Fables d’Ésope/L’Aigle, le Choucas et le Berger

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Traduction d’Émile Chambry
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L’AIGLE, LE CHOUCAS ET LE BERGER


Un aigle, fondant d’une roche élevée, enleva un agneau. À cette vue, un choucas, pris d’émulation, voulut l’imiter. Alors, se précipitant à grand bruit, il s’abattit sur un bélier ; [ 6 ]mais ses griffes s’étant enfoncées dans les boucles de laine, il battait des ailes sans pouvoir s’en dépêtrer, Enfin le berger, s’avisant de la chose, accourut et le prit ; puis il lui rogna le bout des ailes, et, quand vint le soir, il l’apporta à ses enfants. Ceux-ci lui demandant quelle espèce d’oiseau c’était, il répondit : « Autant que je sache, moi, c’est un choucas ; mais, à ce qu’il prétend, lui, c’est un aigle. »

C’est ainsi qu’à rivaliser avec les puissants non seulement vous perdez votre peine, mais encore vous faites rire de vos malheurs.

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Ἀετὸς καὶ κολοιὸς καὶ ποιμήν


Ἀετὸς καταπὰς ἀπό τινος ὑψηλῆς πέτρας ἄρνα ἥρπασε· κολοιὸς δὲ τοῦτο θεασάμενος διὰ ζῆλον τοῦτον μιμήσασθαι ἠθέλησε· καὶ δὴ καθεὶς ἑαυτὸν μετὰ πολλοῦ [ 6 ]ῥοίζου ἐπὶ κριὸν ἠνέχθῃ. Ἐμπαρέντων δὲ αὐτοῦ τῶν ὀνύχων τοῖς μάλλοις, ἐξαρθῆναι μὴ δυνάμενος ἐπτερύσσετο ἕως ὁ ποιμήν, τὸ γεγονὸς αἰσθόμενος, προσδραμὼν συνέλαβεν αὐτὸν καὶ περικόψας αὐτοῦ τὰ ὀξυπτερά, ὡς ἑσπέρα κατέλαβε, τοῖς ἑαυτοῦ παισὶν ἐκόμισε. Τῶν δὲ πυνθανομένων τί εἴη τὸ ὄρνεον, ἔφη· « Ὡς μὲν ἐγὼ σαφῶς οἶδα, κολοιός, ὡς δὲ αὐτὸς βούλεται, ἀετός. »

Οὕτως ἡ πρὸς τοὺς ὑπερέχοντας ἅμιλλα, πρὸς τῷ μηδὲν ἀνύειν, καὶ ἐπὶ συμφοραῖς προσκτᾶται γέλωτα.