Fleurs

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Aux éditions Rieder, 1939 (pp. 209-211).



FLEURS


Ton œil ne peut saisir les fleurs que tu fais naître

Quand tu daignes fouler le sol ;

Il faut avoir mon cœur, vois-tu, pour les connaître

Il faut t’aimer d’un amour fol.


Elles soûlent mes yeux et je puis te les dire ;

J’en connais le parfum aussi ;

Il est plus inouï que tout ce qu’on respire,

Si tu veux leurs noms, les voici :


Ce sont d’abord des lis d’une blancheur suprême

Tels qu’il ne s’en trouve qu’aux cieux,

Élégants comme toi, purs comme ta chair même

Et comme toi délicieux ;


Ce sont de fins muguets dont les clochettes blanches

Pareilles à tes claires dents

Tintinnabulent comme en Avril, dans les branches,

Le rire argentin du Printemps ;


Ce sont des liserons, ce sont des églantines,

Des pavots qui vont s’embraser,

Et des roses pompon aux bouches enfantines

Qui te réclament un baiser ;


Ce sont des boutons d’or et puis des chrysanthèmes,

Des pervenches et des barbeaux

Aussi bleus que tes yeux qui le sont plus eux-mêmes

Que le ciel : pense s’ils sont beaux !


Des menthes, des œillets et de la marjolaine,

Des parfums de toute saison

Qui mettent sur ma lèvre un peu de ton haleine

En me prenant de ma raison ;


D’ardents coquelicots, de sourdes scabieuses

Qui veulent des mains de velours

Pour les cueillir ; fleurs qui, de ta grâce envieuses

Ont près de toi des gestes lourds.


Ainsi comme l’on voit à la naissante aurore

Croître une à une les couleurs,

De même on voit germer et se hâter d’éclore

Sur ton chemin toutes les fleurs.


Mais la terre aussitôt redevient morne et nue

Quand tu n’y poses plus tes pas

Bienfaisants ; ce n’est plus pour moi qu’une inconnue :

Rien ne fleurit où tu n’es pas.
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