L’Histoire
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- Le sort des nations, comme une mer profonde,
- A ses écueils cachés et ses gouffres mouvants.
- Aveugle qui ne voit, dans les destins du monde,
- Que le combat des flots sous la lutte des vents !
- Un souffle immense et fort domine ces tempêtes.
- Un rayon du ciel plonge à travers cette nuit.
- Quand l'homme aux cris de mort mêle le cris des fêtes,
- Une secrète voix parle dans ce vain bruit.
- Les siècles tour à tour, ces gigantesques frères,
- Différents par leur sort, semblables dans leurs vœux,
- Trouvent un but pareil par des routes contraires,
- Et leurs fanaux divers brillent des mêmes feux.
- Muse, il n'est point de temps que tes regards n'embrassent ;
- Tu suis dans l'avenir leur cercle solennel ;
- Car les jours, et les ans, et les siècles ne tracent
- Qu'un sillon passager dans le fleuve éternel.
- Bourreaux, n'en doutez pas ; n'en doutez pas, victimes !
- Elle porte en tous lieux son immortel flambeau,
- Plane au sommet des monts, plonge au fond des abîmes,
- Et souvent fonde un temple où manquait un tombeau.
- Elle apporte leur palme aux héros qui succombent,
- Du char des conquérants brise le frêle essieu,
- Marche en rêvant au bruit des empires qui tombent,
- Et dans tous les chemins montre les pas de Dieu.
- Du vieux palais des temps elle pose le faîte ;
- Les siècles à sa voix viennent se réunir ;
- Sa main, comme un captif honteux de sa défaite,
- Traîne tout le passé jusque dans l'avenir.
- Recueillant les débris du monde en ses naufrages,
- Son œil de mers en mers suit le vaste vaisseau,
- Et sait tout voir ensemble, aux deux bornes des âges,
- Et la première tombe et le dernier berceau !
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- 1823