La Censure
La bibliothèque libre.
H. Fournier, 1839 (1, pp. 108-110).
LA CENSURE
chanson
QUI COURUT MANUSCRITE AU MOIS D’AOÛT 1814 [1]
Air : Qu’est-ce qu’ça m’fait à moi ?
-
-
-
-
- Que sous le joug des libraires,
- On livre encor nos auteurs
- Aux censeurs, aux inspecteurs,
- Rats-de-cave littéraires ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- Que sous le joug des libraires,
-
-
-
-
-
-
-
- L’état ayant plus d’un membre
- Que la presse eût fait trembler,
- Qu’on ait craint son franc parler
- Dans la chambre et l’antichambre ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- L’état ayant plus d’un membre
-
-
-
-
-
-
-
- Que cette chambre sensée
- Laisse avec soumission
- Sortir la procession
- Et renfermer la pensée ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- Que cette chambre sensée
-
-
-
-
-
-
-
- Qu’un censeur bien tyrannique
- De l’esprit soit le geôlier,
- Et qu’avec son prisonnier
- Jamais il ne communique ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- Qu’un censeur bien tyrannique
-
-
-
-
-
-
-
- Quand déjà l’on n’y voit guère,
- Quand on a peine à marcher ;
- En feignant de la moucher,
- Qu’on éteigne la lumière ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- Quand déjà l’on n’y voit guère,
-
-
-
-
-
-
-
- Qu’un ministre qui s’irrite
- Quand on lui fait la leçon
- Qu’un ministre qui s’irrite
-
-
-
-
-
-
-
- Lise tout bas ma chanson,
- Qui lui parvient manuscrite ;
- Riez-en avec moi.
-
-
- Ah ! pour rire
- Ah ! pour rire
- Et pour tout dire,
-
-
- Il n’est besoin, ma foi,
- Riez-en avec moi.
- D’un privilége du roi !
- Lise tout bas ma chanson,
-
-
-
- ↑ On venait de discuter à la Chambre une loi restrictive de la liberté de la presse, présentée par l’abbé de Montesquiou, ministre de l’intérieur.