PRÉFACE
1. Le projet longtemps abandonné dont les pages suivantes sont comme un premier essai de réalisation a été repris à la requête d’une jeune gouvernante anglaise, qui me demandait d’écrire quelques études d’histoire dont ses élèves pussent recueillir quelque utilité, le fruit des documents historiques mis à leur disposition par les modernes systèmes d’éducation n’étant pour eux que peine et qu’ennui.
Ce qu’on peut dire d’autre en faveur de ce livre, si jamais cela en devient un, il devra le dire lui-même : comme préface, je ne désire pas écrire plus que ceci, d’autant que quelques récents événements de l’histoire d’Angleterre — en ce moment présents à la mémoire — appellent — si bref soit-il — un commentaire immédiat.
On me raconte que les Queen’s Guards sont partis pour l’Irlande, en jouant God Save the Queen. Et étant à ma connaissance, comme je l’ai déclaré au cours de certaines lettres sur lesquelles on a, dans ces derniers temps, appelé plus qu’il n’aurait fallu l’attention publique, le plus ferme conservateur d’Angleterre[1], je suis disposé à discuter sérieusement la question de savoir si le service pour lequel on avait commandé les Queen’s Guards cadre d’une manière quelconque avec ce qu’on peut appeler leur mission.
Mes propres notions de Conservateur sur le rôle des Queen’s Guards, c’est qu’ils doivent protéger le trône et la vie de la Reine si l’un ou l’autre était menacé par un ennemi domestique ou étranger, mais non qu’ils aient à se substituer à la force inefficace de sa police pour l’exécution de ses lois domiciliaires.
2. Et encore moins, si les lois domiciliaires dont on les envoie assurer l’exécution en jouant Dieu sauve la Reine se trouvent par hasard être précisément contraires à la loi de ce Dieu Sauveur, et par conséquent telle que, en aucune durée de temps, aucune quantité de Reines ou d’hommes de la Reine que ce soit ne pourraient les exécuter. Ce qui est une question sur laquelle, depuis dix ans, je m’efforce d’appeler l’attention des Anglais — assez inutilement jusqu’ici ; et je n’ajouterai rien à présent à tout ce que j’ai déjà dit à ce sujet. Mais il vient précisément de paraître un livre d’un officier anglais qui, s’il n’avait pas été autrement et plus activement occupé, non seulement aurait pu écrire tous mes livres sur le paysage et la peinture, mais encore est singulièrement d’accord avec moi (Dieu sait de quel petit nombre d’Anglais je puis en dire autant à présent) sur les sujets qui regardent la sûreté de la Reine et l’honneur de la nation. De ce livre : Au loin : Nouveaux récits de voyage, différents passages seront donnés plus loin dans mes notes terminales. Aussi je me contenterai, comme fin à ma Préface, de citer les paroles mémorables que le colonel Butler lui-même cite, et qui furent prononcées au Parlement anglais par son dernier leader Conservateur, un officier anglais qui avait aussi servi avec honneur et succès[2].
3, Le duc de Wellington dit : « Vos Seigneuries savent déjà que des contingents que notre gracieuse Souveraine m’a fait l’honneur de confier à mon commandement à différentes périodes de la guerre — guerre entreprise dans le but exprès de sauvegarder les florissantes institutions et l’indépendance du pays — la moitié au moins étaient catholiques romains. My Lords, quand j’appelle vos souvenirs sur ce fait, je suis sûr que tout autre éloge est inutile. Vos Seigneuries savent bien pendant quelle longue période et dans quelles circonstances difficiles ils maintinrent l’Empire flottant au-dessus du déluge qui engloutit les trônes et détruisit les institutions de tous les autres peuples, — comment ils gardèrent vivante l’unique étincelle de liberté qui n’ait pas été éteinte en Europe.
« My Lords, c’est surtout aux catholiques irlandais que nous devons tous notre fière supériorité dans la carrière des armes, et que je suis personnellement redevable des lauriers dont il vous a plu couronner mon front. Nous devons reconnaître, My Lords, que sans le sang catholique et la valeur catholique, nous n’eussions jamais pu remporter la victoire, et que les talents militaires les plus élevés eussent été dépensés en vain. »
Que ces nobles paroles de délicate justice soient pour mes jeunes lecteurs le premier exemple de ce que toute histoire devrait être. Il leur a été dit dans les Lois de Fiesole que tout grand art est louange[3]. Il en est ainsi de toute Histoire fidèle, et de toute haute Philosophie. Car ces trois choses, Art, Histoire et Philosophie ne sont chacune qu’une partie de la Sagesse Céleste qui ne voit pas comme voit l’homme, mais avec une éternelle charité ; et parce qu’elle ne se réjouit pas de l’Iniquité, à cause de cela elle se réjouit de la Vérité[4].
Car la vraie connaissance est des vertus seulement ; celle des poisons et des vices, c’est Hécate qui l’enseigne, non Athèné. Et de toute sagesse, celle du politique principalement doit consister dans cette divine prudence ; il n’est pas en effet toujours nécessaire aux hommes de connaître les vertus de leurs amis ou de leurs maîtres, puisque l’ami les manifestera, et le maître les appliquera. Mais malheur à la nation trop cruelle pour chérir la vertu de ses sujets et trop lâche pour reconnaître celle de ses ennemis !