Jésus-Christ rastaquouère

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Jésus-Christ rastaquouère
s.n., 1920 (pp. 6-66).








Je dédie ce livre
à toutes les jeunes filles.
Francis PICABIA.



La pudeur se cache
derrière notre sexe.
F. P.








J’ai connu un roi atteint de
démence précoce dont la folie
consistait à se croire roi.
F. P.


INTRODUCTION



La littérature se renouvelle par les états du cerveau — états d’âme — plus que par la forme ou le sujet ; quelquefois par les grands sentiments qu’on a à sa portée.

L’étape Religion de l’humanité, touche à sa fin — l’étape Art également.

L’œuvre d’art n’a pas perdu sa raison d’exister, elle a perdu LA VALEUR.

Il n’y a pas de Défense, pas de Jugement, pas de Raison.

Il n’y a pas de défense parce que tout est hypothèse, et quand je dis pas de jugement, je veux dire que la vision passée n’avait pas plus de raison, de jugement ou de défense, que n’en aura la vision à venir.

La vision nouvelle est un déménagement, un changement de domicile, on entre dans un autre logis.

Les explications qu’on a confortablement, sans se déranger, sont :

Robinet d’eau chaude,
Robinet d’eau froide,
Dans une salle de bains.

Il y a le bien-être des explications : comprendre est une sécurité, ne pas comprendre est un équilibre instable.

La quiétude vient du choix et le choix est une invention.

Vous avez l’habitude de ranger les idées, les sentiments, comme des objets dans un appartement.

Il n’y a pas de destruction, il n’y a pas de construction.

Inventions : jeux de l’esprit.

Jeux nouveaux, nouvelles règles.

L’esprit travaille et joue, jouer c’est vivre autant que travailler.

Quand se déshabituera-t-on de l’habitude de tout expliquer ?

Considérez la vie comme un dictionnaire.

Dire : ceci est bien, ceci est mal ! Le plus grand malheur des hommes est le droit qu’ils ont de choisir.

Supprimer le verbe être, faire le vide avec une machine pneumatique, pompe aspirante, qui renouvellerait les globules rouges du sang !

Le rastaquouère est possédé par l’envie de manger des diamants.

Il est propriétaire de quelques oripeaux disparates et de sentiments naïfs, il est simple et tendre ; il jongle avec tous les objets qui lui tombent sous la main ; il ne connaît pas la manière de s’en servir ; il ne veut que jongler — il n’a rien appris mais il invente.

Le rastaquouère n’est pas une sorte d’équilibriste.

In ne faut pas croire que l’absence de principes supprime le point d’appui de la vie.

L’explication est toujours fade est toujours fausse.

Il s’agit d’un point de vue, de la mise au point d’une lorgnette, mais l’essentiel est d’avoir une lorgnette.

Je m’étonne de ce besoin qu’ont les gens d’être initiés.

Je suppose charitablement que vous ayez l’envie de boire du feu, mais vous trouvez le jeu trop rude, brutal et plein d’embûches, vous cherchez à vous en évader : vous soufflez ! Or, vos paumons ne sont pas assez forts et c’est pour cela que vous renoncez au jeu, non par peur de ne point vaincre.

Le souci religieux n’est qu’une forme de coquille que vous avez été forcés de choisir.

Gabrielle BUFFET.


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ENTR’ACTE D’UNE
MINUTE



J’ai fait un voyage sur le plus beau bateau qui ait jamais été construit ; particularité étrange, à bord de ce transatlantique, passagers et hommes d’équipage était à cheval !

Le capitaine, cavalier émérite, montait un pur-sang de courses, il portait un costume de chasse et sonnait du cor pour diriger la manœuvre, quant à moi, ayant horreur de l’équitation, j’avais pû obtenir de passer mes journées sur le cheval de bois de la salle de gymnastique. Nous débarquâmes sur une terre nouvelle ou les chevaux étaient inconnus ; les indigènes prirentpour un animal à deux têtes les passagers montés de notre navire, ils n’osèrent s’en approcher en proie à la terreur ; moi seul, reconnu semblable à ces êtres primitifs, je fus fait prisonnier par eux. C’est de la prison ou l’on m’enferma que j’écrivis les lignes qui vont suivre. Cette prison était une île absolument déserte le jour, mais la nuit, les habitants d’une grande ville continentale ou le mariage et l’union libre étaient également défendus, s’y donnaient rendez-vous pour faire d’amour, j’ai pû ainsi rapporter de mon exil la plus splendide collection de peignes de femmes qui soit au monde, depuis le triste celluloïd jusqu’à l’écaille la plus transparente, couverte de pierres précieuses. J’ai offert cette collection à l’un de mes oncles, conchyliologiste distingué, chez lequel elle fait pendant à une vitrine de coquillages indiens.









CHAPITRE I

Je ne parle pas de chat, je ne parle pas des oreilles, je ne parle pas de maïs, je ne parle pas du mouton, je ne parle pas des femmes, je ne parle pas des hommes. Je ne suis pas peintre, je ne suis pas littérateur, je ne suis pas musicien, je ne suis pas professionnel, je ne suis pas amateur.

Or, dans ce monde laissé pour compte, il n’y a plus que des spécialistes. Les spécialités séparent l’homme de tous les autres hommes.

Poètes lyriques, poètes dramatiques, vous adorez l’art pour échapper à la littérature, et vous n’êtes que littérateurs. Peintres traînards, les régions que vous explorez sont de vieilles anecdotes. Musiciens, vous êtes des ricochets sur l’eau…

Un homme de nos jours
Est une sorte de miroir.
Quand le rideau se lève,
La place de spectateur
Est parfaitement libre ;
Il n’a pas la foi
Et vous lui imposez des préjugés,
Comment espérer ?

Jalousie, amour, haine, ambition, le spectateur joue ces rôles ondoyants et solennels.

Dieu, qui domine l’action problématique, est aussi improbable que la providence ou la fatalité.

Félicité extraordinaire,
Nécessairement impossible,
Dans le feuillage clairsemé
Des papillons arc-en-ciel.

Les bons légumes, le fraiser, l’héliotrope, etc… Voilà les excès d’amour et le néant de Jésus-Christ-Rastaquouère.


PARTONS DANS LE
DÉSERT DU GOÛT


Le goût, quelque chose de bon, les bons vins, les discours, le succès, l’immense grotesque de l’enthousiasme pour sa nationalité, pour l’honneur — Je ne donne ma parole d’honneur que pour mentir — sont pour moi aussi de sensations de dégoût, accompagnées de nausées. Un cochon de lait m’est plus sympathique qu’un membre de l’Institut, et l’amertume me vient à l’estomac en contemplant dindons, paons et oies qui composent le dessus du panier-société. Fameux sentiment du devoir, bouilli par la bonne éducation ! Il y a des gens qui vivent dans sa perpétuelle indigestion et cela les fait puer de la gueule, car il ne peut être assimilé que par quelques cadavres domestiques, en bronze ou en marbre, de nos places publiques : Jésus-Christ —

Stradivarius, Napoléon l’emmerdeur, Spinoza le somnifère, Nietzsche l’onaniste, Lautréamont le sodomiste. La politique achève de disséquer la légèreté — Montgolfière de vos soi disant intelligences, vos cervelles sont autant de grelots pour chameaux et crocodiles, le bruit de vos phrases est sur vous tel celui des cloches que les vaches portent au cou et qui tintent lorsque celles-ci descendent de la montagne de suggestions.

Sur femmes, sur-hommes, sous-femmes, sous-hommes, vos cheveux blanchiront et vos pensées resteront obscurité.

Les pensées du cœur, les pensées de l’âme, les pensées du cerveau, sont autant de réactions chimiques automatiques ; le courant qui les fait agir vient de vous-même, du

soleil ou de la Grande Ourse ; la Grand Ourse récite, le soleil récite et nous récitons nos digestions et indigestions. Vos réflexions, chères lectrices, qu’elles soient anti-raison ou anti-vérité, sont autant de conventions sut un absolu qui n’est pas encore que convention.

Le ciel est couché sur notre dos et nous le portons pour devenir forts ! Erreur !

Carpentier n’est pas plus fort qu’un enfant de deux ans, l’espace et le temps ont la même durée, une femme grosse, maigre, vieille ou jeune, c’est la même chose. Vous cherchez dans un mouvement continu, des stationnements, des paliers imaginaires, quelle folie !


LE SOLEIL CACHE
L’HORIZON

Des grandes courses en Amérique, en Chine, en France, en Allemagne, on revient plus las encore du jeu des mouvements.

Il y a les lacs et les îles, ce qui est exactement la même chose.

Symphonie qui projette une couleur marron sur nos ventres :

« Si tu savais comme je t’aime, quel beau roman nous allons vivre ! » Et ils allument la lampe pour cacher leur nudité, leur nudité qui tremble sous la lumière de la lune. Ces individus là se comptent par centaines de millions et leur personnalité, dans une langue ou un costume différents, n’existe que pour faire la même chose.

Ne travaillez pas, n’aimez pas ne lisez pas, pensez à moi ; j’ai trouvé le rire nouveau qui donne le laisser-passer. Il n’y a rien à comprendre, vis pour ton plaisir, il rien, rien, rien que la valeur que la valeur que tu donneras toi-même à tout.

Un des mes amis, esprit mobile et exalté, me disait trouver des différences entre les œuvres littéraires, picturales ou musicales, je n’étais pas de son avis et nous eûmes une longue conversation sur ce sujet ; notre délire dure près d’une heure, jusqu’au moment ou nos cervelles transformées plus ou moins en bouillie, nous permirent de constater le néant de toutes théories physiques ou métaphysiques !

Au cours de la discussion un autre de mes amis était intervenu et sa lucidité s’était soudain obscurcie par le fait qu’il apercevait la lumière extérieure qu’il projetait sur lui-même : le mot lumière n’existe pas, mais la lumière existe, est-elle vibration ou humidité ? etc., etc…

« Il y a des hommes qui ont la tête en bas, comme les plantes, et qui regardent avec leurs pieds ! » telle fut la conclusion de notre conversation sur l’intelligence et nous eûmes l’impression d’échapper pour quelques minutes à la folie des hommes qui comprennent et expliquent……

DANS UN GRAND

SILENCE

Vous tremblez devant le Christ, vous êtes tous de très bons Jésuites.

TOUT EST POISON

EXCEPTÉ NOS HABITUDES

Il faut communier avec du chewing-gum, de cette façon Dieu vous fortif iera les mâchoires ; mâchez-le longtemps, sans arrière-pensée ; puisqu’il aime votre bouche, qu’il sache à quoi elle sert ! Vos langues tièdes ne sont pas à dédaigner, même pour un Dieu.

Songez aux ridicules illusions que vous cherchez à vous donner les uns aux autres ; les corsets que vous portez sont des pièges à souris. Vous êtes tous des morceaux de glace et vous voulez me faire croire que cette glace brûle et se consume comme le soleil. Votre cœur fond, tout petit corps froid et sale que vous nommez âme. La réalité jette vos rêves sur le fumier ? Il faut enjamber ce fumer et entrer de plain-pied dans ce que j’appelle l’infamie rastaquouère.

J’IMAGINE CECI :

Jésus-Christ jockey !

Oui, il devient la curiosité des foules, il prend la course, tout le monde parie pour lui, résultat pour les parieurs : rien.

TOUTES LES CROYANCES

SONT DES IDÉES CHAUVES

Le mal pour le mal, les lobes cérébraux de Jeanne d’Arc, ceux du maréchal de Rais, dur champ d’azur ou substance grise, Pucelle et puceaux, enfin les moines de la folie ; ne croyez-vous pas que l’on a envie de lâcher tout cela au coin d’une rue ? J’aime mieux la mystification de Jésus-Christ Rastaquouère.

Puis quoi,
Train train pour mourir,
C’est égal ;
Vagues de pensées
Sur un mot.

PHÉNOMENES

L’intelligence est officielle, institut, vous voulez des phénomènes : femmes à barbe de la peinture, ou petits cyclopes de la littérature. Tous les artistes sont bossus ; bosses boites à musique, réceptives des rythmes de la vie-castagnettes. Les phénomènes de Barnum sont les bolchevistes involontaires et internationaux du pittoresque monstrueux ; ils nous font songer à l’arrêt de l’évolution, à l’hypertrophie de la pensée, donnée avec plus d’agrément, par la morphine ou l’opium. Tous les individus phénomènes veulent être « opium » ou « morphine », d’autres, plus pratiques, vendent leur signature-charlatan, comme les poils du cul de Mahomet ou un morceau de la croix de Jésus, signés par la suggestion des snobs.

LA PHOTOGRAPHIE ET

LES RELIGIONS

GYMNASTIQUES

Ouf ! je vous embrasse chère lectrice, le long du cou, nous sommes au soleil, vous avez au doigt un saphir que vous ne demandez qu’à ne donner, votre main droite me gratte le dos et mon docteur m’a dit que j’avais une santé magnifique…… toute la vie la voilà ; il y a bien Pasteur qui en vous guérissant de la rage, vous redonne la vie, mais reste à savoir laquelle des deux est préférable ? Pasteur était intelligent, je ne suis rien, les phénomènes n o me plaisent pas ; Madame je vous en prie, grattez-moi encore, grattez-moi toujours le dos.

QUESTIONS DES CONTACTS

INVISIBLES

Contacts infectants, contact désinfectants, la société existe en partie parles transmissions invisibles.

L’amour est un contact infectant par envoûtement, il veut tuer tout d’abord l’entourage de la personne aimée, puis, tout doucement, l’être chéri lui-même.

Messe noire
Luxure
Baiser le croupion
Démonisme
Etc., etc, etc…

Les phallus sont exotériques dans un lit et, le plus souvent, ésotériques dans la rue.

Si nous ne dardons pas avec nos sœurs, notre mère, nos amis, avec de jolis animaux, c’est à couse de notre éducation qui trouve plus commode, et plus sain, une spécialité : l’amour avec une fem me légitime pour l’occident, tandis que les orientaux nous donnent le spectacle d’une basse-cour dont le coq serait moins évolué AMOUR

D’INTELLECTUELS

Il est exactement le même que chez les autres individus, ce qui le transforme, en apparence, c’est que les deux amoureux font le voyeur et arrivent aux pires suggestions.

La sur-femme représente l’Institut.

La sous-femme le dadaïsme.

Quant aux hommes, ils veulent tous devenir ministres. Beaucoup d’hommes portent à leur boutonnière le souvenir des aventures amoureuses de leur femme.

Les cloches des églises, le bruit des vagues, le calme plat de la mer, les clairs de lune, les couchers de soleil, l’orage, sont autant de schampoing pour le pénis aveugle ; notre phallus devrait avoir des yeux, grâce à eux nous pourrions croire un instant que nous avons vu l’amour de près.

L’amour platonique n’existe pas.

L’amour est un volet fermé, peint en gris noir !

L’amour est une occasion qui s’absente !

L’amour est un logis humide !

L’amour est un puits sur une cathédrale !

L’amour est un formidable incendie ! etc., etc.

L’amour est la désignation abrégée de l’image des fabricants d’enfants.

L’amour vous écrase……

L’amour peut être admiration ou pitié !

L’amour est souvent une commodité économique.

L’amour sous l’action de la cocaïne, s’hypertrophie, l’amour est donc purement réaction chimique et se manifeste au contact des courants invisibles, comme les réflexes d’une grenouille morte.

FRISSONS

DE LA TÊTE VIDE

Si vous regardez au dedans de vous, vous ne pouvez apercevoir qu’une bibliothèque qui vous étouffe, si vous insistez, vous produirez l’arrêt de vos facultés, insistez encore, ce sera la panique et le délire. La vie n’est pas votre représentation, mais une représentation ; c’est en dehors de soi que l’on trouve les moyens de se renouveler, de s’alimenter ; ma foi c’est la même chose que de manger un beafteck.

Du cœur de Jésus
Le sanctuaire esquif
M’apparaît
Sur une croix
D’oseille
Chantant le rag-time
Banal
Des monnaies du Pape.

LES CORDES

DE LA PUDEUR

Symbolistes minéraux, le cabochon rubis peut calmer la prudence, gardez donc vos chapeaux. Impressionnistes, il faut tirer sa montre. Cubistes des gouttières de N. D., fumez moins de pipes et plus de cigarettes.

Dadaïstes, animaux impurs, les hommes vous baptiseront, soyez sans inquiétude.

Les Futuristes sont italiens — à ce qu’il parait, un voyage de noces à Venise, c’est merveilleux !

Les maisons de Venise ne se tiennent pas droites
Beaucoup sont des torchons
Qui nous salissent les jambes
Il faut changer de chambre
Comme on change de ligne.
Les fenêtres des maisons
Sont autant d’anus,
Mais la poésie est partout
N’est-ce pas ?
Pour conserver le chagrin
De vos aboiements,
Plan horizontal suspendu,
Je ne vois rien.

Les vieilles maisons ne peuvent plus rien vous apprendre, elles ressemblent aux vieillards qui radotent sur la jeunesse.

COMIQUES

ET HUMORISTES

Le psychologue se nourrit exclusivement dans la conscience ; moi, je ne veux qu’une inconscience impossible à acclimater.

Les humoristes sont les fleurs artificielles du comique, ils cèdent aux spectateurs.

Les clowns sont des humoristes.

Les humoristes sont les pires idiots, ils ne peuvent amuser que celles d’entre-vous, chères lectrices, qui acceptent de porter des ceintures de chasteté.

LE COMIQUE

Les courses de “ toros ” me donnent envie de rire.

La guerre me donne envie de rire.

Les drames d’Hauptmann et d’Ibsen me donnent envie de rire.

Une exécution capitale me donne envie de rire.

Une réception à l’Académie me donne envie de rire.

Un roi me donne envie de rire.

Jésus-Christ-Rastaquouère me donne envie de rire !

Le coq comme Othello,
Ressemble à Macbeth,
Autour des Oliviers.

CONNU ET INCONNU

L’inconnu n’existe pas. La Providence est connue, elle n’est pas une énigme. Il n’y a qu’hérédité.

Le village dort,
Les pensées
Comme des bêtes,
Se cachent.

PALEURS

Les êtres désintéressés vivant aux dépens des autres, célébrant la bêtise du travail et la volupté des révolutions et cela sans rire, avec des roucoulements !

QUEL AGE AS-TU ?

Sous un linge, dans une chambre, aujourd’hui, tout-à-l’heure, je fais l’amour les mains ouvertes.

Les grosses pâquerettes,
Comme autant de soleils,
Descendant dans mon cerveau
Hérissé de ronces.

Le bonheur flaire les débris de notre ombre. La vie devrait être comme un bain pour étirer ses membres ; mais les tapis d’herbe verte, rougissent sous le feu des caresses, comme les jeunes filles qui montrent leurs polis. Les crapauds sautent dans votre bouche et de petites fumées jaunes, vous entrent dans les oreilles. Trempez vos mains dans l’argent et l’or parfumé des plantes balsamiques et, au bras l’une de l’autre, le cœur entre les jambes, venez me chercher à l’horizon.










CHAPITRE II


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MON SOURIRE

“Toutes les plantes m’appartiennent, c’est pour cela que je n’aime pas la campagne !”.

Il est une espèce d’oiseaux d’une grande rareté et bien difficile à connaître, car ces oiseaux ne se posent jamais ; la femelle pond ses œufs dans les airs à une grande hauteur et l’éclosion des petits a lieu avant qu’ils n’aient eu le temps d’arriver jusqu’à terre ; volant sans cesse, ignorant le repos, les battements de leurs ailes sont semblables aux battements de notre cœur ; arrête signifie mort. Ces oiseaux existent partout, ils ont, semble-t-il, toujours existé, mais d’où proviennent-ils, de quelle planète ? La connaissance de leur origine préoccupe beaucoup de cerveaux…

Et ceci me fait souvenir d’une curieuse histoire qui m’a été contée par un peintre mi-

normand, mi-auvergnat, néo-cubiste et néo-don Juan ; l’histoire d’un homme qui mâchait un revolver ! Cet homme était vieux déjà, depuis sa naissance il se livrait à cette étrange mastication ; en effet son arme extraordinaire devait le tuer s’il arrêtait un instant ; pourtant il était averti que de toutes façons, un jour, irrévocablement, le revolver partirait et le tuerait ; cependant, sans se lasser, il continuait de mâcher……

LA PLUS BELLE

DÉCOUVERTE DE L’HOMME

EST LE BICARBONATE DE SOUDE

Tous les êtres de la création sont inutiles, leurs amours ressemblent à la fonte des neiges au printemps.

Les jours de pluie ressemblent aux vacances.

Je surpasse les amateurs, je suis le sur-amateur ; les professionnels sont des pommes à merde.

Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture ; on ne parle jamais que des ratés ; le monde se divise en deux catégories d’hommes : les ratés et les inconnus.

Jésus-Chris — Stradivarius
fut un raté,
Bouddah — crabe
fut un raté,
Mahomet — coiffeur
fut un raté.

IL N’Y A PAS D’INCONNUS

EXCEPTÉ POUR MOI

Les orang-outangs chantent, ils chantent des sucres d’orge que d’autres chansonniers viennent sucer pour dix francs.

Nous devons travailler parait-il,
C’est une dette,
Dette envers les créatures stupides,
Évolutions des poissons blancs,
Aspirations humaines,
Bouches de paysans,
Replis de peau.
Un kilomètre,
Ou cent kilomètres,
Il n’y a pas de kilomètres.

Ce sont les mots qui existent, ce qui n’a pas de nom n’existe pas. Le mot lumière existe, la lumière n’existe pas.

NOUS SOMMES DANS

UN TUBE DIGESTIF

Et ce tube digestif est de plus en plus grand, il représente l’espace, alors que le nôtre n’est qu’une étoile filante, perçue par cet espace un fugitif instant.

LA JUSTICE DES HOMMES

EST PLUS CRIMINELLE

QUE LE CRIME

Le sommeil éternel de la vie est assis dans votre lit, il est gentil et bon camarade, son corps est plus mince que l’air qui souffle à la même place, sur le visage de la majesté humaine ; n’est-ce-pas, cher philosophe, méditateur ou prestidigitateur des nuages salés, lorsque tu t’envoles avec ses nuages, il ne reste plus que la bouffonnerie de l’eau douce ? Toi seul es soustrait aux lois de la pesanteur ; dis-moi donc, cher philosophe, si vraiment ton poids n’est pas comme le rasoir des vagues phosphorescentes et si le socialisme rouge est autre chose que la grue au bec de pieuvre, dont les tentacules-phonographe vous jouent la très moutarde miséricorde.

La bouche des hommes est un sexe inconscient ; le bruit qui sort de vos fronts se replonge sans bruit dans l’immobilité circonférence.

Quand quelqu’un parle,
Sa mâchoire inférieure
Me fait honte ;
L’intérieur de sa bouche
Est un ciel noir.
Je ne puis vous aimer
Je me déteste.

Amie, tu brilles sous les rayons de la lune.

Amie, je voudrais être enterré dans un énorme paratonnerre.

Amie, mon amitié est indissoluble dans le lycée tra-la-la-tra-la-la.











CHAPITRE III

L’ŒIL FROID

Après notre mort, on devrait nous mettre dans une boule, cette boule serait en bois de plusieurs couleurs. On la roulerait pour nous conduire au cimetière et les croque-morts chargés de ce soin, porteraient des gants transparents, afin de rappeler aux amants le souvenir de caresses.

Pour ceux qui désireraient enrichir leur ameublement du plaisir objectif de l’être cher, il existerait des boules en cristal, au travers desquelles on apercevrait la nudité définitive de son grand-père ou de son frère jumeau !

Sillage de l’intelligence, lampe steeplechase ; les humains ressemblent aux corbeaux à l’œil fixe, qui prennent leur essor au-dessus des cadavres — et tous les peaux-rouges sont chefs de gare !

EAU DE COLOGNE

VERTÉBRALE

Regardez, regardez la substance grise qui bout sur les athlètes ; laissez-moi me donner une friction d’eau de Cologne dans tous les sens, une friction d’eau de Cologne à la belle étoile.

Ce n’est pas la luxe féminin qui attire le mâle, mais l’imbécillité masculine éloigne la femme. Le sexe viril se figure toujours représenter un héros, ou un être séduisant pas la situation qu’il croit occuper. Les femmes préfèrent leurs semblables, comme elles ont raison !

La perspective est tellement belle, n’est-ce pas, chère Amie ? Un gros ventre, un petit animal qui gueule, l’égoïsme d’un cancer qui vous épuise ! Puis, lorsque malgré tout, vous vous êtes attachée à ce cancer, la bonne partie vous le prend, afin que vous ayez la jouissance de penser qu’après votre mort, votre très cher pays pourra tyranniser un peu plus ses voisins !…..

Au nom du grand avenir viril, fécond et novateur du monde, je condamne le crétinisme qui pousse les hommes à un sursaturage de leurs pareils, uniquement en vue de conserver leur capitalisme masculin. Mais je suis bien tranquille, le monde est trop stupide pour finir si tôt.

Représentez-vous maintenant l’univers complètement différent et au-dessus des nuages blancs, les balles du rosaire Eucharistie ?

Oblates, comment allez-vous ? Pour panser votre cœur, voici :

LA SAINTE-VIERGE

DANSE LE TANGO

AVEC LE GRAND JULOT

Cette chanson me plaît beaucoup, la Sainte Vierge est en effet, la véritable patronne des prostituées… La Sainte Vierge est en verre, la lumière qui la traverse ne laisse pas de trace ; Joseph est un petit soleil de midi.

Pendant que vous lirez ces lignes, sucez je vous prie, le jus d’une cerise.

NOUS VIVONS

DANS UN MOULE

La trouble de l’usage,
Le remords qui déchire l’amour-propre,
Quel prétention !
« C’est de moi »,
« Ce n’est pas de moi ».
Mais il faut se détourner !…

« Vous partez déjà ? Oui » — « Vous êtes bien aimable » — « Adieu » « Comment avez-vous pu arriver jusqu’ici ? » — « J’ai reçu votre lettre de Zadig » — « Cous ressemblez à votre photographie, cher Monsieur, » « Adieu »…








CHAPITRE IV

PONT-AUX-ANES

Vous cherchez toujours l’émotion déjà éprouvée, comme vous aimez à retrouver un vieux pantalon revenant du teinturier et qui semble neuf quand on n’y regarde pas de près. Les artistes sont des teinturiers, ne vous y laissez pas prendre. Les véritables œuvres modernes sont faites non par des artistes, mais tout simplement par des hommes.

« L’erreur du public est de regarder les œuvres modernes, comme un rébus dont il faut découvrir la clé.

Il n’y a point de rébus, il n’y a point de clé. L’œuvre existe, sa seule raison d’être est d’exister. Elle ne représente rien que le désir de cerveau qui l’a conçue. Les inventions de la nature nous charment sans qu’il soit question devant elles de raisonnement ou de raison d’être.

Le plaisir artistique que peuvent nous procurer les œuvres modernes est de même ordre. Il faut les regarder comme l’on regarde un arbre, une fleur, un paysage. Il n’y a rien à comprendre qui ne soit lisible à tous. Le spectateur éprouve une vive déception à constater la simplicité du procédé de compréhension. Il est prêt à se trouver victime d’une mauvaise plaisanterie, etc. »

Ces lignes ont été écrites par Gabrielle Buffet, je suis heureux de les citer, l’auteur montre clairement l’infirmité du jugement des hommes !

Ce matin un jeune génie m’a demandé de faire mon portrait, portrait qui doit paraître dans un livre sur les artistes modernes. « La ressemblance ne m’intéresse pas » m’a-t-il déclaré ! Lui, peut-être, mais le public ?

Il me semble qu’il est des cas où le photographe serait bien indiqué !

J’ai envie de fabriquer une voiture automobile « artistique » en bois de rose, mélangé de pilules Pink. Les pneumatiques seraient en acier et les billes en caoutchouc, comme FUTURISME ce ne serait pas mal ! Après tout, à un moment donné, il n’y a pas de raison pour que les « Rolls-Royce » ne soient pas faites ainsi.

Messieurs les artistes, foutez-nous donc la paix, vous êtes une bande de curés qui veulent encore nous faire croire à Dieu.

DIEU ÉTAIT JUIF

IL FUT ROULÉ

PAR LES CATHOLIQUES

Piper = Guillaume Apollinaire.

J’aime mieux Arthur Cravan qui a fait le tour du monde pendant la guerre, perpétuellement obligé de changer de nationalité afin d’échapper à la bêtise humaine.

Arthur Cravan s’est déguisé en soldat pour ne pas être soldat, il a fait comme tous nos amis qui se déguisent en honnête homme pour ne pas être honnête homme.

MOI, JE ME DÉGUISE

EN HOMME,

POUR N’ÊTRE RIEN.

Vous donnez de sages avis
Et faites de bizarres questions ;
Mais pourquoi choisissez-vous
Le passé pour juger le néant
Endormi profondément ?

Il y a mille choses pour passer le temps, et il n’y a rien pour passer le temps.

À quoi bon mourir, à quoi bon vivre ?

Nous voici dans l’infini, qui se déplace pour devenir un mètre de drap à 99 fr. 95.

Et ce mètre de drap, c’est le bonheur, il nous rassure, il nous fait croire davantage que nous faisons partie de l’univers. Il n’y a pas de force acquise, il n’y a qu’un seul mouvement. La chimie n’est que mouvement et le mouvement n’existe que dans notre convention.

IL Y À BEAUCOUP MOINS

DE CHOSES SUR TERRE

QUE NE NOUS LE FAIT CROIRE

NOTRE PHILOSOPHIE

Il s’agit à présent du toujours posthume.

Un ami décédé
Remplace la chance.

SPINOZA EST LE SEUL

QUI N’AIT PAS LU SPINOZA

Mais je suis un enfant qui apprend à se tenir droit, Bossuet est un poète triste, les prêtres rendent la mort désagréable — Chassons les épouvantes.

ENTR’ACTE DE 5 MINUTES

J’avais un ami suisse, nommé Jacques Dingue, il vivait au Pérou, à 4.000 mètres d’altitude ; parti il y a quelques années pour explorer ces régions, il avait subi là-bas le charme d’une étrange indienne qui l’avait rendu complètement fou en se refusant à lui.

Il s’était affaibli petit à petit et ne quittait même plus la cabane ou il s’était installé. Un docteur Péruvien, qui l’avait accompagné jusque-là, lui donnait des soins pour guérir une démence précoce qu’il jugeait incurable !

Une nuit, une épidémie de grippe s’abattit sur la petite tribu d’Indiens qui hospitalisait Jacques Dingue ; tous sans exception furent frappés et sur deux cents indigènes, cent soixante dix-huit moururent en peu de jours ; très vite, le médecin péruvien affolé, avait regagné Lima…….. Mon ami fut, lui aussi, atteint par le mal terrible, immobilisé par la fièvre.

Or, tous les Indiens morts possédaient un ou plusieurs chiens, lesquels n’eurent bientôt d’autre ressource pour vivre que de manger leurs maîtres ; ils déchiquetaient les cadavres, et l’un d’eux apporta dans la hutte de Dingue la tête de l’Indienne dont celui-ci était amoureux… Il la reconnut instantanément et sans doute en éprouva-t-il une commotion intense, car il fut subitement guéri de sa folie et de sa fièvre ; ses forces lui revinrent, alors prenant la tête de la femme de la gueule du chien, il s’amusa à se lancer à l’autre bout de la pièce en criant à l’animal d’apporter ; trois fois le jeu recommença, le chien rapportait la tête en la tenant par le nez, mais à la troisième fois, Jacques Bingue l’ayant lancée plus fort, elle se rompit contre la mur, et à sa grande joie, le joueur de boule pû constater que le cerveau qui en jaillit ne présentait qu’une seule circonvolution et affectait à s’y méprendre la forme d’une paire de fesses !…

L’entr’acte est terminé, chères lectrices, nous continuons par le











CHAPITRE V

LE SOMMET DE L’ILLIMITÉ

Extraordinaire, fantastique, étonnant, monstrueux, insensé, fou !… et personne n’en parle plus !

Il faut donc que tout finisse. A mon avis, tout est fini, s’il y a eu représentation, elle est terminée, mais vous cherchez le bonheur, enfin l’absence de douleur morale et physique, n’est-ce pas ? Eh bien, à quelques pas de là, vous avez la mare de l’infini, laquelle vous donne le démenti capillaire dans un sac de marrons ; achetez-le pour cinq sous et vous verrez le soleil se déplacer plus rapidement dans l’espace, vous vivrez des centaines d’années ; achetez pour dix sous de marrons et l’univers tourbillonnera à une vitesse vertigineuse, les mouvements de vos semblables seront tellement précipités que vous ne les verrez pas et le soleil vous apparaîtra comme un coureur à bicyclette faisant un tour de piste.

Mais je m’arrête pour que vous ne me traitez pas de dément, la démence individuelle est pourtant chose assez rare !…

Les penseurs veulent démontrer tout, moi, je vous dis qu’il n’y a rien.

Il faut s’en accommoder.

Vous vous sacrifiez toutes, chères amies, pour conserver une bonne réputation, c’est une comédie, votre idéal est faux. Acceptez donc n’importe quelle destinée, vous ne serez jamais que des imbéciles, transformées en intellectuelles !

Mais voilà,
Les portes se ferment ;
Vous n’aviez pas
La permission.

UNE INTOXICATION

EST TOUJOURS MORALE

L’intoxication des parents, seule, est immorale.

Allez-vous vous promener gardiens de l’éducation Beaux-Arts, des procédés capitalistes ; involontairement ou volontairement, vous voulez faire de la vie un cimetière pour nouveaux-nés, vous voulez des êtres asservis par vos mauvais exemples ; c’est uniquement désir de propriété.

Le père et la mère n’ont pas droit de mort sur les enfants, mais la Patrie, notre seconde mère, peut en immoler à son gré pour la plus grande gloire des hommes politiques.

LES HOMMES POLITIQUES

POUSSENT

SUR LE FUMIER HUMAIN

Non, j’aime mieux penser à Ribemont-Dessaignes qui écrivit ces lignes :

“Selon St-Jean Clysopompe ”

« Enfin qu’y a-t-il ? Il est impossible de mettre le nez dehors, sans respirer une pâte à crêpes qui se solidifie sur le visage et vous étouffe. Ce sont des hommes ces êtres mous comme des cràbes au changement de peau ? »

ou à Tristan Tzara poète TOTO-VACA

« i

Ka tangi té Kivi

Ki vi

Ka Tangi té moho

hi hi e

ha ha e

pi pi e

ta ta e

ta kou ta ka jou

ou bien encore « Les pendus liquides » — Les serpents ne portent plus de gants.

mon cher Tzara !

Vous venez de partir pour la Roumanie, vous allez passer par la Suisse, l’Italie, Pontoise — tout est Pontoise, tout est Paris, tout est moi, tout est vous, tout est rien, même sans souffrir.

La voix du curé
S’étale comme une pelouse
De mauvaises herbes,
Bordée d’acides ;
Longtemps, longtemps.
Je connais les lendemains.

QUI EST AVEC MOI

EST CONTRE MOI

Jésus a dit le contraire, uniquement parce qu’il était rastaquouère.

Il n’y a vraiment que les Juifs qui soient énergiques.










CHAPITRE VI

LE RASSURANT ASPECT

Vous êtes heureuses ? Figurez-vous qu’il n’y a pas de lendemain, la vie est aujourd’hui et aujourd’hui n’existe pas.

« OH ! LA DOUCEUR

DE L’AMOUR

QUI COMMENCE… »

L’amour ne commence pas, dites plutôt qu’il finit dès que vous rencontrez l’homme aux jolis yeux, l’homme dont le cerveau reflète un peu le ciel, ma chère ! enfin la lune, ou demi-lune, comme vous voudrez.

Alfred de Musset et Fanny, cote à cote, se promènent, salués par des paysans…

Ah ! cachez-vous donc pour manger, mais faites l’amour dans les arbres en hiver, et en été, en sortant du bain, au bord de la mer.

L’ami d’un ménage très uni devient toujours l’amant de Madame, comme l’amie d’un ménage très uni devient toujours la maîtresse de Monsieur. Je ne vois pas d’explication à donner ; c’est plus comique que triste de penser que la nouveauté a une valeur qui égale la valeur, et c’est pourquoi il n’y a pas de différence entre un dentiste et un peintre.

Le plus grand plaisir est de tricher, tricher, tricher, toujours tricher. Trichez donc, mais ne le cachez pas !. Trichez pour perdre, jamais pour gagner, car celui que gagne se perd lui-même.

Ne mettez pas une bille dans l’oreille d’un cheval, mais un rossignol, le rossignol gagnera la course et le cheval touchera l’enjeu qu’il aura mis sur vous.

La connaissance et la morale ne sont que papier à mouches, je conseille aux mouches de vivre dans les confessionnaux, les péchés étant une nourriture bien plus agréable que le caca.

Le mâle est près de la femme
Sournoisement il braque
Et découvre en entier ses jambes,
Il cherche le coin vierge.

Voila la bonne gaîté française, la gaîté du Coq gaulois.

Par peur vis-à-vis
Des lustres électriques,
Des valses,
Valses de dentelles
De singes,
Encore plus monotones
Mais bien plus encore.

LES HORIZONS NOUVEAUX

La peinture est faite pour les dentistes.

Qu’importe ! Allez donc ! Les vapeurs surchauffées des obstacles ne sont que des drames infatigables ; il n’y a pas d’obstacles, le seul obstacle est le but, marchez sans

but. Analysez le sang d’un héros et celui d’un lâche, vous verrez qu’ils sont exactement semblables, votre objectivité vous fait aimer davantage le héros, uniquement parce que vous êtes des snobs, le courage d’être lâche est à mon avis infiniment plus sympathique ; l’art que j’aime est l’art des lâches. Les Cormon, les Besnard, ces maréchaux de la peinture, sont faits pour peindre Joffre, Mangin ou Lyautey. A propos de Lyautey, qui vient de faire son entrée victorieuse à l’Académie Française, je tiens à citer cette très belle période extraite de son discours de réception :

« J’ai dit qu’une figure dominait toute cette partie de l’œuvre de Hossaye, celle de l’Empereur.

Il y en a une autre, le soldat.

Entre tous ceux qu’il a fait mouvoir, il n’y en a pas qu’il ait animés d’une vie plus réelle et plus intense que les soldats de Napoléon, les vieux et les jeunes. Les vieux ce sont les « grognards », ceux qui l’ont suivi en Egypte, en Russie, dont il est le dieu, qui ne croient qu’en lui.

Pour les jeunes, c’est à M. Henry Houssaye que je laisse la parole : On les appelait les « Marie-Louise », ces petits soldats soudainement arrachés aux foyers et jetés quelques jours après l’incorporation, dans la fournaise des batailles.

Ce nom de « Marie-Louise » ils l’ont inscrit avec leur sang sur une grande page de l’histoire……..


C’étaient des « Marie-Louise », ces voltigeurs de la jeune garde qui, à Craonne, se maintirent trois heures sur la crête du plateau sous les batteries ennemies dont la mitraille faucha 650 hommes sur 920 ! »

Pauvres êtres tombés par centaines pour la gloire d’un ventriloque ! Et dire que nous en sommes encore là ! Les hommes qui mènent le monde se servent de passions les plus viles ou les plus vides ; Napoléon est le type absolu de la cellule conjonctive……..

Excusez-moi de vous parler de choses aussi imbéciles.

VERS L’INACCESSIBLE

Là-bas, au Nord, au Midi, à l’Est, à l’Ouest, les oiseaux tournent en rond pour dessiner le soleil dans les airs.








CHAPITRE VII

LA LOI DES PROBABILITÉS

Il n’est pas certain que nos pensées soient le produit de réactions chimiques. En admettant qu’il y ait plusieurs problèmes à solutionner, l’Univers que vous croyez connaître est le masque de la solitude ; vous êtes placés sous la domination des valeurs épidémiques : la névrose de l’Amour, la névrose de l’art, la névrose des croyances en un dieu.

Le goût pour l’ancien n’est qu’une synthèse sceptique et occulte qui vous fait croire à la profondeur de l’homme, les évolutions nouvelles ne sont qu’énigmes pour la vue ou l’oreille.

La musique est faite pour les oreilles et non pour les yeux, maintenant je ne dis pas que l’affirmation contraire ne soit pas plus juste pour les non-intoxiqués.

Les artistes sont le résultat de l’avarice de la nature. Le peu d’esprit qu’ils ont, leur est donné par la méchanceté ; Degas, le type absolu du “ réussi ”, est un exemple de ce que je viens d’avancer. D’ailleurs j’ai entendu dire par un artiste de grande valeur que Degas était un raté !

LE SATYRE

A QUEUE DE RAT

Midi dans la nue, pareil à un parchemin, armé d’un seul espoir, les souvenirs transformés. Un seul espoir plus vaste que deux bouches l’une contre l’autre ; vous devinez ma pensée, il faut trouver son chemin et les chemins ne mènent nulle part !

Vous regardez la vie avec un pinceau et il vous faudrait un masque à gaz asphyxiants, mais voilà il n’y a que l’argent qui ait du génie ; il faut choisir, vivre avec le génie ou avec le temps opportun.

Je suis un voyageur immobile, les pays passent devant moi avec leurs énigmes mobiles.

Je fuis le bonheur pour qu’il ne se sauve pas.

NOTRE TÊTE

A DEUX BESOINS

COMME LE VENTRE

Par une lumière verte, vos actions sont éclairées sous les sermons de l’honnêteté ; c’est la musique du goût qui gesticule avec indélicatesse. Chantez, chantez. La règle a des yeux oublieux, il n’y a que violence raffinée, la violence jalonne les moralistes, les moralistes des baillements ; notre cœur est barbare et notre ventre domestique, tout est

différent, c’est merveilleux, moral ou immoral ; mort signifie autant vie que vie signifie mort.

LES MORSURES

D’ESCARGOTS

Dans aucune œuvre, que ce soit peinture, littérature ou musique, il n’y a de création supérieure ; tous ces travaux sont semblables. L’œuvre la plus idéale est celle répondant davantage à certaines conventions qui vous paraissent neuves parce que vous ne les connaissez pas ou parce qu’elles ont été plus ou moins oubliées. Il n’y a ni erreur, ni déviation ; notre cerveau est une éponge qui s’imbibe de suggestions, c’est tout.

Tous les travaux des hommes font partie de la grande tradition — ou de la petite, comme vous voudrez — il n’y a pas d’œuvre qui ne fasse partie de la tradition, même celles des copistes du Louvre, imitant le mieux possible les tableaux des maîtres, comme Chardin imitait, le mieux possible, un œuf à la coque ou un moulin à café.

Vous feriez mieux Messieurs, de peindre en bleu et rouge les falaises de Dieppe, vraiment la nature n’est plus assez moderne !

Pour qu’on ne se méprenne pas sur ce livre je termine par ce petit poème :

D A D A est insaisissable
Comme l’imperfection.
Il n’y a pas de jolies femmes,
Pas plus qu’il n’y a de vérités.

Francis PICABIA.



Terminé à Paris le 10 Juillet 1920.


Picabia - Jésus-Christ rastaquouère.djvu