour tenir tête au brigand, qui ne quittait pas ces parages.
Un jour, Lénard n’ayant aucun passant à détrousser, avisa un arbre et cueillit un de ses fruits. C’était une poire sauvage, appelée dans le pays poire d’étranglard, tellement âcre que Lénard, après l’avoir goûtée, la jeta vivement loin de lui.
Le hasard voulut qu’elle tombât sur unpetit arbuste où, quelques mois plus tard, le voleur, en passant par le même endroit, la retrouva. Par curiosité, il la prit et, charmé de la belle couleur qu’elle avait revêtue, la porta à ses lèvres.
Ô surprise ! la poire amère qu’il avait dédaignée, était devenue d’une saveur exquise.
Frappé de ce fait qui, pour lui, tenait du prodige, Lénard devint pensif. Sa vie lui apparut alors dans toute sa réalité. Il eut honte de sa conduite et, pris d’un repentir soudain, il s’écria : « Tout s’amende ici-bas ; il n’y a que moi qui suis de plus en plus criminel. Eh bien ! je changerai, je deviendrai meilleur et Lénard le bandit sera désormais Lénard l’honnête homme. » Il en était là de ses réflexions, lorsqu’il entendit les cris d’un roulier, essayant de retirer son attelage d’une des nombreuses ornières qui remplissaient le chemin.
Lénard, voulant mettre ses projets à exécution, vole au secours du charretier qui, trompé par la mauvaise réputation du bandit et croyant avoir à défendre sa vie, court sur le brigand et l’assomme d’un coup de garrot.
Avant d’expirer, Lénard fit part au roulier de l’intention qu’il avait eue de réformer sa vie ; dès lors la pitié populaire en fit un saint.
Il y a trente ans environ qu’on lui a élevé le tombeau qu’on aperçoit aujourd’hui sur la lande où eurent lieu ses crimes et sa conversion.
Lors de l’érection du tombeau, le curé d’Andouillé cria au sacrilège et le fit démolir ; mais il a été réédifié par les soins des habitants, qui y voient une source de profit pour le pays.
Le vendredi saint, ce monument situé à cinquante mètres de la route de Rennes à Pontorson, est le but d’un pèlerinage. On invoque saint Lénard pour la guérison des douleurs rhumatismales.
La commune de Saint-Didier porte le nom d’un évêque de Rennes au viie siècle. L’emplacement de son oratoire se voit encore au milieu des bois, et l’on s’y rend chaque année (chapelle de Notre-Dame-de-la-Pénière) pour obtenir la guérison de la fièvre.
À la place qu’occupait jadis la redoutable forteresse des barons de Châteaubriant, dans la forêt de Teillay, où séjourna Gilles de Bretagne, et qui servit de refuge à l’infortunée duchesse Constance de Bretagne poursuivie par les Anglais, s’élève aujourd’hui une petite chapelle dédiée à saint Eustache.
Aux fêtes de Saint-Jean et de la Pentecôte de nombreux pèlerins s’y rendent pour la guérison de toutes sortes de maladies, de là le dicton :
- « Saint Eustache,
- Qui de tous maux détache. »
Lorsqu’on suit l’ancienne route de Tremblay à Bazouges la-Pérouse, on arrive sur une lande aride et inculte de laquelle on aperçoit, à droite, l’embouchure du Couesnon et le Mont-Saint-Michel en entier, puis à gauche, dans le lointain, Sens et son joli clocher.
À une lieue de là, est une côte rapide qui dévale jusqu’au vieux château du Pontavice sur le bord du Couesnon. En descendant cette côte,on rencontre une petite chapelle dédiée à saint Aubin, et qui est dans le pays l’objet de la légende suivante :
Au temps jadis, une fille de Mézaubin ayant trouvé la statue du saint dans une grande épine blanche, l’emporta chez elle. Le lendemain matin, grande fut sa surprise de ne plus la retrouver à la place où elle l’avait mise la veille.
Repassant plus tard dans le champ de Saint-Aubin, elle fut encore plus étonnée d’apercevoir la statue dans les branches de l’arbre.
La pieuse fille vit là un avertissement du ciel et dépensa tout ce qu’elle possédait pour construire la petite chapelle que l’on voit encore aujourd’hui.
On raconte aussi qu’un garçon de ferme du village du Pontavice, étant un jour à herser du guéret dans le champ de la statue, s’empara de celle-ci et la plaça sur sa herse qu’il trouvait trop légère pour écraser les mottes de terre.
La chaleur était excessive, et le vent chassait la poussière du champ. Le paysan facétieux dit au saint : « Ferme les yeux, Aubin, la poussière t’aveugle. »
Il n’eut pas plutôt prononcé ces paroles irrévérencieuses qu’il sentit une vive douleur aux yeux. Bientôt il cessa de voir et mourut quelque temps après dans d’atroces souffrances.
On va de nos jours en pèlerinage à Saint-Aubin pour la guérison des fièvres intermittentes causées dans ce pays par les nombreux marais qui s’y trouvent.
Sur la lisière de la forêt de Paimpont est une petite commune du Morbihan appelée Tréhorenteuc. J’ai vu dans l’église de ce village une énorme statue de bois, grossièrement faite, qui représente sainte Onenna, fille du roi breton Hoël III, couchée sur le dos, atteinte d’hydropisie.
Les personnes affectées de cette maladie, — qu’on appelle l’enfle dans le pays, — viennent de très loin en pèlerinage à Sainte-Onenna.
[modifier] 4° Croyances et superstitions
Lorsqu’on va de Champeaux au château d’Espinay, qui n’est qu’à un kilomètre du bourg, on longe une vallée encaissée entre deux coteaux. Sur chacun de ces deux coteaux se dressent en face l’une de l’autre deux petites chapelles dédiées l’une à saint Job et l’autre à saint Abraham. Elles sont dans le pays, elles aussi, l’objet d’une légende :
En 1512, Guy d’Espinay, en guerre avecun de ses voisins, fut un jour poursuivi de si près qu’il se vit sur le point d’être fait prisonnier. Cerné de tous côtés, il ne lui restait plus qu’à franchir l’immense espace compris entre les deux collines. Invoquant saint Abraham et saint Job, il fit vœu de leur élever à chacun une chapelle, s’il échappait à son ennemi. Aussitôt, éperonnant son cheval, il le fit s’élancer du haut du rocher de Saint-Job sur le coteau voisin. Les chapelles indiquent la distance du saut accompli par le coursier de Guy d’Espinay.
On ajoute que les deux maçons chargés de la construction de ces petits oratoires n’avaient qu’un marteau et qu’une truelle, qu’ils se lançaient de l’un à l’autre quand ils en avaient besoin.
Un jour, à la ferme appelée la Cônais, dans la commune des Iffs, des fermiers qui déménageaient trouvèrent dans une fenêtre les débris d’une vieille sainte Vierge.
Pour s’en débarrasser, ils la jetèrent parmi les objets inutiles qu’ils poussèrent du pied dans le feu de la cheminée.
Aussitôt une pendule qui ne marchait pas depuis plus de dix ans se mit à sonner sans qu’on pût l’arrêter. Elle sonna ainsi depuis quatre heures de l’après-midi jusqu’à quatre heures le lendemain matin. Le fermier eut beau coucher la pendule par terre, la tourner en tous sens, il ne parvint pas à l’empêcher de sonner.
Cette chose parut tellement étrange à tous les habitants de la ferme, qu’ils cherchèrent dans les cendres du foyer les débris de la Vierge pour les replacer dans la fenêtre où ils les avaient pris. Ce ne fut que lorsqu’on eut trouvé le dernier morceau, à quatre heures du matin, que la pendule cessa de sonner.
La commune de Saint-Médard-sur-Ille, dans le canton de Saint-Aubin-d’Aubigné, a son champ du miracle. Ce champ se trouvesur le bord de la route de Saint-Aubin à Aubigné. Une croix de bois l’indique d’ailleurs au passant.
Pendant la tourmente révolutionnaire, un prêtre portant le Viatique à un malade reçut une balle en pleine poitrine et tomba la face contre terre. Bien que plus d’un siècle se soit écoulé, on voit, toujours sur le sol l’empreinte d’une partie de son corps : les pieds, les genoux et la tête. Un peu plus loin est également marquée la place où le Saint-Ciboire, fut projeté. Jamais l’herbe n’a poussé aux endroits que nous venons d’indiquer et que les habitants de Saint-Médard font voir aux étrangers.
Dans la commune de Saint-Gondran, sur le bord de la route de Langan à Hédé, est un champ dans lequel la fougère ne pousse plus. Voici pourquoi :
Un cultivateur envoya un dimanche, et cela malgré elle, sa servante couper de la fougère,pour faire de la litière aux bestiaux, dans les fossés d’un champ dépendant de la ferme.
Ces fossés qui, le samedi, étaient remplis de fougères n’en possédaient plus le dimanche.
La servante revint chez son maître lui apprendre la nouvelle. — Ce n’est pas possible, s’écria-t-il, je vais y aller moi-même.
Il s’y rendit, en effet, et ne put que constater la véracité du fait.
Jamais depuis lors un seul brin de fougère n’a poussé dans ce champ.
En quittant le bourg de Teillay et en pénétrant dans la forêt de ce nom, par la route aux Lièvres, on rencontre à l’extrémité de cette route, presque sur le bord de la grande ligne, une tombe recouverte de plus d’une centaine de croix. Le tronc du chêne qui l’abrite de ses rameaux est lui-même orné de fleurs, de couronnes, de reliquaires attachés là par les pèlerins qui viennent sur la Tombe à la fille, — c’est le nom qu’on lui donne, — demander à la pauvre victime, qui repose sous la mousse des bois, la guérison de leurs maux.
C’est là que fut enterrée, en 1793, Marie Martin. Bien que l’Église ne l’ait pas canonisée, elle est considérée comme une sainte martyre par les habitants de la contrée, qui racontent ainsi son histoire :
À l’époque de la Terreur, des bandits qui se faisaient passer pour des chouans, commettaient dans nos campagnes des crimes abominables. M. Rocher, directeur des forges de Moisdon, fut tué par eux d’une façon barbare : Ils le mutilèrent, lui coupèrent le nez, la langue, et le laissèrent expirer au bout de son sang.
En apprenant ce meurtre, Marie Martin ne put retenir un cri d’indignation. Elle fut entendue, dénoncée et bientôt enlevée de chez son oncle, avec lequel elle demeurait, et conduite dans la forêt de Teillay.
Là, les misérables la violèrent, l’attachèrent à un arbre, lui arrachèrent les yeux, lui coupèrent les seins. La mort ne mit fin à ses tortures qu’au bout de trois jours.
Des bûcherons enterrèrent ce pauvre petit corps ainsi déchiré.
Depuis ce jour des miracles nombreux ont été et sont toujours la récompense des prières faites sur la Tombe à la fille. Les fièvres disparaissent comme par enchantement, les paralytiques y laissent leurs béquilles, les femmes stériles deviennent fécondes, les enfants chétifs recouvrent des forces, et ceux qui ne marchent pas encore ne tardent pas à trotter comme des lapins. Les couronnes appendues aux branches, les offrandes déposées au pied du chêne prouvent la reconnaissance et la confiance des affligés envers la victime des brigands.
Près des ruines de l’ancien château de la Thébaudaye, non loin du bourg de Saint-Ganton, existait autrefois une antique chapelle sous l’invocation de saint Mathelin. Ce sainta le pouvoir, paraît-il, de guérir les animaux malades, et les paysans y allaient prier pour leurs bestiaux.
Deux cultivateurs du bourg de Saint-Just s’y rendirent pour demander au saint d’exaucer leurs vœux. L’un d’eux avait une vache qui avait été condamnée par le sorcier, et le bonhomme désolé, s’écria devant son compagnon :
— Ô mon bon saint Mathelin, si tu guéris ma vache, je te donnerai une moche de beurre aussi grosse que la bête.
— Que dis-tu là ? dit l’autre paysan, tu ne pourras jamais accomplir ta promesse.
— Tais-ta donc, tais-ta donc, répondit tout bas l’homme à la vache, on peut toujours promettre et ne pas tenir.
Mais il ne fait pas bon, paraît-il, ruser avec les saints, car la vache mourut le soir même.
Il n’y a pas vingt ans, on voyait dans l’ancienne église de Bédée, un saint Antoine entouré de fers à cheval. Intrigué par ce singulier décor, je demandai à une bonne femme ce que cela signifiait. Elle me répondit :
« Les cultivateurs des environs viennent prier saint Antoine de guérir leurs animaux malades et apportent comme offrande, pour un cheval un fer, pour une vache une moche de beurre, pour une brebis de la laine.
» Les pèlerins promettent aussi, si leurs bestiaux guérissent, d’offrir aux saints Anges la première barattée de lait de la vache malade, le premier agneau de la brebis, un morceau de lard du cochon, etc., etc.
» Ces dons sont vendus au profit de la fabrique. »
Saint Amand qui se trouve dans l’église de Pipriac, a été fait avec le bois d’un arbre que les bonnes gens du pays appellent un bezillier.
Cet arbre était autrefois au village de la Hallatais.
Une vieille avaricieuse, qui convoitait la succession de l’un des siens, rendait de fréquentes visites à saint Amand et le priait d’exaucer ses vœux.
Le parent mourut ; mais par testament il légua tout son bien à d’autres qu’à l’avare.
La bonne femme furieuse s’en alla trouver saint Amand, dans l’église de Pipriac, et l’apostropha ainsi :
« Failli bezillier, tu n’as jamais ren valu ; du temps que tu étais au village de la Hallatais, tu donnais des bezilles que les cochons ne voulaient seulement pas manger ; et à cette heure que te v’la saint, tu fais des embarras, mais tu n’en vaux pas mieux ! Il fera chaud, sois-en sûr, quand je reviendrai te demander quelque chose et t’apporter des offrandes, vilain bezillier. »
Une fois soulagée, la vieille sortit de l’église en maugréant et regagna son village.
La paroisse de Pipriac avait autrefois saint Amand pour patron ; mais à une époque où l’on reconstruisit l’église celle-ci fut mise sous la protection de saint Nicolas. La statue du pauvre saint Amand fut enlevée et déposée sous le porche de l’église, exposée à la pluie, à la neige et aux intempéries de toutes les saisons. Aussi qu’arriva-t-il ?
Il y a chaque année à Pipriac, la foire de Saint-Amand qui commence le 26 octobre et qui dure trois jours. C’est une des foires les plus importantes de la contrée. Or, pendant trois ou quatre ans de suite, la pluie ne cessa de tomber pendant tout le temps de la foire. Ce fut un véritable déluge. Les châtaignes mouillées ne purent être conservées, les grains germèrent, les bestiaux attrapèrent des fluxions de poitrine, les vaches perdirent leur lait. Tout le monde était dans la désolation.
Les anciens du pays qui avaient vu avec regret expulser saint Amand de l’église supposèrent que c’était lui, qui sans doute, pour prouver son mécontentement, avait demandé au bon Dieu de les punir de la sorte. Ilsallèrent trouver le curé et demandèrent la réintégration de saint Amand.
Leur démarche fut agréée, et saint Amand reprit sa place qu’il a conservée dans l’église de Pipriac.
Depuis ce moment, il fait généralement beau à la foire du 26 octobre.
Voici pour quelques maladies les saints qu’on invoque :
Maux de dents. — Saint Blaise et ses fontaines.
Dysenterie. — Saint Roch.
Hémorroïdes. — Saint Fiacre.
Yeux. — Notre-Dame-de-la-Clarté.
Manque de sommeil. — Notre-Dame-de-Bon-Repos.
Les fièvres. — Notre-Dame-de-la-Rivière.
Pour avoir de bonnes couches. — Sainte Marguerite.
Enfants idiots ou inintelligents. — Le Saint-Esprit, et les faire évangéliser le lundi de la Pentecôte.
Un habitant de Rennes que des affaires avaient appelé dans la petite ville de Bain revenait à la gare dans la voiture d’un ami.
Sur la route ils rencontrèrent un militaire que le conducteur reconnut et auquel il dit :
— Tiens, c’est toi, José, où vas-tu donc de ce pas pressé ?
— Je vais à la gare, et je crains bien de manquer le chemin de fer. Ma permission est expirée, et si je ne rentre pas ce soir à Versailles, où mon régiment tient garnison, je serai certainement puni.
— Alors monte vite avec nous.
L’habitant de Rennes qui était à ce moment à côté du conducteur, alla s’asseoir sur un second banc qui se trouvait au milieu de la carriole ; le militaire l’y suivit et prit place sur le même banc, mais dans le coin opposé.
Le cheval trottait assez bien, et ils avaient déjà fait cinq à six kilomètres, lorsque le Rennais apercevant un taillis, fit cette réflexion : « Voilà un bois où les lièvres doivent se plaire. Le pays est-il giboyeux ? »
Le militaire au lieu de répondre fit une sorte de grognement.
Le voyageur réitéra sa question et ne fut pas plus heureux.
Le soldat dit entre ses dents : « Je n’aime pas ça ? »
Le conducteur sembla lui-même marmotter des paroles inintelligibles.
— Voyons, je ne vous comprends pas, insista le voyageur : Je demande si le pays est giboyeux, et vous me répondez, comme si ma question était indiscrète.
— Vous n’avez donc rien vu ? dirent ensemble le militaire et le conducteur.
— Non, absolument rien.
— Comment ! vous n’avez pas vu un lapin traverser la route devant nous ?
— Non, et puis qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire à ce qu’un lapin se promène sur la route?
— C’est signe de malheur.
— Ah ! par exemple, vous êtes drôles tous les deux.
— C’est la vérité, dit le militaire d’un air navré : Dans un voyage que je fis il y a quelques années, un lapin passa comme aujourd’huidevant la voiture dans laquelle j’étais avec des amis, la voiture versa et un camarade fut tué.
— C’est un malheur bien regrettable, en effet ; mais le pauvre lapin n’y était pour rien.
— Ah ! vous croyez cela ? s’écrièrent ensemble le conducteur et le militaire.
Cette conversation venait à peine de prendre fin, lorsqu’une masse noire passa devant les yeux du voyageur. C’était le militaire qui était projeté dans le fossé ; le cheval venait de s’abattre, le conducteur était par terre, et le seul être — qui n’avait pas vu le lapin — était resté à sa place dans la carriole sans avoir aucun mal.
Le militaire avait un pouce démis, le conducteur était contusionné, le cheval couronné, les traits brisés et le voyageur et le militaire durent continuer la route à pied. Ils arrivèrent cependant à temps pour prendre le train, maudissant le lapin, cause de tant d’accidents.
(Conté par M. Fenaut, de Rennes, auquel est arrivée la présente aventure.)
Les paysans de la commune du Pertre se lèvent vers minuit, dans la nuit du trente avril au premier mai, pour aller répandre du sel sur les échaliers de leurs prairies, afin d’empêcher les sorciers de prendre leur beurre.
Ces derniers vont, paraît-il, cette nuit-là, courir les champs en disant :
-
- Le lait à ta.
- Le beurre à ma.
Pendant toute l’année, le malheureux fermier ensorcelé ne peut faire de beurre, tandis que le sorcier (qui est souvent un voisin) en a en abondance.
Heureusement que le sel mis sur l’échalier empêche tout sortilège.
On retrouve cette superstition, avec une variante, dans l’arrondissement de Redon :
Le premier mai, au matin, si l’on va avant que le soleil soit levé, promener un balai, entouré d’une guenille sur les prairies de ses voisins, on dérobe ainsi tout le beurre que les plantes pourraient produire.
Pour en faire profiter ses vaches, il faut, lepremier mai, leur donner à boire de l’eau puisée, — toujours avant le lever du soleil, — et dans laquelle on a trempé la guenille du balai qui a frôlé les plantes d’autrui.
Quand une lièvre[12], une sourde[13] et une envine[14] sont chaudes, autrement dit en amour, toutes les herbes sur lesquelles elles pissent rendent les vaches malades.
Pour les guérir, il faut leur faire une croix jusqu’au sang, avec une épingle jaune (en cuivre), sur le nez, sur les deux oreilles et sur le devant de la tête à l’endroit où il n’y a point de poil. Puis leur frotter la croupe avec du beurre et leur faire avaler une poignée de sel mélangé avec du beurre et enveloppé dans une feuille de chou. (Le Grand-Fougeray.)
On ne doit pas enlever les cendres du foyer, ni changer de chemise le vendredi, parce que cela porte malheur.
Les paysannes qui viennent vendre leurs denrées (beurre, volailles, œufs, fruits, légumes, etc.), sur la place des Lices à Rennes, les jours de marchés, ont des préférences marquées pour certaines personnes se présentant les premières à leur étalage.
Si ces personnes leur ont porté chance une fois, elles les attendent patiemment, refuseront plutôt de vendre leurs marchandises, qu’elles laisseront à leurs préférées à meilleur marché qu’aux autres.
Elles ne manqueront jamais non plus, avant de mettre dans leur poche le premier argent qu’elles reçoivent, de faire le signe de la croix et de dire : Que le Bon Dieu bénisse la main qui m’étrenne.
Les bonnes gens de Bruz se figurent qu’ils font grossir leurs citrouilles en leur inoculant, chaque matin, du lait doux par la tige.
Lorsqu’on a des verrues, voici le moyen employé pour les faire disparaître.
On jette une poignée de petits pois dans un puits ou dans une fontaine, et au fur et à mesure que les pois germent les verrues s’en vont.
Longtemps à Lohéac un jouou de violon fut guérissou de fièvres.
Quand un malade allait le consulter, il joignait les mains, levait les yeux au ciel et s’écriait :
« Notre-Seigneur Jésus-Christ qui n’avez pas tremblé quand on vous a crucifié entre deux larrons, souffrirez-vous que (nom de la personne malade) tremble la fièvre ! »
Après cette invocation le sorcier et le malade allaient boire un coup, puis celui-ci rentrait chez lui convaincu que la fièvre allait le quitter.
Il y avait autrefois à Tinténiac un vieux mendiant appelé le père Duhil, qui avait la réputation de passer les fièvres.
Ses remèdes étaient des plus étranges.
En voici un : Monter dans un tremble, entailler l’écorce avec un couteau, sucer la sève en disant : « Tremble, tremble plus fort que je tremble. » Et le tremblement du malade devait passer dans l’arbre.
Pour passer les fièvres du mois de mars, fièvres intermittentes qui durent neuf mois, il faut, au dire des bonnes femmes de la commune de Saint-Symphorien dans le canton de Hédé, se procurer des œufs frais et les porter pendant trois jours consécutifs, à jeun, avant le lever du soleil, dans une fourmilière.
Il existait, il n’y a pas plus de dix ans, au village du Châtellier, dans la commune de Messac, un homme qui avait le privilège de guérir les écrouelles.
Les guérissous d’écrouelles sont rares parce qu’il faut être le septième d’une famille de sept garçons consécutifs. S’il est né une fille entre l’un d’eux, le dernier n’est pas doué.
Le traitement se fait de la manière suivante :
Un pansement a lieu pendant douze jours à l’époque des quatre-temps. Si pour une raison quelconque l’on n’a pu s’y rendre l’un des jours prescrits, l’opération peut être remise au vendredi saint.
Elle doit être faite le matin, avant le lever du soleil, et il est indispensable que le médecin et le malade soient tous les deux à jeun. Ce dernier ne doit même ni manger ni boire avant midi.
L’homme doué fait un ou plusieurs signes de croix, et de son doigt majeur, préalablement trempé dans l’eau bénite et mouillé de sa salive, il décrit un cercle autour des plaies.
Il recommence l’opération autant de fois qu’il y a de clients.
Les charrettes qui amenaient les malades crédules de plus de dix lieues à la ronde encombraient le village.
Un ancien marin est venu s’établir comme menuisier à Vitré.
Il a au haut de la cuisse gauche, près de la fesse, une fleur de lis très bien marquée, assez grande, ayant une teinte bleuâtre. On assure que c’est un don que Dieu lui a fait pour pouvoir, ainsi que les rois de France, guérir les écrouelles.
Les scrofuleux de tout l’arrondissement vont le trouver et approchent de la fleur de lis la partie malade de leur corps.
Four la circonstance le menuisier a fait faire un pantalon très large qu’il lui suffit de relever.
On lui fait des cadeaux en argent et en nature qui lui rapportent beaucoup plus que son métier de menuisier.
Si le pain est tourné à l’envers sur la table, ou si la salière est renversée, ce sont des signes de malheur.
Si au contraire on renverse poivre et sel en même temps sans qu’il y ait mélange, c’est signe de bonheur.
-
- Araignée du matin : chagrin ;
- Araignée du midi : pluie ;
- Araignée du soir : espoir.
Si on casse un miroir ou une glace, signe de malheur.
Lorsqu’on entend le bois gémir en brûlant, ou si l’on aperçoit à la mèche de la chandelle comme une étincelle tournée vers vous, c’est qu’une nouvelle importante va vous arriver.
On ne doit jamais mettre le couteau et la fourchette en croix sur une table, c’est un présage de malheur.
Les femmes prennent bien garde, en faisant la lessive, de mettre en adent, c’est à dire sens dessus dessous les chemises dans la cuve. Celle qui commettrait cette faute mourrait dans l’année.
On croit également qu’une touffe de joubarbe, sur le toit d’une maison empêche les maléfices et les sortilèges.
Il ne faut jamais offrir un couteau comme cadeau, parce que cela coupe l’amitié.
Au contraire, offrir des épingles, c’est le moyen de s’attacher l’amitié des gens.
La jeune fille qui a le dernier verre d’une bouteille se marie dans l’année.
Quand un enfant vient au monde avec des cheveux, on dit qu’il est né coiffé, et qu’en conséquence il devra réussir dans tout ce qu’il entreprendra dans le cours de son existence.
L’enfant qui, dès son bas âge, est doué de beaucoup d’esprit naturel et semble devoir être un petit prodige, mourra jeune. Il a, dit-on, trop d’esprit pour vivre longtemps.
Toucher la bosse d’un bossu porte chance.
Toucher du fer évite un malheur.
Si l’oreille droite vous tinte, c’est qu’on parle favorablement de vous ; si c’est la gauche, c’est qu’on en dit du mal.
En buvant dans le même verre qu’une autre personne, on doit connaître sa pensée. C’est sans doute pour cette raison que les fiancés boivent dans le même verre.
D’une manière générale les rêves doivent être interprétés à l’inverse de ce qu’on a vu en dormant.
Si l’on rêve dans la mort, c’est qu’on doit aller aux noces.
Si l’on rêve aux noces, c’est qu’on doit aller à un enterrement.
Rêver naissance, c’est un décès dans sa famille.
Rêver décès, c’est, au contraire, une naissance que l’on doit apprendre.
Si l’on rêve d’une personne et que, le lendemain et les jours suivants, on vient à vous parler d’elle, le rêve est effacé.
Si un chasseur en partant fait la rencontre d’un prêtre, il est certain de rentrer bredouille. De même que si quelqu’un lui souhaite bonne chance, il ne verra pas de gibier, ou s’il en rencontre, il le manquera.
Dans les magasins de Rennes, on croit généralement que si la première personne qui se présente le matin pour faire une acquisition est un prêtre ou une religieuse, la vente sera mauvaise tout le jour ; et qu’elle sera bonne au contraire, si c’est une fille de joie qui étrenne.
Certaines personnes douées font disparaître les taches que l’on peut avoir sur la figure ousur le corps et que l’on nomme des envies. Elles les frottent de leur salive avec le doigt, et cela doit suffire.
Lorsqu’on a le ventre tendu et gonflé, on va chez le guérissou se faire passer le carreau. Celui-ci fait des signes cabalistiques sur le ventre pour qu’il revienne à son état naturel.
Quand on a l’estomac à bas, c’est-à-dire des maux d’estomac suivis de vomissements, on envoie quelqu’un chez une femme douée qui récite tout bas des prières. Après qu’elle les a récitées elle bâille, et ce bâillement est le signe certain de la guérison du malade.
À Bruz, on appelle les Zièmes les loupes ou tumeurs enkystées qui croissent sur la tête.
Un jumeau du même sexe que le malade les fait disparaître rien qu’en les touchant,
Pour guérir les verrues, certaines personnes douées n’ont qu’à les regarder, et dès le lendemain elles n’existent plus.
Lorsqu’une épingle est tombée par terre, si la pointe est tournée vers vous, il ne faut pas la relever, ou il vous arriverait malheur.
Lorsqu’on coupe le pain, il faut que la tranche soit nette et droite : plus il y a de bosses, plus les filles de la maison tarderont à se marier.
Dans les familles où il y a une fille à marier, on enlève le trépied en même temps quele chaudron et la marmite, parce que sans cela la jeune personne serait retardée de trois ans pour se marier.
Lorsque onze heures sonnent à l’horloge de l’église pendant le chant des Sanctus, l’une des personnes présentes à la messe mourra dans la semaine.
[modifier] 5° Les sorts
Les sorciers, les reboutoux, les jeteurs de sorts ont de tout temps, exercé une influence considérable sur l’esprit des paysans.
Qu’un mendiant ivre aille à la porte d’une ferme demander l’aumône, et soit assez insolent pour qu’on lui refuse du pain et le logement, — car sans cela, dans nos campagnes on ne refuse jamais de pain aux pauvres, — et qu’il dise en s’en allant : « Vous vous en repentirez ! » c’est une désolation dans la maison. Bien sûr, c’est un jeteur de sorts.Les malheurs vont fondre sur la ferme et, comme chaque jour apporte sa peine, les choses qui, à un autre moment, passeraient inaperçues, deviennent aussitôt la confirmation de ce que l’on redoutait.
Le fermier s’est-il blessé en coupant une branche d’arbre ? c’est un sort.
La fermière s’est-elle donnée une entorse en marchant avec des sabots ? c’est un sort.
Une vache vient-elle à avorter ? c’est un sort.
Les poules ont-elles la pépie ? c’est un sort.
Mais comment déjouer ce sort ?
On va trouver un individu qui a la réputation d’être sorcier, pour lui demander ce qu’il faut faire.
Voici généralement ce qu’il indiqué :
Acheter un pot de grosse terre qui n’ait jamais servi (c’est une condition essentielle), le payer avec une poignée de sous, sans compter, sans marchander.
Aller ensuite chez le cloutier et l’inviter à mettre une poignée de clous dans le pot, sans les compter, sans les peser, et les payer de la même manière que le pot avec une poignée de sous.
Puis rentrer chez soi, remplir le pot d’eau et faire bouillir.
Les clous, pendant tout le temps qu’ils seront dans l’eau bouillante, doivent torturer le jeteur de sorts qui, ainsi vaincu, cesse ses maléfices sur les gens à qui il en voulait.
Dans le canton du Sel, on déjouait autrefois les sorts d’une autre manière :
On achetait un cœur de bœuf, qui était mis à sécher dans la cheminée à la façon des andouilles et, chaque jour, des clous étaient enfoncés dans ce viscère, clous qui devaient faire souffrir le jeteur de sorts au point de le faire renoncer à sa vengeance.
Le cœur de bœuf et les clous devaient être achetés et payés comme nous l’avons dit plus haut.
Le vingt février 1896, on conduisait de la petite ville de Bain à l’asile des aliénés de Rennes, trois pauvres fous, la mère, le fils et la fille.
Le père et les deux autres filles restés dans le pays étaient presque aussi malades que les trois premiers.
Voici la cause de cet affreux malheur :
La famille M... habite un village de la commune de Bain. C’est une famille à l’aise et qui jouissait, avant le malheur qui vient de la frapper, d’une certaine considération.
Il y a quelques années, ces braves gens avaient pour voisin un fermier du nom de B... C’était un être brutal, redouté, qui avait la réputation d’être un peu sorcier et de jeter des sorts.
Un jour, il alla chez ses voisins les M... leur demander à lui prêter les bœufs de leur ferme pour le lendemain. Ils n’osèrent les lui refuser.
Après une journée d’un travail pénible, B... ramena les bœufs à l’écurie. Les pauvres bêtes avaient le poil hérissé et semblaient harrassées de fatigue.
En les voyant ainsi le père M... dit à son fils : — Si le voisin vient demain matin pour prendre nos bœufs il ne faudra pas les lui prêter. Il nous les tuerait.
— Pour plus de sûreté, répondit le fils, je vais cacher le joug. Comme cela il ne pourra les emmener.
En effet le lendemain matin, B... vint pour prendre les bœufs dans l’étable, mais ne trouva pas le joug. Il s’en allait en maugréant lorsqu’il aperçut le jeune M... auquel il dit : « C’est toi qui as caché le joug des bœufs » mais tu t’en repentiras, tu crèveras dans un fossé.
L’enfant rentra chez lui sans répondre.
À quelque temps de là, on apprit dans le village que B... venait de jeter un sort à un autre fermier :
Étant à boire dans un cabaret, plusieurs cultivateurs racontèrent que des rats, dans une maison, avaient mangé jusqu’aux harnais des chevaux. L’un d’eux répondit : — Il y a des rats partout, mais si on leur fait la chasse on les empêche toujours de faire d’aussi grands dégâts.
— Prends garde, toi qui parles, s’écria B..., de voir avant quinze jours ton logis dévasté par les rats.
Les quinze jours ne s’étaient pas écoulés que le cultivateur auquel B... avait adressé la parole, eut chez lui une invasion de rongeurs qui mangèrent jusqu’aux couvertures des lits.
Le fils M... en écoutant cette histoire se rappela la menace dont il avait été l’objet de la part de leur voisin et, à partir de ce jour, il devint triste et sauvage.
Bientôt il ne rentra presque plus chez lui. Il errait dans les champs toute la journée et le soir allait coucher dans les arbres creux où sa mère lui portait à manger, car sans cela, il serait mort de faim.
La pauvre femme, en l’écoutant divaguer, perdit, elle aussi, la tête. Quand son fils revenait avec elle à la maison c’était pour écrire sur un livre le nom des personnes qu’il connaissait . D’un côté étaient les élus et de l’autre côté les réprouvés.
Sa mère disait dans le village : « Mon gars est un grand saint, il a des visions. »
B... quitta le pays, mais le fils M... ne guérit pas.
Au mois de février 1896, il dit qu’il fallait faire une procession dans l’église de Bain, et il écrivit à ses sœurs, qui étaient domestiques au loin, de venir se joindre à eux.
Elles obéirent, et le père, la mère, les soeurs, l’insensé et des voisins s’en allèrent tous à la suite les uns des autres du village à la ville. Le fils M... marchait en tête ayant de l’eau bénite dans une assiette et une branche de buis à la main. Il faisait le simulacre de bénir tout ce qu’il rencontrait sur son chemin : les passants, les arbres, les animaux.
Ils arrivèrent ainsi à l’église laissant sur leur passage tout le monde étonné d’une pareille mascarade.
Il leur fallait, disaient-ils, pour être guéris, toucher le pied de la bannière.
On les chassa de l’église et ils allèrent dans le cimetière bénir les tombes.
Les M... avaient laissé grandes ouvertes les portes et les fenêtres de leur maison pendant leur absence.
Une enquête fut faite par la gendarmerie et les jeunes filles, placées comme domestiques dans des fermes éloignées, déclarèrent quechaque fois qu’elles revenaient dans la maison de leurs parents, elles se sentaient malades et commençaient à déraisonner.
Le maire et le juge de paix se rendirent sur les lieux, et l’on demanda à l’autorité l’internement des trois plus malades dans un asile d’aliénés.
Lorsque l’on conduisit ces malheureux à Rennes, la voiture s’arrêta en route pour faire souffler les chevaux. Le conducteur offrit aux voyageurs de manger quelque chose. La mère demanda un morceau de pain sec et de l’eau qu’on lui apporta.
Pour les empêcher de s’évader, on pria un homme de garder la portière de la voiture. Quand la femme M... aperçut cet individu elle poussa des cris terribles en disant : « Voilà le diable ! C’est le diable ! » Et elle l’aspergea avec l’eau qu’elle avait dans l’écuelle.
La mère et la fille sont revenues guéries dans leur village ; mais le fils est toujours dans l’asile des aliénés de Rennes d’où il ne sortira probablement jamais.
Une bonne femme d’un village de la commune de Pléchâtel fut plusieurs années sans pouvoir dormir dans sa demeure parce qu’un sort lui avait été jeté.
Le long des nuits, elle avait des visions terrifiantes. Elle voyait des animaux par bandes, sortes de monstres qui lui grimpaient sur le corps et l’étouffaient.
Au début, les voisins accoururent à ses cris, mais ne virent rien. Ils entendirent seulement des bruits étranges. Ils s’habituèrent à entendre leur voisine se plaindre et gémir et n’allèrent plus la voir.
La malheureuse n’avait de repos que dans un lieu qui avait été bénit, une église par exemple ; aussi y passait-elle le plus de temps qu’elle pouvait.
Le curé de la paroisse fut appelé pour bénir la demeure de cette femme. Il entendit, lui aussi, des voix qui lui causèrent une telle peur que la sueur lui coulait sur le front. Ne pouvant surmonter son effroi, il s’écria : « Que la bonne femme fasse ce qu’elle voudra, quant à moi, je quitte cette maison dans laquelle je ne rentrerai jamais. »
Un sorcier, qui fut consulté dit à la pauvre vieille : — C’est une femme qui vous a jeté un sort. Si vous le voulez, nous pourrons la punir et lui faire beaucoup de mal.
— Non, répondit-elle, je ne le veux pas. Il y a assez de moi à souffrir sans faire souffrir les autres.
À partir de ce moment, elle n’entendit et ne vit plus rien. Elle vécut tranquille le reste de ses jours.
Il arrive quelquefois que des gens très propres soient tout à coup couverts de vermine.
Pas de doute possible, c’est un sort.
Pour se débarrasser de ces bêtes gênantes il faut aller, avant le lever du soleil, au bord d’une rivière et battre sa chemise pendant une heure avec une branche d’épine noire.
Les vaches d’un fermier du village des Riais, dans la commune de Bain, ont avorté pendantplus d’un an. Tous les remèdes usités en pareil cas n’ont abouti à aucun résultat.
— Ben sûr, dit le bonhomme, qu’un sort a été jeté sur mes bêtes.
— Faut aller à Châteaubriant, lui répondit-on, consulter le devin.
Celui-ci fit venir le fermier trois mercredis de suite, lui recommandant de partir de chez lui pendant la nuit, afin d’arriver à Châteaubriant avant le lever du soleil.
Enfin au troisième voyage il lui dit :
« Lorsqu’une de tes vaches vêlera, si c’est encore un veau mort, tu creuseras devant la porte de l’étable une fosse dans laquelle tu enfouiras le cadavre du veau, les pieds en l’air. »
Le fermier s’est conformé à ces prescriptions, et depuis ce jour le bonhomme assure que ses vaches ne mettent plus au monde que des veaux vivants et bien constitués.
À Chavagne, d’après les conseils d’un sorcier, si une vache avorte parce qu’un sort luia été jeté, il faut pendre, dans la cheminée de la ferme, le cœur même du veau mort-né, et enfoncer dedans, de temps à autre, les piquants d’un prunellier qui est, comme on sait, l’épine noire.
Une femme L***, de Bruz, fut il y a quelques années, atteinte d’une singulière maladie : Elle se mit à aboyer et à hurler comme un chien, tantôt la nuit, tantôt le jour. On l’entendait de très loin.
Elle avait, quand cette espèce de toux la prenait, des crises nerveuses effrayantes. Plusieurs personnes étaient obligées de la tenir pour l’empêcher de tomber par terre et de se blesser. Malgré tous leurs efforts, elle s’arrachait les cheveux en criant: « V’là du foin, qu’est-ce qu’en veut ? »
C’était elle qui d’habitude faisait le pain de la maison ; mais à partir du jour où un sort lui fut jeté, — car c’en était un à n’en pas douter, — elle ne fabriquait plus que du painqu’on ne pouvait manger. C’était la pâte qui levait mal ou le feu du four qui ne la cuisait pas assez ou qui la carbonisait.
Elle fut forcée de renoncer à ce travail jusqu’au moment où un sorcier de la commune de Tresbœuf, qui était aveugle et qu’on alla chercher, put déjouer le sort.
Il lui fit mettre les bras en croix pendant une heure, prononça tout le temps des paroles magiques, et lui attacha sur la poitrine un pochon en toile, autrement dit un petit sac, qui renfermait des ingrédients qui avaient ben mauvaise sente, mais qui devaient guérir la malade. Et c’est, en effet, ce qui arriva.
Dans la même commune, une autre femme devint comme folle et courait nuit et jour, les pieds nus dans les chemins et les champs, presque sans s’arrêter.
Elle avait également des crises nerveuses, perdait connaissance et marmottait des prières qui n’avaient aucun sens. On entendait seulement : « À l’heure de notre mort, ainsi soit-il, » répétés plusieurs fois.
L’aveugle de Tresbœuf conjura le sort et lui rendit la raison et la santé.
Les vieilles gens de la petite ville de Bain racontent qu’autrefois, à l’auberge de la Croix-Verte, il arriva un moment où il fut impossible d’obtenir du beurre en barattant le lait.
Un sorcier consulté déclara que c’était un sort qui avait été jeté et qu’on ne parviendrait à le déjouer qu’en allant une fois baratter le lait dans une paroisse voisine.
Le domestique de l’auberge, dont on se rappelle encore le nom, Paul Delalande, surnommé Paul Bagage, s’en alla, avec l’un des fils de la maison, dans un champ situé dans la commune de Pléchâtel.
Là, on baratta le lait, et le beurre se fit aussitôt comme par enchantement.
La prédiction du sorcier se réalisa et le sort fut ainsi déjoué.
Dans beaucoup de communes de l’arrondissement de Vitré, lorsqu’un fermier ne peut plus faire de beurre, il en cherche la raison, et la plupart du temps il découvre sur le fumier de sa cour, une espèce de champignon sans pied, large comme une assiette, qu’on nomme dans le pays un fromage blanc. C’est un sort, dit-il, qui m’a été jeté.
Pour le déjouer il faut fricasser trois pierres rondes (sortes de galets) pendant trois nuits de suite, et les lancer avec force dans la mare la plus voisine du fumier.
La première nuit, ces pierres vont frapper le jeteur de sorts et le font réfléchir. La seconde nuit, elles le font souffrir davantage, et enfin, la troisième il cède dans la crainte de voir ses souffrances augmenter. Le sort est ainsi déjoué.
Dans le patois de Châteaugiron, on appelle un jeteur de sort un encrauleur.
Une année que la récolte avait été mauvaise et que le grain était rare, un mendiant d’unvillage de la commune de Domloup revenait de demander l’aumône, un bissac sur le dos. En passant devant la demeure d’une de ses voisines qui, à ce moment, jetait du blé noir à ses poules, il dit en tendant son bissac :
— Donnez-moi une écuellée de grain, j’en ai plus besoin que vos poules.
— Non, répondit la femme, vous avez du pain dans votre bissac et mes poules n’ont rien dans le jabot.
— Vous vous en repentirez, grommela le mendiant en s’en allant.
Dès le lendemain, en effet, la fermière trouva une poule crevée au pied du perchoir sur lequel couchaient ses volailles.
Le surlendemain, pareille chose se produisit, et ainsi de suite les jours suivants.
Lorsqu’il ne lui resta plus qu’une poule, l’infortunée fermière se décida à envoyer, non pas une écuellée, mais bien une mesure de blé noir à son voisin.
À partir de ce jour, elle put regarnir sa basse-cour, les poules ne crevèrent plus dans le poulailler.
La victime de cette farce crut qu’elle avait été encraulée.
Il y a quelques années, un nommé Pierre Garnier, domestique de ferme dans la commune de Thourie, avait la spécialité de conjurer les sorts jetés sur les gens ou les bestiaux. Sa réputation s’étendait à plusieurs lieues à la ronde.
Il se rendait à domicile, ouvrait un livre magique, faisait des signes de croix sur toutes les pages et sur le dos des personnes ou des animaux ensorcelés. Il marmottait ensuite des paroles incompréhensibles qui devaient déjouer le sort presque immédiatement.
Garnier fut condamné à plusieurs mois de prison par le tribunal de Vitré pour avoir exercé ce métier, et réclamé une somme d’argent à un cultivateur qui porta plainte contre lui.
Autrefois au Pertre, dans l’arrondissementde Vitré, un homme appelé Pierre Beaugendre avait, lui aussi, le pouvoir de conjurer les sorts.
C’était un affreux petit nain, d’une laideur repoussante, couvert de vermine, parcourant la campagne habillé d’une peau de bique, hiver comme été.
Il portait sur l’épaule une grande latte à laquelle étaient clouées trois autres petites lattes, de grandeur inégale, la plus petite étant au sommet.
À ces divers bois étaient fixés des crochets auxquels pendaient des taupes presque toujours en putréfaction.
Quand on rencontrait Pierre Beaugendre par les chemins il fallait le fuir, en se bouchant le nez, tellement sa marchandise et lui-même exhalaient une odeur épouvantable.
Les animaux ainsi promenés avaient été l’objet de la part du nain de conjurations et de pratiques de sorcellerie dont celui-ci gardait le secret.
Il les portait de village en village, de ferme en ferme, pour les vendre aux ensorcelés qui avaient recours à lui.
À l’une des branches étaient les taupes qui devaient déjouer les sorts jetés sur la fabrication du beurre. Il suffisait d’en enterrer une à l’entrée de l’étable et immédiatement le lait qui ne fournissait plus de crème en donnait en abondance.
La seconde latte portait les bêtes qui devaient conjurer les maladies des poules. Il fallait également enfouir la taupe dans le poulailler et, chose étonnante, les poules malades engraissaient au point de devenir stériles. Il en était de même des coqs qui s’empâtaient de façon à être impuissants. Mais poules et coqs atteignaient les proportions, le poids et la finesse de goût du chapon et se vendaient fort cher.
Enfin à la troisième latte se trouvaient les taupes qui avaient le privilège d’empêcher les vaches d’avorter et de les préserver de toutes sortes de maux.
À une époque ou presque tout le monde à la campagne avait un sobriquet, le nomméLegaud, boulanger au Châtellier dans la commune de Pléchâtel, était plus connu sous le nom de Père Satou que sous son nom véritable.
Un mendiant, qui avait la réputation d’être sorcier, vint un jour demander l’aumône à la boulangerie du père Satou qui lui dit :
— Est-ce vrai que tu jettes des sorts et que ta spécialité est de donner des poux aux gens à qui tu en veux ?
— Oh ! père Satou, pouvez-vous croire une chose pareille ?
— Dame ! si tu me jouais un tour semblable je te jure que je te rosserais d’importance.
Le sorcier s’en alla en maugréant.
Quinze jours ne s’étaient pas écoulés que le boulanger avait sa chemise pleine de poux. Ni ses ouvriers, ni ses domestiques, ni même sa femme qui couchait avec lui, n’en étaient incommodés, tandis que lui en avait sur tout le corps et jusque dans les cheveux.
Une mendiante, qui avait entendu parler de cela, vint le trouver et lui donna l’assurance qu’elle avait le pouvoir de déjouer le sort etmême d’obliger celui qui l’avait jeté à se présenter à la porte de la boulangerie.
— Je te récompenserai si tu fais cela.
Elle acheta des clous, les fit bouillir et le mendiant revint à la porte du père Satou qui lui administra une volée de coups de bâton.
À partir de ce jour le boulanger fut débarrassé de sa vermine.
On se rappelle encore à Bain d’une pauvre mendiante, presque folle, que l’on appelait Jeanne de Bonne Rencontre.
Cette femme, elle aussi, avait la réputation de jeter des sorts.
Un cultivateur, supposant que c’était cette malheureuse qui faisait périr ses bestiaux, l’assomma au coin d’un champ.
On la trouva morte entre le Château-Gaillard et la Ferronnais, dans la commune de Pléchâtel.
[modifier] 6° Prières et cantiques
- Eau bénite, je te prends,
- Si la mort me surprend,
- Tu me serviras de sacrement.
- Je me couche dans ce lit,
- Si la mort me surprend,
- Je rends mon âme à Dieu,
- Au père qui m’a créé,
- Au Fils qui m’a racheté,
- Au Saint-Esprit qui m’a illuminé.
- Dormez, Jésus, dormez, Sauveur,
- Dormez au milieu de mon cœur.
- St-Jean, St-Luc, St-Marc, St-Mathieu,
- Les quatre évangélistes du bon Dieu,
- Soyez aux quatre cônières[15] de mon lit,
- À mon coucher, à mon lever,
- À mon trépas, quand je mourrai,
- Le bon Jésus au milieu de mon cœur.
- Soyez mes protecteurs, mes défenseurs,
- De la part du bon Dieu et de la Vierge Marie,,
- Pendant ma vie,
- Et particulièrement à l’heure de ma mort.
- Ainsi soit-il.
- L’ange Gabriel,
- Descendant du ciel,
- Dit à la Vierge ;
- — Dormez-vous ? Dormez-vous ?
- — Non, Je pense à mon enfant Jésus
- Qui est mort sur la croix,
- Les pieds cloués,
- Les bras tendus,
- La couronne d’épines sur la tête.
- Sainte Marie-Magdeleine,
- Quarantaine,
- Trois sœurs, trois vierges,
- Rencontrent saint Pierre :
- — Qui cherchez-vous ?
- — Le doux Jésus,
- — Où est-il?
- — Sur l’arbre de la croix,
- Les pieds cloués,
- Les bras tendus,
- La couronne d’épines sur la tête.
- Ceux qui diront trois fois, soir et matin,
- Cette petite oraison,
- Jamais flammes de l’enfer ne verront.
Le soir, en vous déshabillant, pensez que les bourreaux dépouillèrent Jésus-Christ pour le crucifier :
- Les pieds cloués,
- Les bras tendus,
- La couronne d’épines sur la tête.
Et dites: « Mon Dieu, faites-moi la grâce de passer une bonne nuit, meilleure que je n’ai passé la journée, et tous les jours en suivant. »
- Croix bénie, je vous salue.
- Prenez mon cœur en bonne pensée,
- Mon âme sera sauvée.
- Sainte Barbe, sainte Claire,
- Préservez-nous du tonnerre,
- Et quand le tonnerre tombera,
- Sainte Barbe me préservera.
Variantes :
- Sainte Barbe, sainte Fleur,
- Par la croix de mon Sauveur,
- Préservez-moi du tonnerre,
- Quand le tonnerre tombera,
- Sainte Barbe me gardera.
Quelques personnes riches de la ville de Rennes possèdent une petite cloche bénite à Notre-Dame de Lorette qu’elles agitent pendant les orages. Cette sonnette a le privilège, elle aussi, de préserver du tonnerre.
Dire sept fois sans respirer :
-
- — J’ai le hoquet,
- — Qui l’a fait ?
- — C’est le Jésus.
- Orémus,
- Je ne l’ai plus !
Lorsque les habitants des cantons d’Antrain et de Saint-Aubin-d’Aubigné passent, le jour, devant un calvaire ou une croix, ils se découvrent en disant :
- Croix de mon Sauveur,
- Préservez-moi de tout malheur,
- Et surtout de la damnation éternelle.
Mais après le coucher du soleil jusqu’au lever du jour, ils passent indifférents devant la croix, sans se signer, sans se découvrir, sans prier, et cela parce que, disent-ils, c’est l’heure à laquelle les âmes du purgatoire viennent demander à Dieu le pardon de leurs fautes.
Les vivants ne doivent pas distraire ces pauvres âmes qui seraient alors obligées de recommencer leur prière.
- La bonn’ Vierge et saint José,
- À Noa s’en sont allés
- À Noa ! Noa ! Noa !
- Dans l’chemin ont rencontré
- Un gentil petit pommier,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- La saint’ Vierg’ dit à José :
- — De ce fruit je veux manger,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- — Nenni, nenni, c’est péché
- De toucher à ce pommier,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- La saint’ Vierg’ fut pour en prendre,
- Le pommier s’est abaissé,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- Saint José voulut en prendre,
- Le pommier s’est relevé,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- C’est à c’moment que José
- Vit bien qu’il avait péché,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- Aux pieds de la saint’ Vierge,
- À genoux il s’est jeté,
- À Noa ! Noa ! Noa !
- « Ah ! relevez-vous, José,
- Votr’ péché est pardonné. »
- À Noa ! Noa ! Noa !
(Noël des religieuses de l’ancien monastère de Teillay, dans le canton de Bain.)
- — D’où viens-tu, bergère ?
- D’où viens-tu ?
- — Je viens d’une étable,
- Voir l’enfant Jésus,
- La Vierge sa mère,
- Saint Joseph en plus.
- — Est-il beau, bergère ?
- Est-il beau ?
- — Plus beau que la lune
- Et que le soleil ;
- Jamais sur la terre,
- On n’vit son pareil.
- — Rien de plus, bergère ?
- Rien de plus ?
- — Saint Joseph, son père,
- Saint Jean son parrain,
- Et sa bonne mère
- Qui lui donne le sein.
- — Rien de plus, bergère ?
- Rien de plus ?
- — Quatre petits anges
- Descendus du ciel,
- Chantant les louanges
- Du Père éternel.
- Allons voir cet enfant Dieu
- Tout glorieux (bis).
- C’est une vierge qui l’a conçu
- Dans une étable ;
- C’est une vierge qui l’a conçu
- Vers le minuit.
- Saint Joseph dit à l’enfant :
- « Voilà votre maman (bis),
- » Car pour moi, je ne suis pas
- » Votre vrai père ;
- » Car pour moi je ne suis pas,
- » Votre papa.
- » Votre père est dans les cieux,
- » Tout glorieux (bis),
- » Et je ne suis qu’adorateur
- » De son image ;
- » Car je ne suis qu’adorateur,
- » Son serviteur. »
- Saint Joseph dit à Jésus :
- « À l’âge de douze ans (bis),
- » Je vous apprendrai le métier,
- » De ma boutique ;
- » Je vous apprendrai le métier
- » De charpentier. »
- Saint Joseph dit à Jésus :
- « Voilà du bois pour faire une croix (bis),
- » Et cette croix vous conduira
- « Jusqu’au Calvaire,
- » Et cette croix vous conduira
- » Jusqu’au trépas. »
- — Michaud, qui cause ce grand bruit
- Que l’on a fait toute la nuit
- Tout autour de notr’ voisinage ?
- J’ai pensé me mettre en courroux
- D’entendre crier du village
- Sus, sus, bergers, réveillez-vous (bis).
- Ce bruit croissait de plus en plus,
- Il criait comme un déperdu :
- C’est trop dormir ! qu’on se réveille !
- Il répétait toujours cela :
- Bergers, venez voir la merveille
- Et vos troupeaux laissez-les là (bis).
- — Eh quoi ! Pierrot, ne sais-tu pas
- Qu’un Dieu vient de naître ici-bas ?
- Il s’est réduit dans une grange !
- Il n’a ni langes ni berceau ;
- Et dans cette misère étrange
- Tu le verras : rien n’est si beau (bis).
- — Michaud, parle plus clairement,
- Tu me mets dans l’étonnement
- Sans que je puisse y rien comprendre,
- Je t’en conjure, explique-toi.
- Mais pour te faire mieux entendre,
- Mon cher voisin, entre chez moi (bis).
- Qui t’a dit, voisin, qu’en ce lieu,
- Voulut bien s’abaisser un Dieu
- Pour qui rien n’est trop magnifique ?
- — Les anges nous l’ont fait savoir
- Par cette charmante musique
- Que l’on entendit hier au soir (bis).
- Allons, berger, car il est temps,
- Allons lui porter un présent
- Et lui faire la révérence.
- Voyez Jeannot comme il y va ;
- Suivons-le tous en diligence
- Et nos troupeaux laissons-les là (bis).
- Colin qui porte un agnelet.
- Son petit-fils un pot au lait
- Et deux oiseaux dans une cage.
- Robin, lui, porte un gâteau ;
- Pierrot du beurre et du fromage,
- Et le gros Jean un petit veau (bis).
- Nous lui fîmes tous nos présents ;
- Nos souhaits et nos compliments.
- Tout autour de lui, en cadence,
- Nous lui souhaitâm’s le bonsoir
- En lui faisant la révérence,
- Adieu, poupon, jusqu’au revoir (bis).
Les jeunes gars des villages des cantons de Bécherel, de Tinténiac, de Hédé, ont conservé une vieille coutume. Ils s’en vont dans la nuit du samedi au dimanche de la Passion, chanter devant la porte des fermes, le cantique que nous donnons ci-après.
On leur remet pour leur peine, des œufs, du cidre et des pièces de monnaie. Dans les maisons où les fermiers ne sont pas encore couchés, on invite les chanteurs à entrer, et on leur offre à boire et à manger.
Ils sont armés de perches, et lorsqu’ils sont mal accueillis, ils abattent avec leurs gaules, les têtes de choux dans les jardins et les courtils.
- Chanterons-nous la Passion
- Du doux Jésus, c’est l’oraison.
- Chantons donc tous, à haute voix,
- Vive Jésus, vive sa croix !
- Jésus descend du Paradis
- Pour venir sur la croix mouri.
- À descendre par pluie et vent,
- Pour endurer plus de tourments.
- Judas, plus traître qu’un lion,
- Vendit son maître sans raison.
- Trent’ pièc’s d’argent assurément,
- Judas vendit son Tout-Puissant.
- Trente deniers, argent reçu,
- Judas vendit son doux Jésus.
- Tu l’as vendu, tu l’as trahi,
- Sur la croix tu l’verras mouri.
- Judas, de rage et de dépit,
- Trouva un arbre et s’y pendit.
- — Judas, Judas, ne t’y pends pas,
- Demand’ ton pardon, tu l’auras.
- — Ah ! quel pardon lui demander ?
- Un Dieu que j’ai tant offensé !
- — Pardonnez, pardonnez, mon fils ;
- Pardonnez à ce peuple ici.
- — Faudra-t-il lui pardonner ?
- Il foula mon sang sous ses pieds.
- Quand les trompettes sonneront,
- Trois anges du ciel descendront,
- Diront aux morts : « Relevez-vous,
- Venez au jugement si doux. »
- Ce jugement sera si grand,
- Que l’on jug’ra petits et grands.
- Chacun de nous sera jugé,
- Suivant qu’il aura mérité.
- Ah ! qu’il fait noir, mauvais marcher !
- Le point du jour est égaré.
- Si v’n’avez ren à nous donner,
- Pourquoi nous fair’ tant espérer ?
- Le Dieu sauveur un jour viendra ;
- Ce sera lui qui pardonn’ra.
- Chanterons-nous la Passion ?
- Du doux Jésus c’est l’oraison.
- Chantons donc tous à haute voix :
- Vive Jésus ! vive sa croix !
Lorsqu’une porte reste fermée, l’un des jeunes gens chante :
- Si v’n’avez ren à nous donner,
- Donnez-nous la fill’ de l’Hôté[17],
- Un camarade la ramènera. — Alléluia,
- Alleluia, alleluia, alleluia !
Autre cantique de la Passion, chanté également aux portes des fermes, la veille du dimanche de la Passion, dans la commune de Loutehel :
- La Passion du doux Jésus,
- Vous plairait-il entendre ?
- Écoutez-la, petits et grands,
- Et prenez-y exemple :
- Quand le doux Jésus était p’tit,
- Y faisait pénitence :
- Il a jeuné quarante jours,
- Quarante nuits suivantes,
- Sans jamais ni boir’, ni manger
- Qu’une pomme d’orange,
- Que sa saint’ mèr’ l’i avait donné
- Dans sa jolie main bianche.
- Encor’ ne l’a-t-il pas mangée,
- En fit part à ses anges,
- Et à saint Pierre et à saint Paul,
- À saint Michel archange.
- Saint Pierre il a dit à saint Jean :
- — Que la misère est grande !
- Le doux Jésus l’ia répondu :
- — Vous en voirez ben d’autres ;
- Vous voirez la mer fiamboyer
- Comme un fiambeau qui fiambe.
- Vous voirez les petits oisiaux
- Mouri de sur la branche.
- Vous voirez la terre trembler,
- Et les rochers se fendre ;
- Vous voirez mon sang ruisseler,
- Tout oleva[18] de mes membres.
- Nous sommes venus vous annoncer
- Que Jésus est ressuscité,
- Ils ont chanté le Gloria. — Alléluia,
- Alléluia, alléluia, alléluia !
- Séchez les larmes de vos yeux,
- Le roi de la terre et des cieux
- Est ressuscité glorieux. — Alléluia,
- Alléluia, alléluia, alléluia !
- Pour vivre avec le roi des rois,
- Espérons au pied de sa croix,
- Que ses exemples soient nos lois. — Alléluia,
- Alléluia, alléluia, alléluia!
- Les fill’s, les femm’s ne pleurez plus,
- Car de carême y n’ien a plus.
- Ils ont chanté le Gloria. — Alléluia,
- Alléluia, alléluia, alléluia !
- J’ai un p’tit coq dans mon panier,
- Qui n’a point cor du tout chanté ;
- Au point du jour il chantera. — Alléluia,
- Alléluia, alléluia, alléluia I
Une partie du produit de la quête est portée au curé de la paroisse qui, en raison de la somme qui lui est remise, fait dire un certain nombre de messes pour les pauvres défunts.
Notre-Seigneur ayant appris que les Juifs avaient décidé sa mort, s’en alla prier dans un champ de choux. Ses ennemis le cherchaientlorsqu’une pie, perchée sur un arbre, chanta de toutes ses forces : « Dans les choux y est ! » un corbeau indigné s’écria : « Y n’y est pas ! »
Jésus ayant terminé sa prière se dirigea vers ses bourreaux qui le chargèrent de chaînes.
Plus tard, lorsque le Sauveur du monde fut cloué sur une croix, deux oiseaux vinrent se percher sur l’instrument du supplice.
Le premier était la pie de tout à l’heure qui osa encore insulter le Christ expirant. Cet oiseau, à cette époque, était sans égal. Il portait une aigrette sur la tête, sa queue était aussi splendide que celle du paon et tout son plumage avait des couleurs d’une richesse inouïe ; mais il était, hélas ! aussi méchant que superbe.
Le second était un tout petit oiseau, au plumage gris, qui s’approcha timidement du crucifié en jetant quelques cris plaintifs ; de ses ailes il essuya les larmes qui coulaient des yeux du divin Rédempteur, et de son bec, il arracha les épines qui lui entraient dans la tête.
Tout à coup, une goutte de sang, échappéedu front de Notre-Seigneur, tomba sur la gorge du petit oiseau et colora pour toujours son humble plumage. « Sois béni, lui dit le Christ attendri, toi qui prends part à mes douleurs. Partout où tu iras, le bonheur et la joie t’accompagneront. Tes œufs, auront la couleur de l’azur du ciel et tu seras désormais le rouge-gorge, l’oiseau du bon Dieu, le porteur des messages heureux. Toi, dit-il à la pie, tu seras maudite ; tu n’auras plus cette aigrette, ni ce brillant manteau dont tu t’enorgueillis et dont tu n’es pas digne. Ton plumage sera celui du deuil et du malheur. Va-t’en, méchant oiseau, tu seras forcé de construire un augeard[19] au-dessus de ton nid pour le préserver de la pluie, et, malgré tout ce que tu pourras faire, l’eau du ciel tombera sur tes petits. Quant au corbeau, ajouta-t-il, qui a cherché, ce matin, à éloigner mes bourreaux, la demeure de sa couvée pourra rester sans abri, la pluie ne l’atteindra pas.
Les paroles de Jésus ont reçu leur exécution.
[modifier] 7° Assistance publique
Nous avons, en hiver, des fourneaux économiques dans les principales villes du département d’Ille-et-Vilaine.
Les œuvres philanthropiques de cette nature remontent à la première moitié du xviie siècle. En effet, dès 1643, quelques personnes de la ville de Rennes fondèrent l’établissement d’une Marmite des pauvres pour le soulagement des indigents honteux ou malades.
Voulant s’assurer la coopération des Filles de Saint-Vincent-de-Paul, la Marmite donna, par acte du 9 septembre 1673, une rente de 450 livres à leur congrégation, pour l’entretien des trois sœurs chargées de l’administration de l’œuvre.
Les statuts portaient que la compagnie serait composée de deux supérieurs spirituels, de quatre administrateurs dits « Pères des pauvres », d’une supérieure, d’une assistante et d’un secrétaire. On y admettait, sur l’avis du conseil, tel nombre de dames et de demoiselles vertueuses dont les supérieures jugeaient l’annexion utile.
L’œuvre de la Marmite cessa avec les troubles de 1793, mais fut reprise, plus tard, par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Ces dernières continuent, de nos jours, à Rennes, et dans la même maison, la distribution de soupe et d’aliments aux indigents.
En 1894, on découvrit, à Saint-Malo, une plaque de cuivre, que l’on a conservée, et sur laquelle on lit :
« Ce bâtiment a été élevé au profit de la Marmite des pauvres malades de cette ville, sur un terrain concédé par l’ancienne confrérie de Saint-Jean, avec les dons charitablesdes personnes pieuses et par les soins de Jean François Nouail de la Villegille, administrateur de cet établissement.
» Rob. Aug. Veron archit. graphid., et operibus perfecit. »
À Vitré, la Société de secours aux indigents fut créée le 2 juillet 1655, sous le nom de « Dames de la Marmite des Pauvres ».
Les règlements de cette Société sont assez curieux pour que nous en citions quelques passages :
« Le plus grand nombre des dames qui entrent dans l’association sont mariées. Elles occupent dans le monde un rang honorable et y sont retenues par leur devoir d’épouses et de mères. Ne pouvant dès lors pratiquer de la vie religieuse que ce qui est compatible avec ces conditions, elles observeront au moins en toute leur conduite la modestie et l’honnêteté, sans cesser d’observer les bienséances ; elles éviteront autant qu’elles le pourront, les bals, les comédies, la lecture des romans, et tous les jeux blessant la charité.
» Elles s’assembleront tous les quinze jours, le jeudi, après avoir assisté à la messe du Saint-Sacrement.
» Chaque sociétaire sera chargée à son tour, de faire pendant quinze jours les provisions et de préparer le bouillon destiné aux pauvres. Elle prendra ce dernier soin chez elle où la marmite de l’œuvre sera portée avec ses accessoires, car il est bon qu’elle ne soit pas enlevée à son ménage, que ses enfants soient témoins du bien qu’elle fera, qu’ils y soient souvent associés tout jeunes, afin qu’ils se trouvent ainsi préparés à le faire à leur tour quand le temps en sera venu.
» La sociétaire en charge pourra se faire accompagner au marché et chez les pauvres par sa domestique, parce que en dérogeant aux habitudes que sa position sociale exige, elle pourrait prêter à la critique.
» Mais si la domestique porte le panier destiné aux provisions, la sociétaire fera elle-même les marchés, et dans la visite aux pauvres, elle fera l’aumône d’une pieuse pensée en subvenant aux besoins du corps. Autantqu’elle le pourra, elle ne se fera pas accompagner chez les pauvres par sa domestique, mais par une associée de l’œuvre.
» Elles iront ainsi toujours deux ensemble servir, instruire chaque jour les malades à l’hôpital, après avoir fait tout d’abord une visite au Saint-Sacrement.
» Les membres de l’œuvre suivront à l’aller et au retour le Saint-Viatique chez les malades et orneront convenablement les maisons où il est porté.
» Elles veilleront à ce que chaque défunt pauvre ait au moins une messe.
» Elles procureront un asile aux jeunes filles sortant de l’hôpital sans en avoir de convenable.
» Elles paieront l’apprentissage des enfants pauvres des deux sexes pour leur procurer un état.
» Elles auront soin que les enfants soient bien instruits de la religion et formés à la crainte de Dieu.
» Les dames de la Marmite possèdent un magasin pour serrer les provisions, le linge,les sabots, le charbon, le bois, le blé, même les vieux meubles qu’elles distribueront aux pauvres, et leurs réunions sont présidées par le curé de Notre-Dame. »
Jusqu’à l’époque de la Révolution, le mardi-gras, à Dol, tous les mendiants du pays étaient conviés à un repas que leur offrait l’évêque. L’invitation était faite à l’avance au prône de la grand’messe des églises et chapelles du diocèse.
Des tables étaient dressées dans la cour de l’évêché où tous les malheureux venaient s’asseoir.
L’évêque et son chapitre faisaient le service de table.
Après le repas, on distribuait aux convives ce qui restait de pain et de viande, et on leur remettait aussi des effets et de l’argent.
[modifier] 8° Les propos villageois
— Ça viendra, ça viendra.
— Pourquoi ça ne viendrait-il pas ? la quoue (queue) du chat est bien venue.
Oh ! c’est y une bonne fille : on ne peut li rendre le plus petit service sans qu’elle vous donne tout de suite un tour de goule (un baiser).
- Les filles de Melesse,
- N’ont ni tétons ni fesses ;
- Les filles de Betton,
- N’ont ni fesses ni tétons ;
- Les filles de Bruz,
- La chemise ne dépasse pas le cul.
Quand un homme fait un pet devant un enfant, il ne manque jamais de dire :
« Prends-le par la main et mène-le danser. »
Ou bien encore :
« Passe-le par tes dents pour voir s’il n’a pas de nœuds. »
Y n’peut tenir en place, il est comme un pet dans un penier (panier). Se dit d’un enfant qui est toujours en mouvement.
— Vous pétez, vieille ?
— Oui, Monsieu, j’cherche mes ouailles.
— Vous pétez en marchant?
— Oui y’en a un na (noir) et un blanc.
— Au diable la bonne femme et son cul !
— Hélas ! oui j’cré qui sont perdus.
Quand une fille de la campagne met un corset, les gars disent qu’elle met ses tétons àjoc. Joc est le perchoir sur lequel les poules vont se coucher.
Dans l’arrondissement de Redon on a toujours appelé le derrière d’un homme un prussien et cela bien avant la guerre de 1870.
Les enfants disent entre eux : « Ne regarde pas mon prussien. » Ou bien : « J’vas te faire embrasser mon prussien. »
Quand on voit des indigents se marier sans faire de noce, on ne manque pas dire : « C’est un mariage de pivert, ils font l’amour su le trou.
Les piverts, en effet, s’accouplent isolément et se font des caresses sur le bord du trou qu’ils ont creusé dans un arbre pour faire leur nid.
Quand des malheureux se marient et font une noce, on dit :
- « C’est une noce de bondrée,
- Chacun porte sa becquée. »
Lorsque quelqu’un s’est absenté d’un village et qu’il y revient, il s’enquiert naturellement des nouvelles du pays, et s’il demande ce qu’est devenue une personne qu’il a connue, et qui est décédée, on lui répond :
« Il y a beau temps qu’elle est dans le royaume des taupes. »
Ou bien encore :
« À faire du sucre o le dos.
» À manger des pissenlits par la racine. »
À Balazé, les gens ont la réputation d’être peu intelligents, aussi dit-on, dans tous les environs de Vitré, quand on veut parler de quelqu’un qui a l’esprit lourd et borné : C’ti là est ben de Balazé.
[modifier] 9° Les grivoiseries du foyer
Il y avait une fois, dans une paroisse des bords de la Vilaine, une fille qui était possédée du diable.
Elle faisait la désolation de ses parents qui résolurent de la conduire au curé pour la faire exorciser.
Le prêtre l’aspergea d’eau bénite et ordonna au diable de sortir.
— Je ne sortirai pas, s’écria le démon.
— Tu sortiras, répondit le curé en continuant d’asperger la fille.
Le diable, qui luttait tant qu’il pouvait, mais qui se sentait vaincu, s’écria : « Je veux bien sortir du corps de cette fille, mais pour rentrer dans le corps du sacristain. »
— Ah ! mais non, s’écria celui-ci indigné. Le curé qui commençait, lui aussi, à en avoir assez d’asperger son sujet, dit au démon : « C’est une chose convenue, tu vas sortir par la bouche de la fille et rentrer par le derrière du sacristain. »
Celui-ci, en entendant cela, fut s’asseoir dans le bénitier et s’écria :
« Qu’il y vienne maintenant ! »
Le diable qui était sorti du corps de la fille, fut poursuivi à coup de goupillon par le prêtre qui le chassa de l’église et l’obligea à retourner en enfer.
(Conté par le père Constant Tual, de Bain, couturier à la journée.)
Il est d’usage en été, à la campagne, de laisser la porte de l’église ouverte le dimanche pendant la grand’messe.
Les paysans habitués à respirer le grand air, n’aiment pas à être enfermés, et beaucoup d’entre eux se tiennent même au dehors de l’église. On les aperçoit, assis sur des billes de bois, ou sur des pierres, récitant leur chapelet.
Un dimanche, dans le petit bourg de Pierric, non loin du Grand-Fougeray, le curé était en chaire, en train de prêcher et, dansson sermon, il répétait sans cesse : « D’où vient le tort ? mes frères, d’où vient le tort ? »
Un homme appelé justement Letort, qui passait sur la place en ce moment, traînant une vache à sa remorque, crut que le curé ne le voyant pas dans l’église demandait où il était.
Il avança jusqu’à la porte et dit : « Me v’la monsieur le curé ; je viens de mener ma vache au taurain. »
Je vous laisse à penser si les fidèles éclatèrent de rire.
Le curé ordonna ce jour-là de fermer la porte de l’église.
(Conté par Langevin, couturier à Fougeray.)
Le cardinal Saint-Marc, archevêque de Rennes, était un savant et un homme d’esprit. D’un caractère gai, il aimait les joyeux propos, et se plaisait à jouer des tours à ses bons vieux curés lorsqu’il leur offrait l’hospitalité à l’archevêché.
Les paysans des bords de la Vilaine ne l’ont point oublié et aiment à rappeler ses plaisanteries lorsqu’il allait à son château du Boschet, dans la belle vallée de Bourg-des-Comptes.
Un jour, disent-ils, qu’il se promenait dans les petits chemins verts cachés sous les arbres, il aperçut une bonne femme accroupie dans un fossé.
La pauvre vieille, voyant Monseigneur qui se dirigeait vers l’endroit où elle se trouvait, s’apprêtait à se relever lorsqu’elle entendit la voix du cardinal qui lui criait : Ne bougez pas, ma bonne femme, j’aime mieux voir la foule que l’œuf.
Il y avait autrefois, à Guer, un saint homme de curé, tellement charitable qu’il donnait aux pauvres tout ce qu’il possédait, ne gardant pour lui que juste ce qu’il fallait pour ne pas mourir de faim.
C’était au point que le pauvre vieillard n’avait qu’une soutane et encore si misérable, si effiloquée, que ses paroissiens en eurent pitié et résolurent de faire une quête dans la paroisse, pour lui acheter une soutane neuve.
Comme le vénérable pasteur était adoré de ses ouailles, le produit de la quête fut plus que suffisant pour l’emploi qu’on voulait en faire. Les quêteurs voyant cela, glissèrent le surplus dans les poches du vêtement.
Jamais le curé ne s’était vu si riche ; aussi craignait-il d’être volé, et afin de conserver son argent pour soulager des infortunes, il eut l’idée de faire coudre une pièce de vingt sous, sous chacun des boutons de sa soutane. De cette façon, se disait-il, il me suffira d’enlever un bouton pour faire l’aumône.
Le sacristain, paresseux, ivrogne et mauvais sujet, qui avait vu l’ouvrière coudre les boutons, convoita la soutane, et chercha un moyen de s’en emparer. Ce n’était pas chose aisée, attendu que le prêtre ne la quittait jamais.
Un soir, le curé fut appelé près d’un malade, et comme il devait traverser un bois isolé, le sacristain s’habilla en charbonnier, se noircit la figure et s’en alla attendre le prêtre derrière un buisson.
Lorsqu’il l’aperçut, il s’élança sur lui, le saisit par le bras, et s’écria : « La bourse ou la vie. »
— Vous me prenez sans doute pour un autre ? répondit le curé sans s’émouvoir. Je n’ai rien à moi, mon ami.
— C’est votre soutane que je veux.
« Tiens, tiens, pensa le curé, le sacristain, seul, sait que j’ai de l’argent sous mes boutons, et c’est lui sans doute, qui se cache sous ce déguisement. »
— C’est toi, René Michaud, qui viens m’attendre au coin d’un bois pour me voler ? Malheureux ! je savais que tu ne valais pas cher ; mais, c’est égal, je ne t’aurais jamais cru capable d’un fait pareil.
Le brigand lui arracha sa soutane et, tout en secouant le saint homme, il répétait : « Jurez-moi que vous ne direz à personne qui je suis, ou bien je vous tue sur-le-champ.
Le curé, voyant que le misérable parlaitsérieusement, jura de ne dire son nom à personne, se réservant de le punir comme il le méritait. Or, voici ce qu’il fit :
Le dimanche suivant, au milieu de la grand’messe, à la préface, il chanta :
« Connaissez-vous Michaud René, Qu’a volé la soutane au curé, Et son argent qui était dedans ? Il a fait promettre par serment De n’en parler à homme vivant, Aussi je le chante ad Jesum Christum Dominum nostrum. »
— Monsieur le Curé, vous m’aviez juré de n’en pas parler, s’écria le sacristain.
— Je n’en ai parlé à personne, répondit le vieillard ; mais tu ne m’as pas défendu de chanter ta mauvaise action, et tu te dénonces toi-même.
Les paroissiens s’emparèrent du sacristain, et lui auraient fait un mauvais parti sans l’intervention du curé, qui l’obligea toutefois à lui payer sa soutane, et à lui restituer l’argent de ses pauvres.
À un moment le curé de M*** cessa presque de se rendre à son confessionnal. Ses paroissiens s’en plaignirent à l’évêque.
Celui-ci enjoignit aussitôt au curé de confesser toute la semaine suivante, en le prévenant qu’il enverrait son grand vicaire s’assurer si ses ordres étaient exécutés.
Le dimanche, le curé monta en chaire et dit : « Mes frères, plusieurs d’entre vous se sont plaints que je ne confessais pas assez, et m’on fait donner l’ordre de le faire toute la semaine prochaine. Je ne demande pas mieux ; mais comme vous ne pouvez pas venir tous ensemble, je vais, pour éviter un encombrement, vous assigner des jours :
- Les ivrognes viendront le lundi,
- Les voleurs le mardi,
- Les gourmands le mercredi,
- Les orgueilleux le jeudi,
- Les cotillonniers le vendredi,
- Et les autres le samedi. »
La semaine suivante, il se rendit régulièrement, chaque jour, au confessionnal, où pas un chat ne se présenta.
— Vous le voyez bien, dit-il au vicaire géneral, c’est une farce qu’ils ont voulu jouer à Monseigneur : pas un seul pénitent n’approche du tribunal.
— C’est vrai, répondit le grand vicaire, j’en rendrai compte à Sa Grandeur.
(Conté par M. de L..., de Loutehel.)
Une fille se rendit à confesse et dit :
— Oh! mon père, j’ai péché mortellement, il n’y a point de pardon pour mes fautes.
— Qu’avez-vous donc fait ? mon enfant.
— J’ai tué ma mère, j’ai empoisonné mon père, j’ai laissé mon fruit perdre, et j’ai donné mon corps aux gars.
— Je viens de voir votre père à l’instant ; vous n’avez donc pu l’empoisonner.
Vous me semblez surexcitée, allez-vous-en, et revenez dans quelques jours m’expliquer ce que signifient les paroles que vous venez de prononcer.
La fille retourna à confesse et s’expliquaainsi : « Quand ma mère m’a mis au monde, elle est morte.
» L’autre jour, j’ai fait un pet devant mon père qui m’a dit : « Va pu lin, vilaine bête, tu m’empoisonnes. »
» J’ai mieux aimé laisser pourrir les fruits du courtil que de les donner au pauvres. »
— Ça c’est mal, mon enfant.
« Enfin j’avais lavé mon corset, et l’avais mis à sécher sur une haie lorsque Gros-Jean, est passé par là, qui a voulu le prendre. J’avons tiré chacun de notre bout, mais il a été le plus fort et il a emporté mon cor, mon cor, mon corset. »
(Conté par la femme Delamarre, de Bruz.)
Il existe dans la commune de Goven, à trois kilomètres de ce bourg, sur la route de Baulon, une vieille chapelle appelée Notre-Dame-de-l’Ermitage. Son nom lui vient,paraît-il, de ce qu’un ermite, — qui, croit-on, fut saint Thurial, — habita jadis ces lieux déserts.
Cette chapelle, qui est l’objet dans le pays de la légende suivante, était autrefois desservie par le clergé de Goven :
Un jour, le curé ayant appris que des voleurs dévalisaient les églises des environs, donna l’ordre à son domestique, qui remplissait également les fonctions de sacristain, d’aller fermer à clef la chapelle, dont la porte restait ordinairement toujours ouverte.
Justement ce jour-là, le curé n’ayant pas été satisfait du travail de trois ouvriers qu’il occupait au presbytère, se contenta de payer leur salaire sans leur offrir gracieusement, comme il avait l’habitude de le faire, le repas du soir.
Ces hommes mécontents résolurent de se venger : Deux d’entre eux prirent dans le fruitier du presbytère des noix et des poires blettes ; puis ils conseillèrent au troisième de se glisser la nuit dans l’étable et d’y dérober un jeune agneau qu’un paroissienavait offert à son pasteur. — « Tu viendras nous rejoindre, lui dirent-ils, dans la chapelle de l’Ermitage où nous t’attendrons. Là, nous cuirons la bête, et nous ferons bombance. »
Lorsque le domestique du curé arriva près de la chapelle, il entendit un tel tapage, qu’il s’enfuit au presbytère, où il raconta à son maître que les saints étaient en révolution. Pendant que les uns s’embrassaient, ajouta-t-il, — parce qu’il avait entendu le bruit des lèvres sous les poires molles, — les autres se donnaient des claques, — parce qu’il avait perçu le bruit que faisaient les voleurs en cassant leurs noix à coups de pierre.
Le curé, gros et goutteux pouvait à peine marcher, et cependant il voulut voir ce qui se passait dans sa chapelle. « Porte-moi sur ton dos, dit-il à son domestique. »
Celui-ci, fort comme un Turc, le chargea sur ses larges épaules et s’en alla vers l’Ermitage.
Entendant le pas lourd du sacristain et prenant le surplis blanc du curé pour l’agneau,les deux voleurs dirent ensemble à celui qu’ils croyaient être leur camarade: — Est-il gras ou maigre ? Apporte-le vite, qu’on le tue.
Le domestique, plus mort que vif, en entendant ces paroles répondit : — Maigre ou gras, le v’la, et il jeta le malheureux curé par terre, en se sauvant à toutes jambes vers Goven, où il raconta tout ce qu’il avait entendu dans la chapelle.
Lorsque les habitants de Goven se rendirent à l’Ermitage, ils furent d’autant plus convaincus que les événements racontés par le sacristain étaient vrais, qu’ils trouvèrent leur curé mort, étendu par terre, le crâne brisé sur un caillou.
À partir de ce moment, la messe ne fut plus célébrée dans la chapelle qui devint un objet de frayeur pour tout le monde. On ne passait devant elle qu’en se signant, croyant toujours que les saints étaient en révolution. On affirmait même qu’on les entendait la nuit se livrer à des scènes épouvantables.
Ce ne fut qu’au lit de mort de l’un des voleurs que la vérité fut connue. Il fit la révélation du larcin qu’il avait commis, et expliqua les suites terribles qui en furent la conséquence.
Le garde champêtre de la commune de Noë-Blanche était plus connu sous le sobriquet de Mille-Boutons que sous son nom véritable, et cela, parce que lorsqu’il revint du service militaire, il avait son costume de chasseur à cheval avec de gros boutons de plomb sur la poitrine.
Un jour, au marché de Bain, il aperçut un braconnier condamné par le tribunal à une amende de chasse et qui venait de toucher le prix d’une vache. Il saisit l’infortuné paysan au collet et le conduisit devant le Contrôlou. Les receveurs de l’administration des Domaines ne sont pas désignés autrement dans nos campagnes.
— M. le Contrôlou, dit Mille-Boutons, voici un délinquant que je vous amène. C’est JeanChopin, un mauvais sujet, un mauvais garnement qui se moque de la municipalité, de M. le Maire et de MM. les Adjoints, mais qui ne se moquera pas de vous, M. le Contrôlou, c’est moi qui en réponds. Il a de l’argent, il va payer, il va abouler !
— Té ta donc, té ta donc, répétait Jean Chopin d’un air ahuri, — car il n’avait pas ménagé les chopines en vendant sa vache, — tu causes trop, tu ennuies M. le Contrôlou.
— Tu auras beau dire, beau faire, reprit Mille-Boutons furieux, tu n’es qu’un chenapan : Tu as fait ton fossé sur les communs et tu n’en as pas le droit, aussi tu l’abattras, sois-en sûr, oui tu l’abattras ras pied ras terre, c’est moi qui te le dis, car vois-tu, Jean Chopin ! j’ai prêté serment à la République de l’Empire, ma tête en dépend, tant pis pour ton cul !
Une fille de Combourg s’en alla à confesse à son curé qui lui dit après l’avoir écoutéeattentivement : « Vous me reviendrez dans quinze jours, ma fille, et je vous donnerai l’absolution. Allez et ne péchez plus. »
La fille, qui avait l’oreille un peu paresseuse, crut avoir entendu : « Allez et ne pissez plus. »
Singulière pénitence qu’il m’a donnée là. Rester quinze jours sans pisser me parait bien difficile. Je n’sai pas si je pourrai y’attendre. Enfin j’essaierai tout de même.
La malheureuse resta douze jours sans boire et sans satisfaire ses petits besoins ; mais n’y tenant plus, elle courut au presbytère et dit au curé : « Monsieur le Curé, ce n’est pas possible, je ne pourrai jamais rester quinze jours sans pisser, je souffre trop ; malgré moi ça m’échappe. »
— Ma fille, que dites-vous là ? Jamais je ne vous ai donné pareille pénitence. Je vous ai dit : « Allez et ne péchez plus. »
— Ah ! mon Dieu ! si j’avions su ! Ciel ! quel bonheur ! et la fille alla s’accroupir au pied du château de Combourg. Elle pissa pendant trois heures et toutes les pierres quise trouvaient sur le coteau roulèrent dans l’étang et formèrent le barrage que l’on voit encore aujourd’hui.
(Conté par le nommé Pierre, barbier à Rennes.)
Une vieille femme veuve, qui vivait avec son fils presque idiot, tombe malade et envoie chercher le médecin.
Celui-ci arrive, lui tâte le pouls, lui regarde la langue et lui demande :
— Allez-vous bien à la selle ?
— Ah ! grand Dieu ! à la selle ; j’n’avons seulement pas un pauvre penêt[20].
— C’n’est pas ça que j’vous demande. Chiou ben ?
— Peuh ! je chie, je n’chie pas, j’chie tout de même. Hier au sa[21], dans le courtil, j’en ai fait gros comme une runche[22]. Pelo[23], prendsM. le guérissou[24] par la main et mène-le dans le courtil.
Le guérissou se laisse faire et revient près de la malade.
— Vous mangez bien malgré votre maladie.
— Peuh ! je mange, je n’mange pas, j’mange tout de même.
C’matin, Pelo m’a cuet[25] un poulet, j’ai mangé les dou zailes, les dou quesses et la corporaille[26], Pelo a mangé le reste.
Un jour, la malade tombe de son lit, se fait des meurtrissures et le guérissou dit à Pelo que des sangsues sont nécessaires. Le gars achète des sangsues, les fricasse et les fait manger à sa mère.
La bonne femme n’allant pas mieux, le guérissou ordonne des bains.
— Tu mettras le doigt dans l’eau, dit-il à Pelo, et comme cela tu verras si elle n’est pas trop chaude.
— Oui, monsieur le guérissou.
Le gars, qui n’aimait pas plus l’eau chaude que l’eau froide, ne mit point le doigt dans la cuve. Il y trempa les dents d’une fourche qui nécessairement ne se plaignit point.
Voyant cela, il prit sa mère à moitié morte dans son lit, et la déposa dans un bain d’eau bouillante.
La bonne femme faisait des grimaces épouvantables et le gars disait : « Ça lui fait tout de même du bien, car la v’la qui rit. »
Les voisins arrivèrent et s’empressèrent de retirer la vieille du bain ; mais il était trop tard, la bonne femme était cuite.
— Comment ! malheureux, dirent-ils à Pelo, tu as tué ta mère.
— Nennin[27] ben sûr ; j’s’avais ben que memin[28] ne m’aimait point, c’est un tour qu’elle a v’lu[29] me jouer.
(Conté par le père Constant Tual, couturier à Bain.)Une fille de la commune de Saint-Senoux, fut à confesse à son curé et s’accusa d’avoir pris un tour de lit.
— Il faut le rendre, mon enfant, lui dit le prêtre.
— Je n’ose le porter.
— S’il en est ainsi, apportez-le-moi au presbytère, et je ferai la restitution.
— Je vous remercie bien ; ce sera un grand service me rendre. Je vous le porterai demain.
De retour chez lui le curé dit à sa servante : « Une fille doit m’apporter un objet que je ne connais pas. Si je ne suis pas là, vous ne regarderez pas ce que c’est et vous le monterez dans ma chambre. »
Dès le lendemain matin, pendant que le cure disait sa messe, la fille se rendit au presbytère et remit à la domestique un panier fermé pour M. le Curé.
Lorsque celui-ci rentra, sa chambrière lui dit : « J’ai porté dans votre appartement unpanier très lourd qu’une jeune fille m’a remis pour vous. »
Le naïf pasteur alla ouvrir le panier et découvrit, devinez quoi ? Un enfant nouveau-né.
Il comprit alors seulement ce que c’était qu’un tour de lit.
Le dimanche suivant, il dit en chaire : « Les filles qui auront pris des tours de lit sont priées de les garder chez elles et de ne plus les apporter au presbytère. »
(Conté par Fine Daniel, de Bruz.)
Un malin paysan vit un jour un lièvre qui se sauva à son approche,
— Va-t’en chez M. le Curé, lui cria le bonhomme.
Quelques jours après, il rencontra le prêtre et lui dit: — Je vous ai envoyé un lièvre.
— Ah ! merci mon ami, ça se trouve à merveille, j’ai des amis qui viennent me voir, et je les régalerai.
Quand il rentra au presbytère il dit à sa servante en se frottant les mains :
— Ah! Gertrude, bonne affaire, bonne affaire, nous avons un lièvre.
— Comment ! un lièvre? Où est-il ?
— Tu n’as pas reçu un lièvre ?
— Non assurément.
— Ah ! le père Gicquel s’est moqué de moi.
À quelque temps de là, le curé vit le paysan et lui fit des reproches.
Dame! monsieur le curé, j’ai vu un lièvre comme je vous vois et je lui ai dit d’aller au presbytère, mais l’animal est peut-être bien un hérétique qui a eu peur de vous.
(Conté par Jean Jumel, de Bain.)
Un gars de Bourg-Barré s’en alla à confesse, et déclara qu’il avait embrassé une fille.
— Pour ta pénitence, lui dit le curé, tu diras neuf chapelets.
— C’est beaucoup, répondit le gars ; ne pourrais-je en faire dire la moitié par un ami ?
— Oui, tu peux le faire.
— Eh bien ! monsieur le curé, vous qui sans cesse répétez que vous êtes mon meilleur ami, dites-en donc les trois quarts.
Et le gars sortit précipitamment du confessionnal.
(Conté par Anne-Marie Turpin, de Bourg-Barré.)
Une bonne femme de Goven avait été invitée à une noce, et elle se faisait une joie d’y aller.
Son homme mourut subitement, et l’enterrement fut fixé précisément le jour de la noce.
Qu’on juge du double chagrin de la bonne femme.
Elle aimait tout de même ben son défunt Pierre, car, quand il fut mort, elle se mit à sangloter en montrant le trou qui se trouve dans la muraille de la ruelle du lit, et qui sert ordinairement à mettre la tabatière et le mouchoué.
V’la le trou, disait-elle, où mon défunt Pierre mettait son pauv’ bou, son pauv’ bou, son pauv’ bounet.
Malgré cela, ne pouvant se consoler à l’idée de ne pas faire ripaille à la noce, elle s’en alla trouver une voisine et lui dit : « Si tu voulais aller pleurer pour ma à l’enterrement de mon homme, je te donnerais deux boissiaux de grains ratis[31].
La voisine accepta, et pleura tant et tant que tout le monde lui fit des compliments. La veuve, en entendant cela, ajouta : « Puisque t’as si ben crié à l’enterrement de mon bonhomme, je t’avais promis deux boissiaux de grains ratis, je te les donnerai chûppés[32].
(Conté par Victoire Hubert, servante de M. de la Plesse, à Bruz.)
Un pauvre homme étant tombé dangereusement malade, on alla bien vite chercher le curé, qui venait de terminer sa messe, et qui se rendit immédiatement dans le village habité par le moribond.
Quand il eut administré ce dernier, le curé demanda si on pouvait lui donner à manger, car il était à jeun.
— Hélas, nous n’avons que du pain noir et du beurre, monsieur le curé.
— Vous avez bien des œufs.
— Oh ! pour cela, oui. Et on alla lui chercher des œufs dans le poulailler.
Le prêtre fit un trou dans les cendres du foyer et y mit les œufs à cuire, mais auparavant cracha dessus.
Un petit gars qui était assis au coin du foyer lui demanda : « Pourquoi crachez-vous dessus ? monsieur le curé. »
— Pour les empêcher de péter, mon garçon.
— Oh ! vous devriez ben cracher au cul de ma mère, car elle pète toute la journée.
(Conté par M. Dupont, ancien receveur d’octroi, à Rennes.)
Le vieux château de la Fonchaye-Baron, situé dans la commune de Saint-Malo-de-Phily, est aujourd’hui en ruines. Il ne reste plus qu’une tour et des pans de mur permettant de juger de son importance. Tout à côté est un vieux chêne qui fut le contemporain des anciens barons. On voit encore l’emplacement de la chapelle, le jardin en terrasse, et dans un coin de rocher, quelques constructions qui servirent de chenil à la meute du seigneur.
Les barons de la Fonchaye ont laissé dans le pays, une détestable réputation de libertins. On remarque dans un pan de mur du château un trou sombre qu’on appelle la chambre à la fille. C’est une sorte de cachot où fut enfermée et où est morte, dit la légende, une jeune fille qui refusa d’être la maîtresse du seigneur Barthélémy Lambart, qui vivait vers 1714. Voici d’ailleurs comment mourut ce seigneur de la Fonchaye :
Il était allé, en compagnie de plusieurs hobereaux du voisinage, se divertir à Lohéaclorsqu’il aperçut dans une rue de la ville[33], une fillette fort jolie à laquelle il intima l’ordre de le suivre.
La pauvre enfant aurait bien voulu fuir, mais craignant d’encourir pour elle et sa famille la colère du seigneur et maître, elle se laissa conduire et enfermer dans une chambre d’auberge. Le baron tout guilleret, mit la clef dans sa poche, et s’en alla rejoindre ses amis, bien décidé à emmener le soir la captive à la Fonchaye.
Qu’on juge du chagrin de l’infortunée jeune fille qui était sur le point d’épouser un petit couturier de Lohéac et qui se demandait si ce dernier consentirait à la prendre pour femme lorsqu’elle reviendrait du château.
Pendant qu’elle faisait ces tristes réflexions, elle aperçut justement par la fenêtre ouverte le couturier qui passait dans la rue. L’appeler et lui compter ses infortunes fut l’affaire d’un instant.
Le fiancé consola de son mieux sa promise et lui jura de la délivrer.
Il entra à cet effet dans l’auberge où de nombreux rouliers étaient à table et riaient, sous cape, du sort réservé à la jeune fille que le seigneur de la Fonchaye venait d’enfermer.
En voyant cet encombrement de voyageurs, le petit couturier jugea d’un coup d’oeil que ses services seraient bien accueillis. Il s’offrit pour tourner la broche, ce qu’on accepta avec empressement.
Une grosse maritorne venait à chaque instant arroser les viandes et s’assurer qu’elles cuisaient convenablement. Le couturier, profitant de ce va-et-vient, demanda à la fille si elle ne connaissait pas un moyen de lui permettre de voir sa fiancée. La servante se fit d’abord tirer l’oreille ; mais le cuisinier improvisé semblait si malheureux et devint si suppliant, qu’elle lui avoua posséder une double clef et ajouta : « Je vous la confie, mon pauvre José, mais prenez garde de me compromettre, car je pourrais bien avoir, moi aussi, le sort de votre fiancée. »
José n’écoutait plus la servante, et était déjà dans la chambre de sa promise, à laquelle il dit :
« Changeons de costume : donne-moi tes hardes, prends les miennes et décampe au galop. »
La jeune fille ne se le fit pas répéter deux fois. Elle s’empara des culottes que José lui tendait, les mit comme si elle n’avait fait que ça toute sa vie, endossa le gilet, le touron, et enfin se coiffa du chapeau à larges bords, qui acheva de la transformer complètement. Elle descendit ensuite prestement l’escalier et se sauva sans être reconnue.
Le petit couturier, resta dans la chambre, et procéda à une toilette minutieuse. Il achevait de se lisser les cheveux en bandeaux lorsque la servante, inquiète de ne pas le voir revenir, monta l’escalier. Le gars qui l’entendit prit aussitôt son mouchoir pour se cacher la figure et fit semblant de sangloter.
La fille ne se douta de rien, et crut que le fiancé était parti. Elle allait même adresser des consolations à la pauvre enfant qui fondait en larmes, lorsque les voix retentissantes des rouliers la rappelèrent à l’office. Elle sortit précipitamment de la chambre en fermant la porte à clef.
La journée s’écoula et les rouliers s’en allèrent dormir dans le foin des écuries.
José commençait à croire que le seigneur ne songeait plus à ses amours et s’en était allé au château. Mais non, vers dix heures, un domestique amena deux chevaux devant l’auberge. Le baron arriva à son tour, fit monter la jeune fille en croupe derrière lui et partit au galop. Son garçon le suivait à une distance respectueuse.
Arrivé à la Mélatière, manoir voisin de la Fonchaye, le seigneur mit pied à terre, fit descendre le petit couturier, attendit son domestique auquel il dit tout bas, en lui jetant la bride de son cheval : « Rentre seul, et si tu entends crier ne t’en inquiète pas. »
Pourquoi n’allait-il pas jusqu’à la Fonchaye ? c’était, suppose-t-on, parce qu’il avait déjà une favorite qu’il craignait de contrarier en amenant bruyamment une rivale. C’était peut-être aussi pour tout autre motif.
Toujours est-il que le baron voulut rester dans les champs. Ne s’avisa-t-il pas de passer le bras autour de la taille de son compagnon de route ? Or José qui n’attendait qu’une occasion, attira de dessous sa jupe un solide gourdin dont il appliqua, en se trémoussant comme un diable, de vigoureux coups sur la tête du galant.
Ce dernier, surpris d’une pareille attaque, ne put même pas se défendre et roula par terre en poussant des cris déchirants.
Son domestique l’entendit ; mais comme il avait reçu l’ordre de ne pas s’en inquiéter, il continua tranquillement son chemin.
Le couturier cessa de frapper quand le seigneur eut perdu connaissance.
Le lendemain, des paysans en allant aux champs, rencontrèrent leur maître gisant sur le sol et respirant à peine. Ils le transportèrent chez lui où il ne tarda pas à rendre le dernier soupir.
(Conté par Lelièvre, menuisier sur le bord de la route près du bourg de Lohéac.)
Le marquis de Coenten-faô, seigneur deSion et de la Roche-Giffart, était à la fin du xviie siècle, la terreur de ses vassaux, et surtout des cordeliers du couvent de Saint-Martin, situé près du château de la Roche, dans la forêt de Teillay.
Un moine de Saint-Martin, avait, en dépit du châtiment auquel il s’exposait, l’habitude de tendre des collets dans la forêt pour alimenter le garde-manger du couvent, de lièvres, de lapins, de bécasses. Il eut beau se cacher, il fut un jour surpris par un garde et amené devant son seigneur.
Celui-ci, furieux de voir qu’on l’avait bravé, se précipita dans la cour du château, saisit un coq qui s’y trouvait l’apporta au moine et lui dit :
— Tue ce poulet comme tu voudras être tué, car je te jure que tout ce que tu feras sur lui je le ferai sur toi.
— Vous le jurez ? dit le moine.
— Oui, je le jure.
Alors le cordelier enfonça un doigt jusqu’à la troisième phalange dans le derrière du coq, le retira, se le mit dans la bouche et regarda bien en face le marquis, en disant :
— Vous ferez cela.
Le seigneur de la Roche-Giffart, malgré sa colère, ne put s’empêcher de pouffer de rire et s’écria :
— Non. Tu es plus fort que moi ; je n’aurais jamais eu pareille idée. Je te fais grâce pour cette fois ; retourne à ton couvent et ne t’avise plus de prendre mes lièvres.
(Conté par M. Chaillou, ancien instituteur à Ercé-en-Lamée.)
Vers 1860, M. Féart, préfet de l’Ille-et-Vilaine, donna à la préfecture un grand bal auquel furent invités tous les maires du département.
Le maire de G*** était absent lorsque son invitation arriva chez lui. À son retour, sa femme lui dit : — Notre préfet, M. Feillard, donne une veillois et t’a écrit pour y aller.
— C’est tout de même ben honnête de sa part d’avoir songé à ma, aussi je m’y rendrai coûte que coûte.
— Et tu feras ben, notre homme, réponditla femme du maire qui regrettait ben un petit de ne pas être invitée.
Le jour venu, le premier magistrat de G*** mit son plus beau touron et attela sa jument à la carriole.
Au moment où il allait partir, sa femme lui apporta son parapluie en lui recommandant de ne pas le perdre. « Si l’iau venait à chai cette net[34], ajouta-t-elle, tu gâterais tes biaux habits. »
La jument, — une bonne trotteuse, ma foi, — fit feu des quatre pieds et ne s’arrêta en chemin, comme elle avait l’habitude de le faire, que juste le temps de permettre à son maître d’avaler quelques bolées dans les cabarets qui se trouvaient sur le bord de la route.
Arrivé à l’auberge du Petit-Caillou, en face l’École Normale, le maire mit sa jument à l’écurie, prit encore deux ou trois bolées et se dirigea vers la Préfecture.
Mon doux Jésus ! s’écria-t-il, en voyant les illuminations qui éclairaient tout le contourde la promenade de la Motte, le feu est à la Préfecture.
Une vieille femme qui se trouvait près de lui le rassura, et lui dit que c’était toujours ainsi quand il y avait bal chez le préfet.
Comme il allait franchir la grille de l’Hôtel, un agent de police voulut l’empêcher de passer, mais il se rebiffa en criant : « Rangeous don[35], j’sais le maire de G***, et j’ai mon invitation dans ma poche. »
Arrivé au bas de l’escalier où les équipages défilaient sans interruption, un huissier de service voulut le débarrasser de son parapluie, mais le bonhomme lui dit : « Jamais de la vie ! tu me le bézerais p’t’être[36]. »
À la porte du bal, pareille scène se renouvela, mais le maire se cramponna à son rifflard en s’écriant : « Pas pu à ta qu’à l’autre ! »
Et il entra dans la salle des fêtes. Le préfet qui recevait ses invités, lui tendit la main et le remercia d’être venu à sa soirée.
« L’honneur est devers ma, » répondit le maire.
Il alla s’asseoir dans un fauteuil placé dans une embrasure de fenêtre et regarda entrer les généraux et officiers de tous grades, les fonctionnaires en uniforme et les beaux messieurs en habit et en cravate blanche.
Un garçon qui portait un plateau couvert de glaces, s’arrêta devant lui.
— J’aimerais mieux une bolée, dit le maire, mais puisqu’il n’y en a pas ici, faut ben que je me contente de ce que tu m’offres.
Lorsqu’il goûta la glace, il poussa un juron: « Bougre ! que c’est fré ! venir de si lain pour manger de si mauvais ca. »
Les danses commencèrent, et lorsqu’il leva les yeux et qu’il vit les dames qui, par derrière, montraient leurs épaules nues et, par-devant, la rote[37] aux puces, il fut scandalisé.
Il se leva indigné et s’en alla vers M. Féart, auquel il dit : « Je m’en vas, monsieur le préfet, votre maison est mal tenue ! »
Au temps jadis, le curé de Chavagne, en allant dîner chez son confrère de Bruz, passa devant la porte ouverte de l’un de ses paroissiens qu’il connaissait particulièrement. Il eut l’idée d’entrer pour lui dire bonjour.
Il ne vit dans l’unique pièce de la maison qu’un petit gars qui, une cuillère de bois à la main, regardait dans une casserole qui bouillait sur le feu.
— Que fais-tu là, mon gas ?
— Je mange les allants et venants, monsieur le curé.
— Comment, tu manges les allants et venants ?
— Oui, j’ai mis à cuire des petits pois dans la casserole, et tous ceux que l’eau bouillante fait monter, je les pêche avec ma cuillère et je les mange.
— Et ça t’amuse ?
— Ben sûr ! monsieur le curé.
— Où est ta mère ?
— À faire un trou pour en boucher un autre.
— Que dis-tu là ? mon garçon.
— La vérité, monsieur le curé : elle est à emprunter de l’argent pour payer notre maître.
— Et ton père, lui, où est-il ?
— Ah ! il est à rendre un service à un chrétien qui ne le lui rendra jamais.
— Tu n’en sais rien, mon enfant ; il ne faut pas douter ainsi de la reconnaissance des gens.
— Je suis ben sûr de ce que je dis, monsieur le curé ; mon père est à porter un mort en terre, qui ne pourra jamais lui rendre le même service.
— Drôle de garçon, pensa le curé, qui ajouta : — Mais tu as une sœur aussi, où est-elle?
— Elle est là-haut, dans le grenier, à pleurer les joies du temps passé.
Le prêtre s’en alla en disant : « Voilà un gars qui a trop d’esprit, il ne vivra pas. »
(Conté par la femme Delamarre, de Bruz.)
Un vieil avare avait sa femme bien malade et ne lui donnait aucun soin.
Lorsqu’elle fut à la dernière extrémité, il eut tout de même peur que ses voisins l’accusassent de l’avoir tuée, et il fit venir le médecin.
La pauvre vieille marmottait entre ses dents : « J’bairais ben un coup de vin ; j’bairais ben un coup de vin. »
Le médecin qui ne comprenait pas demanda au mari :
— Que dit-elle ainsi ?
— J’fil’rai ben du brin[38] ; j’fil’rais ben du brin.
— Ma pauvre femme, dit le guérissou, vous n’êtes pas en état de filer.
— J’bairais ben un coup de vin, répétait la pauvre femme.
— C’est inutile, vous ne le pourriez pas.
« Votre femme est bien malade, mon brave homme, dit le médecin en se tournant vers levieillard ; elle est surtout très faible et il faudrait lui donner des œufs dans son bouillon. »
— Oui, monsieur le guérissou, j’li donnerons du bouillon d’oeufs.
Quand le médecin fut parti, le vieil avare mit des œufs à bouillir, les mangea et fit boire l’eau à la malade.
La pauvre vieille à un pareil régime ne tarda pas à s’en aller dans le royaume des taupes, au grand contentement de l’avare qui regrettait jusqu’à l’eau qu’il donnait à sa malheureuse femme.
(Conté par Fine Daniel, de Bruz.)
Une femme voyant son mari près de trépasser appela ses enfants près du lit de Leur père, et craignant que celui-ci vînt à mourir sans avoir reçu les derniers sacrements se chargea elle-même de l’administrer.
Elle terminait l’opération lorsque le ministre de Dieu arriva.
— Dame ! monsieur l’curé, dit-elle, v’s’arrivez trop tard, j’ons fait l’ouvrage moi-même.
— Mais, ma brave femme, cela n’appartient qu’au prêtre de donner l’Extrême-Onction. Comment avez-vous fait ?
— J’ons pris un bouchon de filasse o de l’huile, et j’ons prononcé ces paroles en lui frottant les extrémités :
« D’mandez pardon au bon Jélu, vilaine bête, de tout c’que vos foutus yeux ont vu et qui n’devaient pas va. »
« Demandez pardon au bon Jélu, vilaine bête, de tout c’que vos foutues oreilles ont entendu et qu’elles ne devaient pas entendre. »
« D’mandez pardon au bon Jélu, vilaine bête, de tout c’que vot’ foutue bouche a juré après ma. »
« Demandez pardon au bon Jélu, vilaine bête, de tout c’que vos foutues mains ont bité et qu’elles ne devaient point biter. »
« Demandez pardon au bon Jélu, vilaine bête, de tout c’que vos foutus pieds m’ont donné d’coups dans le derre. »
« Après ça j’li di : Raidis les jarrets, écale[39] les orteils, fous le camp, et n’nous regrette pas pu que je n’te regrettons. »
(Conté par Constant Tual, couturier à Bain.)
[modifier] 10° Pronostics, dictons, locutions communes, proverbes, devinettes
On appelle pointe du croissant, les huit premiers jours de la nouvelle lune, et le décours de la lune le dernier quartier.
Pendant la pointe du croissant, si on émonde des arbres, les branches au lieu de pousser droit vers le ciel, décrivent une courbe disgracieuse.
Il en est de même pour beaucoup de travaux, exemples :
Si on fait le cidre, ou si on le soutire, il y aura de la lie mélangée au liquide.
Les pommes de terre semées donneront beaucoup de pampres et peu de légumes.
Les poireaux et laitues monteront très vite en graine.
Il y a cependant une exception pour le premier vendredi du croissant. On peut, ce jour-là, arriverait-il le lendemain de la nouvelle lune, émonder les arbres, faire le cidre, le soutirer et semer ou piquer toutes sortes de légumes.
Les enfants, au contraire, qui naissent dans la pointe du croissant deviennent forts et vigoureux, tandis que ceux qui viennent au monde dans le décours sont généralement faibles et chétifs.
Tous les travaux exécutés dans le dernier quartier de la lune, réussissent toujours mieux qu’à un autre moment.
Les petits pois ne lèvent pas si on les sème les trois premiers jours, les trois du milieu et les trois derniers du mois de mai.
Les haricots, semés ces jours-là, lèvent borgnes, c’est-à-dire qu’ils n’ont qu’une feuille au lieu de deux.
Il ne faut pas couper les cheveux dans le décours, parce qu’ils repoussent moins vite.Taillés dans le croissant, ils allongent très rapidement.
Autrefois, les filles et femmes de la campagne vendaient leurs cheveux à des marchands pour des mouchoirs ou des colifichets.
Je me souviens avoir vu, au marché de Bain, des normands faire tomber, sous leurs ciseaux, les plus splendides chevelures du monde, et cela pour des mouchoirs de coton mauvais teint.
Seulement les paysannes ne consentaient jamais à se laisser couper les cheveux ni en mai, ni en août, parce que, prétendaient-elles, ils repoussaient difficilement.
Il ne faut pas se couper les ongles dans la pointe du croissant, ni les jours qui ont un R dans leur nom, ou il vous vient autour de l’ongle une petite excroissance de peau que l’on nomme croissant et qui fait souffrir.
- Du brouillard dans le décours,
- De la pluie sous trois jours.
Quand le ciel est rouge au coucher du soleil, signe de vent pour le lendemain.
S’il est moutonné (floconneux), signe de pluie dans les trois jours.
Quand un cercle entoure la lune, s’il est éloigné d’elle, signe de pluie, s’il est proche, signe de beau temps.
-
- Année ventouze (année de vent),
- Année pommouze (année de pommes).
(Vitré.)
-
- La neige en janvier
- Vaut du fumier.
(Tout le département.)
-
- À la chaire du bon saint Pierre (18 janvier),
- L’hiver s’en va s’il ne se resserre,
(Liffré.)
-
- Quand il tonne en janvier,
- Ça fait le cimetière bosser
- Et les louves avorter.
(Guipry.)
-
- À la Chandeleur,
- Les jours croissent de plus d’une heure.
(Partout.)
-
- Quand à la Chandeleur il éclaire (si le soleil brille),
- C’est que l’hiver est au derrière.
(Partout.)
-
- Si le soleil luit à la sainte Eulalie (12 février),
- Il y aura pommes à cidre à folie.
(Lohéac.)
-
- En février
- Bon mesle (merle) doit nicher.
(Dourdain).
-
- Semer les poireaux le jour sainte Agathe (5 février),
- Un brin en vaut quatre.
(Chasné.)
-
- Février emplit les fossés,
- Mars les essard (dessèche).
(Tout le département.)
-
- À la Saint-Mathias (24 février),
- Les vlins sortent de la has.
- (Les reptiles sortent de la haie.)
(Livré.)
-
- Jamais février n’a passé
- Sans voir groseiller feuille.
(Livré.)
-
- Tout dégel sans plée (pluie)
- Ne vaut pas pie écorchée.
(Bain.)
-
- Autant de brouillards en mars,
- Autant de gelées en mai.
(Bain.)
-
- À mars sèche (22 mars),
- Le coucou est mort s’il ne prêche (ne se fait entendre).
(Saint-Sulpice-Ia-Forêt.)
-
- La tras (grive) au haut du chêne,
- Bonhomme, sème ton avaine (avoine).
(Dourdain.)
-
- Mars les cocars (œufs),
- Avril les petits,
- Mai les essemets (essains).
(Marpiré.)
-
- Avril frais, mai chaud.
- Emplit le grenier jusqu’en haut.
(Marpiré.)
Si on a de l’argent dans sa poche quand on entend le coucou chanter pour la première fois, c’est signe qu’on en aura toute l’année.
Un grillon dans un foyer est une chance de bonheur.
-
- Quand la Guernette (rainette), chante,
- Quand le Grézillon (grillon), chante,
- Signe de beau temps.
-
- Quand le pivert plaint,
- La pluie n’est pas loin.
(Bain.)
À Romazy, on dit :
-
- Le dernier cendré amène le coucou,
- La dernière cendrée amène la huppe.
Le dernier cendré et la dernière cendrée sont le gars et la fille qui se sont présentés les derniers dans l’église pour y recevoir les cendres.
On leur dit toute l’année : C’est ta qui as amené le coucou ; c’est ta qui as amené la huppe.
Le vent est pendant les trois quarts de l’année où il était pendant la grand’messe du dimanche des Rameaux.
-
- Le dimanche des Rameaux,
- Pendant la procession,
- Si le vent est en galène[40],
- Perce ton fût avec une alène.
(Très vieux dicton du Pertre, qui veut dire que si le vent est en galerne il y aura peu de pommes, et que par suite, pour ménager le cidre, il ne faudra faire qu’un petit trou au tonneau.)
Le dimanche des Rameaux :
- Disette de pommes
- Le vent dans le bas
- Mets les tonneaux en garatas. (Objets inutiles.)
- Récolte moyenne
- Quant le vent est soulaire[41],
- Rinçons les verres.
- Récolte abondante
- Le vent dans le haut,
- Rinçons les tonneaux.
(Dourdain.)
-
- Pâques au balcon,
- Noël au tison.
(Dourdain.)
-
- Pâques pleuvinou (pluvieux),
- Sac farinou (plein de farine).
(Vitré.)
-
- Entre Pâques et la Pentecoûte (Pentecôte.)
- Le dessert n’est qu’une croûte.
(Bain.)
-
- À la Saint-Georges (13 avril),
- Le blé a l’épi dans la gorge.
(Sens.)
-
- À la Saint-Georges,
- Bonhomme, sème l’orge.
- À la Saint-Marc,
- Il est trop tard.
(Pancé.)
-
- Quand il pleut le jour Saint-Georges,
- Il n’y a point de fruits à coque.
(Saint-Sulpice-la-Forêt.)
-
- À la mi-avril
- Le blé (seigle) est en épis.
(Bain.)
-
- À l’Ascension,
- Bonne femme touze (tond) les moutons.
(Bain.)
-
- À la Saint-Pothin (2 juin),
- Bonhomme, sème ton sarrasin.
(Saint-Jean-sur-Vilaine.)
-
- Quand il pleut le jour Saint-Médard (8 juin),
- Il pleut quarante jours plus tard.
- À moins que Saint-Barnabé
- Ne lui coupe l’herbe sous le pied.
-
- Saint-Gervais quand il est beau
- Tire Saint-Médard de Peau.
(Bruz.)
-
- Saint-Jean faouchou (faucher).
- Saint-Pierre fanou (faner).
(Argentré.)
-
- À la Saint-Jean
- Perdreau volant.
(Bain.)
-
- À la Madeleine (22 juillet),
- Bonhomme, coupe ton avaine (avoine).
(Châteaubourg.)
-
- Quand il pleut le jour Sainte-Anne (26 juillet),
- Il pleut pendant quarante jours.
- À la Saint-Laurent (10 août),
- Prends la noix pour voir ce qu’il y a dedans.
(Argentré.)
-
- À la mi-août,
- Les noix ont le cul roux.
(Vieux-Vy.)
S’il pleut le jour de l’Assomption (15 août), la pluie ne doit pas cesser jusqu’à la fête de la Nativité (8 septembre).
-
- À l’Exaltation (14 septembre),
- Les hirondelles s’en vont.
(Dourdain.)
-
- Quand octobre est à sa fin,
- La Toussaint est au matin.
(Bain.)
-
- Telle Toussaint, tel Noël.
(Bain.)
-
- À la Sainte-Catherine (25 novembre),
- Tout prend racine.
(Marpiré.)
-
- À la Saint-Thomas (21 décembre),
- Les jours allongent du pas au jas (jars).
(Fougeray.)
-
- À la Sainte-Luce,
- Le jour croît du saut d’une puce.
(Bain.)
Quand les coqs chantent, le soir, après dix heures, dans le temps de l’avent (les quatre semaines qui précèdent Noël), l’hiver doit être doux.
Quand les soleil raie (luit) pendant la grand’messe, le jour Noël, signe certain qu’il y aura des pommes. (Bain.)
-
- Entre Noël et Carnaval
- La bondrée (buse) vaut du canard.
(La Bouëxière.)
Si le jour de la Saint-Sylvestre l’on touze (tond) les vaches entre les cornes, elles ne mouchent pas le reste de l’année. (Plaisanterie faite aux gars de la campagne qui vont se faire couper les cheveux le 31 décembre.)
(Vitré.)
Le cheval et le boeuf ne peuvent être contents ensemble : Quand il y a du foin, il n’y a pas de paille. (Marpiré.)
-
- L’hiver est toujours dans un coin du bissac.
- (C’est-à-dire que s’il n’est pas au commencement, il est à la fin.)
(Pléchâtel.)
-
- À Noël, nuit noire
- Signe de blé noir.
(Lohéac.)
-
- Pluie matinale
- N’est pas journale (ne dure pas).
(Poligné.)
-
- Arc-en-ciel du matin,
- Bonhomme, mets ta bête en chemin.
(Saint-Malo-de-Phily.)
-
- Crapaud qui chante
- Pomme à l’ente.
(Saint-Médard-sur-Ille.)
-
- Les mouches de lande
- Vont à la belle viande ;
- Les mouches de forêt
- Vont à la Querrée (charogne).
(Chavagne.)
-
- Il n’est si failli fagot
- Qui ne trouve sa hart.
(Noë-Blanche.)
-
- Bon pa (poil), bonne bête,
- Le rouge est le maître.
(Dicton des marchands qui ont des bœufs rouges à vendre.)
(Teillay.)
-
- Comme on fait son lit, on se couche.
-
- Manger son pain blanc le premier.
(Se dit d’une personne riche qui gaspille sa fortune.)
-
- Promettre plus de beurre que de pain.
(Faire de belles promesses et ne pas les tenir.)
-
- Il n’y a pas de samedi dans l’année
- Où le soleil ne montre son nez.
-
- Année de Jubilé
- Année de mortalité.
(Bain.)
Il ne faut jamais s’asseoir au soleil pendant les mois qui dans leur nom prennent un R, parce que le soleil de ces mois donne la fièvre.
Lorsqu’un chat est occupé à faire sa toilette, s’il ne se frotte pas le nez, signe de beau temps ; mais s’il passe la patte par-dessus l’oreille, signe de pluie.
Quand l’hirondelle rase la terre en volant, signe de pluie.
Quand elle vole haut, signe de beau temps.
Si les poules rentrent dans le poulailler quand il pleut, c’est que la pluie va cesser ; si au contraire elles restent dehors, c’est que la pluie doit continuer. (Bain.)
Quand le rouge-gorge chante, le soir, perché au haut des arbres, signe de beau temps.
S’il chante caché dans les buissons, la pluie ne tardera pas à tomber. (Bain.)
On prétend que la caille dit en chantant : « Paie tes dettes, paie tes dettes. »
La huppe répète sans cesse : « Mon nid pue, pue, pue. »
Cette onomatopée imite assez bien en effet le cri de la huppe.
Les paysans croient que son nid est fait avec les excréments du cochon et que, c’est pour cela qu’il a une odeur affreuse. C’est une erreur : Le nid étant placé dans le trou d’un arbre, les petits ne peuvent s’élever jusqu’au bord pour se débarrasser de leur fiente qui, mélangée à l’excès de nourriture animale, en fait un foyer d’infection.
-
- — Qui rend les étourniaux (étourneaux) maigres ?
- — C’est la grande bande.
-
- Si taupe voyait,
- Si sourd[42] entendait,
- Personne sur la terre ne vivrait.
(Bain.)
Les paysans disent : « Quand on abat des arbres, la terre tremble. » Cela signifie que la terre va changer de maître. Si ce dernier abat ses arbres, c’est qu’il est gêné dans ces affaires et que, bientôt, il lui faudra vendre son bien.
-
- Il est au vent de sa bouée
- (C’est-à-dire bien dans ses affaires).
(Saint-Malo.)
-
- Quand on parle du loup
- On en voit la quoue (queue).
-
- C’est abus
- Que de vendre à boire (boire)
- Et de fermer l’hus (l’huis, la porte).
(Bain.)
-
- Bois vert, pain frais, femme neuve,
- Sont trois mauvaises choses dans un ménage.
(Bain.)
-
- Vache qui beille (beugle),
- Fille qui subèle (siffle),
- Poule qui chante le coq,
- Sont trois bêtes qui méritent la mort.
(C’est-à-dire que tout ce qui n’est pas dans l’ordre de la nature n’est pas digne de vivre.)
(Bain.)
-
- Sac vide ne chôme pas.
Chômer est un verbe du patois d’Ille-et-Vilaine qui signifie être debout. On dit d’une personne malade qui ne mange pas : « Sac vide ne chôme pas. » Ventre vide empêche de marcher et de se chômer.
-
- C’est d’nité
- Comme une poule à gratter (d’nité, synonyme d’habitude).
(Saint-Sulpice-des- Landes.)
Quand la glace a séché les boues des chemins, les bonnes femmes disent : « Les pies ont mangé le bouillon (la boue). » (Bain.)
Quand une femme nouvellement mariée se plaint du mal de dent, on ne manque pas de lui dire :
- Mal de dent
- Signe d’engendrement.
(Nouvoitou.)
Dans l’arrondissement de Redon, on appelle tison d’enfer l’individu qui cherche à exciter les querelles et les haines.
Aussitôt que les premières gelées blanches d’octobre apparaissent, on entend les villageois dire lorsqu’ils se rencontrent : « L’air est fraîche ce matin. »
En été, par les temps orageux et sans soleil ils répètent en travaillant : « Il fait chaud sous nues. »
Les femmes entre elles accusent les hommes de ne pouvoir endurer patiemment une douleur physique. « Pour faire un pet, disent-elles, ils se croient malades. »
Les hommes mal élevés et grossiers qualifient les vieilles dévotes « de punaises de sacristies ou bien encore de vieux chandeliers d’église. »
D’autres disent que lorsqu’on n’est plus dans la paroisse qu’habite sa femme on a le droit de lui faire des infidélités.
Quand quelqu’un compte son argent, on ne manque pas de lui dire : « Brebis comptées, le loup les mange. »
Les bonnes femmes de la campagne s’écrient en voyant un petit enfant qui met uneculotte pour la première fois, « Oh ! le joli petit hannar. »
La hanne est le nom du pantalon des hommes.
On dit aussi d’un pauvre être chétif et malade, ou d’un individu qui ne sait rien faire, « c’est un chiant-hanne ».
Les marchands de cidre ne manquent jamais de dire pour vanter la qualité de leur marchandise : « C’est du cidre gouleyant, dret en goût et justificatif. »
Gouleyant veut dire agréable à boire, droit en goût, qui n’a que le goût de la pomme, justificatif, nullement fraudé.
- 12 chassoux, 12 pêchoux, 12 oiseliers, 12 bessonniers
- Ça fait en tout 48 herqueliers (paresseux).
(Fougères.)
- Home Guyot,
- Yen a cor dans le pot.
« Home, homer, boire à grande gorgée. » (Ne crains pas de boire, il y en a encore dans la cruche.)
(Bain.)
Quand quelqu’un se permet de tutoyer une personne qu’il connait peu, celle-ci lui répond d’un air de mauvaise humeur : J’n’avons cependant pas gardé les pourciaux (cochons) ensemble. »
On dit à une personne maussade, mal endurante :
« Sur quelle herbe avous marché ? »
Quand quelqu’un en taquine un autre, celui-ci lui réplique : « Laisse-ma tranquille, tu es comme la pie avec le chouan (chat-huant). »
« Le morvous a emporté le fouérous. »
Si le derrière vous démange, c’est signe d’argent ou qu’on va manger de bonne soupe.
Avoir le nez froid est signe de santé.
Pour empêcher les enfants d’avoir peur quand le tonnerre gronde, on leur raconte que c’est le bon Jésus qui joue aux boules.
Quand il neige, on leur dit que c’est le bon Dieu qui plume ses oies.
Quand le soleil luit et qu’en même temps la pluie tombe, c’est le diable qui bat sa femme et qui marie sa fille.
Autrefois, à Rennes, lorsque plusieurs individus en battaient un autre, celui-ci leur disait :
« Vous êtes comme dans le Champ-Dolent, vous vous mettez sept sur la même bête. »
(Le Champ-Dolent était la rue des bouchers qui tuaient les animaux à leur porte.)
— Qu’est-ce qui brûle sa chemise dans son ventre ?
— La chandelle.
-
- — Haut montée, court habillée,
- Jambe de filasse et cul percé ?
— Une cloche.
— Qu’est-ce qui vide son ventre pour aller boire ?
— La paillasse quand on la lave.
-
- — Bois dessus, bois dessous,
- Mou tout autour
- Deux cornes dans le derrière,
- Et l’œil au milieu du ventre ?
— Le soufflet.
- — Ma maison noire comme un four,
- Jamais n’y entre le jour.
- On va chercher un étranger
- Pour me mettre à décamper ;
- Il m’attaque, il m’abat,
- Puis il crie à haute voix
- Pour chanter sa victoire ?
— La suie et le ramoneur.
- Quatre pendants,
- Quatre marchants
- Le balai par derrière,
- La fourche par devant ?
— Une vache : ses quatre tétines, ses quatre pieds, sa queue et ses cornes.
- — Qui n’a ni haut ni hausset,
- Qui passe cor ben les russets ?
Variante :
- — Qui n’a pas d’os
- Et qui passe la rivière sans battiau ?
— Une sangsue : qui n’a ni pieds, ni jambes, ni os et qui traverse le ruisseau.
- — Blanc comme neige,
- Vert comme pré,
- Barbu comme une chèvre?
- — Un brin de porée (poireau).
— Qu’est-ce qu’on peut jeter par-dessus une maison en le tenant par la queue ?
— Un peloton de fil.
— Qu’est-ce qu’un chien peut relever et que dix hommes ne pourraient faire ?
— Un œuf cassé.
— Quelle différence y a-t-il entre une fille et une châtaigne ?
— La fille pète toute sa vie et la châtaigne une seule fois.
— Quel est l’objet le plus sale de la maison?
— Le balai.
— Qu’est-ce qui a trois trous dans le ventre ?
— Le soufflet.
- — Tiens bon grande dent,
- Pousse brulot,
- Si mon cul défonce
- il te tuera bientôt ?
Variante :
- — Tiens bon, grande dent,
- Prends garde à ta, rouget,
- Si mon derrière défonce
- Je te tuerai net.
— La crémaillère, le tison, le chaudron.
— Qu’est-ce qui porterait ben vingt mille de paille, et qui ne porterait pas une roche greusse comme le peuce[43] ?
— La rivière.
— Qu’est-ce qui dit : allons boire, allons boire, et qui, quand elle est là ne peut boire ?
— La taupanne. (La cloche).
— Où vas-tu ? Tortu, bossu.
— Qu’ça te fait à ta qu’est p’lé tous l’z’ans ?
(Dialogue entre le pré et le ruisseau.)
- — Haut monté, bas descendu,
- Flaque du cul ?
— Un seau dans un puits.
- — Dans la forêt de Carcaillette,
- J’ai perdu ma maillette,
- Je suis allé à midi,
- Je n’ai pu la retrouver.
- Je suis allé à minuit,
- Je l’ai retrouvée.
— Une étoile.
Quel est le plus bête de la maison ?
— Le sas, qui laisse passer la farine et ne garde que le son.
— Qu’est-ce qui est gros comme un four et pointu comme une aiguille ?
— Un houx.
— Qui passe sur un étang sans faire d’ombre ?
— Le vent.
— Qui montre ses dents quand on entre dans la maison ?
— La crémaillère.
— Qui s’émeille (qui a peur) quand il vous voit vous mettre à table ?
— Le pain.
— Qui va en dansant et revient en pleurant?
— Le seau.
— Qui passe par-dessus les coteaux, les villages et qu’on ne voit pas ?
— Le son des cloches.
— Qu’est-ce qui est gros comme une amande et qui remplit toute une chambre ?
— Une chandelle.
— Sème menu, cueilli gros, tire mou ?
— Un navet (graine légère, gros légume, mou quand il est cuit).
- — Je ne suis pas bête, et porte peau de bête,
- Je ne suis pas homme et je parle,
- Je ne suis pas arbre et j’ai des feuilles.
— Un livre relié.
— Bonhomme cotte noire, tient sa femme sous son bras, va dans le sein de sa mère pour manger son père ?
Variante :
- — Je suis noir comme un corbeau et ne suis pas corbeau.
- — Je passe parmi les morts et je ne suis pas mort.
- — J’entre dans ma mère et je mange mon père.
— Un prêtre, son bréviaire sous le bras, traverse le cimetière, entre dans l’église pour communier.
- — Dormi qui dormait,
- Pendi qui pendait,
- Veni qui venait.
- Sans pendi qui pendait,
- Veni qui venait
- Aurait mangé dormi qui dormait ?
— Un cochon qui dormait sous un chêne fut réveillé par un gland tombant de l’arbre juste au moment ou un loup arrivait.
- — Mon frère voit une pomme qu’il ne peut manger.
- Ma mère voit un drap qu’elle ne peut plier.
- Mon père voit de l’argent qu’il ne peut compter ?
— La lune, le soleil, les étoiles.
- — Tante Renée, prête-moi ton tiret, ton viret, ton petit train galopinet.
- Pour tirer, pour virer, mon petit train galopiné ?
— Une meule à moudre.
- — On m’enterre, on me déterre,
- On me coupe la tête, on me rompt les os
- Et je sers cor sur la mer
- Au plus fort des vaisseaux ?
— Les cordages faits avec du chanvre.
- — Deux petits bonshommes se regardent ;
- Il n’y a qu’un petit talus à les séparer
- Et ils ne peuvent se toucher ?
— Les yeux.
- — Peillu (poilu) dessus,
- Peillu dessous,
- D’un coup de jambe je sè dedans ?
— Le bas de laine.
Deux aiguillettes (oreilles), Et une petite trouspinette (queue), À ras les fesses (près les fesses) ?
— Un lièvre.
— Qu’est-ce qui lève dans le bois sans prendre racine ?
— Le pain dans le pétrin.
— Qu’est-ce qui est dans un moulin, qui ne sert pas et qui est indispensable pour moudre ?
— Le bruit de la meule.
— Quel est l’objet que l’on aime le plus quand on s’en dégoûte ?
— Un parapluie (quand on sent des gouttes).
— Quel jour de l’année l’Église est-elle imprenable ?
— Le jour des Rameaux, parce que pendant l’évangile de la Passion, tout le monde embrassant la terre, les canons des fidèles sont braqués en l’air.
— Que font deux pigeons sur un toit ?
— La paire.
Cinq entes et deux chênes plantés en sept caves. Combien de pieds dans chaque cave ?
Un ; parce que l’ente est un pommier.
- ↑ Bâton qui sert aux servantes à faire les :lits.
- ↑ Large selle.
- ↑ Personne n’a pu me donner l’explication de ce mot.
- ↑ Avez-vous ?
- ↑ Motte.
- ↑ Couverture de lit.
- ↑ Épingles.
- ↑ Lierre. On imite avec la feuille du lierre pliée et placée entre les lèvres, le cri de certains oiseaux.
- ↑ Qui volent au vent.
- ↑ Un bezillier est un cerisier sauvage.
- ↑ Reptiles.
- ↑ Femelle du lièvre.
- ↑ Salamandre terrestre.
- ↑ Orvet, petit serpent.
- ↑ Coin.
- ↑ Noël.
- ↑ Maison.
- ↑ Le long.
- ↑ Sorte de hangar.
- ↑ Selle large, sorte de bât.
- ↑ Soir.
- ↑ Ruche.
- ↑ Paul.
- ↑ Médecin.
- ↑ Cuit.
- ↑ Les deux ailes, les deux cuisses et la carcasse.
- ↑ Nenni.
- ↑ Maman.
- ↑ Voulu.
- ↑ Bonnet.
- ↑ Jusqu’au bord.
- ↑ Au-dessus du boisseau, tout ce qu’on peut y mettre.
- ↑ Lohéac avait alors le titre de ville.
- ↑ Si l’eau venait à tomber cette nuit.
- ↑ Rangez-vous donc.
- ↑ Tu me le prendrais peut-être.
- ↑ Le sentier.
- ↑ Grosse filasse.
- ↑ Ouvre.
- ↑ Vent du nord-ouest.
- ↑ De l’Orient.
- ↑ Salamandre terrestre que l’on appelle sourd-gare, à cause de sa surdité et de ses couleurs diverses .
- ↑ Grosse comme le pouce.