Histoire critique de l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules/Livre 1/Chapitre 19

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LIVRE 1 CHAPITRE 18 Histoire critique de l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules LIVRE 2 CHAPITRE 1


LIVRE 1 CHAPITRE 19


des alains, des huns, et des autres peuples de la nation scythique.

cette nation qui habitoit sur les bords du Pont-Euxin, d’où elle s’étendoit fort avant dans l’Asie, s’avança jusques sur les bords du Danube, après que les gots eurent abandonné le païs qu’ils occupoient à la gauche de ce fleuve, pour s’établir sur le territoire de l’empire. Les principaux peuples de la nation scythique étoient les alains, les huns et les teïfales. Les alains furent long-tems le peuple dominant parmi les scythes. Ammien Marcellin qui écrivoit à la fin du quatriéme siécle, dit en parlant des tems antérieurs à ceux dont il composoit l’histoire : " les alains habitoient dans les vastes déserts de la Scythie,… etc. " les huns, le second des peuples de la nation scythique, étoient en tout semblables aux alains, si ce n’est que les alains étoient moins grossiers et mieux faits que les huns. Mais les uns et les autres se trouvoient presque tous des hommes, d’une bonne taille, dont les cheveux étoient chatains, et qui avoient quelque chose de feroce dans le regard. Les armes qu’ils portoient dans leur païs, étoient très-legeres par comparaison aux armes des autres nations. Il arriva dans la suite aux alains ce qui étoit arrivé aux perses. Les perses sous le nom de qui l’on comprenoit souvent les parthes tant que dura la monarchie fondée par Cyrus, se trouverent eux-mêmes souvent compris sous le nom de parthes, après qu’Arsacés eut fondé dans l’orient une nouvelle monarchie, où les parthes étoient la nation dominante. Ainsi les alains qui avoient été long-tems le peuple dominant dans la nation scythique, et conséquemment celui par le nom duquel on désignoit quelquefois tous les autres peuples de cette nation en géneral, devint un peuple, pour ainsi dire, subalterne, et que l’on comprenoit quelquefois sous le nom de huns. Voici comment se fit cette espece de changement. " les huns, dit Ammien Marcellin,… etc. " voilà pourquoi ce même auteur dit en parlant d’Attila qui étoit proprement roi des huns : " il étoit souverain de tous les huns,… etc. " les teïfales dont nous verrons une peuplade établie dans le Poitou, étoit encore une de nos nations scythiques. Après ce que je viens d’exposer, on ne sera point surpris de voir que les auteurs du cinquiéme siécle et du sixiéme désignent souvent un des peuples scythiques par le nom géneral de scythes, par celui de massagetes, ou par quelqu’autre nom, que les écrivains plus anciens qu’eux avoient donné à quelque peuple particulier du nombre de ceux qui étoient compris sous le nom géneral de scythes. On ne sera point étonné, par exemple, de trouver les alains, à qui Aëtius donna des établissemens dans le centre des Gaules vers l’année cinq cens quarante, désignés dans des auteurs differens, et quelquefois dans le même auteur, tantôt par le nom de huns, tantôt par le nom d’alains et quelquefois par celui de scythes. Tout ce que les écrivains du moyen âge rapportent de la nation scythique, nous la represente entierement semblable à ceux des tartares qui habitent aujourd’hui son ancienne patrie. Ces écrivains donnent à la nation scythique les mœurs et les usages qui distinguent les tartares des autres peuples, parce qu’ils leur sont particuliers. Enfin la difference spéciale que nos écrivains mettent entre les huns, les alains et les teïfales, est celle qui se trouve encore entre les tartares de la Crimée, les tartares calmucs et les autres hordes ou tribus de cette nation. Quand Jornandés fait le portrait d’Attila, c’est un tartare qu’il peint. " ce prince, dit-il, avoit le visage court,… etc. " Sidonius Apollinaris ayant occasion dans le panégyrique d’Anthémius de parler de nos scythes, il en fait un portrait semblable à celui qu’on vient de voir. " leur crâne, dit-il, se termine en pointe… etc. " nous lisons encore dans Ammien Marcellin, et dans d’autres écrivains du cinquiéme siécle et du sixiéme, quelques détails concernant le païs et la maniere de vivre des scythes de ce tems-là, et ces détails montrent que les mœurs et les usages de nos scythes étoient semblables à ceux de la plûpart des tartares. Les scythes, ainsi que la plus grande partie des hordes des tartares, n’avoient d’autre domicile que des hutes construites sur des chariots, et s’il est permis de s’expliquer ainsi, souvent ils transportoient d’une contrée à l’autre ces bourgades ambulantes. C’étoit dans ces cabanes portatives que leurs femmes faisoient leurs couches, et qu’elles élevoient leurs enfans. Un des usages particuliers aux tartares, c’est quand ils ont faim, de saigner leurs chevaux, et d’en avaler le sang, tel qu’il est sorti de la veine, pour se sustenter. Les huns, au rapport d’Isidore de Seville, faisoient la même chose. Tout le monde a entendu parler de la vîtesse singuliere des chevaux tartares, qui tout rosses qu’ils paroissent, fournissent néanmoins à des traites qui seroient impossibles aux meilleurs chevaux des autres païs. Vopiscus raconte qu’on présenta un jour à Probus un cheval pris à la guerre sur les alains, ou sur quelqu’autre nation du païs où ce prince tenoit alors la campagne, et que les captifs assuroient que cet animal, assez chetif en apparence, faisoit cent milles ou trente-cinq lieuës par jour, et qu’il pouvoit faire chaque jour la même traite durant dix journées consécutives. Probus n’en voulut point, en disant que ce cheval étoit plûtôt le fait d’un homme qui vouloit s’enfuïr, que la monture d’un homme qui vouloit combattre. Si les tartares sont bons hommes de cheval, les huns paroissoient des centaures. Ils tiroient de l’arc étant à cheval, avec autant de justesse que s’ils avoient eu les deux pieds sur terre ; et c’est ce qui les rendoit la terreur des gots, qui presque tous étoient fantassins, et dont les armes principales étoient l’épée, et un javelot qu’ils ne sçavoient point lancer étant à cheval. Un endroit des plus curieux de l’histoire de la guerre de Justinien contre les ostrogots, c’est celui où Procope raconte un combat qui se donna dans le champ de mars, qui étoit encore du tems de cet historien hors des murs de Rome, entre les barbares dont nous parlons et les troupes de l’empereur. Voici celle des circonstances de cette action de guerre qui fait à notre sujet. Procope après avoir dit que Constantin qui commandoit les romains, débanda des archers huns sur un corps d’ostrogots, ajoute en appellant massagetes ceux qu’il venoit de nommer huns. " les ennemis tournerent le dos,… etc. " ainsi que les tartares le pratiquent encore aujourd’hui, les huns faisoient quelquefois semblant de fuir, afin que les escadrons ennemis se débandassent pour les suivre, et qu’ils pussent alors, en revenant à la charge, les trouver en désordre, et les attaquer avec avantage. Lorsqu’Agathias raconte que Narsés qui commandoit pour Justinien en Italie, mit en œuvre ce stratagême ; il dit que le géneral romain se servit d’une des ruses de guerre que les huns pratiquent. Enfin, les auteurs du moyen âge reprochent aux nations scythiques les vices les plus infames dont on accuse aujourd’hui les tartares.

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