Kaléidoscope
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- (A Germain Nouveau)
- Dans une rue, au cœur d'une ville de rêve
- Ce sera comme quand on a déjà vécu :
- Un instant à la fois très vague et très aigu...
- Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !
- Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
- Ce sera comme quand on ignore des causes ;
- Un lent réveil après bien des métempsycoses :
- Les choses seront plus les mêmes qu'autrefois
- Dans cette rue, au cœur de la ville magique
- Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
- Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
- Et que traverseront des bandes de musique.
- Ce sera si fatal qu'on en croira mourir :
- Des larmes ruisselant douces le long des joues,
- Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
- Des invocations à la mort de venir,
- Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
- Les bruits aigres des bals publics arriveront,
- Et des veuves avec du cuivre après leur front,
- Paysannes, fendront la foule des traînées
- Qui flânent là, causant avec d'affreux moutards
- Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
- Cependant qu'à deux pas, dans des senteurs d'urine,
- Quelque fête publique enverra des pétards.
- Ce sera comme quand on rêve et qu'on s'éveille,
- Et que l'on se rendort et que l'on rêve encor
- De la même féerie et du même décor,
- L'été, dans l'herbe, au bruit moiré d'un vol d'abeille.