La Comète de 1832

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H. Fournier, 1839 (2, pp. 329-330).


LA COMÈTE


DE 1832 v


Air : À soixante ans il ne faut pas remettre


Dieu contre nous envoie une comète ;
À ce grand choc nous n’échapperons pas.
Je sens déjà crouler notre planète ;
L’Observatoire y perdra ses compas. (bis.)
Avec la table adieu tous les convives !
Pour peu de gens le banquet fut joyeux. (bis.)

Vite à confesse allez, âmes craintives.
Finissons-en : le monde est assez vieux,

\Big\} bis.

Le monde est assez vieux, (bis.)

Oui, pauvre globe égaré dans l’espace,
Embrouille enfin tes nuits avec tes jours,
Et, cerf-volant dont la ficelle casse,
Tourne en tombant, tourne et tombe toujours.
Va, franchissant des routes qu’on ignore,
Contre un soleil te briser dans les cieux.
Tu l’éteindrais ; que de soleils encore !
Finissons-en : le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.

N’est-on pas las d’ambitions vulgaires,
De sots parés de pompeux sobriquets,

D’abus, d’erreurs, de rapines, de guerres,
De laquais-rois, de peuples de laquais ?
N’est-on pas las de tous nos dieux de plâtre ;
Vers l’avenir las de tourner les yeux ?
Ah ! c’en est trop pour si petit théâtre.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.

Les jeunes gens me disent : Tout chemine ;
À petit bruit chacun lime ses fers ;
La presse éclaire, et le gaz illumine,
Et la vapeur vole aplanir les mers.
Vingt ans au plus, bon homme, attends encore ;
L’œuf éclôra sous un rayon des cieux.
Trente ans, amis, j’ai cru le voir éclore.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.

Bien autrement je parlais quand la vie
Gonflait mon cœur et de joie et d’amour.
Terre, disais-je, ah ! jamais ne dévie
Du cercle heureux où Dieu sema le jour.
Mais je vieillis, la beauté me rejette ;
Ma voix s’éteint ; plus de concerts joyeux.
Arrive donc, implacable comète.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
Le monde est assez vieux.


v. On n’a pas oublié qu’il y a quelques années, des astronomes allemands annoncèrent pour 1852, la rencontre d’une comète avec notre globe et le bouleversement de celui-ci. Les savants de l’Observatoire se crurent obligée d’opposer leurs calculs à ceux de leurs confrères d’Allemagne.