La Mère aveugle
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H. Fournier, 1839 (1, pp. 27-28).
LA MÈRE AVEUGLE
Air : Une fille est un oiseau
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- Tout en filant votre lin,
- Écoutez-moi bien, ma fille.
- Déjà votre cœur sautille
- Au nom du jeune Colin.
- Craignez ce qu’il vous conseille.
- Quoique aveugle, je surveille ;
- À tout je prête l’oreille,
- Et vous soupirez tout bas.
- Votre Colin n’est qu’un traître…
- Mais vous ouvrez la fenêtre ;
- Lise, vous ne filez pas. (bis.)
- Tout en filant votre lin,
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- Il fait trop chaud, dites-vous ;
- Mais par la fenêtre ouverte,
- À Colin, toujours alerte,
- Ne faites pas les yeux doux.
- Vous vous plaignez que je gronde :
- Hélas ! je fus jeune et blonde,
- Je sais combien dans ce monde
- On peut faire de faux pas.
- L’amour trop souvent l’emporte…
- Mais quelqu’un est à la porte ;
- Lise, vous ne filez pas.
- Il fait trop chaud, dites-vous ;
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- C’est le vent, me dites-vous,
- Qui fait crier la serrure ;
- Et mon vieux chien qui murmure
- C’est le vent, me dites-vous,
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- Gagne à cela de bons coups.
- Oui, fiez-vous à mon âge :
- Colin deviendra volage ;
- Craignez, si vous n’êtes sage,
- De pleurer sur vos appas…
- Grand dieu ! que viens-je d’entendre ?
- C’est le bruit d’un baiser tendre ;
- Lise, vous ne filez pas.
- Gagne à cela de bons coups.
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- C’est votre oiseau, dites-vous,
- C’est votre oiseau qui vous baise ;
- Dites-lui donc qu’il se taise,
- Et redoute mon courroux.
- Ah ! d’une folle conduite
- Le déshonneur est la suite ;
- L’amant qui vous a séduite
- En rit même entre vos bras.
- Que la prudence vous sauve…
- Mais vous allez vers l’alcôve ;
- Lise, vous ne filez pas.
- C’est votre oiseau, dites-vous,
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- C’est pour dormir, dites-vous.
- Quoi ! me jouer de la sorte !
- Colin est ici, qu’il sorte,
- Ou devienne votre époux.
- En attendant qu’à l’église
- Le séducteur vous conduise,
- Filez, filez, filez, Lise,
- Près de moi, sans faire un pas.
- En vain votre lin s’embrouille ;
- Avec une autre quenouille,
- Non, vous ne filerez pas.
- C’est pour dormir, dites-vous.
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