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Helas ! on ne meurt point d'un tres-grand desplaisir

La bibliothèque libre.
Seconde partie des Muses françoises, Texte établi par Despinelle, chez Matthieu Guillemot (p. 264).


SONNET.

 HElas ! on ne meurt point d’un treſ-grand deſplaisir ;
Si on mouroit de dueil, i’auroi perdu la vie,
Deſoubs l’aigre douleur dont mon ame eſt ſuivie :
Mais on meurt pour certain d’vn extréme plaiſir :
 Belle, puis que ma mort eſt voſtre ſeul deſir,
Fauoriſez un peu ma pauure ame rauie,
Et soudain ie mourrai pour ſuiure voſtre enuie,
Soubs l’extreſme plaiſir qui me viendra saiſir :
 Mais quand ie ſerai mort moderez voſtre ioye,
De peur que la mort palle en vous faiſant ſa proie
Ne me fiſt de regret reviure en mon tombeau :
 Ie ſerois vn Phœnix renaiſſant de moi-meſme,
Qui d’vn bec furieux ouurirois mon ſein bleſme,
Faict ſur votre cercueil vn Pelican nouueau.


A. D. V.